Bolivie : la CIA tisse déjà la toile de la fraude

Un article relayé par l’agence de presse PRESSENZA, mettant en lumière les agissement du gouvernement fasciste de Bolivie et des Etats-Unis : déguiser pour que l’Europe puisse servilement accepter l’imposture ?

Jeanine Áñez dirigeant l’inauguration de l’Annee Judiciaire 2020 au Tribunal Suprême de Justice dans la ville de Sucre. (Image de presidencia.gob.bo)

Les liens entre le président du Tribunal Suprême Électoral, Salvador Romero, le Secrétariat d’État et la USAID (Agence des États-Unis pour le Développement International), ainsi que la participation en tant qu’observateur de l’OEA sont autant d’éléments qui couvrent les élections prévues pour le 3 mai de soupçons. Le processus électoral pourrait être utilisé uniquement pour rendre plus propres les secteurs du pouvoir qui ont fait le coup d’état.

Par Héctor Bernardo, pour Contexto

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Le Tribunal Suprême Électoral (TSE) de Bolivie a annoncé que les nouvelles élections présidentielles auraient lieu le 3 mai 2020. Dans le contexte actuel, ces élections semblent seulement être un moyen de déguiser le gouvernement en une institution démocratique. Aujourd’hui il n’a comme visages visibles que la présidente autoproclamée Jeanine Áñez, le dirigeant néofasciste Luis Fernando Camacho, l’ancien mandataire Carlos Mesa et le secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA) Luis Almagro. Au delà des pions locaux, le coup d’état est clairement soutenu par le gouvernement Nord-américain, dans une stratégie de recolonisation évidente.

Selon le quotidien argentin La Nación, « le chancelier Felipe Solá et le secrétaire des Affaires Stratégiques Gustavo Beliz, ont reçu hier dans la Maison Rose, siège du pouvoir exécutif argentin, une délégation du gouvernement nord-américain qui a fait part de son mal-être quant à l’agenda public qu’est en train de développer l’ex-président bolivien Evo Morales depuis l’Argentine ».

C’est une preuve claire de son intérêt et de son soutien au gouvernement bolivien et c’est avec une grande audace que les émissaires de l’ambassade nord-américaine ont déclaré au quotidien argentin conservateur de droite : « Nous demandons à l’administration d’Alberto Fernández de travailler et de garantir que Morales n’abuse pas de son statut en Argentine ».

Les auteurs du coup d’état prétendent attribuer au TSE de Bolivie et aux élections prévues pour le 3 mai seulement un rôle de nettoyage du gouvernement constitué nouvellement.

Après le coup d’état du 10 novembre contre Evo Morales, le gouvernement constitué a destitué et emprisonné les membres du TSE. Ensuite de nouvelles autorités ont été nommées, ces autorités ont été présentées par la presse de droite comme des garanties de transparence. Mais comme il arrive très souvent dans ce genre de cas, la propagande officielle des dictatures est la grande vainqueur, et ce qui est dit est très loin de la réalité.

L’exemple de Salvador Romero en est une exemple très clair : il a été désigné comme président du TSE par le gouvernement d’Añez et qui apparaît dans plusieurs cas révélés par WikiLeaks comme lié très étroitement avec le Secrétariat d’État nord-américain et avec l’Agence des États-Unis pour le Développement International.

Le rôle de l’USAID est bien connu, tout comme celui de la Fondation Nationale pour la Démocracie, la NED, en tant qu’organisme à travers lequel les services de renseignement Nord-américains et tout particulièrement la CIA (l’Agence centrale de renseignement) canalisent des fonds ou exécutent des opérations visant à déstabiliser les processus démocratiques ou à soutenir leurs pantins à l’étranger.

Les cas exposés par WikiLeaks montrent dans quelle mesure, au moins depuis 2008, Salvador Romero avait un lien étroit avec les fonctionnaires de l’Ambassade nord-américaine, comment il avait été promu pendant des discours organisés par l’USAID contre le gouvernement d’Evo Morales et comment il avait débuté une campagne contre le Mouvement Socialiste (MAS) dans le but de tenter d’influencer lors des référendums et élections présidentielles à venir.

Romero a été décrit comme un fervent militant contre la nouvelle Constitution Bolivienne qu’a impulsée Evo Morales. Et ce fut le président bolivien lui-même qui à l’époque a souligné que la Cour Nationale Électorale (CNE) était un organe subordonné à l’Ambassade des États-Unis. Romero avait été nommé à la tête de cet organisme en 2003 par le président de l’époque Carlos Mesa, autre personnage responsable du coup d’état du 10 novembre 2019.

Lors d’un entretien avec Contexto, Stella Calloni, auteur du livre Evo en ligne de mire – CIA et DEA en Bolivie, soutient : « Le gouvernement constitué est en train de nettoyer les registres électoraux boliviens. Ces registres avaient déjà été épurés. Tout indique qu’il s’agit d’une stratégie pour supprimer des registres des milliers d’indigènes qui avaient récemment obtenu leur carte d’identité et qui soutiennent le MAS. De plus, beaucoup d’argent a circulé pour coopter les dirigeants et diviser le MAS. »

« On a mis en route la stratégie typique des États-Unis pour détruire les processus populaires et lancer des élections. C’est une stratégie qui tente de maquiller démocratiquement un gouvernement pantin » déclare-t-elle.

Calloni fait remarquer que « cela s’est déjà produit au Honduras, où après le coup d’état contre Manuel Zelaya, les fraudes se sont succédées, toutes commanditées par les États-Unis et rendues possibles par le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro ».

« Une stratégie similaire a été utilisée au Brésil. Là-bas, après le coup d’état contre Dilma Rousseff, le président nommé Michel Temer a convoqué des élections desquelles le principal candidat Luiz Inácio ‘Lula’ da Silva a été banni. De plus, tout le processus électoral étant dans les mains des auteurs du coup d’état, aucune transparence n’a pu être garantie et ils ont pu imposer le candidat dans la lignée du coup d’état, Jair Bolsonaro », ajoute-t-elle.

Cette spécialiste soutient que « ce gouvernement aujourd’hui en place en Bolivie convoque des élections, mais il y a des fuites qui montrent que les gens qu’Añez a imposés au Tribunal Suprême Électoral répondent directement à l’Ambassade des États-Unis et a ses organismes comme la CIA et l’USAID ».

Elle conclut : « Ils ont préparé un scénario typique pour la fraude en faveur des secteurs qui concernent Washington. C’est ainsi qu’après le coup d’état toute la structure nord-américaine a repris place en Bolivie, structure qui avait été bannie par le président Evo Morales, par acte de souveraineté ».

Traduction de l’espagnol : Frédérique Drouet

Chili : le cauchemar des retraités soumis à la finance !

Tout est dans le titre… Le nouveau monde de Macron a un sinistre goût de déjà vu, avec un système de retraites élaboré par le frère du président éborgner que Macron voulait inviter à Biarritz … pour comparer leurs faits d’armes !

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Dans ce reportage poignant, Nicolas Margerand et Erasmos Salas nous donnent à voir un Chili en pleine insurrection, dressé contre le système économique néolibéral mis en place sous la dictature d’Augusto Pinochet. Focus sur les seniors chiliens, poussés à la misère, contraints de travailler jusqu’à leurs dernières forces, pressurisés par un système de retraites privatisé, au seul bénéfice de puissants fonds de pension.

LE PARADOXE AUSTRALIEN : ENFER CLIMATIQUE ET DIRIGEANT CLIMATOSCEPTIQUE

Ci-dessous un article de Le Vent se lève, sur le désastre écologique en cours en Australie ! Clic pour lire sur le site original

ParPierre Gilbert -27 décembre 2019

Alors que l’Australie est à l’avant-poste dans ce que le changement climatique peut produire de pire, la très grande majorité des élites du pays se fourvoie paradoxalement de plus en plus dans un négationnisme climatique dramatique. Un paradoxe étrange qui témoigne d’une irrationalité crasse. Entre lobbies du charbon, accapareurs d’eau et surtout angoisse profonde du sentiment de déclin, une majorité d’Australiens choisit le camp du conservatisme climatosceptique et du repli sur soi. C’est le résultat politique de la peur dans une société atomisée, et cela devrait nous questionner, à l’heure où l’on détricote ici les structures de solidarité sociale. 


UN AVANT-GOÛT DE L’ENFER QUI NOUS ATTEND

En Australie, nous ne sommes qu’au début de l’été et pourtant les deux prochains mois pourraient être encore pires. Or, il fait 50°C à l’ombre et les incendies ont ravagé quelque 3 millions d’hectares de bush. 200 feux sont actuellement recensés dans le pays, dont 70 sont hors de contrôle, majoritairement dans l’État de Nouvelle-Galles du Sud. Huit pompiers sont morts dans les opérations. De leur côté, les cinq millions d’habitants de Sydney respirent un air onze fois plus pollué que le seuil de dangerosité normal en raison des fumées. Les médecins ont déclaré l’état d’urgence sanitaire pour la ville.

Les scientifiques sont unanimes : les incendies ont été plus violents et plus précoces que d’habitude cette année en raison d’une sécheresse record qui dure depuis maintenant deux ans, due aux effets du changement climatique. Alors que certaines villes sont à court d’eau potable, d’immenses zones de végétation sont extrêmement sèches et offrent des conditions idéales pour la propagation des feux. Les dégâts sur la faune sont inédits : chauves-souris, oiseaux, reptiles aquatiques… et des animaux aussi emblématiques que le koala sont maintenant purement et simplement menacés de disparition.

En mars dernier, nous avions déjà écrit sur la situation dramatique du pays, au sortir d’un été particulièrement sec. Tout a commencé en septembre 2018 avec un épisode de sécheresse caniculaire qui s’est prolongé jusqu’en janvier, le mois le plus chaud de l’histoire du pays jusqu’à cette année. Des villes comme Adélaïde ou Port Augusta ont vu le thermomètre monter jusqu’à 49,5°C à l’ombre. L’État du Queensland, situé au nord-est du pays, avait été ravagé par des incendies d’une ampleur jamais observée de mémoire d’homme. Par ailleurs des millions de poissons ont été retrouvés morts le long du bassin hydrographique de Murray-Darling en raison de leur asphyxie par une bactérie mangeuse d’algues, dans le sud-est du pays. Rappelons que ce bassin concentre 40 % de toute l’activité agricole australienne.

Pour bien comprendre cette modélisation 3 D, précisions sur le site de la RTBF

Qui dit sécheresse dit inondations, puisqu’une terre durcie par le manque d’eau absorbe très mal les pluies. Il a plu en quelques jours de février l’équivalent de plusieurs mois, ce qui a entrainé la mort de quelques 500 000 bovins. Englué dans la boue, la plupart du bétail est mort de faim et d’épuisement sur place. Pour certains fermiers du Queensland, c’est 95 % de leur cheptel qui ont été décimés pour un manque à gagner de plus d’un milliard de dollars. Pour venir en aide aux comtés touchés, le Premier ministre libéral-conservateur Scott Morrison, élu depuis août 2018 n’a débloqué que… 1 million de dollars. Ces derniers jours, alors que le pays est à feu et à cendres, il prenait des vacances à Honolulu – ce qui n’a pas manqué de déclencher une polémique. Il n’est rentré qu’en raison de la mort d’un huitième pompier dans la lutte contre les incendies. Pourtant, ça ne l’empêche pas d’être l’homme politique le plus populaire du pays : tout un paradoxe.

LE LOBBY DU CHARBON TOUT PUISSANT

La société australienne est de plus en plus polarisée autour des questions environnementales. D’un côté, la jeunesse et les centres urbains sont très mobilisés et manifestent par centaines de milliers lors des marches pour le climat, de l’autre, une majorité de l’opinion soutient leur Premier ministre climatosceptique. Canberra s’est d’ailleurs particulièrement illustrée lors de la COP25 en sabotant les négociations en matière d’échange de quotas carbone, à rebours de l’Histoire. La pomme de discorde, c’est évidemment l’économie, ou plutôt le court-termisme.

D’après la Brookings Institution, l’Australie serait l’un des pays qui devrait perdre le plus, avec ceux de l’OPEP, s’ils respectaient les engagements pris lors de la COP 21. Son PIB pourrait ainsi reculer de 2 % d’ici 2030, la richesse des ménages diminuer de 0,5 % et le nombre d’emplois baisser de 127 000. Pourquoi ? Parce que l’Australie est quatrième producteur mondial de charbon derrière la Chine, les États-Unis et l’Inde, mais surtout le premier exportateur mondial. Le charbon fournit 80 % de l’électricité nationale et rapporte environ 50 milliards de dollars à l’export. Les émissions australiennes de CO2 ont ainsi augmenté de… 46,7 % depuis 1990.

Pourtant, le rapport souligne qu’à terme l’Australie a tout à gagner à rester dans les clous de l’accord de Paris, car les catastrophes climatiques vont avoir un coût bien supérieur. Le pays commence à l’observer : en 2019, la production céréalière s’est effondrée de 50 % et le pays a dû importer pour la première fois en 10 ans. Nous ne parlons même pas des autres secteurs, y compris touristique, frappés. Pourtant, Scott Morrison peut se targuer d’une croissance de quelques 3 %, d’un taux de chômage de 5 %, d’une inflation maîtrisée et d’une dette publique de 40 % du PIB.

La raison en est simple : les cours du charbon et d’autres minerais montent. Cette dépendance aux exportations rend le pays extrêmement vulnérable – le fameux « syndrome hollandais »[1] : le pays se spécialise dans l’extraction minière et perd son industrie, d’autant plus rapidement que les salaires des mineurs sont très élevés, créant par la même occasion une casteextrêmement pro-conservateurs : les bogans.

Le charbon dispose de puissants défenseurs dans le pays, dont Rupert Murdoch, climatosceptique notoire qui contrôle 70 % de la presse nationale. L’organisation Transparency International a d’ailleurs rétrogradé l’Australie de la 7e place à la 13e place en termes de corruption, en raison notamment du poids du lobby du charbon. Un rôle certainement central dans la victoire surprise de Scott Morrison aux dernières législatives, alors que les travaillistes – ayant largement fait campagne sur l’environnement – étaient donnés favoris. Mais ce lien de causalité est loin de pouvoir expliquer à lui seul pourquoi, encore aujourd’hui, le Premier ministre climatosceptique est aussi populaire dans son pays.

POURQUOI L’AUSTRALIE A-T-ELLE CHOISI UN CLIMATOSCEPTIQUE EN PLEIN DRAME CLIMATIQUE ?

Morrison s’est surtout adressé aux électeurs les plus âgés et les plus aisés, inquiets du programme de Bill Shorten, le candidat travailliste qui voulait supprimer diverses niches fiscales pour financer des dépenses en faveur de l’éducation, de la santé et du climat. Pourtant, les sondages donnaient ce dernier en tête.

Une fois dans l’isoloir, les Australiens ont donc voté en majorité pour leur portefeuille, ce qu’ils se gardaient bien de dire avant dans les enquêtes d’opinion. Un effet isoloir classique donc, qu’on a également observé avec le FN en France pendant de nombreuses années, lorsque le parti n’était pas encore aussi normalisé, ou encore avec Donald Trump. De même, au Canada, lors des élections fédérales d’octobre 2019, le Premier ministre Justin Trudeau a certes été réélu avec une majorité relative, mais les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan, très dépendantes des hydrocarbures et des sables bitumineux, ont voté pour les conservateurs à 69 % et 64 % ! Ces derniers promettaient la suppression pure et simple de la taxe carbone et le développement des pipelines.

Lorsque le pire de chacun n’est plus canalisé par la pression morale de la société, il se déchaîne. En Australie, l’effet de masse du vote climatosceptique libère les énergies de la partie obscure des individus, et renforce les mécanismes de déni. Penser que la rationalité motive le vote est une lubie que la plupart des personnes ayant fait de hautes études – « formatées à la rationalité » – entretiennent. Le plus paradoxal, c’est que cette élite éduquée et médiatique qui met en avant la rationalité et le consensus en politique, est souvent la plus à même de basculer dans l’autoritarisme lorsque ses intérêts sont menacés. En France, on l’observe très bien vis-à-vis du mouvement des gilets jaunes et du mouvement contre la réforme des retraites : le degré d’études n’empêche pas de soutenir le tournant illibéral du gouvernement, bien au contraire.

Dans une période de déclin, la peur prend tendanciellement le pas sur la rationalité en politique, et oriente le vote davantage vers l’individualisme plutôt que vers la solidarité. Or le sentiment de déclin est inconsciemment d’autant plus partagé dans un contexte d’effondrement environnemental. Selon le sondage Ipsos/Sopra Steria pour Le Monde, réalisé en août 2019, 73 % des Français estiment que la France est en déclin. 65 % de nos compatriotes estiment que « c’était mieux avant » et seuls 40 % des personnes interrogées pensent que notre avenir est « plein d’opportunités ». En Australie aussi, la confiance dans l’avenir s’étiole. Un sondage spécial de Roy Morgan montre que 40 % des Australiens pensent que 2020 sera « pire » que 2019. Soit une augmentation significative de 26 points par rapport à l’année dernière et le chiffre le plus élevé depuis 1990.

Source : Enquêtes Roy Morgan en Australie sur la période 1980-2019, avec une moyenne de 1 000 Australiens de 18 ans et plus interrogés chaque année. Question : « En ce qui vous concerne, pensez-vous que l’année prochaine (2020) sera meilleur, pire, ou le même que 2019 ? »

On peut expliquer ce phénomène assez simplement. Lorsqu’on est soumis à un stress, le cerveau reptilien (fonctions vitales, réactivité, coordination musculaire etc.) prend le pas sur le cortex préfrontal – la « zone de la rationalité ». L’hippocampe, un petit organe niché au cœur de notre cerveau et essentiel au fonctionnement de notre mémoire et de notre imagination, est également particulièrement sensible au cortisol, également appelé « hormone du stress ». Il peut rétrécir de près de 20 % en situation de stress, d’anxiété, ou encore à la suite d’un traumatisme. Une telle diminution, surtout si répétée dans le temps, nous rend incapables d’envisager l’avenir d’une manière positive et optimiste. C’est pourquoi la destruction des structures de solidarité sociales – ayant pour but fondamental d’émanciper le citoyen de l’angoisse du lendemain – a un effet dévastateur sur l’imagination, donc sur la possibilité d’imaginer une alternative politique.

La politique très ferme en matière migratoire conduite par Scott Morrison – qui consiste par exemple à renvoyer automatiquement les bateaux vers l’Indonésie et la Papouasie – s’articule très bien avec l’exploitation de la peur de l’effondrement environnementale.

QUE FAUT-IL CONCLURE DU PARADOXE AUSTRALIEN ?

Comme le déclin économique, perceptible dans la plupart des pays de l’OCDE entraîne davantage une peur du déclassement qu’une massification des thèses anticapitalistes, le déclin environnemental, le sentiment de voir le monde s’écrouler, exacerbe les mécanismes de déni. La peur de la paupérisation – tant pour des raisons économiques qu’environnementales – suscite des réactions d’autodéfense primaire, plutôt que de la rationalisation politique. Cette réalité qu’on observe aussi en France – dans une très moindre mesure – est largement amplifiée dans des pays anglo-saxons tels que l’Australie. Beaucoup plus individualisés, sans État social ni mécanismes de solidarités organiques ambitieux, les individus y sont beaucoup plus susceptibles au stress de la subsistance.

En conclusion, pour qu’un peuple soit mentalement disponible pour relever le défi climatique – à travers par exemple l’élection d’un gouvernement de rupture – il faut qu’il dispose d’un minimum de mécanismes de solidarité, qu’il soit globalement émancipé de la peur des aléas principaux. À ce titre, on peut prendre le raisonnement dans l’autre sens : la réforme des retraites en France n’est pas tant un facteur d’accélération des mécontentements, potentiellement cristallisable à travers une opposition politique ambitieuse, mais plutôt une difficulté supplémentaire… À moins qu’elle soit stoppée par un mouvement social victorieux.

Si la peur du déclassement fait voter les pauvres à droite, ce qu’a déjà montré Thomas Frank en 2008 dans Pourquoi les pauvres votent à droite : comment les conservateurs ont gagné le cœur des États-Unis, il faudrait désormais étudier ce que produit la peur de l’effondrement écologique dans le champ politique. Braque-t-elle les cerveaux en provoquant du déni ? Augmente-t-elle la masse critique d’électeurs susceptibles de choisir un projet écologiste et social ? En réalité, on observe les deux phénomènes contemporainement : la question environnementale est un point de scission de plus en plus important entre deux blocs. En revanche, on observe que cet antagonisme diffère en fonction de l’état d’avancement du délitement de la société par le libre marché. Dans une société anglo-saxonne individualiste comme l’Australie, la masse critique du vote autocentré et court-termiste est plus grande, même dans une situation environnementale aussi dramatique.

[1] Le « syndrome hollandais » (en anglais, « Dutch disease ») vient de la crise qu’a traversé l’industrie hollandaise suite à la découverte de gaz en Mer du Nord dans les années 1960. L’industrie gazière, en faisant grimper les salaires, a asphyxié l’industrie manufacturière. De nombreux pays souffrent de ce problème, notamment les pays pétroliers (Arabie Saoudite, Russie…).

Aux origines de l’antagonisme entre l’Iran et les États-Unis

Ci-dessous un article de Le Vent se lève, pour essayer la folie guerrière qui pousse les néo-cons américains dans cette région du monde ! Clic pour lire sur le site original

Graffiti anti-américain dessiné sur le bâtiment qui abritait l’ambassade des États-Unis à Téhéran © Vincent Ortiz pour Le Vent Se Lève.

La mort du général iranien Qassem Soleimani, tué par un drone américain, sonne comme une revanche pour les États-Unis contre leur principal adversaire géopolitique au Moyen-Orient. L’humiliation de la crise des otages de 1979, les multiples revers diplomatiques infligés par l’Iran aux États-Unis, le soutien logistique et financier aux groupes anti-américains du Liban et d’Irak, ont contribué à faire de la République islamique d’Iran un représentant emblématique de « l’axe du mal » des néoconservateurs américains. L’hostilité des Iraniens aux États-Unis, quant à elle, puise à une source plus profonde. Elle trouve ses racines dans la volonté américaine, jamais ébranlée, de s’emparer du pétrole iranien et d’en faire une tête de pont de sa politique moyen-orientale.


L’ancienne ambassade américaine de Téhéran, lieu de pouvoir incontournable, est désormais un musée dédié tout entier à la dénonciation de l’impérialisme américain. Le devenir de cette construction, couverte de peintures murales de propagande associant les symboles américains à la mort et aux bombes, semble matérialiser l’hostilité entre la superpuissance américaine et la République islamique d’Iran, une tension continue depuis la Révolution de 1979. Celle-ci clôt une longue période de coopération et d’alliance diplomatique entre Washington et Téhéran, au cours de laquelle l’Iran, alors connu comme le « gendarme des États-Unis », était le principal soutien de la super-puissance américaine dans la région.

LES ÉTATS-UNIS EN IRAN : UNE PUISSANCE LOINTAINE DEVENUE UN PARTENAIRE HÉGÉMONIQUE

Les rapports irano-américains trouvent leur obscur commencement dans un accord signé en 1856 à Constantinople, entre l’ambassadeur américain et le représentant du pays que l’on appelle encore, à l’international, la Perse. Désireux de desserrer l’étau dans lequel les influences rivales de la Russie tsariste et de l’Empire britannique maintiennent son pays, le jeune Shâh Naser od-Din cherche à multiplier les alliances, et le traité de commerce signé avec la jeune république suit de près celui signé en juillet avec le Second Empire français. La signature du traité n’est néanmoins pas suivie par l’entretien de relations permanentes, qui devront attendre la fin du siècle. Si la présence américaine croît en même temps que l’importance mondiale des Etats-Unis, et que le pouvoir iranien a parfois recours à des experts américains dans ses projets de réforme, la jeune nation reste dans l’ombre des influences russes et britanniques, qui après des décennies de tensions se partagent le pays en 1907, grâce, entre autres, aux bons offices de la IIIe République Française.

Si l’importance de l’action américaine dans le coup d’État de 1953 fait toujours débat, les États-Unis apparaissent dès lors aux yeux de l’opinion comme un ennemi de la souveraineté nationale iranienne

Tout change après la Seconde Guerre mondiale : au Moyen-Orient comme ailleurs, les États-Unis, qui ont participé aux côtés des britanniques à l’occupation préventive du pays, remplacent progressivement le Royaume-Uni et la France comme principale puissance occidentale. La nomination, suite aux élections de 1951, du populaire nationaliste Mohammad Mossadegh au poste de Premier ministre du jeune Shâh Mohammad-Rezâ Pahlavi, est l’occasion d’une première immixtion des États-Unis dans la politique iranienne. Face à la volonté de Mossadegh de nationaliser le pétrole iranien, lésant notamment la puissante firme anglaise Anglo-iranian Oil Company (actuelle British Petroleum), les services secrets américains participent à son renversement. Les entreprises expropriées appellent à un boycott mondial contre l’Iran, soutenu par les compagnies américaines. Le président Eisenhower, cédant à la pression du lobbying des pétroliers américains et de la CIA, donne son aval à l’opération « Ajax » en août 1953. Les services secrets américains supervisent un coup d’État en coopération avec les réseaux britanniques, le Shâh, l’opposition parlementaire iranienne et les entreprises pétrolières lésées, qui aboutit à la démission forcée de Mohammed Mossadegh.

Le premier ministre iranien Mohammed Mossadegh, considéré comme « l’homme de l’année » par le Time en 1952 © Worth point.

Si l’importance de l’action américaine [1] dans ce coup de force fait toujours débat, les États-Unis apparaissent dès lors aux yeux de l’opinion comme un ennemi de la souveraineté nationale et un soutien du pouvoir royal qui commence à se renforcer après une brève période de démocratie parlementaire.

LA PIÈCE MAÎTRESSE DANS LE DISPOSITIF D’ENDIGUEMENT DU COMMUNISME

Solidement installé au pouvoir, Mohammad-Rezâ Shâh ne va cesser d’approfondir ses liens avec les États-Unis, malgré un discours officiel axé sur l’indépendance nationale et la construction d’un modèle alternatif à la démocratie libérale et au marxisme-léninisme. Devant les exemples catastrophiques donnés par les révolutions nationalistes dans les pays arabes (Egypte en 1952, Irak en 1958, qui renversent toutes deux des monarchies pro-occidentales), il devient impératif pour les Etats-Unis de maintenir au pouvoir ce monarque conciliant.

Ainsi soutiennent-ils le Shâh dans ses principales initiatives, qu’elles soient économiques ou militaires. La « Révolution blanche », vaste entreprise de transformation sociale dont la pièce maîtresse est une réforme agraire, se fait avec les encouragements et les conseils américains, prêts à accepter par pragmatisme ses accents vaguement socialisants. Surtout l’Iran devient, par rapport à sa taille, l’un des principaux acheteurs d’armes américaines, le Shâh menant une politique de défense largement au-dessus des besoins de l’Iran, tant par peur du voisin soviétique que par passion personnelle pour la chose militaire.

Le soutien américain, sans faille jusqu’à Jimmy Carter malgré les dérives autoritaires et mégalomaniaques du régime royaliste (le Parti unique est définitivement imposé en 1975, mettant fin au cadre parlementaire qui s’était maintenu au moins formellement jusque là) s’explique par l’importance de la position du pays, frontalier de l’URSS de part et d’autre de la mer Caspienne, dans le dispositif de lutte contre la pénétration communiste au Moyen-Orient. L’Iran fait ainsi partie des membres fondateurs du Pacte de Bagdad, alliance de pays musulmans alignés sur les Anglo-Américains. Le basculement de l’Irak dans le camp soviétique renforce encore l’importance de l’Iran, à la fois potentiel champ de bataille et contre-exemple pro-occidental. Le rôle de l’Iran dans les plans américains est plus important encore dans le Golfe persique, où le pays se voit doté du rôle officieux de « gendarme des États-Unis », accueillant des bases militaires américaines et s’impliquant dans la répression des soulèvements pro-soviétiques des États voisins[2].

En dépit de relations diplomatiques courtoises avec le bloc de l’Est (le Shâh se rend en URSS en 1968 puis accorde au représentant soviétique une place à ses côtés lors des célébrations des « fêtes de Persépolis » en 1971) et des dénonciations morales de l’Occident contenues dans les œuvres publiées du souverain, l’association entre le régime monarchique et l’influence américaine se fait naturellement dans l’esprit des Iraniens comme du reste du monde ; les États-Unis deviennent pour l’opposition – qu’elle s’inspire du marxisme ou de l’Islam politique – l’ennemi à chasser du pays en même temps que le tyran honni. Dans le même temps, les transformations économiques et sociales qui s’accélèrent après la crise pétrolière de 1973, entraînent une occidentalisation de façade d’une partie de la société, rejetée par de larges parts de la population. Ces transformations sont ainsi associées au modèle américain, d’autant plus détesté que les laissés pour compte du boom économique sont de plus en plus nombreux. Sûr du soutien américain et de ses succès économiques, le régime s’enferme dans ses rêves de grandeur et un autoritarisme qui ne s’embarrasse plus des formes démocratiques.

DE L’INDISPENSABLE ALLIÉ À L’IRRÉDUCTIBLE ENNEMI

C’est paradoxalement une inflexion dans la politique américaine qui entraîne la chute du régime royaliste, fragilisé dans le même temps par un ralentissement économique et la maladie du souverain. L’élection de Jimmy Carter en 1976 et la mise en avant par son administration de la question des droits de l’homme annonce une complaisance moindre envers les dictatures pro-américaines. Mohammad-Rezâ est obligé d’entamer une timide libéralisation, qui aboutit dès 1977 sur un « Printemps de Téhéran », libération de la parole, y compris politique. Si les États-Unis souhaitent contraindre leur allié à une démocratisation progressive, il ne s’agit néanmoins en aucun cas de le lâcher, et Carter affiche jusqu’au bout son soutien, en passant notamment le nouvel an 1978 aux côtés de la famille impériale, à Téhéran.

L’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique d’Iran, et son successeur Ali Khamenei, représentés sur les murs d’une mosquée de Téhéran © Vincent Ortiz pour Le Vent Se Lève.

Le chute, début 1979, du régime monarchique après plusieurs mois de confrontation violente, entraîne la création d’un régime politique d’un genre nouveau, qui se réclame à la fois du conservatisme religieux de du tiers-mondisme révolutionnaire. La nouvelle République islamique devait-elle naturellement s’engager dans un bras de fer sans compromis avec les États-Unis ? Rien n’était moins certain, dans le contexte d’une révolution encore traversée par des tendances contradictoires et d’une guerre froide où l’URSS représentait un autre objet de détestation pour les nouveaux dirigeants iraniens, tant pour son athéisme qu’en raison des anciens contentieux entre Iran et monde russe. Beaucoup espéraient une politique d’équilibre et le maintien de relations diplomatiques entre la nouvelle République et les pays occidentaux, facilités par la popularité de la révolution khomeiniste parmi les intellectuels de l’Ouest.

En violant ouvertement le droit international, l’aile dure des révolutionnaires interdisait tout retour en arrière et mettait à l’écart les partisans du libéralisme politique.

La prise de l’ambassade américaine par des « étudiants suivant la ligne de l’Imam », légitimés à posteriori par le pouvoir, marque la rupture définitive. Provoquée par l’hospitalisation de Mohammad-Rezâ Pahlavi aux États-Unis, elle est surtout un coup de force politique interne à l’Iran : en violant ouvertement le droit international, l’aile dure des révolutionnaires interdisait tout retour en arrière et mettait à l’écart les partisans du libéralisme politique. Le premier ministre Mehdi Bazargan, grande figure de l’Islam politique et de l’opposition au Shâh, est contraint de démissionner, alors qu’il venait de serrer la main à un diplomate américain. Les tensions s’accroissent encore alors que le nouveau régime remet en cause les contrats d’exploitation qui permettaient aux entreprises pétrolières anglo-américaines d’exploiter le pétrole iranien – la question de la propriété pétrolière, on s’en rappelle, avait motivé le coup d’État de 1953 qui avait placé le Shâh au pouvoir – et procède à une nationalisation massive de l’économie dont les investissements américains font les frais.

L’Iran devient ainsi irrémédiablement un ennemi à abattre pour les stratèges américains, désireux de laver l’affront, d’autant plus que l’élection de Ronald Reagan en 1980 marque le retour à une politique étrangère plus agressive. De rempart face au bloc de l’Est, l’Iran devient un ennemi dont il faut contenir à tout prix l’influence, quitte à agir pour empêcher la défaite de Saddam Hussein, qui envahit l’Iran fin 1980 (ce qui n’empêche pas l’Amérique de Reagan de mettre en place une combinaison pour financer la guérilla Contra du Nicaragua par le trafic d’armes avec l’Iran).

Les États-Unis (et avec eux la France de François Mitterrand) vendent massivement des armes au régime irakien, ce qui ne peut que renforcer l’anti-américanisme, dans le cadre d’un conflit à l’origine d’un traumatisme comparable à celui laissé par la Première guerre mondiale (l’Iran perd entre 350 000 et 500 000 citoyens, dont de très jeunes combattants). Dans le même temps, l’anti-américanisme devient l’une des principales sources de légitimité du régime iranien, au même titre que la « défense sacrée » face à l’envahisseur baasiste. L’année 1988, la dernière du conflit, est marquée par une intervention directe des États-Unis qui détruisent l’ensemble de la flotte iranienne en réaction aux dégâts causés à une frégate américaine par des mines iraniennes. Le 3 juillet, c’est un Airbus civil qui est détruit par l’armée américaine, laquelle plaide la bavure. La détermination des États-Unis à empêcher la progression iranienne dans le Golfe persique ruine les dernières chances de victoire et obligent Khomeini à accepter le cessez-le-feu du 18 juillet.

Le bras de fer se poursuit sans discontinuer au cours des décennies suivantes, avec cependant une intensité variable. Après un activisme important de la République islamique à l’étranger (soutien au Hezbollah durant la guerre civile libanaise, coup d’Etat d’Omar El-Bechir au Soudan en 1980), l’Iran adopte un positionnement plus modéré sous la présidence de Mohammad Khatami (1997-2005). L’élection à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, consécutive à la dénonciation de l’Iran comme membre de l’ « axe du mal » par George W. Bush, entraîne une nouvelle période de tensions caractérisée par les ambitions nucléaires iraniennes.

Le dialogue amorcé par les présidents Obama et Rohani, qui aboutit sur l’accord de Vienne de 2015 et la levée d’une partie des sanctions économiques américaines, s’achève avec l’élection de Donald Trump, dont l’administration accueille les partisans les plus acharnés de la poursuite du bras de fer, jusqu’à envisager l’affrontement direct.
La situation de crise actuelle semble indiquer une désespérante poursuite de la confrontation entre deux pays se définissant mutuellement comme des ennemis. L’anti-américanisme iranien continue de s’afficher à travers le slogan Marg bar Amrikâ (« mort à l’Amérique ») lors de toutes les occasions officielles ; une propagande qui n’avait pas cessé même au plus fort de la détente. Côté américain, l’Iran est perçu comme un avant-poste dont le contrôle est essentiel dans l’affrontement qui oppose les États-Unis à la Chine et à la Russie – et dont l’indépendance géostratégique à l’égard du gouvernement américain fragilise son hégémonie régionale.

Le dialogue amorcé par les présidents Obama et Rohani, qui aboutit sur l’accord de Vienne de 2015 et la levée d’une partie des sanctions économiques américaines, s’achève avec l’élection de Donald Trump, dont l’administration accueille les partisans les plus acharnés de la poursuite du bras de fer, jusqu’à envisager l’affrontement direct

Malgré l’omniprésence de la propagande, le sentiment anti-américain s’est largement estompé dans la population iranienne, comme a semblé le montrer l’étude d’Abbas Abdi (déjà connu pour avoir mis en lumière le traditionalisme d’une large partie de la population dans les années 1970) qui a valu un emprisonnement à son auteur. Dans le même temps, l’appréciation du régime iranien n’est pas monolithique du côté des élites américaines. Les stratèges du Pentagone continuent de voir dans l’Iran un irréductible ennemi, confortés en cela par le lobbying saoudien, émirati et israélien, ainsi que par l’expansion croissante de la Chine dans la région, qui sonne comme un défi à leur hégémonie. Le son de cloche est différent dans les milieux économiques américains, où l’on se demande pourquoi les États-Unis se privent d’un marché de 80 millions de consommateurs, pas plus hostiles que d’autres au modèle culturel qu’ils représentent. Les compagnies pétrolières, quant à elles, mènent un intense lobbying en faveur de l’accord iranien[3]. Moins qu’une nécessité irrémédiable, l’hostilité irano-américaine est davantage le résultat de choix stratégiques et idéologiques anciens, marqués par une vision du monde impériale et unipolaire. Des choix qu’il s’agit, dans l’intérêt de la paix mondiale, de questionner.

Notes :

[1] Pour un compte-rendu détaillé de l’implication de la CIA dans le coup d’État qui a renversé Mohammed Mossadegh, voir William Blum, Les guerres scélérates, ed. Parangon, 2004. Le chercheur Yann Richard (L’Iran : de 1800 à nos jours, ed. Flammarion, 2009) tend quant à lui à relativiser l’importance du rôle des services secrets américains.

[2] Le rôle de l’Iran comme « gendarme » des États-Unis avant la révolution de 1979 est détaillé dans l’ouvrage de Yann Richard, L’Iran : de 1800 à nos jours, ed. Flammarion, 2009.

[3] Tara Shirvani, Siniša Vuković, Foreign Affairs, « Tehran’s power lobby – How energy concerns drive the nuclear deal », 2015. On trouvera dans cet article un compte-rendu du lobbying des principales entreprises pétrolières américaines en faveur de l’accord nucléaire avec l’Iran.

Manifestations aux États-Unis pour s’opposer à une guerre contre l’Iran

En réponse à l’ordre insensé de Trump d’attaquer Bagdad, qui menace d’être le début d’une guerre contre l’Iran, le collectif ANSWER [Act Now to Stop War and End Racism : Agir maintenant pour stopper la guerre et en finir avec le racisme] et d’autres organisations pacifistes appellent tous les citoyens des États-Unis à se mobiliser ce samedi 4 janvier pour une journée nationale d’action.

L’administration Trump et le Pentagone ont décidé de déclencher une guerre contre l’Iran en assassinant Qassem Soleimani, le plus haut dirigeant militaire de ce pays.

« Si l’Iran assassinait un général américain de haut rang et s’en vantait, il ne fait aucun doute que les États-Unis déclencheraient une guerre à grande échelle. Trump et le Pentagone ont agi illégalement, en violation de la Constitution, de la loi sur les pouvoirs de guerre et du droit international », a déclaré Brian Becker, coordonnateur national du collectif ANSWER.

L’assassinat ciblé et le meurtre d’un dirigeant central de l’Iran vise à déclencher une nouvelle guerre. À moins que la population des États-Unis ne se lève et ne l’arrête, cette guerre embrasera toute la région et pourrait rapidement se transformer en un conflit mondial d’une ampleur imprévisible et aux conséquences potentiellement les plus graves.

Le haut commandement du Pentagone se vante imprudemment de cet assassinat illégal et ciblé de la manière la plus brutale et la plus fallacieuse qui soit. « Cette attaque visait à dissuader les futurs plans d’attaque iraniens », ont déclaré les généraux menteurs. Ils savent que l’objectif de la frappe est tout le contraire. Ils veulent une guerre avec l’Iran – un pays de plus de 80 millions d’habitants. Trump la veut aussi parce qu’il pense que cela garantira sa réélection en 2020.

Pour tous ceux qui croient en la paix, pour tous ceux qui sont opposés à une nouvelle guerre catastrophique, le moment est venu d’agir. Samedi 4 janvier, dans des villes de tout le pays, il y aura des manifestations contre une nouvelle guerre au Moyen-Orient et pour demander le retrait de toutes les troupes et bases des États-Unis dans la région.

Retraites en Croatie : l’impasse du modèle libéral !

Voici ce que l’on peut lire dans Ensemble, le mensuel de la CGT (n° 124). Mais cette victoire bienvenue cache aussi la difficulté du système capitaliste à assurer la solidarité !

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Pour mieux comprendre la situation, quelques remarques tirées d’un article du Courrier des Balkans.

UNE VIEILLESSE VOLÉE : LE SOMBRE AVENIR DES RETRAITÉS EN CROATIE

Les syndicats croates ont remporté leur pari, récoltant assez de signatures pour imposer un référendum sur la réforme des retraites. Néanmoins, le modèle libéral d’une retraite par capitalisation est intenable dans un pays qui se vide de ses jeunes travailleurs. Va-t-on devoir faire travailler le troisième âge dans les métiers épuisants du tourisme ?

Tu ne veux pas travailler jusqu’à être invalide? 67 ans c’est trop !
Signe pour le référendum

Le droit à la retraite ne fait bon pas ménage avec le capitalisme. On a beau tourner le problème dans tous les sens, le premier élément n’arrive jamais à s’ajuster à l’autre. Cela fait 30 ans que la Croatie échoue à mettre en place un système de retraites satisfaisant, avec pour résultat des pensions de misère, une paupérisation croissante des personnes du troisième âge et des écarts de revenus de plus en plus prononcés entre les retraités eux-mêmes, entre les bénéficiaires de pensions « préférentielles » et les autres… Autant de failles auxquels le système de retraites est confronté depuis l’indépendance de la Croatie.

Pour une fois unis, les Syndicats croates indépendants, l’Union des syndicats autonomes de Croatie et la Fédération des syndicats croates ont réussi, ce printemps, à recueillir, plus de 740 000 signatures en faveur de la convocation d’un référendum sous le slogan : « 67, c’est trop ! ». Les signatures sont plus qu’assez nombreuses pour convoquer un référendum et remettre en cause certains des principaux éléments de la réforme des retraites, menée en 2018 sous la houlette de Marko Pavić, le ministre du Travail et des Assurances-retraites.

L’initiative référendaire porte sur quatre points : un retour de l’âge du départ à la retraite de 67 à 65 ans, une baisse des pénalités pour les retraites anticipées (selon la réforme, un homme qui prendrait sa retraite cinq ans plus tôt se verrait pénalisé à hauteur de 18%, tandis que les organisateurs du référendum exigent une baisse limitée à 12%), l’impossibilité de faire passer à 61 ans l’âge à compter duquel on peut faire valoir ses droits à la retraite et une prolongation de la période de transition pour l’harmonisation des conditions entre les hommes et les femmes.

Par contre, l’initiative référendaire n’aborde pas la question de la privatisation du système des retraites, à savoir l’introduction d’un deuxième pilier capitalisé, et la prolifération incontrôlée d’une partie des retraites préférentielles qui menace de vider le régime de sa substance.

DES ANNÉES DE PILLAGE

Il est intéressant de constater que même le ministre de tutelle actuel ne semble plus tellement convaincu du succès de ce fameux deuxième pilier, tant vanté par les fonctionnaires étrangers comme par la Banque mondiale et leurs adeptes locaux. Ce deuxième pilier, c’est la partie de notre retraite dont nous devrions, paraît-il, nous occuper nous-mêmes, en plaçant notre épargne dans des fonds privés. La récente réforme (ou plutôt l’une des huit lois de réforme) prévoit que les assurés sociaux qui n’auraient pas capitalisé suffisamment d’épargne dans ce deuxième pilier reviennent au premier pilier, celui de la solidarité intergénérationnelle, afin de réduire le risque d’une retraite trop faible. Autrement dit, qu’ils dorment sur leurs deux oreilles sans réfléchir à la manière dont les gestionnaires des fonds jouent avec l’argent des assurés, et diversifient les risques sur le « versant revenus » du fonds, euphémisme à la mode pour désigner la bonne vieille spéculation. Sans surprise, la droite libertarienne, de concert avec les médias qui lui sont inféodés, a poussé de hauts cris à cette annonce, et elle n’en finit plus d’accuser le ministre de vouloir renationaliser les retraites, de nous replonger dans les affres du socialisme…

D’un autre côté, on peut comprendre la peur du citoyen lambda à l’idée d’une caisse des retraites dirigée par le HDZ (NDLR : Union démocratique croate, parti de centre droit, conservateur et démocrate-chrétien), qui s’est déjà illustré en la matière dans les années 1990 : après avoir dérobé des sommes non négligeables aux retraités, le gouvernement a refusé pendant des années d’appliquer l’arrêt du Tribunal constitutionnel imposant de restituer cet argent, considérant la caisse de retraites comme un distributeur de billets au service du parti. De fait, ces individus méritent qu’on s’en méfie.

L’espoir initial, en privatisant les caisses de retraite au début des années 1990, était que ces dernières se remplissent suffisamment pour tenir le choc de la période de transition et de guerre. Or, étant donné l’appétit insatiable des partis, cela n’a pas été le cas. Ensuite, en 1993, quand il apparut que le diable menait la danse, que la chance était volage et la crise à son paroxysme, le gouvernement de Nikica Valentić (1993-1995) a gelé les salaires et les retraites afin de lutter contre l’hyperinflation, laissant ces dernières en l’état pendant quelques années, ce qui a mis les retraités à genoux, ce dont ils ne se sont toujours pas remis aujourd’hui.

Mais alors, pourquoi ces retraités continuent-ils à voter HDZ ? Le paroxysme de l’arnaque fut « l’indexation croate », c’est-à-dire l’indexation des retraites non, comme il convient, sur le salaire brut, mais sur le salaire net. Ajoutons que les feuilles de salaire faisaient à l’époque l’objet d’une falsification généralisée, sans parler de l’évasion des cotisations. Cependant, les associations de retraités ont tout de même fini par remarquer cette épique gabegie (il s’agissait en tout de plus de dix milliards de kunas – 1,350 Md €). Elles ont porté plainte contre le gouvernement auprès du Tribunal constitutionnel, et remporté le procès en 1998. Les retraités n’ont toutefois commencé à recevoir les retraites qui leur étaient dues selon la Justice que sous la coalition Kukuriku (centre-gauche), au pouvoir de 2011 à 2015, étant donné que le HDZ a toujours refusé de se plier au jugement.

Les retraites préférentielles (accordées aux vétérans des guerres de 1990, d’un montant environ deux fois supérieur aux autres retraites), quant à elles, représentent le nid de guêpes dont il vaut mieux ne pas parler, au risque de déclencher, au sens propre du terme, une véritable guerre civile. Seul Fred Matić, ministre des Vétérans dans le deuxième gouvernement de centre-gauche, a montré des intentions un tant soit peu sérieuses de faire évoluer la situation. Après avoir publié le registre des vétérans, il a opéré un distinguo entre les retraites des travailleurs et les retraites préférentielles, annonçant que ces dernières, celles des vétérans, allaient elles aussi être alignées sur le niveau de vie. Cela lui a valu, dès le lendemain, une manifestation monstre sous les fenêtres du ministère, et les vétérans n’ont pas quitté leur campement dans la rue Savska jusqu’au départ de Fred Matić, au retour aux affaires du HDZ et à la nomination du ministre Tomo Medved, qui a exaucé les rêves les plus fous des anciens combattants.

À propos de l’opposition actuelle, précisons qu’il y règne au sujet des retraites la schizophrénie la plus totale. Mirando Mrsić, ancien ministre du Travail et des Retraites dans le gouvernement de Zoran Milanović social-démocrate 😀), est précisément celui qui a imposé l’âge de départ à la retraite à 67 ans et posé les bases des réformes actuelles. D’ailleurs, rappelons que c’est le gouvernement social-démocrate d’Ivica Račan qui, dès 2002, a inauguré la caisse de retraites en trois piliers, c’est-à-dire qui l’a en partie privatisée. Il est donc difficile de comprendre au juste à quoi s’oppose Mirando Mrsić, étant donné qu’il est le premier à avoir mis en place les mesures qui font tant de bruit aujourd’hui.

L’ÉCONOMIE EN CHEVEUX GRIS

Les retraités représentent d’ores et déjà le tiers du budget national, soit près de 40 milliards de kunas (5,4 milliards d’euros). La structure de remplissage des caisses de retraites est également mauvaise, avec 55% de contributions des travailleurs, le reste étant tiré des revenus de l’État : les retraites sont donc en grande partie financées par la fiscalité. Or, la population croate ne cesse de vieillir, les jeunes émigrent de plus en plus, et la génération des baby-boomers, la plus nombreuse d’après-guerre, arrive à l’âge de la retraite. D’autre part, les retraites sont très basses, particulièrement celles des travailleurs, et représentent seulement 38% du dernier salaire perçu.

Le chef se demande pourquoi encore une fois tu n’es pas venu au boulot ?
Le jour où la réforme su système des retraites est allée en enfer !

La seule véritable issue à ce casse-tête serait de renforcer le secteur de l’emploi. Or, la situation est alarmante. Pour preuve, on appelle les retraités capables de supporter physiquement un mi-temps à revenir dans le monde du travail. Cette « économie poivre et sel » fait d’ores et déjà partie du programme de certains partis politiques et, selon certaines estimations, dans quelques années, ce contingent du troisième âge pourrait représenter 2% de la population active. Un autre problème se pose : dans notre économie presque entièrement centrée autour de de l’hôtellerie-restauration, bien peu d’emplois sont adaptés à une main d’œuvre âgée.

Revenons au référendum. En cas de succès, ce qui est fort probable, sauf manigances inattendues du HDZ, la contre-attaque du gouvernement sera vraisemblablement de trancher dans le vif et de couper dans les retraites. Le ministre Pavić l’a d’ailleurs déjà annoncé, expliquant que si les quatre revendications passaient, elles engendreraient 45 milliards de kunas (6,07 milliards d’euros) de frais supplémentaires sur les 30 prochaines années. Il a déjà été constaté au Japon, qui n’a rien d’un pays en transition, que la paupérisation des retraités menait à une hausse de la criminalité chez cette population. L’équation est simple : il faut bien compléter les petites retraites. C’est d’ailleurs un vieux truisme des politiques sociales : une baisse des dépenses sociales a comme conséquence quasi-certaine une hausse des dépenses punitives et de contrôle. Ainsi, la politique de magouilles du HDZ aux débuts de son règne pourrait bien avoir aujourd’hui comme résultat la transformation de toute une génération en petits délinquants au cheveux blancs.

Les forces armées stationnées à Cochabamba

Ci-dessous, traduit par nous, un article du media citoyen bolivien Primera Linea…

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Ou les manoeuvres de l’extrême-droite bolivienne pour organiser des élections qui n’auront de “libres” que le nom !

Le MAS sera interdit. Les nouvelles autorités du Tribunal suprême électoral (TSP) ont reçu l’instruction expresse de retirer la personnalité juridique du Mouvement pour le socialisme d’ici au 24 décembre, raison pour laquelle les autorités autoproclamées “ont ordonné aux militaires de ne laisser entrer ou sortir personne de Cochabamba”.

Des sources dignes de foi confirment le déplacement de contingents des départements de Santa Cruz et de La Paz, qui se sont rendus les jours précédents à Cochabamba, afin de resserrer l’encerclement jusqu’à la ville de la vallée.

Dans le cadre d’une action coordonnée, après que le nouveau Tribunal électoral suprême aura prononcé la déchéance du Mouvement pour le socialisme, les forces armées encercleront la ville et empêcheront la mobilité des gens en direction de La Paz.

“Le nouveau tribunal électoral doit procéder à la radiation du MAS. Ils vont devoir statuer sur un parti politique qui a commis une fraude électorale”, a déclaré Añez, lors de son premier jour de gouvernement, entourée par l’état-major des forces armées et de la police.

Les “autoproclamés” savent qu’ils ne pourront en aucun cas gagner des élections régulières, et ils ont donc décidé de passer à la phase suivante du coup d’état, qui consiste à bannir le MAS.

“Les pitites”(surnom que donnent les opposants au coup d’état à la bande de Jeanine Áñez) et les militaires se préparent à asséner le coup de grâce : ils ont d’abord banni Evo, maintenant ils vont rendre le MAS illégal.

En foulant au pied les accords conclus, et en laissant pantoisles Nations Unies, l’Union européenne., l’Église catholique et les parlementaires du MAS, qui, dans une attitude d’ingénuité suprême, ont cru aux putschistes.

Les États-Unis paieront les militaires et les policiers, les morts et les médias.

La population est démobilisée et fatiguée, ils ne manqueront pas cette occasion.

Vingt années de nuit vont revenir (et aucune lumière du jour)…

L’Aube insoumise réitère son appel à toutes les organisations humanistes et progressistes de l’Aube pour lever la chape de plomb qui pèse sur la tragédie bolivienne. Il n’est que temps… nos avons trop tardé à manifester notre solidarité !

LA DÉMOCRATIE À L’ÉPREUVE DE L’AUSTÉRITÉ : ALÉXIS TSÍPRAS, UNE TRAGÉDIE GRECQUE ?

Fabien Perrier est journaliste. Il couvre l’actualité grecque pour de nombreux médias comme LibérationLe TempsLe SoirRegardsMarianne ou Le Télégramme. Il vient de publier Aléxis Tsípras – Une histoire grecque, aux éditions François Bourin. Le livre a paru en Grèce, sous le titre « Αλέξης Τσίπρας και οι μεταμορφώσεις της πολιτικής », aux éditions Topos.

Le Courrier des Balkans (CdB) : L’arrivée au pouvoir d’Aléxis Tsípras et Syriza en janvier 2015 avait soulevé une immense vague d’espoir en Grèce. Que reste-t-il aujourd’hui de ces espérances ?

Fabien Perrier (F.P.) : Avant toute chose, je voudrais souligner que ce livre est construit comme un récit qui cherche à remettre le personnage de Tsípras en perspective, car ce dernier incarne parfaitement l’histoire récente de la Grèce. Il est né quatre jours après la chute de la dictature des colonels, alors que les partis de gauche avaient été interdits. Personne ne s’attendait à ce que Tsípras devienne un jour Premier ministre. Il a su rassembler et son discours a porté, car le pays traversait une crise politique sans précédent. Son arrivée a suscité beaucoup d’espoir, mais toutes ces attentes n’ont pu être validées par l’exercice du pouvoir et beaucoup de rancunes et de rancœurs se sont accumulées, notamment au sein de Syriza. À sa décharge, il a dû composer avec un environnement extrêmement délicat. La Grèce ne compte que dix millions d’habitants et ne concentre que 2% du PIB de l’UE. Tsípras dirigeait le seul gouvernement mené par un parti issu de la gauche radicale. Cela explique que les rapports de force internes à l’UE n’aient pas été en sa faveur.

CdB : Pourquoi Aléxis Tsípras a-t-il accepté les conditions de la Troïka, malgré le « non » de la population grecque au référendum du 5 juillet 2015 ?

F.P. : Quand il arrive à la tête du gouvernement, Tsípras n’est sans doute pas préparé à la dureté des négociations entre États-membres au sein de l’UE. Fin juin 2015, quand il déclenche le référendum, il essaie de gagner du temps en différant le remboursement de la dette grecque. Ensuite, il y a deux hypothèses. Celle de Yánis Varoufákis, selon lequel Aléxis Tsípras espérait perdre le référendum, afin d’avoir les mains libres pour signer le mémorandum. Une autre : il était persuadé de pouvoir retourner à la table des négociations renforcé par le soutien de sa population. Mais il s’aperçoit vite que Bruxelles ne cédera pas et qu’il sera obligé de signer pour ne pas sortir de la zone euro, ce qui pose au passage la question de la valeur de nos démocraties nationales.

CdB : N’est-ce pas à ce moment qu’intervient la première fracture entre le Premier ministre et ses électeurs ?

F.P. : Je ne le pense pas. Aux élections législatives anticipées de septembre 2015, Syriza arrive de nouveau en tête, ce qui signifie que les électeurs étaient prêts à lui redonner une chance. Aléxis Tsípras a certainement signé le mémorandum en pensant pouvoir l’appliquer dans le sens le plus social possible, mais les conditions de la Troïka se sont faites de plus en plus dures. Dans This is a coup, le documentaire de Paul Mason, le Premier ministre grec explique qu’en refusant de signer, il aurait certainement été un héros durant deux ou trois jours, mais qu’il aurait aussi précipité l’ensemble du peuple grec dans l’inconnu, vers une sortie de la zone euro. Comment payer les retraites ? Comment nourrir la population ? Sans compter qu’à l’époque circulait des rumeurs sur un possible renversement du pouvoir par l’armée, 48 ans après le précédent renversement militaire. En revanche, je crois que l’échec principal du gouvernement Tsípras est de n’avoir pas pu, ou pas su, reconstruire une base productive dans le pays. Mais le pouvait-il vraiment en quatre ans, dans ce contexte, alors que la désindustrialisation se poursuit par exemple aussi dans un pays comme la France ?

  • Fabien Perrier, Alexis Tsipras – Une histoire grecque, Paris 2019, éditions François Bourin, 280 pages
  • PRIX : 20.00 €
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CdB : Aléxis Tsípras a réussi à rassembler au sein d’une même coalition, puis d’un même parti, les principales composantes de l’extrême gauche grecque. Après sa défaite lors des législatives de juillet 2019, cette union va-t-elle pouvoir se maintenir ?

F.P. : Je connais beaucoup de dirigeants politiques en Europe qui aimeraient obtenir 32% au premier tour d’une élection ! C’est un score important, après quatre années passées sous le contrôle des émissaires de la Troïka. La décision a été prise de manière collégiale de convoquer ce scrutin anticipé après les européennes, alors que Syriza venait d’être sanctionné. En revanche, lors des deux dernières consultations électorales, Syriza s’est présenté comme un « front progressiste », et si les mots ont un sens, cela pourrait augurer du recentrage du parti qui a perdu le soutien des classes moyennes aux législatives de juillet. La bataille pour le pouvoir se joue au centre.

CdB : Au niveau européen, après la victoire de Kyriákos Mitsotákis, vous expliquez que certains dirigeants allemands ont déclaré être prêts à desserrer l’étau budgétaire qui enserre la Grèce. Aléxis Tsípras pouvait-il trouver un terrain d’entente avec les Européens ?

F.P. : Je me rappelle qu’en 2014, un ministre allemand m’avait affirmé que Tsípras n’arriverait jamais au pouvoir. Ce qui est sûr c’est que beaucoup de diplomates européens ont eu peur que la victoire de la gauche en Grèce ne s’étende dans d’autres pays de l’UE, comme ce fut le cas au début des années 2000 avec Lionel Jospin en France, Gerhard Schröder en Allemagne, Tony Blair en Angleterre, si l’on considère que ces derniers étaient de gauche. Bref, début 2015, beaucoup craignaient un « effet domino » en Espagne, au Portugal… L’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel est membre du Parti populaire européen (PPE), tout comme Nouvelle démocratie (ND) en Grèce, ce qui autorise une certaine forme de solidarité. Des critiques se sont d’ailleurs faites entendre, parfois même au sein de la formation de la Chancelière allemande, pour expliquer que l’augmentation de la production allemande s’était faite sur le dos de ses partenaires européens.

CdB : Le dernier film de Costa-Gavras, Adults in the Room, semble avoir été fraîchement accueilli en Grèce…

F.P. : Dans un entretien, Costa-Gavras m’a expliqué que Yanis Varoufakis lui envoyait ses chapitres directement après les avoir écrits. Le livre de l’ancien ministre de Finances a donc été rédigé pour servir de base au scénario d’une fiction. Il me semble que c’est important d’avoir cela en tête. Mais quoi qu’il en soit, à mon sens, le grand mérite du film de Costa-Gavras est de montrer de façon accessible ce qui se passe dans les coulisses de Bruxelles. Pourquoi a-t-il été « fraîchement » accueilli ? Je ne sais pas, peut-être cela illustre simplement une divergence de perception de cette époque entre une grande partie de la population grecque et Yanis Varoufakis. Son mouvement du Front de désobéissance réaliste européen (MéRA25) n’a d’ailleurs récolté qu’environ 3% des suffrages aux législatives du 7 juillet.

Chili : 50 jours d’espoir

Nous publions ici la vidéo de Claudia Aranda, qui montre l’atmosphère qui régnait hier sur la Plaza de la Dignidad (ex-Plaza Italia), dans le centre de Santiago, où une fois de plus il y avait foule, 50 jours après une explosion sociale sans précédent dans notre histoire. Un mouvement qui a unifié les revendications de millions de Chiliens et qui continue à se transformer en expression d’une manifestation populaire. Le reportage photo est également de Claudia Aranda :

Et une video de Ricardo Morinai

L’article original en cliquant sur le logo 

Syrie : Le HCDH dénonce les crimes commis contre les civils par les mercenaires turcs

Dans un communiqué de presse, le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a dénoncé les attaques menées contre la population civile par les forces alliées de la Turquie, les qualifiant de possibles violations graves du droit international humanitaire et de crimes de guerre. Il a appelé en conséquence les États qui soutiennent les parties au conflit à respecter et faire respecter le droit international humanitaire.

Rupert Colville, porte-parole du HCDH s’est dit, dans un communiqué publié le 6 décembre, préoccupé par l’évolution inquiétante de la situation et son impact direct sur les civils malgré le fragile cessez-le-feu dans le nord-est du pays.

Mentionnant l’utilisation aveugle d’engins explosifs improvisés (EEI) dans les quartiers résidentiels et les marchés locaux, M. Colville a souligné que ces attaques avaient été menées principalement dans des zones sous contrôle des forces turques et des groupes armés affiliés.

Il a indiqué également que l’instance onusienne avait observé une nouvelle recrudescence des opérations militaires après une relative accalmie des hostilités en octobre, dans la zone dite de « désescalade », à Idlib et dans certaines parties d’Alep.

« Nous sommes gravement préoccupés par l’utilisation accrue des engins explosifs improvisés dans les zones peuplées. Une telle utilisation peut constituer une attaque aveugle, une violation grave du droit international humanitaire et un crime de guerre. Depuis l’accord de cessez-le-feu du 22 octobre, nous avons enregistré une augmentation du nombre d’attaques à l’aide d’engins explosifs improvisés, y compris des engins explosifs improvisés placés à bord de véhicules (EEIV)  dans les zones peuplées, y compris les quartiers résidentiels et dans au moins 12 marchés et zones commerciales animés à Hassakê, Raqqa et Alep ».

Selon le responsable onusien, entre le 22 octobre et le 3 décembre, il y a eu au moins 49 attaques avec divers types d’engins explosifs improvisés, dont 43 dans des zones sous le contrôle des forces turques et des groupes armés affiliés. « À la suite de ces attaques, nous avons enregistré au moins 78 morts civiles (dont 53 hommes, 7 femmes et 18 enfants) et 307 blessés. Soixante-douze des morts et 258 des cas de blessure sont survenus dans des zones sous le contrôle des forces turques et des groupes armés affiliés », a ajouté M. Colville.

Le communiqué de presse publié sur le site du HCDH indique encore ce qui suit : « Le 26 novembre, au moins 12 civils, dont huit hommes, deux femmes et deux garçons, ont été tués à la suite de ce qui aurait été un EEIV qui aurait explosé dans un quartier résidentiel de la ville de Tel Halaf, dans la zone rurale de Ras al-Aïn, à Hassakê. Le même jour, six civils, dont quatre hommes et deux garçons, ont été tués lorsqu’un EEIV a explosé près d’une station-service, dans le quartier al-Sina’a de la ville de Tall Abyad, dans le nord de Raqqa.

Malgré le cessez-le-feu, des combats intermittents continuent d’être signalés dans le nord-est de la Syrie. Rien que le 2 décembre, 10 civils, dont 8 garçons, ont été tués et 12 civils, dont 2 femmes et 7 garçons, blessés à la suite de ce qui aurait été des frappes terrestres menées par des groupes armés turcs affiliés qui ont frappé près d’une école dans un quartier résidentiel de la ville de Tall Rifaat, au nord d’Alep. Toutes les victimes étaient des civils déplacés du district d’Afrin, dans le nord-ouest d’Alep, et les enfants tués et blessés étaient âgés de 3 à 15 ans. »

M. Colville a souligné que toutes les parties au conflit devaient immédiatement cesser les attaques indiscriminées contre des civils et des biens de caractère civil, et enquêter sur tous ces incidents.

Le porte-parole a ajouté : « Les États qui soutiennent les parties au conflit, même lorsqu’ils ne participent pas directement aux hostilités, sont tenus de respecter et de faire respecter le droit international humanitaire, en toutes circonstances. Nous exhortons les États à prendre toutes les mesures possibles pour mettre fin à toute violation par leurs alliés. Nous rappelons à toutes les parties au conflit qu’elles ont la responsabilité de protéger les civils et de s’acquitter des obligations que leur impose le droit international. »

Déjà le 15 octobre dernier, le HCDH avait pointé la responsabilité de la Turquie dans de « possibles crimes de guerre » commis au nord de la Syrie par des milices djihadistes pro-turques, faisant en particulier référence à l’assassinat par des mercenaires d’Ahrar al-Sharqiya de la responsable politique kurde Hevrîn Khalaf.

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