Bolivie : quelle photo choisir ?

La forêt est totalement carbonisée. Les dommages sont irréversibles.
Evo Morales, l e 27 août 2019, en soutien à l'action des pompiers.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que la Bolivie souffre de l’indifférence des media, contrairement aux entreprises agro-industrielles et aux fabricants de batteries, avides du lithium dont ce pays est une des principales ressources.

Lors de la gigantesque vague d’incendies qui a ravagé l’Amazonie, la Bolivie a été durement touché, plus durement même, proportionnellement, que son voisin brésilien. Si les feux ont été éteints par les pluies du mois d’octobre (enfin!), les braises ont été bien attisées à l’intérieur du pays pour compromettre les clés de la réélection d’Evo Morales.

Critique justifiée en partie, car le modèle de développement agricole de la Bolivie reste encore un modèle extractiviste et intensif pour “lutter contre l’extrême pauvreté“. Si c’est là une réelle interrogation pour les forces du changement qui veulent ouvrir une perspective écosocialiste préservant la planète ET assurant le bien-être des classes les plus défavorisées, cela a été une occasion parfaite de propagande anti-révolutionnaire, entre naïveté et subversion organisée…

Voici ce que l’on pouvait lire dans Reporterre le 30 septembre 2019  :
“Il n’y a pas qu’au Brésil que la forêt brûle… Les incendies en Bolivie ont ravagé plus de 4 millions d’hectares depuis le mois d’août, et laissent derrière eux des arbres noircis, des sols forestiers couverts de cendres, des animaux carbonisés sur les terres dévastées et d’autres qui cherchent désespérément de la nourriture et de l’eau.
La majorité des incendies se produisent dans des zones naturelles protégées.
Le bilan de la perte pour la faune est sans précédent : rien que dans le département de Santa Cruz, le plus détruit, on estime que plus de 2,3 millions d’animaux piégés par le feu (jaguars, pumas, ocelots, singes et lamas…) sont morts calcinés. « La forêt est totalement carbonisée et les dégâts sont irréversibles. Elle ne reviendra jamais à la normale », a déclaré Sandra Quiroga professeure à la Santa Cruz University. Les écologistes accusent Evo Morales, président de gauche, qui a promulgué des lois encourageant le brûlage de forêts et de pâturages pour développer la production agricole. Le gouvernement attribue les incendies à la sécheresse et aux vents qui attisent les flammes…

Naïveté ?

C’est en creusant un peu la question que l’on peut se poser…Si c’est là une réelle interrogation pour les forces du changement qui veulent ouvrir une perspective écosocialiste préservant la planète ET assurant le bien-être des classes les plus défavorisées, cela a été une occasion parfaite de propagande anti-révolutionnaire, entre naïveté et subversion organisée… Voici ce que l’on découvre sur Le Courrier des Balkans en date du 26 novembre 2019

L’OMBRE DES BALKANS PLANE
SUR LA CRISE BOLIVIENNE

Dans une enquête fouillée, Jean-Arnault Dérens et Simon Rico montrent que “La chute du Président Evo Morales semblait correspondre à un schéma bien établi, celui des « révolutions non violentes », théorisé par l’ONG serbe Canvas. Avant que le scénario ne déraille, laissant l’extrême droite prendre la main ?” 

CANVAS, c’est, dans un petit bureau de Novi Beograd, en Serbie, le siège du Center pour l’Application d’ Actions et de Stratégies Non Violentes (Center for Applied Non Violence Action and Strategies). Crée par des militants qui ont participé au mouvement qui a fait tomber Slobodan Milošević, leur modèle a été appliqué avec succès  en Géorgie en 2003, en Ukraine en 2004, au Kirghizistan en 2005.

Mais, selon ces journalistes, “leur dernier engagement suscite pourtant de nombreuses questions. En effet, dès le 29 août, le site d’investigation The Grayzone, d’inspiration « anti-impérialiste », publiait une enquête très approfondie sur leur implication dans les événements qui ont mené à la chute du Président de gauche Evo Morales.”

Car il semble bien qu’il y ait un lien entre cette organisation et Jhanisse Vaca Daza, dirigeante du mouvement Rios de pie, présentée comme un mouvement de défense des droits de l’homme et des peuples indigènes. Une opposante farouche à Evo Morales, comme le montre son tweet ci-dessous

 

Pourtant les journalistes citent la mise au point de la géographe Laetitia Perrier-Bruslé, chercheuse associée au laboratoire PRODIG « Les incendies ont été un moment de forte mobilisation et ils ont servi de prétexte à l’oligarchie autonomiste de Santa Cruz pour faire monter la pression, accusant Evo Morales d’être un traître à la nation. Ce qui est paradoxal alors même que leur agro-business est en partie responsable de la déforestation et donc des incendies. »

La lecture de l’article complet vous permettra de découvrir les liens de cette personne avec l’Human Rights Fundation, ONG très engagée contre les régimes hostiles aux EtatsUnis, et dont le fondateur est cousin de Leopoldo Lopez, leader de la droite d’opposition à Nicolas Maduro. D’autres soutiens ne laissent en aucun doute : le plus éminent en Bolivie ? Luis Fernando Camacho,  à l’instigation du coup d’état, et que Wikipedia présente comme “tenant d’une droite radicale et ultra-conservatrice, et entrepreneur représentant l’élite blanche de Santa Cruz de la Sierra”. 

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