Les féministes s’affichent ensemble pour dire non à une réforme des retraites « sexiste »

Ci-dessous un article de Sylvia Zappi, dans le Monde du 17 décembre.

A la suite de l’article, “l’appel des grandes gagnantes”, signé entre autre par Clémentine Autain, Manon Aubry,

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“Contrer la parole gouvernementale et afficher un point de vue féministe sur les retraites. Clémentine Autain a réussi son pari en réunissant lundi 16 décembre, à la Maison des métallos à Paris, l’initiative intitulée « toutes gagnantes ».

Vingt-huit femmes, militantes associatives, syndicalistes, personnalités, chercheuses et politiques, se sont retrouvées devant 300 personnes pour dénoncer un projet gouvernemental « sexiste, injuste et discriminatoire » et lancer un appel pour son retrait. « Le gouvernement communique beaucoup sur les soi-disant avantages pour les femmes de la réforme Macron. C’est insupportable quand on sait ce que va être la réalité », a asséné la députée de Seine-Saint-Denis.

Les intervenantes se sont succédé pour souligner les inégalités femmes hommes qui vont, selon elles, se creuser avec la réforme à venir. Tout d’abord en rappelant que les pensions féminines sont, en moyenne, 25 % inférieures à celles des hommes : une différence due aux carrières hachées (temps partiel et chômage), au type d’emplois moins qualifiés occupés, aux écarts de prime et de salaires. Résultat : 37 % des pensionnées touchent moins de 900 euros, a dénoncé Caroline De Haas du collectif Nous toutes. « Cette réforme va accroître la précarité financière et réduire l’autonomie des femmes, avec toute la dépendance au mari ou au compagnon que cela entraîne », a-t-elle souligné.

« Le miroir grossissant des inégalités salariales »

La réforme annoncée par Edouard Philippe va agir comme « le miroir grossissant des inégalités salariales », a relevé Sophie Binet, responsable de la CGT chargée des droits des femmes. La dirigeante syndicale a mis en exergue les droits familiaux « rabotés » et les pensions de réversion « fragilisées ». Ajoutant : « Non, monsieur le premier ministre, les femmes ne sont pas les grandes gagnantes de la réforme ! Les femmes qui ont des carrières moins longues vont voir au contraire leur départ à la retraite repoussé. »

Meeting sur le thème « Femmes et retraites » à l'initiative de plusieurs mouvements féminisites, le 16 décembre à la Maison des métallos, à Paris.
Meeting sur le thème « Femmes et retraites » à l’initiative de plusieurs mouvements féminisites, le 16 décembre à la Maison des métallos, à Paris. LAURENCE GEAI POUR LE MONDE

Des femmes de chambre travaillant dans les hôtels, des professeurs, une danseuse de l’Opéra de Paris… les témoignages ont souligné combien l’angoisse de devoir partir à la retraite avec une santé diminuée au-delà de 62 ans est forte. « Il faut qu’on arrête la novlangue du gouvernement en proposant un contreprojet », a lancé Mme Autain y intégrant notamment la réduction du temps de travail, permettant le partage des tâches domestiques.

Les représentantes des partis de gauche ont rivalisé de suggestions pour bâtir une « réforme féministe »« Il faut des pénalités plus lourdes pour les employeurs qui ne respectent pas l’égalité professionnelle alimentant un fond de solidarité pour les femmes », a avancé Laurence Cohen, sénatrice PCF. Sandra Regol, la secrétaire nationale adjointe d’EELV, elle, a suggéré l’instauration d’un « congé parental obligatoire pour les hommes et les femmes, comptabilisée dans les retraites ». Quant à Manon Aubry, députée européenne LFI, elle a proposé de « lever du tabou des cotisations sociales, notamment sur les dividendes ».

On ne pouvait se quitter sans chanter ensemble l’hymne des #femmes Et pour poursuivre la lutte contre la #retraite à points, on se retrouve demain dans la rue ! “

L’appel des grandes gagnantes

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Pauvres vieux !

Voilà qui ne sera bientôt plus l’expression d’une compassion émue, mais bien le constat d’une réalité glaçante si on laisse Macron et consorts aller au bout de leur projet.

La preuve que les grévistes se battent pour l’intérêt général et qu’il faut les soutenir en les rejoignant, en participant aux manifestations et en alimentant les caisses de grève !

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Juste avant nous, la Norvège, pays peu peuplé à la conséquente rente pétrolière : et voilà ce qu’on peut lire, entre autres, sur le site silogora.org “Le nouveau système a été mis en place (par la droite et la gauche) uniquement pour faire des économies.”

La réforme est ajustée sur l’espérance de vie

Cette réforme a entraîné deux changements majeurs. Le premier est le réajustement sur l’espérance de vie. Chacun touchant une somme individualisée pour sa retraite, si l’espérance de vie augmente, il faudra davantage d’années pour répartir cette somme. Le résultat est une diminution des pensions de retraite chaque année. Le régime favorise également les personnes capables de travailler après 70 ans qui, elles, toucheront une très bonne pension. Ces mesures entraînent donc une division entre les classes sociales, en raison des différences d’espérance de vie. Il est reconnu qu’un ou une employé.e du nettoyage ou et un.e ouvrier.e du bâtiment ont une espérance de vie plus courte qu’un professeur ou un prêtre.

Les travailleurs aux emplois difficiles : les perdants de cette réforme

Le deuxième grand changement est la réduction du versement de la pension quand la retraite est prise à 62 ans ; et cela, quel que soit l’âge où la personne concernée a commencé à travailler. À titre d’illustration, un ouvrier de l’industrie commence à travailler à l’âge de 22 ans et travaille jusqu’à 62 ans. Un universitaire travaille entre 27 et 67 ans. Ils travaillent tous les deux pendant 40 ans. Pourtant, finalement, il peut y avoir plus de 50 000 couronnes de différence par an (environ 10 000 euros) en faveur de ce dernier.

De surcroît, le système qui fixait une période maximale de 40 ans pour bénéficier d’une pension complète a été supprimé. Avec le nouveau système, toutes les années sont comptées. Il permet aux employé.e.s qui ont pris leur retraite de continuer à travailler sans que leur pension ne soit plafonnée. Les catégories comme les universitaires s’en trouvent là aussi favorisées.”

Les mensonges ne résistent pas à l’épreuve des faits : voilà ce qui se profile en France si on laisse Macron et consorts continuer.

Réforme des retraites : le retrait, un point c’est tout !

Monter d’un cran : l’intersyndicale appelle à la grève les 9, 10 et 11 janvier

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3 janvier 2020  Stéphane Ortega

Donner un signe fort après quinze jours de vacances où le mouvement d’opposition à la réforme des retraites à été porté par les seuls salariés de la SNCF et la RATP, c’était le souhait de Philippe Martinez. C’est chose faite ce vendredi 3 janvier, avec un appel unitaire des syndicats CGT, FO, Solidaires, et FSU, à trois journées interprofessionnelles les 9, 10 et 11 janvier. Les organisations syndicales « appellent à mettre en débat, dès lundi, dans toutes les entreprises, services et lieux d’études en organisant des assemblées générales de salarié.e.s, d’étudiant.e.s et de lycéen.ne.s, les conditions de la réussite du 9 janvier et de ses suites dès le lendemain ». Après le 9 et le 10 janvier, elles appellent à faire du samedi 11 janvier, « une journée de manifestation dans tout le pays ». Probablement une première dans l’histoire syndicale de ces quarante dernières années.

Déjà le 1er janvier, dans sa réponse aux vœux d’Emmanuel Macron, le secrétaire général de la CGT avait appelé « tous les Français à se mobiliser et à se mettre en grève », lors d’une interview donnée à RMC et BFM TV. Du coup, la CGT avait proposé d’avancer à ce vendredi la réunion de l’intersyndicale nationale initialement prévue le lundi 6 janvier. Et chose assez inhabituelle, Philippe Martinez, qui pendant les fêtes a multiplié les visites auprès des militants et sur les piquets de grève, s’est déplacé en personne pour participer à cette réunion. Une façon de donner à la semaine qui vient un caractère décisif et d’afficher que toute la CGT est portée vers l’objectif de faire monter d’un cran le rapport de force face au gouvernement.

Négociations de dupes sur les retraites

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6 janvier 2020  Stéphane Ortega

Alors que l’ensemble des organisations syndicales de salariés rejettent tout ou partie de la réforme des retraites, Édouard Philippe recevra les partenaires sociaux mardi 7 janvier au ministère du Travail, sans mettre sur la table aucun des points constituant leurs lignes rouges. Pas tout à fait l’idée que l’on peut se faire d’un compromis, terme pourtant utilisé par Emmanuel Macron à l’occasion de ses vœux du 31 décembre.

Déni, sentiment de surpuissance ou basse manœuvre politique ? Peut-être un peu des trois. En tout cas, le gouvernement fait comme s’il ne faisait pas face à une grève dans les transports qui dure depuis plus de 30 jours, et ignore sciemment les éléments qui fondent les oppositions à sa réforme des retraites. Au contraire, il déroule son projet, tout son projet, comme si de rien n’était : calcul des points sur l’ensemble de la carrière, fin des régimes particuliers, corsetage à 14 % du PIB des dépenses de retraites, âge pivot à 64 ans, et ainsi de suite. Dans un communiqué, Matignon fixe quatre objectifs à la rencontre du 7 janvier : partager les impacts sur l’évolution des seuils relatifs à la pénibilité, renforcer les actions de prévention de la pénibilité, construire des dispositifs de reconversion pour les salariés exposés longtemps à la pénibilité et le maintien dans l’emploi des seniors. Mais rien sur les éléments structurants de la réforme.

Des thèmes qui claquent comme une provocation, même pour une CFDT favorable au système à points. Là où le premier syndicat aux élections professionnelles rejette l’allongement à peine déguisé de l’âge de départ à la retraite avec l’instauration d’un âge d’équilibre, le gouvernement propose de discuter du « maintien dans l’emploi des seniors ». En l’occurrence, une variation autour d’un élément déjà contenu dans le rapport Delevoye : « le cumul entre une retraite et des revenus d’activité ». Déjà, le gouvernement a décliné cette proposition dans la santé en proposant des fins de carrière à temps partiel pour compenser l’allongement de la durée de travail. Mais rien d’autre finalement que ce qui était envisagé dès juillet 2019.

Pénibilité : attention arnaque !

Je te pique 400 €. Si tu veux, on ouvre une discussion pour savoir si je te rends 30 €. Et si je te donne 40 €, on appellera ça un compromis. C’est à peu près le marché de dupes que propose le gouvernement sur la pénibilité, notamment dans la fonction publique hospitalière. Aujourd’hui, les aides-soignantes, les agents de services techniques et une infime partie des infirmières, celles qui ne sont pas passées en catégorie A, bénéficient de la possibilité de partir deux ans plus tôt à la retraite. Avec la réforme, ce droit disparaît, seule la pénibilité des métiers reste. Le comble, c’est que le gouvernement communique sur un cadeau fait aux fonctionnaires : le compte pénibilité (C2P) qui leur serait appliqué comme dans le privé. En réalité, un dispositif vidé de plusieurs de ses critères sous la pression du patronat et qui exclura la plupart des agents hospitaliers de la possibilité d’un départ anticipé. Pas franchement un cadeau.

Ce sont près de 400 000 agents qui pourraient ne plus bénéficier de mesures d’âge. Or, pour mettre du beurre dans le C2P, le gouvernement ne propose à ce jour qu’un abaissement du nombre de nuits travaillées pour bénéficier du compte pénibilité. De l’aveu du gouvernement lui-même, cela ne concernerait que 30 000 agents hospitaliers. C’est à priori ce que l’exécutif entend par : « partager les impacts sur l’évolution des seuils relatifs à la pénibilité ». Il ne s’agit pas de les revoir, mais d’en calculer les effets dans une espèce de diagnostic partagé. Cela ne ressemble pas vraiment à un compromis. En effet, le gouvernement s’est refusé à toute réintroduction des critères exclus de la pénibilité en 2017, et ainsi à chagriner le patronat.

Comble du cynisme, Laurent Pietraszewski, le remplaçant de Jean-Paul Delevoye, avance comme une mesure de progrès social, le fait de : « favoriser les possibilités de reconversion pour les personnes ayant été exposées aux critères de pénibilité ». Traduction : changer de boulot en lieu et place de l’ouverture de droits à un départ anticipé. Une façon d’effacer l’ardoise de nombreuses années passées à effectuer des travaux dangereux ou usants. Mais les boulots pénibles ne disparaîtront pas pour autant, malgré le quatrième objectif fixé par le gouvernement : « renforcer les actions de prévention de la pénibilité ». En somme, pour le pouvoir, chacun aurait juste la liberté individuelle de ne pas poursuivre un travail pénible, en choisissant une reconversion professionnelle.

Avec cette réunion du 7 janvier, et les suivantes organisées la semaine prochaine par les ministres concernés (Santé, Éducation, Fonction publique), le gouvernement s’attache à vendre les modalités de mise en place de l’ensemble de sa réforme, comme s’il s’agissait de concessions, voire d’un compromis. Il n’est pas certain que grand monde soit dupe.

Chili : le cauchemar des retraités soumis à la finance !

Tout est dans le titre… Le nouveau monde de Macron a un sinistre goût de déjà vu, avec un système de retraites élaboré par le frère du président éborgner que Macron voulait inviter à Biarritz … pour comparer leurs faits d’armes !

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Dans ce reportage poignant, Nicolas Margerand et Erasmos Salas nous donnent à voir un Chili en pleine insurrection, dressé contre le système économique néolibéral mis en place sous la dictature d’Augusto Pinochet. Focus sur les seniors chiliens, poussés à la misère, contraints de travailler jusqu’à leurs dernières forces, pressurisés par un système de retraites privatisé, au seul bénéfice de puissants fonds de pension.

Bonne année… sans BlackRock !

Ci-dessous une intervention – salutaire ! – de François Ruffin

Le Premier ministre Edouard Philippe a donc élevé Jean-François Cirelli, le patron de BlackRock France, au rang d’officier de la légion d’honneur. Avec cette promotion, c’est surtout le niveau du cynisme qu’ils ont élevé.

« On peut tout, nous signifient-ils. On peut tout se permettre. On peut tout s’autoriser. »

Les retraites se transforment en test, vous savez, comme pour la grenouille de la fable, la température de l’eau qui monte, qui monte, et elle qui s’endort, qui s’endort, jusqu’à cuire : nous reste-t-il assez de vitalité pour bondir en dehors du bocal ? Ou notre peuple est-il trop fatigué, trop résigné, trop découragé, pour leur bondir au nez ? Allons-nous accepter, pas seulement qu’un banquier soit installé à l’Elysée, mais qu’il convie au festin ses copains, qu’il nous dirige main dans la main avec les financiers américains ?

Les faits sont connus, désormais.

Dès juin 2017, à peine élu, qui Emmanuel Macron reçoit-il en urgence à l’Elysée ? L’intersyndicale de Whirlpool-Amiens, bientôt délocalisé en Pologne ? Non, Larry Fink, le PDG de BlackRock (qui détient des parts dans Whirlpool). Lui en ressort tout miel : « Nous pensons que cette présidence est positive pour la France et surtout pour l’Europe… »

Mais à l’automne, c’est désormais BlackRock qui reçoit à l’Elysée ! Les clés du salon Murat, où se déroule chaque semaine le Conseil des ministres, sont confiées à Larry Fink. Qui y tient un séminaire avec ses camarades financiers.

Tout est dit.

En une anecdote, tout est dit.

BlackRock s’est installé à l’Elysée.

Il a pris ses aises au cœur du pouvoir français.

Quand, par exemple, la fondation abbé Pierre, ou le Secours populaire, ou ATD-Quart monde, ont-ils obtenu les mêmes faveurs ? Jamais. Jamais.

Mieux, ou pire encore, ce même jour d’octobre 2017, cinq ministres, Bruno Le Maire, Elisabeth Borne, Benjamin Griveaux, Muriel Pénicaud et le Premier d’entre eux, Edouard Philippe, ont défilé devant Larry Fink. Lui ont exposé « les réformes en cours », suppression de l’ISF, marché du travail, etc. Comme des bons élèves devant le maître, espérant une bonne note.

Mais quand Greenpeace, ou les Amis de la Terre, ou Oxfam furent-ils conviés à l’Elysée, à Matignon, avec un défilé de ministres, pour noter à leur tour les « réformes » ? Pour évaluer leur impact sur la planète ? Jamais. Jamais.

Mais même sur l’environnement, deux mois plus tard, en décembre 2017, même lors du One Planet Summit, à qui déroule-t-on le tapis rouge ? Aux financiers, toujours. Les private equity et les fonds de pension anglo-saxons, Larry Fink en tête, demeurent les stars, qui nous évangélisent : « Finance is not the enemy, finance is the key. »

Et je passe ici sur la nomination du patron de BlackRock France, Jean-François Cirelli, au comité CAP22 d’Edouard Philippe, pour « guider l’action publique ». Je passe sur la note « Un bon plan retraite », feuille de route adressée par BlackRock au gouvernement. Je passe sur les louanges, les tonnes d’encens, délivrées par les dirigeants de BlackRock France, Europe, Monde, à Macron, je passe, je passe, je passe, sur cette permanente collusion.

J’en viens au pompon : la légion d’honneur.

« C’est une mauvaise polémique, assurent les ministres en chœur. Ce n’est pas au dirigeant de BlackRock que cette récompense est délivrée. C’est à la carrière du haut-fonctionnaire, etc. etc. »

Mais justement : c’est cette carrière qui devrait lui valoir, et quotidiennement, la légion du déshonneur. C’est pour cette carrière, pour ses manœuvres et ses basses œuvres, qu’il mérite la déchéance.

Faisons bref.

Comme les retraites, Gaz de France est issu de la Libération : en 1945, le ministre Marcel Paul nationalise les réseaux de gaz et d’électricité.

Tout roule.

Jusqu’en 2004. Jean-François Cirelli en est alors PDG. Suivant des directives européennes (validées par Jospin), le gaz est ouvert à la concurrence. Après son élection, en 2007, lors d’un dîner, Nicolas Sarkozy, le promet à ses amis, le milliardaire belge Albert Frère et le milliardaire canadien Paul Desmarais : il va privatiser GDF. L’entreprise fusionne alors avec Suez, dirigée par Gérard Mestrallet, et l’Etat descend à 35% du capital.

Le grand gavage commence. Avant même l’entrée en Bourse, le 15 juillet 2008, tombe cette nouvelle : « GDF-Suez versera un dividende exceptionnel. » C’est l’urgence des urgences : le dividende. Entre 2009 et aujourd’hui, les dividendes versés aux actionnaires ont représenté trois fois le montant de ses bénéfices. Le taux de redistribution moyen sur cette période est en effet de… 333 % ! Un pactole, au total, qui avoisine les 40 milliards.

Comment assurer le financement du système des retraites ?

Article paru dans l’Humanité du 4 décembre 2019… En clair, la position du PCF sur la question de la réforme des retraites.

Alors que le gouvernement présente une réforme des retraites visant à ponctionner le niveau des pensions, l’argent existe pour maintenir le système par répartition.
Henri Sterdyniak Coanimateur des Économistes atterrés, Catherine Mills Maîtresse de conférences émérite, commission économique du PCF Gérard Filoche, Anne de Haro et Éric Thouzeau Responsables de la Gauche démocratique et sociale (GDS) et Éric Le Bourg Chercheur au CNRS, université de Toulouse

Des cotisations assises sur les salaires

Henri Sterdyniak Coanimateur des Économistes atterrés

L’objectif de la réforme des retraites impulsée par Emmanuel Macron est clair : réduire la part des retraites dans le PIB, par une baisse de 20 % de leur niveau, puisque le nombre de retraités par rapport à celui des actifs va augmenter d’environ 25 % d’ici à 2050. 

Le premier ministre a demandé au Conseil d’orientation des retraites (COR) d’établir un rapport annonçant un déficit important en 2025, déficit qu’il faudrait combler d’urgence par des mesures de report de l’âge ouvrant le droit à la retraite, d’allongement de la durée de cotisation ou de désindexation.

Ce déficit provient uniquement de la diminution organisée des ressources : la réduction des effectifs publics, la baisse de leur pouvoir d’achat entraîneraient une baisse des cotisations des administrations publiques ; les exonérations de cotisations sociales seraient mises à la charge de la Sécurité sociale. Le gouvernement masque qu’en 2025 l’Unédic serait en excédent et que, la dette sociale étant remboursée, 16 milliards de CRDS-CSG seraient disponibles. 

Mais cet épisode illustre le plan du gouvernement : priver de ressources la Sécurité sociale, tirer argument du déficit ainsi créé pour reculer l’âge pivot ou baisser la valeur de service du point.

Le système des retraites doit rester à prestations définies : il doit garantir aux retraités un niveau de vie équivalant à celui des actifs, ceci en se fixant des objectifs de taux de remplacement, 85 % au niveau du Smic, 75 % au niveau du salaire moyen. Il doit maintenir un âge de départ satisfaisant, tenant compte de la situation de l’emploi, laissant à chacun une période de retraite active en bonne santé, avec des départs précoces pour les métiers pénibles, ceux que l’on ne peut tenir après un certain âge ou pour les salariés que les entreprises refusent de maintenir en emploi. Ce n’est pas trop ambitieux pour un pays riche comme la France.

Un système par répartition se doit de répartir équitablement la richesse produite entre les jeunes, les actifs et les retraités. Ainsi, la question du financement est un problème démographique (maintenir une fécondité proche de deux enfants par femme, en assurant un niveau de vie satisfaisant aux familles), industriel (développer un niveau de production de plein-emploi, adapté à la transition écologique), de répartition (réduire les prélèvements improductifs et la rente financière).

L’allongement de la durée de vie – et donc la hausse du ratio retraités/actifs – rend nécessaire de faire passer la part des retraites dans le PIB de 13,8 % en 2018 à environ 16,2 % en 2050. Les retraites sont une assurance sociale ; la retraite de chacun dépend des salaires reçus durant la carrière, même ce lien ne doit pas être rigide. 

Le système doit être redistributif, fournir un niveau de retraite satisfaisant à tous, effacer les accidents de carrière, assurer des taux de remplacement plus élevés aux bas salaires ; il ne doit pas prolonger les rémunérations excessives. 

Un système qui verse des pensions dépendant des salaires reçus doit être financé par des cotisations sociales et non pas par l’impôt (qui doit financer les prestations universelles ou de solidarité). Un financement par l’impôt ouvre la porte à l’étatisation et à un système dégradé à prestations uniformes.

Aussi, le financement de la retraite doit être assuré par des cotisations assises sur les salaires. D’ici à 2050, une hausse progressive (0,2 point par an) sera sans doute nécessaire. En échange de leurs cotisations, les salariés et les jeunes doivent avoir la garantie que le système perdurera.

La clé de voûte d’une réforme progressiste

Catherine Mills Maîtresse de conférences émérite, commission économique du PCF

Une réforme progressiste des retraites suppose de mobiliser de nouveaux financements qui s’inscrivent dans une nouvelle manière de produire et de répartir les richesses. La bataille pour les retraites est un combat sur l’orientation des richesses créées, entre les prélèvements financiers du capital et les prélèvements publics et sociaux.

Il faut d’abord s’attaquer aux revenus financiers du capital. Ces revenus financiers perçus par les entreprises et les banques se sont élevés à 298,8 milliards d‘euros en 2018. Ils devraient être assujettis aux mêmes taux de cotisations que les salaires. Ce nouveau prélèvement, aligné sur le taux de cotisation employeur : 10,45 %, pourrait rapporter, dans un premier temps, 31 milliards d’euros à la branche vieillesse de la Sécurité sociale. Son produit serait appelé à diminuer avec le temps puisqu’il viserait à dissuader les entreprises de placer leurs profits sur les marchés financiers, et à les inciter à les investir pour créer des emplois et pour former les salarié·es. 

Il y a lieu ensuite d’accroître le taux et la masse des cotisations sociales, notamment patronales. Il s’agit de moduler le taux de cotisation en incitant à l’accroissement de la masse salariale et de l’emploi. Le taux de cotisation dite « patronale » serait alourdi pour les entreprises qui suppriment ou précarisent l’emploi, rationnent les salaires et les dépenses de formation. À l’inverse, les entreprises qui développent l’embauche et la formation de salarié·es qualifié·es seraient encouragées, avec une progression moindre de leur taux, mais sur une assiette en croissance. 

Cette modulation apporterait 70 à 90 milliards supplémentaires au bout de cinq ans. Les exonérations de cotisations patronales, actuellement (69 milliards d’euros, y compris le Cice) seraient supprimées et leur montant utilisé pour une nouvelle politique en faveur de l’emploi, de la formation, de la révolution écologique. Fondamentalement, il faut changer la politique économique et la gestion des entreprises.

Autre levier : l’emploi. Le pouvoir s’attaque aux chômeurs et non au chômage de masse. Au contraire, la création d’emplois augmenterait les richesses créées, les salaires et le financement des retraites. Avec aussi la révolution écologique, la relocalisation de l’industrie, le développement de services publics sur tout le territoire, on pourrait envisager la création de 3 millions d’emplois supplémentaires en cinq ans, soit 10 % de population active. Trois millions d’emplois rapporteraient 30 milliards d’euros de cotisations sociales supplémentaires. Cet objectif de création d’emplois appellerait le développement de la formation et des qualifications.

Il faut alors donner à l’égalité salariale femmes-hommes une visée révolutionnaire. Cela apporterait aujourd’hui plus de 6 milliards d’euros supplémentaires pour le financement des retraites. Les femmes gagnent encore 20 % de moins que les hommes, à travail égal. Nous nous fixons d’aboutir à une égalité réelle en deux ans, avec une loi contraignante.

Il existe les moyens de financement pour répondre aux besoins des retraités. Pour cela, il faut faire converger vers le haut les droits à la retraite de l’ensemble de la population. Garantir au minimum 75 % du meilleur revenu d’activité dès 60 ans, prendre en compte les spécificités professionnelles, les missions de service public, la pénibilité du travail. Une véritable sécurité d’emploi et de formation, notamment concernant les jeunes, exigerait la création d’une allocation autonomie formation et la prise en compte des années d’études dans le calcul de la durée de cotisations.

Tout cela nécessite de mettre en œuvre une nouvelle logique économique. 

À horizon de cinq ans, on viserait à augmenter de 10 points la part des salaires et des fonds sociaux dans la valeur ajoutée, en faisant reculer d’autant la part des profits. L’augmentation des salaires contribuerait au financement des retraites. Nous proposons une hausse de 20 % du salaire minimum et une conférence nationale des salaires pour une hausse générale des salaires, dans le privé comme dans le public. 

Une réforme progressiste du financement des retraites s’appuierait sur cette nouvelle logique impliquant aussi une nouvelle politique du crédit bancaire, pour faire baisser l’influence des marchés financiers, diminuer le coût du capital que la finance fait peser sur la société. 

Le financement de projets répondant à des critères précis en matière économique, sociale et écologique serait encouragé. Il faut une part du PIB plus grande pour les retraites, bien au-delà de la règle d’or des 14 %, cela exige aussi une autre façon de produire les richesses, tant au plan social qu’écologique. Les entreprises seraient incitées à l’efficacité sociale, plutôt qu’à la logique de la rentabilité financière capitaliste qui inspire la réforme Macron-Delevoye. 

C’est un véritable choix de civilisation.

Privé-public : toutes et tous concerné·es !

Gérard Filoche, Anne de Haro et Éric Thouzeau Responsables de la Gauche démocratique et sociale (GDS)

Édouard Philippe et Agnès Buzyn dénoncent les grèves « corporatistes » des salariés de la SNCF et de la RATP. Emmanuel Macron s’en prend à « ceux qui défendent le maintien des régimes spéciaux ». Tout d’abord, les régimes spéciaux, ça n’existe pas, ce sont des accords d’entreprise, des éléments du contrat de travail collectif, des conventions collectives !

Loin d’être « corporatistes » les grévistes de la SNCF et de la RATP sont les premiers de cordée d’une grève, à laquelle tous les salarié·es sont appelé·es à partir du 5 décembre, contre le système de retraites à points qui ne ferait que des perdants parmi les salariés, qu’ils soient du privé ou du public. 

La « justice » dont se réclame ce projet consisterait à niveler vers le bas tous les régimes de retraite en calculant les retraites sur la base du salaire moyen de toute la carrière et non plus sur le salaire moyen des 25 meilleures années ou des six derniers mois. L’« équité » dont se réclame ce projet consisterait à instaurer un « âge pivot », fixé à 64 ans dès 2025. Partir avant cet âge serait puni par une diminution du montant de la retraite.

L’« âge pivot » ne pourrait qu’augmenter rapidement car le système de retraite à points serait pris en étau. La première mâchoire de cet étau serait un double plafonnement, celui du taux des cotisations sociales à 28,12 % et celui de la part du PIB destinée à financer les retraites à 14 %. L’autre mâchoire serait l’augmentation d’environ 6 millions du nombre de personnes de plus de 65 ans en 2040. 

Le nombre de convives augmentera mais pas la taille du gâteau. Résultat, la part du gâteau pour chacun·e diminuera. Ce sera une baisse généralisée des pensions !

La « transparence » dont se réclame ce projet consisterait à fixer une valeur du point servant de base au calcul du montant de la retraite qui varierait chaque année en fonction de l’évolution de l’espérance de vie, de l’état de santé de l’économie, de l’équilibre financier du système à points. Personne ne pourrait donc prévoir le montant de sa retraite. Les « premiers de cordées » d’Emmanuel Macron n’ont rien de sympathiques alpinistes. Ils utilisent ceux d’en bas pour parvenir au sommet et n’hésitent pas à couper la corde, en licenciant à tour de bras, pour pouvoir y rester.

Les seuls véritables corporatistes, les seuls défenseurs de privilèges exorbitants, sont les actionnaires des grands groupes. Leurs fondés de pouvoir à l’Élysée et à Matignon n’hésitent pas à « prendre toute la France en otage » pour tenter de mettre en place un système de retraite qui accroîtrait ces privilèges.

Le système à points aurait le grand mérite pour la corporation des actionnaires de ne pas augmenter la part patronale des cotisations retraite et ferait une place au soleil, de plus en plus grande, aux fonds de pension, à la finance, aux banques et aux assurances.

C’est tout l’inverse qu’il faut imposer ! Augmenter la part consacrée aux retraites, comme à la santé. Avec quelques dixièmes d’augmentation des cotisations, la « bosse » démographique serait absorbée. D’autant que cette « bosse » sera de courte durée avec le boom des naissances des 20 dernières années. 

Gardons une retraite solidaire et améliorons-la· ! Refusons le transfert des budgets de la retraite à celui de l’État ! Car c’est le hold-up qu’ils préparent.

Le dogme des dépenses constantes

Éric Le Bourg Chercheur au CNRS, université de Toulouse

La réforme des retraites aboutirait – c’est maintenant compris par tous ceux qui s’y sont intéressés – à une baisse des pensions importante, en particulier du fait du calcul de la retraite sur toute la carrière et pas seulement sur les 25 meilleures années (secteur privé) ou les six derniers mois (fonction publique). 

Par ailleurs, étant donné que « le système universel conservera un niveau de dépenses de retraite sensiblement identique à la trajectoire prévue par le COR » (rapport Delevoye, page 114), soit 14 % du PIB, alors que le nombre de retraités va augmenter fortement dans les années qui viennent du fait des générations nombreuses du baby-boom, on ne peut que s’attendre à une baisse progressive de la valeur du point et/ou à « une évolution progressive de l’âge du taux plein au fil des générations » (explicitement prévue page 114), ce qui signifie bien sûr une augmentation de cet âge.

Prévoir une dépense constante alors que les besoins augmentent est un non-sens complet, mais le débat d’idées des dernières décennies a tellement ancré l’idée que le « coût » des retraites était trop élevé que le projet Delevoye peut avancer sans vraiment craindre d’être contredit qu’il ne doit plus augmenter, alors que cela implique la baisse des revenus de l’essentiel de la population âgée et un départ à la retraite de plus en plus tardif, et ceci au moins jusqu’à la disparition des générations du baby-boom. 

Soyons clairs : tout projet de réforme des retraites basé sur un coût constant alors que la population âgée augmente est un délire de comptable, ne pouvant qu’aboutir à une plus grande pauvreté dans les années qui viennent.

Dans ce contexte, le Parti communiste dans sa très récente proposition de réforme des retraites ose casser ce dogme des dépenses constantes, son premier dirigeant indiquant clairement que « le gouvernement veut plafonner ce financement à 14 % du PIB, nous pensons qu’il faut le porter à 17 % ». 

Si le nombre de retraités augmente par rapport à la population totale, le financement doit augmenter, de même que lors du baby-boom les dépenses d’éducation et de logement ont dû augmenter, afin de ne pas transformer la France de l’époque en bidonville géant peuplé d’enfants ne dépassant pas le certificat d’études. 

Ceci implique de nouvelles sources de financement pour les retraites et on se doute que tout le monde ne sera pas d’accord avec celles proposées par le PCF. Cependant, suivant l’exemple du PCF, chaque parti devrait maintenant présenter à la population ses propres projets de réforme. Cela permettra de savoir quelles sont les vraies priorités de chaque formation politique.