“La honte isole… la prise de parole, ça fait de nous un peuple !”

Ci-dessous l’interview qu’Aède Haenel a accordé à Mediapart au sujet des violences qu’elle a subies, et comment elle les transcende pour les fondre dans un combat commun d’émancipation de toute l’humanité…

La France Insoumise, dans le chapitre 6 de l’Urgence Démocratique de son programme L’Avenir en commun propose :

Abolir les ségrégations et lutter contre toutes les formes de racisme

  • Assurer l'égalité réelleet combattre les discriminations fondées sur le genre, le handicap, l'apparence, la couleur de peau, l'âge, l'orientation sexuelle, la religion ou la croyance, l'origine sociale ou la fortune.

Abolir le patriarcat dans l'Etat et la société

  • Assurer l'égalité réelle et combattre les discriminations fondées sur le genre, le handicap, l'apparence, la couleur de peau, l'âge, l'orientation sexuelle, la religion ou la croyance, l'origine sociale ou la fortune
  • Renforcer la loi et les moyens contre les violences faites aux femmes
  • Généraliser le Planning familial dans ses missions de formation et d'éducation pour la contraception et le droit à l'avortement
  • Adopter une loi de lutte contre le sexisme
  • Abolir la prostitution et garantir la dignité de la personne humaine

Une campagne de la France Insoumise

Diffusons
toutes et tous ce tract pour préparer la marche #nous toutes
samedi 23 novembre

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Eric Coquerel : «Pourquoi je marcherai le 10 novembre contre la haine anti-musulmans»

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Nous reproduisons ici, au titre du débat, la tribune qu’Eric Coquerel, député LFI, consacre à la manifestation du 10 novembre.

Le 28 mars 2018, après la mort de Mireille Knoll, j’ai marché contre l’antisémitisme à l’initiative du Crif. S’y trouvaient des forces et personnes aux antipodes de mes idées, y compris Marine Le Pen. Personne ne m’en a fait le reproche.

Je l’ai fait à nouveau le 19 février : je me suis retrouvé place de la République avec tout l’arc politique français, dont des personnalités évidemment très éloignées, pour dire de nouveau non à l’antisémitisme. Personne ne m’en a fait le reproche.

Le 14 octobre 2019, j’ai tenu un meeting en solidarité avec les Kurdes du Rojava, à l’initiative de Jean-Christophe Lagarde, où j’ai côtoyé des responsables politiques ou associatifs tout aussi éloignés de moi, tels Bruno Retailleau ou Bernard-Henri Lévy. Personne ne m’en a fait le reproche.

Le 10 novembre 2019, je marcherai contre la haine envers les musulmans, avec des personnalités proches et d’autres éloignées de mes combats politiques. Je marcherai sans hésiter car comme dans les autres cas, la cause est noble et la situation appelle à une réaction forte. Mais cette fois, on me le reproche.

Ces reproches viennent y compris de mon «camp», voilà pourquoi je tiens à convaincre.

On me dit que j’aurais changé. C’est surtout la période qui a changé. Longtemps, j’ai refusé le terme «islamophobie». Il présentait le risque de subordonner le combat antiraciste au prisme de l’appartenance religieuse. J’y voyais le danger de transformer toute critique d’une religion, un droit légitime, en un soi-disant racisme. Mais à mes yeux, le propre d’un militant politique est de ne pas rester figé dans une négation du réel et d’être à l’écoute de ceux qui sont opprimés. Des digues ont sauté en grand : c’est bien au nom de leur religion que des millions de nos concitoyens sont aujourd’hui discriminés. Ils le disent, dans la dernière enquête menée pour la Dilcrah et la fondation Jean-Jaurès : plus de quatre musulmans sur dix ont fait l’objet d’au moins une forme de discrimination liée à leur religion.

Depuis plusieurs années, les Français musulmans subissent en effet une campagne de discriminations allant crescendo ; ils sont désignés sans cesse comme en dehors de la sphère de la République, comme des ennemis intérieurs.

La comparaison assumée entre des musulmans et les nazis, l’humiliation et l’exclusion publique d’une mère portant un voile au conseil régional de Bourgogne, la proposition de délation à peine masquée vantée par le président de la République puis concrétisée par un ministre appelant à signaler les petits garçons refusant la main d’une petite fille… Tous ces faits n’ont eu lieu qu’en l’espace de deux mois depuis la rentrée. Jusqu’à cet attentat devant une mosquée, par haine assumée de ses croyants. Tous les militants du camp progressiste, tous les républicains convaincus devraient s’alarmer de cette avalanche de haine. Au lieu de cela, silence radio… Des compatriotes sont insultés, publiquement dénigrés, maintenant ciblés physiquement et ni le président de la République ni même un ministre n’ont daigné se déplacer devant la mosquée à Bayonne pour exprimer la solidarité de la Nation…

Aujourd’hui, comme d’autres par le passé, des gens sont discriminés en raison de leur appartenance religieuse. L’historien Gérard Noiriel l’a bien analysé dans son livre comparatif entre Drumont et Zemmour. Voilà le danger prioritaire.

Le risque de dérive communautariste, c’est-à-dire la capacité d’une communauté de subordonner les lois de notre République aux lois d’une religion ou de ses intérêts particuliers, n’a pas aujourd’hui de réalité de masse. Et si danger communautariste il y a, peut-être faut-il plutôt regarder vers certains quartiers de Neuilly ou du XVIe arrondissement de Paris, où les «ghettos de riches», si bien analysés par les Pinçon-Charlot, évoluent dans une endogamie assumée, tout en imposant au pays une politique conforme à leurs intérêts de classe.

Les politiques identitaires, qui ne sont malheureusement plus l’exclusivité du Rassemblement national, et les inégalités du libéralisme sauvage portés par le gouvernement français sont un danger bien plus grand pour saper nos fondements républicains. Si risque de division il y a, il vient bien plus de cette haine propagée envers une partie de la population française.

Si nous sommes d’accord sur ces constats, alors nous devons réagir. Est-ce qu’un seul terme doit nous empêcher de réagir ? Ma réponse est non.

Force est de constater qu’«islamophobie» est aujourd’hui celui le plus communément admis pour définir cette stigmatisation des Français musulmans. Il n’a toujours pas ma préférence mais à partir du moment où il est bien défini ainsi dans le texte, il ne peut pas m’empêcher de signer un appel unitaire – appel tout à fait juste sur le fond.

Je l’ai signé sans renier aucun de mes marqueurs politiques : je peux m’opposer aux lois liberticides que sont la transformation de l’état d’urgence en droit commun ou le projet de loi adopté au Sénat interdisant à des mères voilées d’accompagner des sorties de classe, tout en affirmant mon attachement à la loi de 1905 et à la mise à l’écart de signes d’appartenance religieuse à l’école où étudient des personnes mineures.

S’il n’y avait pas eu cet appel pour une marche le 10 novembre, il n’y aurait eu aucune initiative de rassemblement contre cette forme particulière de racisme. Rien ! Qu’ont proposé ceux qui protestent contre cette initiative pour réagir à la hauteur du danger ? Rien.

Est-ce à dire que lorsqu’il s’agit de défendre des compatriotes musulmans traînés dans la boue et victimes d’attaques par armes à feu, le combat ne mérite plus d’être mené ? Ou seulement au prix d’une pureté politique absolue, ou d’un universalisme abstrait estimant que la lutte contre les discriminations envers les musulmans est la seule qui doit être intégrée dans des luttes plus globales – à savoir «lutter contre le racisme» ? Je ne serais pas de ceux-là, il y va de mon honneur. Je refuse de fermer la porte à la seule initiative politique proposée pour l’heure, en regardant par la fenêtre la haine se déchaîner contre mes concitoyens.

Eric Coquerel député de la Seine-Saint-Denis (LFI)(https://www.liberation.fr/auteur/3770- eric-coquerel)

Diaboliser une initiative pour discréditer son objectif ?

Nous publions ici La Tribune que Jean-Luc Mélenchon a écrite sur son blog, devant a polémique suscitée par l’appel du 10 novembre. Sujet difficile peut-être… Les commentaires vous sont ouverts !

En dehors de cette initiative pour une marche le 10 novembre, quoi d’autre dans le paysage ? L’alternative au texte d’appel à manifester contre la haine des musulmans est la banalisation du silence à propos de la haine des musulmans. Certains ont fait croire à une vague antisémite des gilets jaunes en février dernier en se moquant bien de la réalité de ce qu’ils dénonçaient. Des croix gammées avaient été taguées sur des murs. Le Parisien avait titré sur toute la une : « Ça suffit ». Des rassemblements furent convoquées dans tout le pays, le président en personne s’y rendit. Il passa même auparavant rendre visite à un monument du martyr juif à Paris. Quelques-uns de nos actuels imprécateurs exaltés nous accusèrent lâchement d’être « ambigus » face à l’antisémitisme. Partout dans les rassemblements nous eûmes à subir des grossièretés impunies. Puis on découvrit qu’une seule personne, sans aucun rapport avec les gilets jaunes, avait fait tous les tags incriminés. Ni excuses ni rétropédalage. Le ridicule n’a pas rendu plus vigilant depuis.

En tous cas, rien de toute cette capacité de mobilisation ne s’est manifesté quand il s’est agi des musulmans. Rien. Alors on fait avec ce qu’on a. À mes yeux, les musulmans valent autant que les autres. Ils doivent savoir que la France républicaine, ce n’est pas seulement ceux qui leur tournent le dos aussi grossièrement dans le malheur. Ils doivent savoir que les défenseurs intransigeants de la laïcité que nous sommes garantissent la liberté de leur culte comme celui de tous les autres. Ce qui n’est pas le cas de bien d’autres bonnes âmes qui donnent des leçons mais courent se faire voir à Saint-Sulpice, promeuvent les messes du 11 novembre, les processions de rue ou courent les synagogues kippa sur la tête à tout propos et supportent sans broncher les pires injures et stupidités proférées contre les musulmans.

Je m’adresse à vous, mes amis les plus proches que la campagne de dénigrement de cet appel fait hésiter. Réalisez qu’on ne doit pas accepter de faire des musulmans une catégorie qu’on ne pourrait défendre qu’en combinaison contre la lèpre ! Certes, « islamophobe » est un mot que nous n’aimons pas. Certes nous préférons combattre la « haine des musulmans ». Mais la question posée aujourd’hui n’est pas du tout celle du droit ou non de critiquer une religion. Ce droit n’est pas mis en cause. Le mot aujourd’hui désigne autre chose dans l’esprit public et dans la réalité. Il s’agit de combattre une attitude de haine aveuglée poussant aux mauvais traitements et au crime contre les croyants réels ou supposés d’une religion. C’est ce que dit expressément le texte que j’ai signé à propos de l’islamophobie : « Quel que soit le nom qu’on lui donne, il ne s’agit plus ici de débats d’idées ou de critique des religions mais d’une forme de racisme explicite qui vise des personnes en raison de leur foi ». Les lois liberticides dont parle aussi ce texte ne sont pas nommées. C’est dommage. Cela permettrait de clouer le bec à ceux qui semblent vouloir oublier le contenu récent des lois sur l’état d’urgence qui permettent tous les abus ou celle du Sénat contre le seul voile des parents accompagnatrices bénévoles de sorties scolaires.

Me faire donner des leçons de laïcité et d’intransigeance a l’égard des intrusions du religieux dans la politique est un moment savoureux. Car je n’ai pas oublié les indignations sélectives passées et même récentes des mêmes quand je ne voulais rien céder aux autres religions. Ceux-là ne savent pas que la laïcité n’est pas le fouet des maîtres mais l’appel des opprimés qui veulent croire chacun comme bon leur semble qu’un autre monde sera moins cruel que celui-ci. Et si nous nous chargeons plutôt de changer celui-ci ici et maintenant, ne perdons pas de vue de quoi nous parlent les croyants du peuple. Quand Marx parle de « l’opium du peuple » à propos de la religion, on gagne à lire davantage que les premiers deux-cent quatre-vingt signes, car à l’époque on ne pensait pas au format du tweet. Il explique : « La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu ». Depuis cette vue, après avoir vaincu chez nous les manigances de l’Église catholique contre la République jusqu’en 1920, nous avons vu changer bien des choses. Nous avons appris à connaître avec la « théologie de la Libération » en Amérique latine comment la religion pouvait aussi ne pas être qu’une drogue qui annule la volonté d’agir pour changer le monde mais parfois l’exact contraire. Je ne dis tout cela et ne déborde de mon sujet que pour donner à respirer dans une querelle pour le reste bien étouffante. Pour le reste je persiste et signe au nom du texte réel et du contexte cruel.

Je crois utile de publier ici le texte réel que j’ai signé et je demande en conscience à mes amis de toujours ce qu’ils trouvent vraiment à redire à ce qu’ils lisent !

« Depuis bien trop longtemps, les musulmanes et les musulmans en France sont la cible de discours venant parfois de « responsables » politiques, d’invectives et de polémiques relayés par certains médias, participant ainsi à leur stigmatisation grandissante.
Depuis des années, la dignité des musulmanes et des musulmans est jetée en pâture, désignée à la vindicte des groupes les plus racistes qui occupent désormais l’espace politique et médiatique français, sans que soit prise la mesure de la gravité de la situation.

Depuis des années, les actes qui les visent s’intensifient : qu’il s’agisse de discriminations, de projets ou de lois liberticides, d’agressions physiques de femmes portant le foulard, d’attaques contre des mosquées ou des imams, allant même jusqu’à la tentative de meurtre.
L’attentat contre la mosquée de Bayonne le 28 octobre en est la manifestation la plus récente et les services de l’État savent que la menace terroriste contre les lieux de cultes musulmans est grande.

Il a fallu que cette violence jaillisse aux yeux de tous, à travers l’humiliation d’une maman et de son enfant par un élu RN au conseil général de Bourgogne Franche Comté, pour que tout le monde réalise ce que des associations, des universitaires, des personnalités, des syndicats, militants et au-delà, des habitants, dénoncent à juste titre depuis des années :
L’islamophobie en France est une réalité. Quel que soit le nom qu’on lui donne, il ne s’agit plus ici de débats d’idées ou de critique des religions mais d’une forme de racisme explicite qui vise des personnes en raison de leur foi. Il faut aujourd’hui s’unir et se donner les moyens de la combattre, afin que plus jamais, les musulmanes et les musulmans ne puissent faire l’objet de tels traitements.
Puisque les discours et déclarations d’intention ne suffisent plus, parce que l’heure est grave, le 10 novembre à Paris nous marcherons pour dire :

– STOP aux discours racistes qui se déversent sur nos écrans à longueur de journée, dans l’indifférence générale et le silence complice des institutions étatiques chargées de lutter contre le racisme ;

– STOP aux discriminations qui visent des femmes portant le foulard, provoquant leur exclusion progressive de toutes les sphères de la société ;

– STOP aux violences et aux agressions contre les musulmanes et les musulmans, qui se retrouvent progressivement déshumanisés et stigmatisés, faisant d’eux des terroristes potentiels ou des ennemis de l’intérieur ;

– STOP aux délations abusives jusqu’au plus haut niveau de l’État contre des musulmans dont le seul tort serait l’appartenance réelle ou supposée à une religion ;

– STOP à ces dispositifs de surveillance de masse qui conduisent à une criminalisation pure et simple de la pratique religieuse : les conséquences, notamment pour des salariés licenciés et des familles déstabilisées sont désastreuses et ne peuvent plus être tolérées. Cette criminalisation se fait au détriment des libertés fondamentales et des principes les plus élémentaires d’égalité censés guider notre pays.

Nous, musulmans ou non, disons STOP à l’islamophobie et nous serons nombreux pour le dire ensemble le 10 novembre prochain à Paris.
Nous appelons toutes les organisations, toutes les associations, tous les collectifs, toutes les fédérations de parents d’élèves, tous les partis politiques, toutes les personnalités, tous les médias, toutes les personnes solidaires à se joindre à cet appel solennel et à répondre présent à la marche du 10 novembre prochain.
Il en va des libertés fondamentales de tous. Il en va de la dignité et de l’intégrité de millions de concitoyens. Il en va de notre unité à tous, contre le racisme sous toutes ses formes qui, aujourd’hui, menace une nouvelle fois la France. »

Kurdistan syrien. « Nous n’avons aucune confiance dans les acteurs sur le terrain »

Nous reproduisons ci-dessous un article de Sylvain Mercadier et Raphaël Lebrujah, journalistes indépendants, sur la situation dans le Rojava et sur les enjeux politiques de la résistance à l’invasion turque.

Cet article est publié sur le site Orient XXI. Pour lire l’article sur le site original, cliquez sur le logo…

En direct du Rojava · L’opération militaire baptisée « Source de paix » a vu déferler l’armée turque et ses supplétifs de l’Armée nationale syrienne sur le nord-est de la Syrie. De violents combats ont déjà coûté la vie à des centaines de combattants mais aussi de civils et engendré une complexe bataille diplomatique. Prise en étau, l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie semble toutefois déterminée à préserver son autonomie chèrement acquise. Réactions des habitants sur place.

À Qamishli, la bannière des Forces démocratiques syriennes (FDS) flotte encore. Quasi quotidiennes, les manifestations rassemblent des habitants de la ville devant le siège de l’ONU où ils brandissent le drapeau jaune de la milice comme un pied de nez à l’accord russo-turc qui prévoit son retrait de la zone. « Nous sommes-là pour soutenir les FDS. C’est pour cela que nous venons devant les bureaux de l’ONU, pour faire entendre notre voix, afin que la Turquie arrête son offensive, que celle-ci soit condamnée de manière plus ferme, plus officielle et plus cohérente par la communauté internationale », explique Mohamed Ahmed, le coprésident du Conseil de la jeunesse kurde du Rojava, l’un des organisateurs de la manifestation du 28 octobre.

Depuis le début de cette opération1, l’armée turque s’est emparée d’un large corridor le long de sa frontière allant de Ras Al-Ayn à Tell Abyad, en coupant l’autoroute M4. C’est sur cette voie reliant Qamishli à Manbij que des djihadistes s’étaient illustrés en assassinant des civils désarmés, dont la femme politique kurde Hevrin Khalaf.

ACCORD TACTIQUE

En parallèle à l’accord russo-turc qu’appliquent les FDS, et depuis la trahison de leur parrain américain, l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (Aanes)2 a fait appel au régime syrien via une médiation russo-iranienne pour renforcer ses défenses. Cet accord tactique a permis le déploiement de soldats du régime sur de nombreux fronts, mais n’a pas pour autant rendu caduque l’administration autonome, qui continue de gérer la région appuyée par ses services de sécurité.

« Le régime est venu dans le cadre d’un dialogue de Syrien à Syrien […]. Il souhaite revenir et se réinstaller. C’est un problème pour l’auto-administration. Nous n’avons pas discuté de ce projet, mais uniquement de la venue de soldats pour protéger la frontière »,précise Berivan Khaled, la coprésidente du Conseil démocratique syrien, la plus haute instance politique de l’Aanes. Comme elle, la plupart des cadres de l’administration autonome de Ayn Issa se sont repliés à Rakka, désormais menacée par l’offensive turque. La dernière route reliant l’ancienne capitale de l’organisation de l’État islamique (OEI) aux villes de l’est passe plus au sud, via Hassakeh notamment.

Dans la ville encore ravagée par la bataille contre l’OEI, l’administration autonome s’est installée dans les locaux du conseil cantonal de Rakka, lui-même situé dans une ancienne université reconvertie en bâtiment administratif et placé sous haute surveillance. De nombreuses fois visés par les attentats de l’OEI ces derniers jours, les représentants rencontrés semblaient particulièrement tendus. « J’ai survécu à un attentat il y a deux jours », raconte Abd El Salem Hamsourak, le coordinateur local des affaires humanitaires, visiblement éprouvé par l’incident. Il nous explique que l’opération turque a engendré une résurgence soudaine des actes terroristes orchestrés par des cellules dormantes de l’OEI.

Dans un bureau voisin, nous rencontrons Ibrahim Hassan, un Turkmène de la région de Tell Abyad. Un an et demi plus tôt, il a survécu à un attentat qui lui a coûté l’usage de ses jambes. « Je suis le coresponsable3 des travaux de reconstruction de la ville. Depuis la libération, nous avons bien entamé la reconstruction de la ville. Mais cette nouvelle guerre va interrompre nos efforts pour les mois à venir. »

Même analyse pessimiste de la part d’Abd El Kader Mowahed, le coprésident du bureau pour les affaires humanitaires de la région. « Avec l’arrivée du régime, les organisations internationales qui travaillaient dans le nord-est ont brusquement évacué leurs employés étrangers, souvent les plus qualifiés, et mis un terme à de nombreux projets, alors que la crise humanitaire enfle de jour en jour », déplore-t-il. « En plus de cela, l’ONU se retrouve coincée par le régime qui n’a pas donné son accord pour la construction de nouveaux camps dans la région alors qu’elle en a grandement besoin. On est obligé de trouver des places dans les camps déjà existants ou chez l’habitant. Avec l’hiver qui approche, la crise humanitaire risque d’être dramatique »,conclut Mowahed, amer.

Prompt à envoyer ses soldats sécuriser les frontières de la Syrie, mais beaucoup moins à collaborer pour une assistance humanitaire, le régime syrien espère pouvoir enfin reprendre le contrôle de la région qui lui échappe en majeure partie depuis le début de la guerre en 2011. Depuis l’annonce de l’accord entre les FDS et le régime, l’éventualité d’un retour de l’appareil d’État baasiste est sur toutes les lèvres. Dans Amoudeh, lors d’un conseil des communes qui gèrent les affaires de quartier, regroupant chacun environ 1 500 habitants, un cadre politique est venu expressément rassurer la population et le personnel enseignant que l’accord en vigueur n’ouvrait pas la voie à un retour du régime. « Nous avions peur que ce soit la fin de notre programme scolaire. Nous ne voulons pas être forcés d’enseigner le programme de Damas qui est idéologique et nie la pluralité de la nation syrienne », nous explique une directrice d’école. Dans ses déclarations, le régime semble avoir mis l’éducation en troisième priorité derrière l’armée et la police concernant la réintégration dans le giron baasiste des institutions de la région autonome.

« Nous n’avons aucune confiance dans les acteurs sur le terrain quel qu’ils soit », explique Abd El Karim Omar, le responsable des relations diplomatiques de l’Aanes. Malgré la position extrêmement délicate de l’administration, les institutions semblent tenir bon. Les différents accords internationaux ont cependant poussé les FDS à se replier officiellement en dehors d’une bande de 32 km de la frontière turque sous supervision russe. Savoir si ce retrait est effectif est une autre question. Les FDS se sont préparés à l’offensive turque depuis des mois. Dans toutes les villes frontalières des centaines de kilomètres de galeries souterraines ont été creusées pour soutenir un siège, se protéger des bombardements et prendre l’ennemi à revers. Ces travaux se sont fortement accélérés ces dernières semaines. « Les FDS ne se sont jamais vraiment retirées de la frontière. Ils font partie de la population. Qui défendrait nos villes si la Turquie procédait à une attaque-surprise ? », nous déclare anonymement un habitant d’Amoudeh.

IMBROGLIO MILITAIRE

L’évacuation partielle de la région par les forces américaines a permis l’entrée en action des militaires russes qui organisent désormais des patrouilles le long de la frontière avec la Turquie. Grâce au retrait américain, pour la première fois depuis le début de la guerre en Syrie, le drapeau russe flotte dans les rues de Qamishli, d’Amoudeh et de Hassakeh. De leur côté les marines suivent des ordres confus et contradictoires. Après avoir abandonné leurs installations dans la région de Kobané et Ayn Issa, ils ont finalement établi un nouvel objectif de contrôle des champs de pétrole situés entre la région de Deir Ezzor et Jezireh, dans l’est du pays. Cette mission difficilement justifiable permet aux États-Unis de se maintenir en Syrie.

Après avoir tenté en vain de rapprocher les FDS des rebelles djihadistes d’Idlib, les Américains semblent désormais vouloir éloigner les contingents arabes des Kurdes pour garder le contrôle de la zone, pendant que la population de la région manifeste régulièrement contre un retour du régime syrien.

LE POIDS DE L’AVIATION

Désormais, la frontière syro-turque vit au rythme des curieuses allées et venues de patrouilles militaires tantôt russo-baasistes, russo-turques, russo-Asaysh4, baasiste-Asaysh, quand ce ne sont pas des convois militaires américains escortés par des hélicoptères qui vont et viennent sans que personne ne comprenne vraiment quelle est leur destination. Malgré la présence pléthorique de ces forces de maintien de l’ordre censées faire appliquer l’accord de cessez-le-feu, les forces turques ont continué leur poussée dans certains secteurs.

« Si les avions turcs n’opéraient pas en Syrie, leurs forces au sol ne pourraient pas prendre une seule ville. Il n’y a pas de doutes là-dessus. À Ras Al-Ayn, ils ont avancé dans la ville de jour et les FDS ont repris le dessus la nuit », soutient Zaidan Al-Assi, le coprésident du conseil de la Défense de l’Aanes. Renforcée par des contingents de djihadistes, l’armée turque menace désormais la région de la rivière Khabbour, peuplée entre autres de populations chrétiennes. « La communauté syriaque du Khabbour subit une menace existentielle du fait des opérations turques. Sa sécurité doit être assurée », nous alerte Kino Gabriel, porte-parole des FDS et commandant du Conseil militaire syriaque.

Mais il n’y a pas que les minorités chrétiennes qui luttent pour se maintenir dans la région. Les Arabes sont également inquiets et ont été tout aussi prompts à se mobiliser pour contrer la menace turco-djihadiste. « Les Arabes forment plus de 70 % des FDS. Il ne faut pas l’oublier. Venez voir les martyrs tombés ces derniers jours, la majorité d’entre eux sont arabes », lance Zaidan Al-Assi, lui-même un ancien commandant arabe d’une milice laïque de l’Armée syrienne libre (ASL) originaire d’Hassakeh et ayant rejoint les FDS après l’islamisation de l’opposition syrienne.

À ces contingents déjà engagés se sont joints des combattants spécialement mobilisés issus des tribus arabes solidaires de la lutte contre l’invasion turque. Loin d’avoir divisé les communautés de la région autonome, l’offensive turque semble les avoir rassemblés. Comme lors de l’opération Rameau d’olivier à Afrine en 2018, l’agression par Ankara a ravivé l’unité nationale syrienne.

Livrés à eux-mêmes et malgré un rôle central joué dans la traque et l’élimination d’Abou Bakr Al-Baghdadi, calife autoproclamé de l’OEI, les FDS se retrouvent acculées par une armée turque dirigée par un président qui a juré de leur « casser la tête ». Parallèlement, la fragilisation de l’l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (Aanes)5 pourrait aider à concrétiser le souhait de Damas de réimposer son autorité sur une région qui lui échappe depuis des années. Néanmoins, les représentants de l’Aanes rencontrés ces derniers jours insistent sur le fait qu’ils ne sont pas prêts à renier si facilement une autonomie si chèrement gagnée. « Nous avons eu 11 000 martyrs et 24 000 blessés pour libérer nos territoires des djihadistes, nous n’allons pas baisser les bras et continuerons de résister. […] Une fois qu’on aura stabilisé [la région] sur le plan militaire, nous aurons un dialogue avec le régime sur la question de l’auto-administration et nous espérons qu’il y aura un soutien international lorsque celui-ci aura lieu », ajoute Berivan Khaled.

SYLVAIN MERCADIERJournaliste indépendant.

RAPHAËL LEBRUJAHJournaliste indépendant.

MICHELIN : Les Insoumis disent non à l’intimidation !

Les Insoumis devant Michelin

Les camarades de Lutte Ouvrière s’étaient vus refuser la possibilité de distribuer des tracts devant l’usine Michelin le 14 octobre.

Devant cet essai patronal d’entraver la parole politique de soutien aux salariés, surtout de la part d’une entreprise qui s’est gavée au CICE pour s’offrir le luxe de licencier et de fermer une usine, la France Insoumise, le PCF et Lutte ouvrière ont distribué conjointement devant les portes de l’usine ce mercredi 6 novembre.

Dans leur lutte contre les licenciements et la fermeture de l’usine de La Roche sur Son, les salariés ont tout le soutien de la France Insoumise. On peut ainsi lire dans Ouest-France du 7 octobre l’article suivant :

Inquiets quant à l’avenir du site Michelin à La Roche-sur-Yon, des salariés ont débrayé, vendredi 4 octobre
.Le groupe des Insoumis de La Roche-sur-Yon réagit : « Les Insoumis yonnais soutiennent les salariés de l’usine Michelin de La Roche-sur-Yon. Nous étions à leur côté lors de la grève du 4 octobre 2018, à l’appel de la CGT. Nous avons manifesté et affirmé notre solidarité dans cette lutte hélas prémonitoire. »
Sous la plume de Gorges Perron, le collectif tacle l’absence des « collectivités vendéennes et (de) leurs élus ». Le collectif appelle les Yonnais « à réagir pour sauvegarder l’emploi de leurs amis, de leurs parents, de leurs collègues salariés et ouvriers ». Pour la France insoumise, le groupe Michelin, « une fois de plus, vise à faire payer à ses salariés les dividendes de ses actionnaires ».

Assemblée des Gilets jaunes : “Tous dans la rue à partir du 5 décembre, en grève ou sur le rond-point” !

Pour la quatrième Assemblée des Assemblées, quelque 600 Gilets jaunes représentant environ 200 délégations de ronds-points se sont réunis ce week-end dans un musée désaffecté de Montpellier. A bientôt une année du début du mouvement le 17 novembre 2018, les Gilets jaunes ont voté à la majorité la jonction avec la grève illimitée du 5 décembre.

“L’ADA réunie à Montpellier ce jour estime, après une année de mobilisation acharnée, que la situation est à un tournant.

L’heure est à la convergence avec le monde du travail et son maillage de milliers de syndicalistes qui comme nous, n’acceptent pas.

Il faut un rassemblement du peuple français dans toutes ses composantes : paysans, retraités, jeunes, artistes, personnes en situation de handicap, petits artisans, ouvriers, chômeurs, précaires, travailleurs du public comme du privé….

Nous avons cette occasion à saisir, à partir du 5 décembre, date à laquelle des centaines de milliers de travailleurs seront en grève et en assemblées générales pour la reconduire jusqu’à la satisfaction de nos revendications.

L’ADA de Montpellier appelle les Gilets Jaunes à être au cœur de ce mouvement, avec leurs propres revendications et aspirations, sur leurs lieux de travail ou sur leurs ronds-points, avec leurs Gilets bien visibles !

La défaite du gouvernement sur sa réforme des retraites ouvrirait la voie à d’autres victoires pour notre camp.

Tous dans la rue à partir du 5 décembre, en grève ou sur le rond-point ou en action de blocage !

Tous ensemble, tous unis et cette fois, en même temps ! “

Appel à action du 8 au 11 novembre : libérez Khalida Jarrar, Heba al-Labadi, Samer Arbeed et tous les prisonniers palestiniens !

Khalida, Heba et Sameer ont tous-tes, indépendamment les un-e-s des autres, organisé et parlé en faveur des prisonniers palestiniens. Khalida est l’une des plus importantes avocates pour les prisonniers palestiniens, ancienne vice-présidente du bureau des directeurs de l’association pour le soutien aux prisonniers et pour les droits humains Addameer. Heba a écrit et a fait campagne en faveur des prisonniers politiques palestiniens, pour inciter à leur libération, dont celle de Georges Abdallah, emprisonné en France pendant 35 ans. Samer Arbeed a été bénévole et a travaillé pour des organisations réclamant la libération de prisonniers — et il a déjà été ciblé pour ce travail. 

Du vendredi 8 novembre au lundi 11 novembre, parlez en faveur de Khalida, Heba, Samer et des milliers de Palestiniens retenus derrière les barreaux. La torture, la détention arbitraire et la violence ont lieu devant le monde entier et nous devons parler pour soutenir ces Palestiniens réclamant leurs droits les plus fondamentaux. Libérez tous les prisonniers palestiniens ! Liberté pour la Palestine !

Lire la suite de cet appel à action en date d’hier sur le site de l’Agence.

A lire aussi sur le site de l’Agence: 

« Vous voulez savoir de quoi je suis accusée ? Moi aussi ».

Et cet article publié le 31 octobre dernier:

Khalida Jarrar, figure de la gauche palestinienne, arrêtée par Israël

Rojava : rassemblement de soutien

Mercredi 30 octobre à 18 heures se tenait un rassemblement de soutien au Rojava agressé, au mépris du droit international, par l’armée turque, et abandonné lâchement par ceux, pays de l’Europe et Etats-Unis, pour lesquels ils ont sacrifie 11000 jeunes gens et filles pour vaincre Daesh.

Mercredi 30 octobre à 18 heures se tenait un rassemblement de soutien au Rojava agressé, au mépris du droit international, par l’armée turque, et abandonné lâchement par ceux, pays de l’Europe et Etats-Unis, pour lesquels ils ont sacrifie 11000 jeunes gens et filles pour vaincre Daesh.

Les Insoumis sur la place de l'Hôtel de Ville

Des Insoumis-e-s étaient venu-e-s de tout le département, et même trois camarades avaient fait le déplacement depuis la Haute-Marne pour affirmer notre attachement à cette expérience exceptionnelle de justice, de féminisme, de démocratie et d’écologie qu’est le projet politique du Rojava.

Des Insoumis-e-s étaient venu-e-s de tout le département, et même trois camarades avaient fait le déplacement depuis la Haute-Marne pour affirmer notre attachement à cette expérience exceptionnelle de justice, de féminisme, de démocratie et d’écologie qu’est le projet politique du Rojava.