Perquisition Mélenchon : un souvenir d’il y a trois semaines…

Nous reprenons ci-dessous une analyse d’Arrêt sur image Ou comment les perquisitions ont été précédées par la mise en place d’un parquet aux ordres !

Ou encore comment l’indépendance de la justice est en train de devenir un mythe de la bonne conscience mainstream !

Daniel Schneidermann 
Arrêt sur image

« Vous avez la preuve que Mme Belloubet a donné l’ordre de ces perquisitions ? » demande Léa Salamé à Alexis Corbière, au lendemain de l’orageuse perquisition dans les locaux de la France insoumise. Ah, chère Léa ! La preuve ! Bien sûr que non. Quelques souvenirs, en revanche. Pas très anciens : c’était il y a à peine un mois. La presse se faisait l’écho d’une information : Emmanuel Macron avait personnellement recalé trois candidats à la succession de François Molins au poste de procureur de Paris. Il avait récusé trois candidats issus de la procédure habituelle de nomination. « L’Elysée prend la main sur les procureurs » titrait Le Monde« Macron veut poser son parquet »titrait Libé« Macron veut choisir lui-même ses procureurs »,titrait Mediapart. Au vu et au su de tous, Macron faisait voler en éclats l’increvable fiction française de « l’indépendance de la Justice ». Et envoyait un signal clair : le procureur qui suivra les « affaires sensibles », à commencer par les instructions Benalla, aura réussi son examen de passage auprès de lui.

Ce tir groupé d’articles date des 25, 26, 27 septembre. Trois semaines à peine. Il faut se souvenir de cet épisode, pour apprécier à leur juste valeur les questions, les éditos offusqués, aujourd’hui, de la même presse, devant les spectaculaires images de la confrontation physique entre Jean-Luc Mélenchon et les policiers qui lui interdisent de pénétrer dans le local de la France insoumise, en cours de perquisition. Confrontation physique qui s’est achevée par l’interruption prématurée de la perquisition, apparemment sans procès-verbal listant les pièces saisies, ce qui entrainera logiquement sa nullité.

De ces images spectaculaires, on fera une lecture opposée, selon que l’on postule, en France, la Justice indépendante, ou asservie au pouvoir politique. Vaste et éternelle question, qui n’appelle pas de réponse en noir et blanc, et que je ne vais pas trancher ici. Sur les deux enquêtes préalables visant La France insoumise, nous vous avons tout dit. Sur l’affaire des comptes de campagne (de Mélenchon ET de Macron), notre émission est ici. Sur les conditions dans lesquelles une députée alors lepéniste a dénoncé Mélenchon dans l’affaire des assistants parlementaires, après investigation express sur Google, notre enquête d’hier est ici.

Sous réserve d’irrégularité, la perquisition au siège de la France insoumise est légale. La perquisition au domicile de Jean-Luc Mélenchon est légale. Les enquêtes préliminaires, qui se poursuivent sous la seule autorité du procureur, sans nomination de juge indépendant, sont légales. Le procureur a parfaitement le droit de faire durer le préliminaire un mois, six mois, un an. Tout est légal. Les éditorialistes offusqués sont parfaitement fondés à condamner le comportement racailles que de Mélenchon. Tout au plus, pour que lecteurs et téléspectateurs se fassent la lecture la plus juste des spectaculaires images, pourrait-on leur demander un peu de mémoire. Trois semaines, par exemple.

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