Revue: Faire face à l’apocalypse

Le tableau « Fin du travail » de Jules Breton. Aujourd’hui, les agriculteurs ne représentent plus que 3 % de la population active en France, tout en restant l’un des métiers les plus indispensables de notre société. © Brooklyn Museum

Avec l’activisme insurgé autour du climat face à la crise, un livre marxiste sur le climat arrive à point nommé. John Walker examine le livre d’Alan Thornett, Facing the Apocalypse: Arguments for Ecosocialism .

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations Unies a averti qu’il ne restait que douze ans pour que le réchauffement climatique soit maintenu à un maximum de 1,5⁰ Celsius, sinon la Terre sera confrontée à des sécheresses, des inondations et une chaleur extrême, avec les membres les plus pauvres de l’humanité. étant le plus touché.

En réponse, entre autres, en Grande-Bretagne, nous avons vu les actions d’Extinction Rebellion et, à l’échelle internationale, une série de grèves scolaires, qui ont abouti à la grève mondiale pour le climat le 20 septembre 2019.

Dans ces conditions, la parution d’un livre sur le changement climatique par un marxiste arrive à point nommé. Le livre d’Alan Thornett, Facing the Apocalypse , n’est pas le premier livre sur l’environnement d’un marxiste, mais c’est un excellent résumé de ce que la crise entraîne et des approches possibles. Ses approches peuvent être critiquées (et plus tard dans cette revue, elles le sont), mais il est clair qu’il entend son livre comme le début d’un débat nécessaire et non comme sa conclusion finale. En tant que tel, il est extrêmement utile.

Le livre est le résultat de trois années de recherches très solides et est simple, direct et clair. Il s’agit essentiellement d’une série de courtes introductions à une analyse marxiste des aspects importants de la crise. Il est divisé en quatre sections: l’ampleur et la gravité de la crise, l’évolution de l’écosocialisme (démontrant ses racines dans le marxisme classique), des introductions à divers débats à gauche, avec la dernière section réimprimant les débats auxquels Thornett a participé.

Les chapitres sont courts et au point, d’excellents résumés de ce que vous devez savoir. Par exemple, la première section, sur l’étendue et la gravité de la crise, contient des chapitres définissant ce qui est possible, et ce qui n’est pas possible, sur la planète Terre («limites planétaires»), l’eau propre, la pollution et la sixième (actuelle) extinction massive de espèce. Aucun de ces chapitres n’est long et ils sont une introduction accessible à la science pour ceux qui la connaissent moins.

Dans la deuxième section, Thornett retrace l’histoire de l’écosocialisme, y compris ses racines dans les écrits de Marx et Engels. En plus de discuter de ses racines théoriques, il écrit également sur les luttes des peuples autochtones dans les pays du Sud – des informations utiles à utiliser contre ceux qui prétendent que la lutte pour l’environnement est une mode des classes moyennes du Nord.

La troisième section – de loin la plus longue – est une discussion sur la stratégie et la tactique. Face à l’urgence écologique (qui ne se limite nullement au climat) que faire? Thornett parle notamment de la question de savoir si les pollueurs doivent être taxés, les problèmes de croissance économique et si une quantité suffisante de nourriture peut être cultivée de manière durable pour nourrir la population mondiale. Il discute de l’automobile et des systèmes de transport, y compris des solutions telles que les véhicules électriques, les transports publics gratuits et le péage urbain. Il écrit également sur la croissance démographique, dont plus tard.

Les chapitres de cette section contiennent des informations extrêmement utiles, réduites à l’essentiel, à la fois pour les militants du climat et pour ceux qui ne connaissent pas le sujet. Cependant, vous en savez beaucoup sur la crise environnementale.

La dernière, quatrième section, réimprime un certain nombre de débats auxquels Thornett a participé à la suite de ses recherches. Le lecteur peut donc voir certaines des critiques qu’il a reçues pour ses opinions et ses réponses.

L’un des sujets abordés dans cette dernière section est la croissance de la taille de la population humaine, également abordée dans la troisième section. Il adopte l’opinion dominante de la gauche marxiste selon laquelle l’augmentation de la population n’est pas un problème. Il insiste sur le fait que, à moins que quelque chose ne soit fait à ce sujet, la taille de la population humaine deviendra écologiquement insoutenable. Ce n’est pas, dit-il, une question de nourriture. Il est d’accord avec ceux comme Martin Empson qui soutient que le problème alimentaire est lié à la distribution, que suffisamment de nourriture est produite pour nourrir la planète mais qu’elle n’atteint pas les affamés. Au lieu de cela, Thornett pense qu’il s’agit d’êtres humains vivant aux côtés d’autres espèces. Nous les extrayons en utilisant des ressources qui ne leur sont donc pas disponibles.

Il passe une bonne partie du chapitre sur la population dans la troisième section à se défendre contre les accusations de malthusianisme. Il est vrai que les écrits de Malthus ont dominé la pensée dominante sur la croissance démographique. Malthus, écrivant à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, a soutenu que, puisque la population humaine augmente à un rythme géométrique (1, 2, 4, 8, 16, etc.) tandis que l’approvisionnement alimentaire augmente à un rythme arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, etc.), toute tentative d’élever le niveau de vie de la masse de la population ne peut que conduire à la famine. La population humaine dépassera toujours ses disponibilités alimentaires. Le seul moyen, conclut-il, que les membres de la population active puissent élever leur niveau de vie est l’abstinence sexuelle. L’argument de Malthus était la théorie derrière l’introduction de l’atelier dans la Grande-Bretagne du XIXe siècle. Thornett nie que c’est son argument – longuement, car il semble très sensible à l’accusation – et, en effet, ce n’est pas le cas. Sa solution à la question de la croissance démographique est très différente.

Là où Thornett a raison dans son traitement de la croissance démographique, il est lié au féminisme. Il titre son chapitre «Population: un enjeu écoféministe». Il a raison de faire le lien, mais il a également raté le bateau. Pendant une grande partie du milieu du siècle dernier, dans de nombreux pays européens, les gouvernements ont estimé que la population déclinait et ont encouragé les femmes à avoir plus de bébés. Mais c’était à l’époque et c’est maintenant. Le succès, si limité soit-il, de la lutte pour les droits des femmes, en particulier pour le contrôle de leur propre fertilité, a fait en sorte que les femmes ne sont plus des machines pour bébés, et le taux de natalité mondial baisse par conséquent. Dans les pays développés comme le Royaume-Uni, le taux de natalité n’est plus assez élevé pour remplacer la population existante.

Ainsi, alors que Thornett a raison de défendre le droit d’une femme de choisir et de contrôler sa propre fertilité, pour leur propre bien, ceux-ci ont déjà pour effet de réduire le taux de natalité. Il n’est pas nécessaire d’avoir un gros argument à ce sujet, car c’est ce qui se passe, quoi que nous concluions. Pourtant, comme le souligne Thornett, la population mondiale augmente.

La raison de l’augmentation de la population n’est pas le nombre de naissances, mais le fait de personnes comme moi et Thornett – de plus de soixante-dix ans et refusant de donner un coup de pied. Le nombre réduit de bébés à naître est inférieur au nombre de vieux qui meurent. Les nombres des jeunes ne remplacent pas les nombres des vieux mais s’y ajoutent. Thornett le note mais n’en saisit pas la signification. Ce problème finira par se résoudre car il y a une limite à la durée de vie des gens et le nombre excessif de personnes âgées mourra. À la fin du XXIe siècle, la population mondiale commencera à diminuer. La question qu’il se pose vraiment est de savoir comment faire face à l’augmentation de la population (qui sera énorme) dans l’intervalle.

L’augmentation du nombre des anciens n’est pas seulement potentiellement liée aux chiffres bruts. À mesure que la population vieillit, la proportion de la population en âge de travailler diminue. Cela signifie que chaque travailleur a, dans la société dans son ensemble, un plus grand nombre de personnes âgées à charge. C’est cette proportion changeante qui est à l’origine de la proposition d’un groupe de conservateurs britanniques de relever l’âge de la retraite à 75 ans, supérieur à l’espérance de vie dans de grandes parties de la Grande-Bretagne. La véritable solution au problème du vieillissement de la population n’est pas claire. Il suffit de dire que la proposition des conservateurs doit être combattue. Quoi qu’il arrive, ce ne devraient jamais être les plus pauvres ou les plus vulnérables qui portent le fardeau de résoudre la crise environnementale.

Thornett est clair que les solutions à la crise environnementale doivent être sociales et non individuelles. Bien qu’il soutienne également que, autant que possible, un socialiste devrait réduire sa propre empreinte carbone individuelle.

Thornett lui-même est un militant industriel de longue date et un activiste marxiste, principalement dans les organisations trotskystes. Il était un ancien délégué syndical de l’usine automobile de Cowley et, en tant que tel, à un moment donné dans les années 1970, est devenu un nom familier lorsqu’il a été attaqué par l’ensemble des médias grand public.

En conséquence, il aborde la crise comme quelqu’un qui se considère comme se tenant dans la tradition de Marx, Lénine et Trotsky, et son chapitre sur la lutte environnementale en Grande-Bretagne se concentre sur les syndicats et le Labour Party (dont il est membre ). Dans sa conclusion, il dit que l’implication des syndicats est cruciale. Cela ne veut pas dire qu’il rejette les mouvements sociaux et les campagnes environnementales. Loin de là. Il les considère comme centrales.

Mais il rejette à juste titre l’attitude maximaliste de «l’attente de la révolution», soulignant que la révolution n’est pas imminente, donc, avec seulement douze ans pour agir, nous n’avons pas le temps d’attendre. Il souligne également que la gauche révolutionnaire n’adopte pas cette attitude avec d’autres questions et adopte plutôt des exigences transitoires.

Mais en rejetant le maximalisme, il rejette également le slogan «Changement de système, pas changement climatique». En rejetant cela, je pense que Thornett fait une erreur politique fondamentale de deux manières. Premièrement, il traite la révolution comme un événement plutôt que comme un processus. Certes, il y a, dans toute révolution, un point où les anciennes institutions doivent être renversées. Mais il y a, avant et après cela, une longue période de lutte où les choses changent (ou pas!) À la suite de cette lutte. Par exemple, empêcher les entreprises de se fracturer par l’action directe modifie les relations de pouvoir entre les entreprises de fracturation et les communautés de la classe ouvrière que la fracturation endommagera. La lutte ne laisse jamais «le système» inchangé, même si le changement est faible.

La deuxième erreur est qu’il existe – comme Thornett le montre lui-même tout au long de son livre – un lien intime entre le changement climatique et «le système». C’est le marché capitaliste, avec son besoin constant d’augmenter la production de biens à vendre, qui est à l’origine du changement climatique. Les élèves de l’école en sont conscients lorsqu’ils écrivent le slogan sur leurs pancartes en carton faites maison. Les personnes au pouvoir ont créé la crise environnementale en conséquence – des dommages collatéraux pour ainsi dire – de leurs activités, et les laisser poursuivre leurs activités signifie que le changement climatique se poursuivra sans relâche.

La lutte contre notre classe dirigeante et la lutte contre le changement climatique sont donc les mêmes. L’un n’attend pas l’autre. Ceux qui participent à une action directe contre le changement climatique, dans le cadre, par exemple, des événements de rébellion d’extinction, participent donc à une révolution, indépendamment de ce qu’ils pourraient penser. Le but est d’aider les participants et les partisans de ces actions à prendre conscience de ce fait afin que les choses n’inversent pas pendant que personne ne regarde.

C’est le besoin de vigilance car la tendance par défaut dans une société capitaliste est à la catastrophe environnementale, que l’implication de masse dans la lutte écologique est nécessaire. C’est pourquoi l’implication des syndicats est cruciale – un mouvement de masse avec des institutions permanentes, potentiellement capable de mobiliser des militants pour défendre les acquis et en pousser de nouveaux. Mais c’est aussi pourquoi nous avons besoin des mouvements sociaux et des campagnes moins formels, dont l’activité de masse peut être moins contrainte par l’inertie institutionnelle et, hélas, par la loi du pays.

Thornett sous-entend ce point mais ne le fait pas assez fortement. Mais malgré cela, son livre est extrêmement utile à la fois pour fournir des informations clés et pour définir un point de départ pour les débats. Cela vaut la peine d’être lu

John Walker

LA RÉFORME DES RETRAITES ENFIN DÉVOILÉE

Réaction de Gérard Filoche

Une réaction à chaud de l’inspecteur du travail Gérard Filoche qu’on ne croisera pas sur les média dominants mais à qui «Là-bas si j’y suis» a tendu son micro.

Émission du jour sur le Media

Avec Christophe Ramaux membre des «économistes atterrés» et la porte-parole du collectif citoyen «Nos retraites» qui se donne pour mission de diffuser des informations, du décryptage et de la “désintox” sur le projet de réforme des retraites concocté par le gouvernement.

Que pense le Rassemblement national des réformes des retraites ?

La Horde, 5 décembre 2019

C’est l’engagement 52 du programme du Rassemblement national (le même que celui de la candidate Le Pen en 2017) : « fixer l’âge légal de la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations pour percevoir une retraite pleine. » On pourrait donc trouver finalement légitime, si l’on met de côté toutes les autres mesures anti-sociales de son programme, que le parti de Marine Le Pen défile aujourd’hui… Et pourtant, quand on revient un peu en arrière sur l’attitude du FN-RN concernant les réformes successives sur la question des retraites et les mouvements de protestation qui les ont accompagnées, difficile de lui apporter le moindre crédit !

Au début des années 1990, si le Front national s’intéresse aux retraités, c’est que les sondages indiquent qu’ils constituent une part non négligeable de son électorat. Ainsi, en 1992 est créé le Cercle National des Retraités et des Pré-retraités, piloté par Claude Runner (cf. Géraud Durand, Enquête au cœur du Front national). L’idée est d’apporter une aide concrète aux retraités, à travers des renseignements pratiques compilés dans un Guide du départ à la retraite. Le Cercle organise également des réunions publiques, dont une, en février 1996, rassemble près de deux mille personnes, et à laquelle participe Jean-Marie Le Pen lui-même, accompagné de Bruno Gollnisch et Alain Dumait, un libéral-conservateur président et fondateur de l’association Contribuables associés qui, quelques années plus tard, fondera un « Comité pour l’entente à droite » visant à privilégier des accords électoraux entre droite et FN.

Lors du mouvement de protestation contre la réforme des retraites en 2003 initiée par François Fillon, Jean-Marie Le Pen s’emporte contre les « gréviculteurs publics qui passent de l’inégalité à la sédition” et déploré que “la France s’enfonce dans l’anarchie », accuse le gouvernement de “reculer devant la pression de la rue, manipulée par la gauche et l’extrême gauche »[1]. Pourtant, si le FN s’oppose à l’augmentation des cotisations et préfère un système à la carte où chacun partirait à la retrait quand il le souhaite, dans le même temps le parti de Jean-Marie Le Pen défend un allongement de la durée hebdomadaire du travail de 35 à 42 heures et le report progressif de la retraite de 60 à 70 ans… Tout en pointant du doigt, sans surprise, les étrangers : « Les immigrés d’aujourd’hui sont les chômeurs de demain et les retraités d’après-demain ; l’immigration, c’est le chômage des étrangers qui s’ajoute à celui des Français, les retraités étrangers qui s’ajoutent aux retraités français » déclare Carl Lang, alors secrétaire général du mouvement. De son côté, Louis Aliot, dans National Hebdo, se désole en voyant des milliers de travailleurs dans les rues : « Il est ahurissant de constater que tous ces syndicats, hier aux ordres de Moscou (…), continuent, sans être combattus, d’empêcher toute réforme vitale pour l’avenir de la nation ». No comment !

Lors du mouvement de 2010 face à la réforme qui prévoyait le relèvement de 60 à 62 ans de l’âge légal de départ à la retraite, Marine Le Pen, qui n’est encore pour quelques mois que vice-présidente du FN, si elle considère la réforme comme « profondément injuste et totalement inefficace », en profite surtout pour casser du sucre sur le dos des syndicats. Ainsi, à Toulouse en octobre, alors qu’elle est en pleine campagne pour la présidence de son parti, elle désigne les syndicats comme « complices du système »  car ils auraient accompagnés l’augmentation du chômage en ne protestant pas contre l’ouverture des frontières, qui aboutit selon elle à la remise en cause de « toute la protection sociale ». Et elle continue :  « ces gens sont là pour canaliser la colère. Ils font mine de défendre les salariés et puis ils acceptent quelques miettes du gouvernement et disent halte au feu, on a obtenu ce qu’on voulait. » Mais dans le même temps, elle s’inquiète des « cohortes de casseurs qui en profitent inévitablement pour effectuer des razzias » alors que « l’Etat a peur et se soumet à des bandes violentes en donnant l’ordre aux forces de police de ne pas répondre ». Toujours le même problème de cohérence pour un parti qui cherche à la fois à se placer du côté des protestataires (sauf s’ils sont organisés) et du côté de l’ordre établi.

Ce cafouillage est renforcé sur la question des retraites, car Jean-Marie Le Pen, en janvier 2012, se déclare favorable à un relèvement de l’âge de la retraite à 65 ans, tandis que sa fille, elle, promet de rétablir le droit à la retraite à taux plein à 60 ans avec 40 annuités, sans pour autant que cela apparaisse noir sur blanc dans le programme officiel de la campagne pour les présidentielles. Par ailleurs, Marine Le Pen défend le passage à la retraite par capitalisation, favorable à celles et ceux qui en auront les moyens, et l’abaissement de l’âge de l’apprentissage à 14 ans, faisant donc travailler les plus précaires plus jeunes encore.

C’est donc tout récemment, et uniquement dans la perspective d’étendre son électorat sur sa gauche, que Marine Le Pen s’intéresse à la question. Il faut attendre la campagne pour l’élection présidentielle de 2017, et la possible influence de « l’aile gauche » du parti incarné par Florian Philippot pour que le FN s’engage, par promesse électorale, à faire voter une loi sur la retraite à 60 ans avec 40 annuités dans les deux premiers mois de son arrivée au pouvoir. Cet effet d’annonce est assez rapidement mis à mal quand elle conditionne cette loi à un « retour à l’emploi » bien vague, et la loi est désormais renvoyée à la fin du quinquennat… Comme tous les promesses de politiciens, celles de Marine Le Pen n’engagent que celles et ceux qui les croient !

[1] Le Monde, 06 juin 2003 []

Chili : 50 jours d’espoir

Nous publions ici la vidéo de Claudia Aranda, qui montre l’atmosphère qui régnait hier sur la Plaza de la Dignidad (ex-Plaza Italia), dans le centre de Santiago, où une fois de plus il y avait foule, 50 jours après une explosion sociale sans précédent dans notre histoire. Un mouvement qui a unifié les revendications de millions de Chiliens et qui continue à se transformer en expression d’une manifestation populaire. Le reportage photo est également de Claudia Aranda :

Et une video de Ricardo Morinai

L’article original en cliquant sur le logo 

Stopper la politique anti-cômeurs

Plus de 150 personnes s’étaient réunies pour la manifestation des privés d’emploi, pour dire stop à la politique anti-chômeurs menée par les gouvernements de ce pays depuis des années, et qui s’est brutalement accentuée sous la présidence de Macron.

Les Insoumis y étaient bien évidemment présents. Solidaires de l’action syndicale, ils y étaient porteurs des propositions de L’Avenir en commun

  • Assurer la continuité des droits personnels hors du contrat de travail (droit à la formation, ancienneté, etc.)
  • Garantir la continuité du revenu en cas de perte d'emploi ou de retrait d'activité, dans le cadre d'une Sécurité sociale professionnelle
  • Établir le droit opposable à l'emploi en faisant de l'État l'employeur en dernier ressort : en cas de chômage de longue durée, l'État doit proposer un emploi au chômeur en lien avec sa qualification, sur une mission d'intérêt général. L'indemnisation par l'allocation chômage se poursuit jusqu'à ce qu'un tel emploi soit proposé par l'État
  • Refonder le service public de l'emploi en identifiant clairement chacune des missions (conseil et accompagnement ; indemnisation ; orientation et formation professionnelle)

Adrien Quatennens : Le chômage tue !

Le 5 novembre 2019, Adrien Quatennens interrogeait la ministre du travail, Muriel Pénicaud, lors de la séance des questions au gouvernement sur la réforme de l’Assurance-chômage entrée en vigueur le 1er novembre 2019.

Bobigny : les députés insoumis déplorent une condamnation honteuse

Communiqué du groupe parlementaire et de la délégation au parlement européen de la France insoumise.

Les groupes parlementaires de la France insoumise déplorent la condamnation honteuse contre trois de ses membres, dont les présidents Jean-Luc Mélenchon et Manuel Bompard. Les députés insoumis affirment leur solidarité avec eux. Le jugement montre le caractère grossièrement politique de ce procès. 

Les députés insoumis attendent beaucoup de la mission d’information à l’assemblée nationale sur le viol du secret de l’instruction et de la commission d’enquête sur l’indépendance de la justice.

Syrie : Le HCDH dénonce les crimes commis contre les civils par les mercenaires turcs

Dans un communiqué de presse, le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a dénoncé les attaques menées contre la population civile par les forces alliées de la Turquie, les qualifiant de possibles violations graves du droit international humanitaire et de crimes de guerre. Il a appelé en conséquence les États qui soutiennent les parties au conflit à respecter et faire respecter le droit international humanitaire.

Rupert Colville, porte-parole du HCDH s’est dit, dans un communiqué publié le 6 décembre, préoccupé par l’évolution inquiétante de la situation et son impact direct sur les civils malgré le fragile cessez-le-feu dans le nord-est du pays.

Mentionnant l’utilisation aveugle d’engins explosifs improvisés (EEI) dans les quartiers résidentiels et les marchés locaux, M. Colville a souligné que ces attaques avaient été menées principalement dans des zones sous contrôle des forces turques et des groupes armés affiliés.

Il a indiqué également que l’instance onusienne avait observé une nouvelle recrudescence des opérations militaires après une relative accalmie des hostilités en octobre, dans la zone dite de « désescalade », à Idlib et dans certaines parties d’Alep.

« Nous sommes gravement préoccupés par l’utilisation accrue des engins explosifs improvisés dans les zones peuplées. Une telle utilisation peut constituer une attaque aveugle, une violation grave du droit international humanitaire et un crime de guerre. Depuis l’accord de cessez-le-feu du 22 octobre, nous avons enregistré une augmentation du nombre d’attaques à l’aide d’engins explosifs improvisés, y compris des engins explosifs improvisés placés à bord de véhicules (EEIV)  dans les zones peuplées, y compris les quartiers résidentiels et dans au moins 12 marchés et zones commerciales animés à Hassakê, Raqqa et Alep ».

Selon le responsable onusien, entre le 22 octobre et le 3 décembre, il y a eu au moins 49 attaques avec divers types d’engins explosifs improvisés, dont 43 dans des zones sous le contrôle des forces turques et des groupes armés affiliés. « À la suite de ces attaques, nous avons enregistré au moins 78 morts civiles (dont 53 hommes, 7 femmes et 18 enfants) et 307 blessés. Soixante-douze des morts et 258 des cas de blessure sont survenus dans des zones sous le contrôle des forces turques et des groupes armés affiliés », a ajouté M. Colville.

Le communiqué de presse publié sur le site du HCDH indique encore ce qui suit : « Le 26 novembre, au moins 12 civils, dont huit hommes, deux femmes et deux garçons, ont été tués à la suite de ce qui aurait été un EEIV qui aurait explosé dans un quartier résidentiel de la ville de Tel Halaf, dans la zone rurale de Ras al-Aïn, à Hassakê. Le même jour, six civils, dont quatre hommes et deux garçons, ont été tués lorsqu’un EEIV a explosé près d’une station-service, dans le quartier al-Sina’a de la ville de Tall Abyad, dans le nord de Raqqa.

Malgré le cessez-le-feu, des combats intermittents continuent d’être signalés dans le nord-est de la Syrie. Rien que le 2 décembre, 10 civils, dont 8 garçons, ont été tués et 12 civils, dont 2 femmes et 7 garçons, blessés à la suite de ce qui aurait été des frappes terrestres menées par des groupes armés turcs affiliés qui ont frappé près d’une école dans un quartier résidentiel de la ville de Tall Rifaat, au nord d’Alep. Toutes les victimes étaient des civils déplacés du district d’Afrin, dans le nord-ouest d’Alep, et les enfants tués et blessés étaient âgés de 3 à 15 ans. »

M. Colville a souligné que toutes les parties au conflit devaient immédiatement cesser les attaques indiscriminées contre des civils et des biens de caractère civil, et enquêter sur tous ces incidents.

Le porte-parole a ajouté : « Les États qui soutiennent les parties au conflit, même lorsqu’ils ne participent pas directement aux hostilités, sont tenus de respecter et de faire respecter le droit international humanitaire, en toutes circonstances. Nous exhortons les États à prendre toutes les mesures possibles pour mettre fin à toute violation par leurs alliés. Nous rappelons à toutes les parties au conflit qu’elles ont la responsabilité de protéger les civils et de s’acquitter des obligations que leur impose le droit international. »

Déjà le 15 octobre dernier, le HCDH avait pointé la responsabilité de la Turquie dans de « possibles crimes de guerre » commis au nord de la Syrie par des milices djihadistes pro-turques, faisant en particulier référence à l’assassinat par des mercenaires d’Ahrar al-Sharqiya de la responsable politique kurde Hevrîn Khalaf.

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Notre système des retraites ne connaît pas la crise

Et si on évitait de tomber dans cette extrémité ?

Guillaume Duval, 2 décembre 2019

Loin du tableau apocalyptique dressé par certains, l’avenir du système français de retraites est assez serein, les difficultés qu’il a connues étant d’ores et déjà largement résorbées.

Le gouvernement veut chambouler le système de retraites. Au grand projet de réforme universelle à points défendu par Emmanuel Macron vient s’ajouter le spectre d’un allongement de la durée de vie au travail, justifié par l’annonce d’un déficit de 8 à 17 milliards d’euros en 2025. Une réforme, voire deux réformes à hauts risques pour un jeu qui n’en vaut pas forcément la chandelle. Car la santé de notre système par répartition qui a enchaîné les régimes se porte bien, merci. Tour d’horizon en 9 graphes.

1/ Un système de retraites français (quasiment) revenu à l’équilibre

Le déficit des retraites n’oblige-t-il pas, quoi qu’il arrive, à serrer les boulons ? Pas vraiment. La crise de 2008-2009 avait logiquement creusé ce déficit : les rentrées du système de retraite sont très dépendantes des cotisations payées par les salariés et les entreprises et donc de la santé économique du pays, tandis que ses dépenses ne varient pas avec l’activité.

L’effet des réformes menées depuis 1990, combiné aux mesures supplémentaires prises en 2010 et 2013 pour combler ce déficit et au rétablissement de l’économie ont quasiment ramené le système de retraites à l’équilibre. Il n’y a donc aucune urgence particulière à réformer une fois de plus le système.

2/ Financement des retraites : rien d’inquiétant à l’horizon 2030

Le système est aujourd’hui quasiment à l’équilibre mais demain ? Comment ses finances vont-elles évoluer dans le futur ? Le gouvernement a demandé au Conseil d’orientation des retraites (COR) de produire un rapport à ce sujet à l’horizon 2030, un document qui vient d’être rendu public.

Le rapport du COR aboutit à un creusement du déficit d’ici 2030 avec une fourchette assez large pour la valeur de ce déficit à cet horizon. L’évolution des dépenses de retraites dépend, sans surprise, du niveau qu’atteindra en moyenne la croissance économique d’ici 2030 : si cette croissance n’est que de 1 %, la part des retraites dans le PIB devrait monter selon le COR de 13,8 % du PIB aujourd’hui à 13,9 % en 2030. A contrario si la croissance est en moyenne de 1,8 % d’ici là, cette part baisserait à 13,6 %. Cela reste en tout cas dans l’épaisseur du trait et il ne devrait rien se produire qui ressemble de près ou de loin à une explosion des dépenses.

Ce qui crée le déficit, c’est la baisse des recettes. Celle-ci est notamment liée à la baisse des emplois publics prévue par le gouvernement, car l’Etat cotise davantage que les employeurs privés pour le système de retraite. Cette diminution des recettes est due cependant également aux exonérations non compensées de cotisations sociales mises en place depuis 2017, notamment sur les heures supplémentaires. Le niveau des recettes dans le PIB dépend très peu en revanche de la croissance économique : c’est en gros un pourcentage constant de la richesse produite.

Il dépend en revanche fortement des conventions qu’on prend pour l’évolution future de la contribution de l’Etat employeur au financement du système de retraite. Si on fait l’hypothèse, qui semble raisonnable, que la part du PIB qu’il y consacre devrait rester constante d’ici 2030, les recettes globales du système de retraite devraient baisser de 13,7 % du PIB – aujourd’hui à 13,4 % du PIB – , créant ainsi un déficit oscillant entre 0,2 et 0,5 % du PIB en 2030 au lieu de 0,1 % actuellement. Là aussi, il s’agit de l’épaisseur du trait avec 54 % de dépenses publiques… Ce déficit serait quasiment nul, voire se transformerait en excédent si on se contente simplement d’accroître de 0,3 point de PIB les recettes pour maintenir constante la part du PIB consacrée au financement des retraites. Rien de dramatique donc.

3/ Les retraités partent déjà de plus en plus tard

Alors que le discours gouvernemental plaide pour que les Français travaillent plus longtemps s’ils veulent toucher une retraite à taux plein, faut-il s’alarmer du fait qu’ils ouvrent leurs droits à la retraite bien trop tôt ? Pas d’inquiétude, là non plus. Les nombreuses réformes menées depuis le début des années 1990 ont produit leurs effets : l’âge de départ en retraite monte très régulièrement.

Si on met de côté les salariés qui ont commencé à travailler avant 20 ans, dits en « carrière longue », qui bénéficient de dispositifs particuliers pour partir en retraite plus tôt, l’âge moyen de départ en retraite est déjà de 63,1 ans dans le secteur privé. Quant au public, il est déjà de 62,7 ans dans la fonction publique d’Etat, exception faite des militaires et des policiers, et de 63,2 ans dans les collectivités locales, hors pompiers. Et cet âge continue année après année à augmenter rapidement.

4/ La retraite moyenne baisse déjà

On justifie souvent l’urgence d’une nouvelle réforme des retraites par le niveau de vie relativement élevé des retraités. Celui-ci est équivalent à celui des actifs, sachant qu’« actifs » ne signifie pas en emploi : le niveau de vie moyen des retraités est inférieur à celui des actifs employés mais supérieur à celui des chômeurs, qui font eux aussi partie de la « population active ».

Mais cette situation appartient en réalité déjà au passé : elle reflète la présence parmi les retraités de nombreuses personnes ayant bénéficié de règles qui étaient plus généreuses qu’aujourd’hui. Pour les nouveaux retraités, le niveau des pensions est déjà en recul sensible du fait du durcissement de ces règles : en 2017, 9,8 % des salariés du secteur privé ont dû prendre leur retraite avec une « décote » parce qu’ils n’ont pas cotisé assez longtemps pour obtenir une retraite à taux plein. C’est quasiment le double d’en 2006. Résultat : à l’âge de 66 ans, qui est l’âge où quasiment tout le monde est en retraite, la retraite moyenne n’était plus que de 1 514 euros en 2017 pour les résidents français contre 1 589 euros en 2013, un recul de 4,8 %.

5/ La baisse des pensions devrait se poursuivre

De plus, dans le cadre du système actuel, le mouvement engagé de baisse des pensions devrait se poursuivre au cours des prochaines décennies selon les projections réalisées par le Conseil d’orientation des retraites. Au point qu’il est surtout urgent de se demander si nous ne sommes pas déjà allés trop loin dans le durcissement des règles et la baisse des pensions futures.

6/ La France est bien un des pays d’Europe où les retraites pèsent le plus lourd

La France est incontestablement un des pays d’Europe, derrière la Grèce et l’Italie, qui dépense la plus grande part de son PIB pour financer les retraites. C’est un des principaux arguments utilisés pour justifier une énième réforme des retraites de manière à contenir cette part dans le futur mais en réalité cet argument ne tient pas la route.

7/ Parce que l’Hexagone dépense beaucoup, il a peu de retraités pauvres

La contrepartie de la part importante du PIB consacrée aux retraites en France est que nous sommes aussi un des pays d’Europe où la part des plus de 65 ans vivant sous le seuil de pauvreté est la plus faible. Le fameux modèle suédois de retraite à points, qui sert de référence dans la réforme engagée, ne se montre pas particulièrement performant en la matière. Mais la situation des personnes âgées est également très difficile en Allemagne ou au Royaume-Uni.

Si l’objectif visé par le gouvernement est de nous ramener dans la moyenne européenne dans ce domaine, le prix à payer va être très élevé pour les futurs seniors… Leur situation est si dégradée chez beaucoup de nos voisins que plusieurs d’entre eux, à commencer par l’Allemagne, sont en train de prendre au contraire des mesures pour augmenter significativement leurs dépenses de retraites dans le futur afin de se rapprocher du « modèle français ».

8/ La France est un des pays d’Europe où la part des retraites dans le PIB devrait baisser le plus

La France est un des pays d’Europe qui consacre une des parts les plus importantes de son PIB aux retraites mais, dans le cadre du système actuel de retraites, cela ne devrait plus être le cas en 2070 compte tenu de la démographie française et des réformes déjà décidées selon les projections réalisées par la Commission européenne (qu’on ne peut guère soupçonner de francophilie excessive dans ce genre de domaine). Avec une baisse de plus de deux points de la part du PIB consacrée aux retraites, la France fait partie des pays européens où le retour de balancier – qui entraînera une réduction des pensions – est le plus fort.

9/ La mauvaise-bonne nouvelle de l’espérance de vie

Enfin, la plupart des scénarios alarmistes débouchant sur des prévisions catastrophiques sont établis sur la base d’une prolongation des tendances passées en matière d’allongement de l’espérance de vie. Or on a eu sur ce plan régulièrement des mauvaises nouvelles ces dernières années. Certes, cet allongement se poursuit mais à un rythme très lent, beaucoup plus lent que celui que l’Insee considérait jusque-là comme son scénario central dans ses prévisions démographiques. Ce qui est une mauvaise nouvelle pour nous toutes et tous, en est néanmoins plutôt une bonne pour le financement du système de retraite…

Bref, notre système de retraites présente certes quelques défauts qu’il faudrait corriger mais il n’y a manifestement pas le « feu au lac ». Le gouvernement entend pourtant changer radicalement le fonctionnement du système. Avec la retraite à points, on passerait en effet d’un système principalement « à prestations définies » – le niveau de la rémunération reçue pendant la période d’activité détermine celui de la retraite future – à un système « à cotisation définie » – ce que l’on paie chaque mois pour la retraite n’engage à rien de précis sur ce qu’on touchera plus tard.

Un tel changement risque de faire de nombreux perdants, notamment parmi les fonctionnaires mais aussi parmi ceux qui auront connu des années difficiles sur le marché du travail – chômage, petits boulots précaires… Il parachèverait également l’étatisation de la protection sociale en donnant les clefs du système à Bercy. Et la tentation serait évidemment forte pour nos grands argentiers d’en profiter pour accélérer encore la baisse des retraites futures afin de diminuer les dépenses publiques.

Pour nos retraites, pour le retrait, on continue !

Au lendemain d’une journée historique de mobilisation sociale, le Premier ministre a parlé pour ne rien dire, annonçant un calendrier que les Français connaissaient déjà. Le gouvernement ne démord pas de son intention de mettre en place un système de retraites par points. Conjugué à sa volonté de contenir la part des richesses consacrée aux retraites, il aura pour effet de contraindre les Français à travailler toujours plus longtemps car le niveau de leurs pensions va baisser. 

Le gouvernement utilise l’alibi de « l’universalité », dans l’espoir que la jalousie des Français entre eux serait supérieure à l’aspiration à partir à un âge décent avec une pension digne. Aux professions les plus mobilisées, il promet des ajustements pour faire passer la pilule. Rien de cela ne correspond à ce que sont la France et son modèle social. 

Pour nous l’objectif est clair : le retrait de cette réforme par points qui concerne tout le monde et ne fera que des perdants. La France insoumise soutient les grèves reconductibles et appelle à participer aux manifestations du samedi 7 décembre et du mardi 10 décembre.

Ce que l’on sait (et qu’on ne sait pas) sur la fraude supposée qui a entraîné le coup d’état en Bolivie

Nous reproduisons ci-dessous une étude documentée sur le processus de dépouillement électoral en Bolivie, afin que les faits (qui sont têtus) laissent enfin place aux rumeurs…

Clic sur le logo pour lire l'article original en espagnol

Les arguments de ceux qui considèrent que l’opération de renversement d’Evo Morales est une bonne chose partent toujours d’un fait avéré : en Bolivie, il y a eu fraude électorale. Sur cette affirmation, sur cette première brique, se sont montées une réaction sociale, une mutinerie policière et enfin la demande de l’armée de démission de Morales. Un coup d’État qui n’a pas suscité d’opposition internationale vigoureuse, notamment parce que, a-t-on dit, il faisait suite à une fraude électorale.

Toutefois, on n’a pas beaucoup parlé de ce qui s’est réellement passé avec le décompte des élections du 20 octobre. La mission de l’Organisation des États américains affirme qu’il y a eu des “irrégularités”, tandis que d’autres experts mettent en garde contre le fait que l’accusation de l’OEA ne s’accompagne pas de preuves que ces anomalies sont “généralisées ou systématiques »

La polémique : l’interruption du décompte préliminaire

Le 20 octobre dernier, la Bolivie vivait l’une des journées électorales les plus incertaines de son histoire récente. Evo Morales cherchait son quatrième mandat et se profilait comme gagnant, mais les sondages prédisaient que pour la première fois son avance serait tellement serrée que la porte s’ouvrirait à un second tour. Après les votes, les résultats du scrutin préliminaire donnent la victoire à Morales avec une marge suffisante pour éviter un second tour face à Carlos Mesa.
L’annonce déclenche des manifestations et des incidents violents dans différents endroits du pays entre des accusations de fraude électorale. Ils ne se fient pas au décompte.
Dans le pays andin coexistent deux comptages, l’un rapide et l’autre officiel. Le second est la méthode traditionnelle, acte par acte, et prend plus de temps. Le comptage rapide est ce qu’on appelle la transmission des résultats préliminaires électoraux (TREP). Comme son nom l’indique, il s’agit d’un système destiné à rendre publics les résultats préliminaires rapidement, à quelques heures de la clôture du scrutin. En gros, ce décompte est fondé sur des photographies des procès-verbaux envoyés par l’intermédiaire d’une application mobile. Ces informations sont stockées sur les serveurs du Tribunal électoral suprême, puis vérifiées et publiées sur Internet. La controverse a porté sur ce dernier mécanisme de comptage rapide, mais ses problèmes ont fini par assombrir tout le processus électoral.
Le jour des élections, à 19 h 50, l’organe électoral a diffusé les premières données du système rapide. À 83,85 % des actes vérifiés, le Mouvement vers le socialisme (MAS), parti d’Evo Morales, obtenait la première place avec 45,71 % des voix, contre 37,84 % de la formation de Carlos Mesa. La différence entre les deux était de 7,87 points et la possibilité d’un second tour gagnait en force.

Et voici la clé : après cela, les résultats n’ont pas été mis à jour pendant près de 24 heures. À 18h30, lundi 21, le système a été réactivé et les nouvelles données préliminaires ont établi un écart de 9,36 points entre les deux partis. Après une autre mise à jour qui comprenait les voix de l’étranger, Morales devançait Mesa avec une marge de 10,14 points, juste au-dessus des 10 points nécessaires pour éviter le second tour.

Cette coupure de courant déclenche l’alarme et déclenche les accusations.

Pendant ce temps, le décompte officiel a commencé et a progressé au cours de la semaine, se heurtant déjà à la polémique. Au fur et à mesure que le scrutin officiel avançait, les résultats ne donnaient pas toujours comme vainqueur direct Evo Morales au premier tour. Parce que ce qui a toujours été en discussion n’est pas la victoire de Morales, mais la marge dont il avait besoin pour éviter un second tour de scrutin, c’est-à-dire, qu’il obtienne 40 % et au moins 10 points de différence sur la deuxième candidature– sur laquelle les formations d’opposition pourraient s’allier et s’unir.

Alors que plusieurs villes boliviennes vivaient des protestations et des altercations, alors que la communauté internationale commençait à se prononcer, le décompte officiel ne garantissait pas le triomphe d’Evo Morales. Quelques jours plus tard, les données du décompte officiel confirmaient la marge très serrée (moins un point) avec laquelle Morales évitait le second tour.

Opposition et OEA critiquent l’interruption du décompte

“C’est une fraude scandaleuse. Nous espérons que la population n’acceptera pas ce vote truqué”, a déclaré Carlos Mesa, le candidat de l’opposition, après avoir pris connaissance des premiers résultats non officiels du scrutin qui l’excluaient du second tour. En dénonçant que l’organe électoral obéissait aux ordres de Morales, il a appelé les siens à se mobiliser devant le siège central de La Paz du TSE et devant ses délégations dans les huit autres régions boliviennes.

De manière arbitraire, et par ordres du gouvernement, le Tribunal Suprême Electoral de Bolivie n’a pas tenu la promesse qu’il avait faite le 10 octobre, lors d’une réunion avec les journalistes et les partis politiques, de commuiquer à 100 % le comptage du TREP (décompte rapide)

J’appelle à la mobilisation démocratique de la Communauté Bolivienne, des comités civiques, des partis politiques et de la CONADE pour manifester devant tous les tribunaux électoraux départementaux et devant le Tribunal Suprême Electoral

Pour sa part, la mission d’observation de l’Organisation des États américains (OEA), qui a visité 991 bureaux de vote dans 352 centres, a contesté dans un communiqué l’arrêt de la diffusion des données et a exprimé sa “préoccupation et sa surprise” parce qu’on avait finalement affaire à un scrutin avec un “changement inexplicable de tendance qui modifie radicalement le résultat de l’élection et engendre une perte de confiance dans le processus électoral”. Par la suite, il a rassuré le Tribunal électoral suprême en lui disant qu’il n’était pas “en mesure de fournir des explications précises” aux citoyens. À tout moment, il parlait de recomptage rapide, mais le soupçon était déjà semé.

Entre-temps, le gouvernement de Morales a assuré qu’il garantirait à l’opposition et à la communauté internationale un décompte transparent des résultats des élections et a demandé “de ne pas causer de troubles inutiles” avec des protestations, tout en se montrant confiant dans la victoire du président en exercice.

La mission d’observation électoral continue à suivre avec rigueur le processus électoral en Bolivie. Il est essentiel que le Tribunal Suprême Electoral explique pourquoi la transmission des résultats préliminaires s’est interrompue, et que le processus de publication des données du décompte se fasse de manière fluide.

L’interruption du comptage rapide a déclenché des tensions dans les rues et déclenché des manifestations qui sont devenues violentes dans une grande partie du pays. La police a dispersé des affrontements entre partisans et opposants de Morales devant l’hôtel où se déroulait le comptage dans la capitale. Plusieurs bureaux de vote ont été attaqués, dont certains incendiés.

Le vice-président du Tribunal suprême électoral, Antonio Costas, a démissionné de ses fonctions en qualifiant de “non intentionnelle” la “décision” de suspendre la publication du décompte rapide. De son côté, un rapport de la société Neotec, chargée du support technique du système TREP, affirme que les membres du tribunal électoral leur ont ordonné de geler la diffusion des résultats pour trois raisons : “l’utilisation d’un serveur non surveillé”, “l’augmentation inattendue du trafic pour la vérification des procès-verbaux” de ce serveur et “le changement soudain de tendance” entre les partis de Morales et de Mesa

Le décompte officiel, diffusé le 25 octobre, a fini par donner la victoire à Evo Morales avec une avance de 10,57 points sur Mesa au premier tour. Les manifestations et les affrontements violents se sont poursuivis et le Gouvernement bolivien a accepté que l’OEA vérifie les résultats. Le 30 octobre, il a signé l’accord avec l’organisation régionale et s’est engagé à faciliter le travail de cette mission et à accepter les conclusions “qui seraient contraignantes pour les parties”.

Le 10 novembre, l’OEA a publié les résultats préliminaires de son audit en recommandant de nouvelles élections. Morales a annoncé une répétition des élections. Malgré l’annonce, l’armée lui a demandé de démissionner et il a fini par le faire quelques heures plus tard.

Le même dimanche, le parquet a annoncé une procédure contre des membres du Tribunal électoral suprême pour irrégularités constatées par l’OEA : “infractions pénales et électorales liées au calcul des résultats officiels”. La présidente et plusieurs membres de l’entité ont été arrêtés.

Un think tank américain remet en question le rôle de l’OEA

Dans son rapport, l’OEA ne mentionne pas le mot fraude, mais parle d'”irrégularités”. L’une de ses conclusions est  la tendance qui se manifeste dans les derniers 5% du calcul rapide : “Morales augmente la moyenne de vote de 15% par rapport aux 95% précédents, tandis que Mesa chute dans une proportion presque égale”. ” Ce comportement est très inhabituel”, soutient l’équipe dans le rapport. En ce qui concerne le calcul officiel, selon leurs projections statistiques, ils affirment qu’il est “statistiquement improbable que Morales ait obtenu 10% de différence pour éviter un second tour”.

Cette conclusion a toutefois été réfutée par le Centre pour la recherche économique et politique (CEPR). Le groupe de réflexion basé à Washington remet sérieusement en cause, dans un rapport publié le 10 novembre, le rôle de la mission électorale de l’OEA en Bolivie, en s’assurant “qu’il n”a fourni de preuves à l’appui d’affirmations suggérant que le comptage rapide pourrait être ‘difficile à expliquer”. Le groupe d’experts soutient que “ni la mission de l’OEA ni aucun autre parti n’a démontré qu’il y avait eu des irrégularités généralisées ou systématiques lors des élections”. Ils rappellent également que le calcul officiel –le seul juridiquement contraignant– “n’a jamais été interrompu et régulièrement mis à jour en ligne sans aucune interruption significative”.

“L’OEA doit enquêter sur la façon dont de telles déclarations ont pu être faites sans aucune preuve, celles qui ont pu alimenter le conflit politique actuel en Bolivie”, explique Mark Weisbrot, codirecteur du CEPR. “[L’OEA] a menti au moins trois fois : dans le premier communiqué de presse, dans le rapport préliminaire et dans l’audit préliminaire. Il faut donc être extrêmement sceptique à l’égard des accusations formulées par cette dernière et ses publications ultérieures, à moins qu’elles ne puissent être vérifiées par des enquêteurs indépendants sur la base des données publiques disponibles”ivndique-t-il dans un article.

Les chercheurs du CEPR s’attachent à expliquer le “revirement” difficile à justifier dans le comptage rapide de la mission de l’Organisation des États américains. Et la raison est géographique. Pour le groupe d’experts, que l’écart entre Morales et le Bureau se creuse à mesure que le processus de recomptage avance “était prévisible et peu surprenant”, selon les résultats des 83,85 % de votes initiaux du TREP.

L’analyse fait valoir que l’écart de plus en plus grand entre les deux candidats s’explique par les tendances historiques du vote en faveur de Morales dans des zones où les votes “mettent plus de temps à se transmettre”. ” Ni le comptage rapide ni le comptage officiel ne montrent de brusques changements dans les tendances des résultats finaux, et la même tendance largement connue, expliquée par la géographie, est évidente dans les deux sens”, soulignent-ils.

Le rapport explique qu’au cours de la dernière décennie et demie, les voix des zones rurales et périphériques du pays “ont eu tendance à soutenir dans une proportion beaucoup plus grande Morales et le MAS”. ” En raison de contraintes logistiques, technologiques et peut-être aussi autres, ces votes finissent par être calculés à la fin du processus de décompte. Cela est vrai aussi bien pour le comptage rapide que pour le comptage officiel, tous deux affectés par la même géographie et infrastructure. Les lieux ruraux et les plus pauvres, qui ont eu tendance à favoriser fortement Morales, sont plus lents à transmettre les données ou à envoyer les feuilles de comptage aux tribunaux électoraux”, assurent-ils.

En outre, en prenant comme référence les votes à 83,85% – point où la diffusion des données a été interrompue – , ils produisent une projection statistique selon laquelle la marge de Morales est de 10,09 points de pourcentage. ” Les conclusions de cette projection statistique concordent avec les résultats officiels du décompte électoral en Bolivie”, concluent-ils.

Détournement vers un autre serveur et procès-verbaux modifiés, selon l’OEA

Lors de son audit, l’OEA a constaté qu’après l’interruption du comptage rapide, le flux d’informations a été redirigé vers un serveur informatique “qui n’était pas prévu” et qui n’appartenait pas à la Direction nationale des technologies de l’information. Il n’était pas non plus, disent-ils, contrôlé par la société d’audit ou les fonctionnaires mais “par quelqu’un d’extérieur”. ” Il ne figure pas dans les rapports que nous a remis le tribunal, et tous les acteurs ont omis son existence jusqu’à ce qu’il soit détecté par les auditeurs de l’OEA”, soulignent-ils.

Ensuite, sur le calcul officiel, ils soulignent que “le processus a été en contradiction avec les bonnes pratiques et que les normes de sécurité n’ont pas été respectées”. ” Vu l’accumulation d’irrégularités observées, il n’est pas possible de garantir l’intégrité des données et de certifier les résultats”, affirment-ils.

De même, les techniciens de l’OEA ont analysé 333 procès-verbaux contestés, un échantillon sélectionné des bureaux où le parti de Morales a obtenu 99 % des voix. Parmi celles-ci, 78 (23 %) présentaient des “irrégularités du point de vue des experts”.

Le Centre stratégique latino-américain de géopolitique (CELAG) signale que cette analyse de l’OEA repose sur “un échantillon non représentatif du total des actes” et que l’échantillon est “biaisé”, car non aléatoire, mais au contraire concentrée sur les bureaux où le MAS a gagné. Le même nombre d’irrégularités pourrait se produire sur des bureaux où l’opposition a gagné..

L’OEA indique que, dans certains cas, “il a été vérifié que tous les procès-verbaux d’un même centre avaient été remplis par la même personne” et que “dans plusieurs procès-verbaux” le parti MAS obtenait 100 % des voix. ” Dans certains de ces documents, le champ correspondant aux voix des partis d’opposition n’était même pas complété par un zéro”, expliquent-ils.

Par ailleurs, l’équipe d’audit de l’OEA insiste sur l’existence de “procès-verbaux avec altérations” et de “signatures falsifiées”. Sur les 176 actes analysés de l’échantillon qui ont été examinés en Argentine, 38,07 % “présentent des incohérences avec le nombre de citoyens qui ont voté”. ” C’est-à-dire que les procès-verbaux reflètent un plus grand nombre de voix que le total sur les listes”.

Cependant, une enquête indépendante du politologue Walter Mebane, de l’université du Michigan (USA), a tenté de démontrer que les “votes frauduleux” n’avaient pas été “décisifs” lors des élections. Selon son modèle statistique, il y a eu des irrégularités dans 274 des 34551 bureaux de vote et il compare cela avec d’autres processus électoraux au Honduras, en Russie, en Turquie, en Autriche ou dans le Wisconsin. “Même en éliminant les votes “frauduleux”, le MAS a un avantage de plus de 10%” sur le parti de Mesa”, déclare le rapport.

Par ailleurs, l’OEA fait valoir que les conditions dans lesquelles le matériel électoral a été gardé ne satisfaisaient pas toujours aux “contrôles nécessaires”. ” Le fait qu’il y ait eu des procès-verbaux d’élections brûlés témoigne de l’absence de protection, de prévisions adéquates et d’une mauvaise coordination” avec les forces de sécurité. “Étant donné qu’il n’y a pas de possibilité de recomptage des voix en Bolivie, la protection des procès-verbaux des élections est un aspect essentiel pour garantir le processus électoral. Le contrôle de la personne qui gère les procès-verbaux et le lieu où ils se trouvent à tout moment est essentiel”, ajoutent-ils.

“On peut s’attendre à ce qu’il y ait encore plus d’irrégularités si l’on disposait de plus de temps pour traiter davantage de documents”, explique l’OEA avant la finalisation du rapport. Pour la CELAG, il s’agit d’une expression “peu rigoureuse” qui “ne saurait en aucune manière constituer une preuve tangible de l’existence de telles irrégularités”.

Les résultats des élections continueront de faire parler. Depuis son exil au Mexique, Evo Morales a annoncé qu’il formerait une “commission vérité” composée de “personnalités internationales” pour vérifier s’il y avait eu fraude ou non lors des élections.