Ce que l’on sait (et qu’on ne sait pas) sur la fraude supposée qui a entraîné le coup d’état en Bolivie

Nous reproduisons ci-dessous une étude documentée sur le processus de dépouillement électoral en Bolivie, afin que les faits (qui sont têtus) laissent enfin place aux rumeurs…

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Les arguments de ceux qui considèrent que l’opération de renversement d’Evo Morales est une bonne chose partent toujours d’un fait avéré : en Bolivie, il y a eu fraude électorale. Sur cette affirmation, sur cette première brique, se sont montées une réaction sociale, une mutinerie policière et enfin la demande de l’armée de démission de Morales. Un coup d’État qui n’a pas suscité d’opposition internationale vigoureuse, notamment parce que, a-t-on dit, il faisait suite à une fraude électorale.

Toutefois, on n’a pas beaucoup parlé de ce qui s’est réellement passé avec le décompte des élections du 20 octobre. La mission de l’Organisation des États américains affirme qu’il y a eu des “irrégularités”, tandis que d’autres experts mettent en garde contre le fait que l’accusation de l’OEA ne s’accompagne pas de preuves que ces anomalies sont “généralisées ou systématiques »

La polémique : l’interruption du décompte préliminaire

Le 20 octobre dernier, la Bolivie vivait l’une des journées électorales les plus incertaines de son histoire récente. Evo Morales cherchait son quatrième mandat et se profilait comme gagnant, mais les sondages prédisaient que pour la première fois son avance serait tellement serrée que la porte s’ouvrirait à un second tour. Après les votes, les résultats du scrutin préliminaire donnent la victoire à Morales avec une marge suffisante pour éviter un second tour face à Carlos Mesa.
L’annonce déclenche des manifestations et des incidents violents dans différents endroits du pays entre des accusations de fraude électorale. Ils ne se fient pas au décompte.
Dans le pays andin coexistent deux comptages, l’un rapide et l’autre officiel. Le second est la méthode traditionnelle, acte par acte, et prend plus de temps. Le comptage rapide est ce qu’on appelle la transmission des résultats préliminaires électoraux (TREP). Comme son nom l’indique, il s’agit d’un système destiné à rendre publics les résultats préliminaires rapidement, à quelques heures de la clôture du scrutin. En gros, ce décompte est fondé sur des photographies des procès-verbaux envoyés par l’intermédiaire d’une application mobile. Ces informations sont stockées sur les serveurs du Tribunal électoral suprême, puis vérifiées et publiées sur Internet. La controverse a porté sur ce dernier mécanisme de comptage rapide, mais ses problèmes ont fini par assombrir tout le processus électoral.
Le jour des élections, à 19 h 50, l’organe électoral a diffusé les premières données du système rapide. À 83,85 % des actes vérifiés, le Mouvement vers le socialisme (MAS), parti d’Evo Morales, obtenait la première place avec 45,71 % des voix, contre 37,84 % de la formation de Carlos Mesa. La différence entre les deux était de 7,87 points et la possibilité d’un second tour gagnait en force.

Et voici la clé : après cela, les résultats n’ont pas été mis à jour pendant près de 24 heures. À 18h30, lundi 21, le système a été réactivé et les nouvelles données préliminaires ont établi un écart de 9,36 points entre les deux partis. Après une autre mise à jour qui comprenait les voix de l’étranger, Morales devançait Mesa avec une marge de 10,14 points, juste au-dessus des 10 points nécessaires pour éviter le second tour.

Cette coupure de courant déclenche l’alarme et déclenche les accusations.

Pendant ce temps, le décompte officiel a commencé et a progressé au cours de la semaine, se heurtant déjà à la polémique. Au fur et à mesure que le scrutin officiel avançait, les résultats ne donnaient pas toujours comme vainqueur direct Evo Morales au premier tour. Parce que ce qui a toujours été en discussion n’est pas la victoire de Morales, mais la marge dont il avait besoin pour éviter un second tour de scrutin, c’est-à-dire, qu’il obtienne 40 % et au moins 10 points de différence sur la deuxième candidature– sur laquelle les formations d’opposition pourraient s’allier et s’unir.

Alors que plusieurs villes boliviennes vivaient des protestations et des altercations, alors que la communauté internationale commençait à se prononcer, le décompte officiel ne garantissait pas le triomphe d’Evo Morales. Quelques jours plus tard, les données du décompte officiel confirmaient la marge très serrée (moins un point) avec laquelle Morales évitait le second tour.

Opposition et OEA critiquent l’interruption du décompte

“C’est une fraude scandaleuse. Nous espérons que la population n’acceptera pas ce vote truqué”, a déclaré Carlos Mesa, le candidat de l’opposition, après avoir pris connaissance des premiers résultats non officiels du scrutin qui l’excluaient du second tour. En dénonçant que l’organe électoral obéissait aux ordres de Morales, il a appelé les siens à se mobiliser devant le siège central de La Paz du TSE et devant ses délégations dans les huit autres régions boliviennes.

De manière arbitraire, et par ordres du gouvernement, le Tribunal Suprême Electoral de Bolivie n’a pas tenu la promesse qu’il avait faite le 10 octobre, lors d’une réunion avec les journalistes et les partis politiques, de commuiquer à 100 % le comptage du TREP (décompte rapide)

J’appelle à la mobilisation démocratique de la Communauté Bolivienne, des comités civiques, des partis politiques et de la CONADE pour manifester devant tous les tribunaux électoraux départementaux et devant le Tribunal Suprême Electoral

Pour sa part, la mission d’observation de l’Organisation des États américains (OEA), qui a visité 991 bureaux de vote dans 352 centres, a contesté dans un communiqué l’arrêt de la diffusion des données et a exprimé sa “préoccupation et sa surprise” parce qu’on avait finalement affaire à un scrutin avec un “changement inexplicable de tendance qui modifie radicalement le résultat de l’élection et engendre une perte de confiance dans le processus électoral”. Par la suite, il a rassuré le Tribunal électoral suprême en lui disant qu’il n’était pas “en mesure de fournir des explications précises” aux citoyens. À tout moment, il parlait de recomptage rapide, mais le soupçon était déjà semé.

Entre-temps, le gouvernement de Morales a assuré qu’il garantirait à l’opposition et à la communauté internationale un décompte transparent des résultats des élections et a demandé “de ne pas causer de troubles inutiles” avec des protestations, tout en se montrant confiant dans la victoire du président en exercice.

La mission d’observation électoral continue à suivre avec rigueur le processus électoral en Bolivie. Il est essentiel que le Tribunal Suprême Electoral explique pourquoi la transmission des résultats préliminaires s’est interrompue, et que le processus de publication des données du décompte se fasse de manière fluide.

L’interruption du comptage rapide a déclenché des tensions dans les rues et déclenché des manifestations qui sont devenues violentes dans une grande partie du pays. La police a dispersé des affrontements entre partisans et opposants de Morales devant l’hôtel où se déroulait le comptage dans la capitale. Plusieurs bureaux de vote ont été attaqués, dont certains incendiés.

Le vice-président du Tribunal suprême électoral, Antonio Costas, a démissionné de ses fonctions en qualifiant de “non intentionnelle” la “décision” de suspendre la publication du décompte rapide. De son côté, un rapport de la société Neotec, chargée du support technique du système TREP, affirme que les membres du tribunal électoral leur ont ordonné de geler la diffusion des résultats pour trois raisons : “l’utilisation d’un serveur non surveillé”, “l’augmentation inattendue du trafic pour la vérification des procès-verbaux” de ce serveur et “le changement soudain de tendance” entre les partis de Morales et de Mesa

Le décompte officiel, diffusé le 25 octobre, a fini par donner la victoire à Evo Morales avec une avance de 10,57 points sur Mesa au premier tour. Les manifestations et les affrontements violents se sont poursuivis et le Gouvernement bolivien a accepté que l’OEA vérifie les résultats. Le 30 octobre, il a signé l’accord avec l’organisation régionale et s’est engagé à faciliter le travail de cette mission et à accepter les conclusions “qui seraient contraignantes pour les parties”.

Le 10 novembre, l’OEA a publié les résultats préliminaires de son audit en recommandant de nouvelles élections. Morales a annoncé une répétition des élections. Malgré l’annonce, l’armée lui a demandé de démissionner et il a fini par le faire quelques heures plus tard.

Le même dimanche, le parquet a annoncé une procédure contre des membres du Tribunal électoral suprême pour irrégularités constatées par l’OEA : “infractions pénales et électorales liées au calcul des résultats officiels”. La présidente et plusieurs membres de l’entité ont été arrêtés.

Un think tank américain remet en question le rôle de l’OEA

Dans son rapport, l’OEA ne mentionne pas le mot fraude, mais parle d'”irrégularités”. L’une de ses conclusions est  la tendance qui se manifeste dans les derniers 5% du calcul rapide : “Morales augmente la moyenne de vote de 15% par rapport aux 95% précédents, tandis que Mesa chute dans une proportion presque égale”. ” Ce comportement est très inhabituel”, soutient l’équipe dans le rapport. En ce qui concerne le calcul officiel, selon leurs projections statistiques, ils affirment qu’il est “statistiquement improbable que Morales ait obtenu 10% de différence pour éviter un second tour”.

Cette conclusion a toutefois été réfutée par le Centre pour la recherche économique et politique (CEPR). Le groupe de réflexion basé à Washington remet sérieusement en cause, dans un rapport publié le 10 novembre, le rôle de la mission électorale de l’OEA en Bolivie, en s’assurant “qu’il n”a fourni de preuves à l’appui d’affirmations suggérant que le comptage rapide pourrait être ‘difficile à expliquer”. Le groupe d’experts soutient que “ni la mission de l’OEA ni aucun autre parti n’a démontré qu’il y avait eu des irrégularités généralisées ou systématiques lors des élections”. Ils rappellent également que le calcul officiel –le seul juridiquement contraignant– “n’a jamais été interrompu et régulièrement mis à jour en ligne sans aucune interruption significative”.

“L’OEA doit enquêter sur la façon dont de telles déclarations ont pu être faites sans aucune preuve, celles qui ont pu alimenter le conflit politique actuel en Bolivie”, explique Mark Weisbrot, codirecteur du CEPR. “[L’OEA] a menti au moins trois fois : dans le premier communiqué de presse, dans le rapport préliminaire et dans l’audit préliminaire. Il faut donc être extrêmement sceptique à l’égard des accusations formulées par cette dernière et ses publications ultérieures, à moins qu’elles ne puissent être vérifiées par des enquêteurs indépendants sur la base des données publiques disponibles”ivndique-t-il dans un article.

Les chercheurs du CEPR s’attachent à expliquer le “revirement” difficile à justifier dans le comptage rapide de la mission de l’Organisation des États américains. Et la raison est géographique. Pour le groupe d’experts, que l’écart entre Morales et le Bureau se creuse à mesure que le processus de recomptage avance “était prévisible et peu surprenant”, selon les résultats des 83,85 % de votes initiaux du TREP.

L’analyse fait valoir que l’écart de plus en plus grand entre les deux candidats s’explique par les tendances historiques du vote en faveur de Morales dans des zones où les votes “mettent plus de temps à se transmettre”. ” Ni le comptage rapide ni le comptage officiel ne montrent de brusques changements dans les tendances des résultats finaux, et la même tendance largement connue, expliquée par la géographie, est évidente dans les deux sens”, soulignent-ils.

Le rapport explique qu’au cours de la dernière décennie et demie, les voix des zones rurales et périphériques du pays “ont eu tendance à soutenir dans une proportion beaucoup plus grande Morales et le MAS”. ” En raison de contraintes logistiques, technologiques et peut-être aussi autres, ces votes finissent par être calculés à la fin du processus de décompte. Cela est vrai aussi bien pour le comptage rapide que pour le comptage officiel, tous deux affectés par la même géographie et infrastructure. Les lieux ruraux et les plus pauvres, qui ont eu tendance à favoriser fortement Morales, sont plus lents à transmettre les données ou à envoyer les feuilles de comptage aux tribunaux électoraux”, assurent-ils.

En outre, en prenant comme référence les votes à 83,85% – point où la diffusion des données a été interrompue – , ils produisent une projection statistique selon laquelle la marge de Morales est de 10,09 points de pourcentage. ” Les conclusions de cette projection statistique concordent avec les résultats officiels du décompte électoral en Bolivie”, concluent-ils.

Détournement vers un autre serveur et procès-verbaux modifiés, selon l’OEA

Lors de son audit, l’OEA a constaté qu’après l’interruption du comptage rapide, le flux d’informations a été redirigé vers un serveur informatique “qui n’était pas prévu” et qui n’appartenait pas à la Direction nationale des technologies de l’information. Il n’était pas non plus, disent-ils, contrôlé par la société d’audit ou les fonctionnaires mais “par quelqu’un d’extérieur”. ” Il ne figure pas dans les rapports que nous a remis le tribunal, et tous les acteurs ont omis son existence jusqu’à ce qu’il soit détecté par les auditeurs de l’OEA”, soulignent-ils.

Ensuite, sur le calcul officiel, ils soulignent que “le processus a été en contradiction avec les bonnes pratiques et que les normes de sécurité n’ont pas été respectées”. ” Vu l’accumulation d’irrégularités observées, il n’est pas possible de garantir l’intégrité des données et de certifier les résultats”, affirment-ils.

De même, les techniciens de l’OEA ont analysé 333 procès-verbaux contestés, un échantillon sélectionné des bureaux où le parti de Morales a obtenu 99 % des voix. Parmi celles-ci, 78 (23 %) présentaient des “irrégularités du point de vue des experts”.

Le Centre stratégique latino-américain de géopolitique (CELAG) signale que cette analyse de l’OEA repose sur “un échantillon non représentatif du total des actes” et que l’échantillon est “biaisé”, car non aléatoire, mais au contraire concentrée sur les bureaux où le MAS a gagné. Le même nombre d’irrégularités pourrait se produire sur des bureaux où l’opposition a gagné..

L’OEA indique que, dans certains cas, “il a été vérifié que tous les procès-verbaux d’un même centre avaient été remplis par la même personne” et que “dans plusieurs procès-verbaux” le parti MAS obtenait 100 % des voix. ” Dans certains de ces documents, le champ correspondant aux voix des partis d’opposition n’était même pas complété par un zéro”, expliquent-ils.

Par ailleurs, l’équipe d’audit de l’OEA insiste sur l’existence de “procès-verbaux avec altérations” et de “signatures falsifiées”. Sur les 176 actes analysés de l’échantillon qui ont été examinés en Argentine, 38,07 % “présentent des incohérences avec le nombre de citoyens qui ont voté”. ” C’est-à-dire que les procès-verbaux reflètent un plus grand nombre de voix que le total sur les listes”.

Cependant, une enquête indépendante du politologue Walter Mebane, de l’université du Michigan (USA), a tenté de démontrer que les “votes frauduleux” n’avaient pas été “décisifs” lors des élections. Selon son modèle statistique, il y a eu des irrégularités dans 274 des 34551 bureaux de vote et il compare cela avec d’autres processus électoraux au Honduras, en Russie, en Turquie, en Autriche ou dans le Wisconsin. “Même en éliminant les votes “frauduleux”, le MAS a un avantage de plus de 10%” sur le parti de Mesa”, déclare le rapport.

Par ailleurs, l’OEA fait valoir que les conditions dans lesquelles le matériel électoral a été gardé ne satisfaisaient pas toujours aux “contrôles nécessaires”. ” Le fait qu’il y ait eu des procès-verbaux d’élections brûlés témoigne de l’absence de protection, de prévisions adéquates et d’une mauvaise coordination” avec les forces de sécurité. “Étant donné qu’il n’y a pas de possibilité de recomptage des voix en Bolivie, la protection des procès-verbaux des élections est un aspect essentiel pour garantir le processus électoral. Le contrôle de la personne qui gère les procès-verbaux et le lieu où ils se trouvent à tout moment est essentiel”, ajoutent-ils.

“On peut s’attendre à ce qu’il y ait encore plus d’irrégularités si l’on disposait de plus de temps pour traiter davantage de documents”, explique l’OEA avant la finalisation du rapport. Pour la CELAG, il s’agit d’une expression “peu rigoureuse” qui “ne saurait en aucune manière constituer une preuve tangible de l’existence de telles irrégularités”.

Les résultats des élections continueront de faire parler. Depuis son exil au Mexique, Evo Morales a annoncé qu’il formerait une “commission vérité” composée de “personnalités internationales” pour vérifier s’il y avait eu fraude ou non lors des élections.

Bolivie : quelle photo choisir ?

La forêt est totalement carbonisée. Les dommages sont irréversibles.
Evo Morales, l e 27 août 2019, en soutien à l'action des pompiers.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que la Bolivie souffre de l’indifférence des media, contrairement aux entreprises agro-industrielles et aux fabricants de batteries, avides du lithium dont ce pays est une des principales ressources.

Lors de la gigantesque vague d’incendies qui a ravagé l’Amazonie, la Bolivie a été durement touché, plus durement même, proportionnellement, que son voisin brésilien. Si les feux ont été éteints par les pluies du mois d’octobre (enfin!), les braises ont été bien attisées à l’intérieur du pays pour compromettre les clés de la réélection d’Evo Morales.

Critique justifiée en partie, car le modèle de développement agricole de la Bolivie reste encore un modèle extractiviste et intensif pour “lutter contre l’extrême pauvreté“. Si c’est là une réelle interrogation pour les forces du changement qui veulent ouvrir une perspective écosocialiste préservant la planète ET assurant le bien-être des classes les plus défavorisées, cela a été une occasion parfaite de propagande anti-révolutionnaire, entre naïveté et subversion organisée…

Voici ce que l’on pouvait lire dans Reporterre le 30 septembre 2019  :
“Il n’y a pas qu’au Brésil que la forêt brûle… Les incendies en Bolivie ont ravagé plus de 4 millions d’hectares depuis le mois d’août, et laissent derrière eux des arbres noircis, des sols forestiers couverts de cendres, des animaux carbonisés sur les terres dévastées et d’autres qui cherchent désespérément de la nourriture et de l’eau.
La majorité des incendies se produisent dans des zones naturelles protégées.
Le bilan de la perte pour la faune est sans précédent : rien que dans le département de Santa Cruz, le plus détruit, on estime que plus de 2,3 millions d’animaux piégés par le feu (jaguars, pumas, ocelots, singes et lamas…) sont morts calcinés. « La forêt est totalement carbonisée et les dégâts sont irréversibles. Elle ne reviendra jamais à la normale », a déclaré Sandra Quiroga professeure à la Santa Cruz University. Les écologistes accusent Evo Morales, président de gauche, qui a promulgué des lois encourageant le brûlage de forêts et de pâturages pour développer la production agricole. Le gouvernement attribue les incendies à la sécheresse et aux vents qui attisent les flammes…

Naïveté ?

C’est en creusant un peu la question que l’on peut se poser…Si c’est là une réelle interrogation pour les forces du changement qui veulent ouvrir une perspective écosocialiste préservant la planète ET assurant le bien-être des classes les plus défavorisées, cela a été une occasion parfaite de propagande anti-révolutionnaire, entre naïveté et subversion organisée… Voici ce que l’on découvre sur Le Courrier des Balkans en date du 26 novembre 2019

L’OMBRE DES BALKANS PLANE
SUR LA CRISE BOLIVIENNE

Dans une enquête fouillée, Jean-Arnault Dérens et Simon Rico montrent que “La chute du Président Evo Morales semblait correspondre à un schéma bien établi, celui des « révolutions non violentes », théorisé par l’ONG serbe Canvas. Avant que le scénario ne déraille, laissant l’extrême droite prendre la main ?” 

CANVAS, c’est, dans un petit bureau de Novi Beograd, en Serbie, le siège du Center pour l’Application d’ Actions et de Stratégies Non Violentes (Center for Applied Non Violence Action and Strategies). Crée par des militants qui ont participé au mouvement qui a fait tomber Slobodan Milošević, leur modèle a été appliqué avec succès  en Géorgie en 2003, en Ukraine en 2004, au Kirghizistan en 2005.

Mais, selon ces journalistes, “leur dernier engagement suscite pourtant de nombreuses questions. En effet, dès le 29 août, le site d’investigation The Grayzone, d’inspiration « anti-impérialiste », publiait une enquête très approfondie sur leur implication dans les événements qui ont mené à la chute du Président de gauche Evo Morales.”

Car il semble bien qu’il y ait un lien entre cette organisation et Jhanisse Vaca Daza, dirigeante du mouvement Rios de pie, présentée comme un mouvement de défense des droits de l’homme et des peuples indigènes. Une opposante farouche à Evo Morales, comme le montre son tweet ci-dessous

 

Pourtant les journalistes citent la mise au point de la géographe Laetitia Perrier-Bruslé, chercheuse associée au laboratoire PRODIG « Les incendies ont été un moment de forte mobilisation et ils ont servi de prétexte à l’oligarchie autonomiste de Santa Cruz pour faire monter la pression, accusant Evo Morales d’être un traître à la nation. Ce qui est paradoxal alors même que leur agro-business est en partie responsable de la déforestation et donc des incendies. »

La lecture de l’article complet vous permettra de découvrir les liens de cette personne avec l’Human Rights Fundation, ONG très engagée contre les régimes hostiles aux EtatsUnis, et dont le fondateur est cousin de Leopoldo Lopez, leader de la droite d’opposition à Nicolas Maduro. D’autres soutiens ne laissent en aucun doute : le plus éminent en Bolivie ? Luis Fernando Camacho,  à l’instigation du coup d’état, et que Wikipedia présente comme “tenant d’une droite radicale et ultra-conservatrice, et entrepreneur représentant l’élite blanche de Santa Cruz de la Sierra”. 

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Amérique Latine en Résistance : Coup en Bolivie

Ci-dessous un éditorial d’Investig’Action, que vous pouvez lire sur le site original en cliquant sur le logo

Editorial: Voici que tombent sur la Bolivie ses nuits les plus noires

Dans les quartiers les plus chics de La Paz l’opposition a Evo Morales était presque unanime. Les cloches des églises appelaient aux rassemblements et aux manifestations chaque soir à 21 heures.

Et lorsque le haut commandement militaire « suggéra » la démission du président (qui venait d’être réélu), dans les quartiers sud de La Paz, des centaines de personnes firent retentir leurs klaxons en guise de grande allégresse.

Quelque temps auparavant, la police, en rébellion, avait mis fin à son devoir sacré de faire respecter l’ordre public et laissait ainsi le champ libre aux foules d’opposants qui attaquaient les bâtiments publics et mettaient le feu aux domiciles des leaders du MAS.

Et, la persécution contre Evo Morales a pris de plus en plus d’ampleur.

Finalement, le président démissionne et accepte de demander l’asile politique au Mexique. « Il n’a même pas son portefeuille » telle fut la réponse de Marcelo Ebrard, le ministre des affaires étrangères mexicain, à un journaliste qui l’interrogeait sur les biens que le leader bolivien avait sur lui à son arrivée dans le pays aztèque.

Après le départ d’Evo Morales, la sénatrice Jeanine Añez s’est autoproclamée présidente par intérim de la Bolivie, pour la durée d’une législature, sans quorum, et les manifestations, principalement des mouvements indigènes, ont commencé à emplir les rues du pays.

El Alto, principal bastion Aymara de la Bolivie, est devenu, ces derniers jours, le principal lieu d’expression de la volonté de s’opposer au coup d’Etat et aux atteintes portées contre les symboles indiens. Y compris la wiphala, ce drapeau reconnu comme le symbole de la patrie bolivienne sous le premier mandat d’Evo Morales.

Mais le peuple bolivien s’est aussi soulevé dans d’autres régions et la répression ne s’est pas fait attendre. Durant une de ces manifestations, dans la zone de Chaparde, dans le département de Cochabamba, région qui cultive principalement la coca, les militaires ont assassiné 9 manifestants et ont fait des centaines de blessés. Sur les images rapportées par les très rares médias qui ont rendu compte des faits, on voit les cadavres recouverts de frazadas, ces traditionnelles couvertures indiennes.

On y voit une femme indienne, vêtue de sa typique jupe, la pollera, s’écrouler en pleurs sur le cadavre se son fils : « Réveille-toi mon petit. Réveille-toi ; dis-moi que tu es en train de dormir » …

Et pourtant, à la suite de tels évènements, Añez a signé un décret qui exonère totalement de toute responsabilité pénale les militaires déployés face aux manifestants.

« Les personnels des Forces Armées qui seront engagés dans les opérations de maintien de l’ordre à l’intérieur et de la stabilité publique seront exempts de responsabilité pénale ». Tel est l’article 3 du décret N° 4078.

Son entourage assure que ce n’est pas « octroyer licence de tuer », mais la décision sème l’inquiétude dans tous les organismes internationaux. La Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme, (CIDH), un organisme dépendant de l’OEA, l’a condamnée fermement. «Ce grave décret bafoue les critères internationaux qui définissent les droits de l’Homme et encourage la répression violente » sont les termes de la condamnation faite au nom de la Commission.

Et les massacres ne se sont pas fait attendre.

A Venkata, dans le quartier de El Alto, la police a chargé la foule qui manifestait et bloquait les installations de la compagnie pétrolière YFPB. Des témoins affirment que la police mitraillait à partir de ses hélicoptères. Bilan : 9 morts et plus de 20 blessés.

Images de la répression contre la manifestation
en hommage aux 8 victimes assassinées par la police à El Alto

Mais pas même les morts n’échappent à la répression. Un cortège de manifestants parti de El Alto et qui se dirigeait vers La Paz, portant en tête les cercueils des victimes du massacre de Senkata et réclamant justice, a été réprimé par la police lorsqu’il s’est approché du centre de la capitale. Les cercueils sont restés abandonnés en pleine rue après la dispersion des manifestants sous les balles et les grenades lacrymogènes.

A ce jour, on compte déjà 30 morts depuis le coup d’Etat.

Le gouvernement de Jeanine Añez, supposé être provisoire, n’a pas perdu de temps pour prendre des décisions de grande portée politique. Par exemple : le pays a rompu ses relations diplomatiques avec le Venezuela et a confirmé sa sortie de l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique, (ALBA). Mais la question de procéder à des élections dans un délai de 90 jours apparaît moins clairement. Ce gouvernement autoproclamé a été reconnu par les États-Unis et reçoit le soutien des États-Unis et de ses alliés régionaux et ces derniers, tout autant que les pays qui condamnent le coup d’Etat, appuient la décision de procéder à des élections dans un bref délai. De son côté, Añez aborde la question en insistant sur ce fait : les élections auront lieu « sans Evo Morales ni García Linera ». En fait, Añez a prévenu que si Evo Morales rentre en Bolivie il sera jugé « pour fraude électorale ».

Les leaders du coup d’Etat comprennent bien qu’ils ont besoin d’une légitimité au moyen d’élections et ils cherchent comment y parvenir dans les conditions le plus confortables. Et c’est pourquoi sont mis en marche des scénarios de persécutions, au sens propre ou sur le plan juridique, envers des leaders sociaux et politiques du MAS, tout en recherchant le dialogue et la négociation avec les corporations et associations les plus modérées.

Par ailleurs, les manifestations continuent pour refuser le coup d’Etat et les attaques contre la dignité indienne et pour exiger le départ de la junte autoproclamée. Aux exigences des premiers jours s’ajoutent maintenant les réclamations de justice après les successifs massacres de manifestants commis par les forces de police.

Il faudra voir si ce bloc d’opposition parvient à rassembler assez de forces pour empêcher que le coup d’Etat obtienne sa légitimité et pour mettre fin à la répression.

Bolivie : un coup d’état sans fondement !

On a beaucoup entendu dire que le coup d’état en Bolivie était la suite de fraudes électorales, sur la base d’un rapport de l’OEA…

Maintenant que les choses s’éclaircissent un peu, on voit à quel point tout cela n’a été qu’une manipulation médiatique pour faire tomber un gouvernement qui déplaisait aux Etats Unis et à ses affidés.

Pour commencer, voici la réponse de l’OEA au Centre Stratégique Latinoaméricain de Géopolitique :

Si vous ne lisez pas l’espagnol, on vous résume : le fameux rapport est indisponible, parce qu’il n’est pas encore finalisé et validé !

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Mais il y a plus grave, comme on peut le lire dans un article de Corroe Del Sur du 29/11/2019

L’es-représentant de l’ONU signale une “rupture profonde” de l’ordre constitutionnel

Denis Racicot

L’ancien représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme en Bolivie, Denis Racicot, a mis en garde contre une “rupture profonde” de l’ordre constitutionnel et une “fracture sociale” dans le pays pour les actes de violence survenus dans le pays avant et après le départ d’Evo Morales du territoire national, dans le cadre des élections générales entachées d’accusations de fraude.

Pour Racicot, les nouvelles autorités boliviennes, après le départ de Morales, sont “autoproclamées” et cherchent à sortir de la crise actuelle sur la base d’une “violence putschiste sans limites”, qu’il ne compare qu’à à la période des régimes militaires et de facto.

“Il ne fait aucun doute que se développe dans le pays une rupture profonde de l’ordre constitutionnel et probablement une fracture sociale qui pourra difficilement être réparée”, lit-on dans la lettre envoyée par Racicot à Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme à Genève, Suisse.

Après le départ de Morales, Jeanine Añez a pris le pouvoir en s’engageant à pacifier le pays et à convoquer des élections générales le plus rapidement possible, en tant que gouvernement de transition.

Racicot fait le point sur les événements politiques et les violence qui se sont déroulés dans le pays : depuis les résultats des élections générales d’octobre, la réaction violente contre les sièges des tribunaux électoraux départementaux, les troubles civils et les demandes de démission de Morales, les résultats de l’audit de l’Organisation des États américains jusqu’au départ de l’ancien dirigeant du pays. Dans ce décompte, Racicot omet plusieurs actes de violence perpétrés par des proches de Morales.

En ce qui concerne le rapport préliminaire d’audit de l’OEA sur le processus électoral, Racicot note qu’il n’est pas concluant quant à l’existence d’une fraude et qu’il a été “observé et critiqué négativement par des instituts spécialisés”.

“À mon avis, et d’après mon expérience en la matière, il est très superficiel et donc déficient sur les plans technique et professionnel et dépourvu d’objectivité”, indique-t-il.

Pour l’ex-commissiare, des propositions concrètes sont nécessaires pour créer les conditions d’un retour au véritable cadre constitutionnel et institutionnel, du retour de l’ancien Président Evo Morales dans le pays et du lancement d’un dialogue national et de négociations en vue de la préparation de nouvelles élections générales dans les meilleurs délais.

Jeudi, l’Assemblée législative plurinationale (ALP) de Bolivie a adopté le règlement intérieur et la convocation pour l’élection des membres du Tribunal suprême électoral (TSE) en vue de nouvelles élections générales dans les plus brefs délais.

Les conspirateurs derrière le coup d’état en Bolivie, formés à l’École militaire des Amériques, ont servi d’attachés dans des programmes du FBI

Les commandants de l’armée et de la police boliviennes ont contribué à la préparation du coup d’état et en ont assuré le succès. Ils avaient été formés pour mener des insurrections dans des programmes de formation de la célèbre École militaire des Amériques et du FBI, tous deux appartenant au gouvernement américain.


Les États-Unis ont joué un rôle clé dans le coup d’état militaire en Bolivie, et ce d’une manière directe qui est à peine mentionnée dans les récits des événements qui ont forcé Evo Morales, le président élu du pays, à démissionner le 10 novembre.

Peu avant la démission de Morales, Williams Kaliman, le commandant des forces armées boliviennes a suggéré la démission du président. La veille, des secteurs de la police du pays s’étaient rebellés.

Kaliman semble avoir feint sa loyauté envers Morales pendant toutes ces années mais, dès que le moment opportun est arrivé, il a montré son vrai visage. Il a non seulement joué un rôle dans ce coup d’état, mais il a également des antécédents à Washington, où il avait brièvement occupé le poste d’attaché militaire de l’ambassade de Bolivie dans la capitale des États-Unis.

Kaliman se trouvait au sommet d’une structure de commandement militaire et policier largement développée par les États-Unis par le biais de WHINSEC, l’école de formation militaire de Fort Benning, en Géorgie, qui portait auparavant le nom d’École des Amériques. Kaliman lui-même a suivi un cours intitulé « Comando y Estado Mayor » dans cet institut en 2003.

Au moins six des principaux conspirateurs derrière le coup d’état sont des anciens élèves de la tristement célèbre École militaire des Amériques, tandis que Kaliman ainsi qu’une autre personnalité ont, par le passé, servi d’attachés des forces militaires et policières boliviennes à Washington.

Au sein de la police bolivienne, les hauts responsables qui ont contribué à mettre en marche le coup d’état sont passés par l’APALA, un programme d’échanges de police. Basé à Washington DC, l’APALA a pour mission de créer des relations entre les autorités américaines et les responsables de la police des états d’Amérique latine. Malgré son influence, ou peut-être à cause de celle-ci, le programme a peu de présence publique. Il a été impossible de joindre son personnel au téléphone.

Les gouvernements affectent souvent un petit nombre de personnes aux ambassades de leur pays en tant qu’attachés des forces militaires ou forces de police. Feu Philip Agee, ancien officier de la CIA qui est devenu le premier lanceur d’alerte de l’agence, a expliqué, dans son livre révélateur publié en 1975, que le renseignement américain s’appuyait généralement sur le recrutement d’officiers militaires et de policiers étrangers, y compris des attachés d’ambassades, pour posséder des atouts essentiels servant aux changements de régime et opérations anti-insurrectionnelles.

Comme je l’ai découvert dans plus de 11 000 documents, que j’ai obtenus grâce à la loi du Freedom of Information Act, lors de la rédaction de mon livre sur la campagne paramilitaire menée avant l’éviction du gouvernement élu d’Haïti en février 2004 et de la répression qui a suivi le coup d’état, les autorités américaines ont travaillé pendant des années pour établir des liens en Haïti et s’attirer les bonnes grâces de la police, l’armée et des anciens responsables de l’armée. Ces connexions, ainsi que leur travail de recrutement et de collecte d’informations ont fini par porter leurs fruits.

En Bolivie également, le rôle des responsables de l’armée et de la police formés par les États-Unis a été déterminant pour imposer un changement de régime. Depuis de nombreuses années, des agences publiques américaines telles que l’USAID financent ouvertement des groupes anti-Morales dans le pays. Mais la façon dont les services de renseignement américains ont utilisé les forces de sécurité du pays comme une cinquième colonne est moins bien comprise. Avec le départ forcé de Morales, il est toutefois devenu impossible de nier à quel point ce facteur a été critique.

Comme cette enquête va l’établir, le complot autour du coup d’état n’aurait pu aboutir sans l’approbation enthousiaste des commandants de l’armée et de la police du pays. Et leur consentement a été fortement influencé par les États-Unis qui ont préparé et formé tant de personnes pour une insurrection.

La suite de l’enquête en cliquant sur le site…
Merci à eux !

Contre les femmes, contre les pauvres, violence fasciste ordinaire en Bolivie…

Deux tweets pour montrer qu’Amélie de Montchanin, en défendant le coup d’état, nie la violence faite aux femmes, nie la violence faite aux humbles, nie la violence faite aux progressistes…

“Reconnaissez que nous sommes devant un coup d’Etat”

Voici la question que Mathilde Panot a posée à propos du coup d’état en Bolivie… “L’intégrité physique de plusieurs élus, poussés à la démission par l’armée, est en jeu. La vie de milliers de militants et des populations autochtones dans le pays est menacée par une opposition fasciste et une oligarchie nostalgique des privilèges qu’elle a perdus depuis l’arrivée au pouvoir du premier président amérindien de Bolivie”
En guise de réponse, la secrétaire d’Etat Amélie de Montchalin affirme son soutien au coup d’état !

Peut-être la dite secrétaire n’avait pas reçu les tweets suivants…

"Nous allons les cribler de balles..."
Le coup d'Etat en Bolivie.. Fascisme, racisme toujours contre les plus humbles... Et il y en a qui ne veulent pas appeler ça un coup d'état !

Bolivie : “Maintenant oui, c’est la guerre civile!

Pour lire l’article (en espagnol) sur le site original, clic sur le logo

Nous reproduisons ci-dessous un article de l’agence Anred : le peuple bolivien se mobilise contre le coup d’Etat et se heurte aux mêmes brutalités policières et médiatiques qu’au Chili ou en Equateur !

La ville qui entoure la capitale bolivienne est la deuxième plus grande du pays et est sortie dans la rue contre la destitution du Président Evo Morales. Depuis hier soir, les conseils de quartier ont lancé un ultimatum contre le leader de l’opposition Camacho. Des barrages routiers et des affrontements avec la police… les militaires et les paramilitaires ont fait jusqu’à présent deux morts et 15 blessés par balle. Aujourd’hui, le commandant général de la police a démissionné.

La wipala, drapeau des peuples andins, symbole national en Bolivie depuis la nouvelle Constitution
(Clic sur l’image pour en savoir plus)

Hier, alors que les forces armées “suggéraient » la démission du Président, en même temps que le commandant général de la police, Yuri Calderón, se pliait à la demande de démission, le cercle qui contraignait Evo Morales à démissionner se fermait. Les arrestations de dirigeants du Mouvement pour le socialisme (MAS) et l’attaque de locaux et de maisons privées, ainsi que l’incendie de wipalas, ont été couronnées par l’arrivée du leader de l’opposition, lié au commerce du gaz, Luis Camacho, qui, une bible en main et dans une zone libérée par la police, a pu entrer dans le Palais Quemado (ancienne résidence des chefs d’état NDLR).

Mobilisation contre le coup d’état

Mais à El Alto, cette nuit, les premières barricades ont été érigées pour bloquer La Paz et repousser le coup d’État. La Fédération des comités de quartier (Fejuve) a donné 48 heures aux putschistes pour quitter La Paz “pour avoir incité à la division et à la violence entre Boliviens”.

Camarades, nous nous sommes rassemblés à El Alto…
Il n’y a rient à la télé pour raconter ce qui se passe ici

Aujourd’hui, les affrontements se sont intensifiés dans plusieurs endroits de la ville. Les manifestants ont repoussé les forces de police, mais les forces de sécurité ont tiré des coups de feu, tuant au moins deux personnes et en blessant une quinzaine d’autres. Au cri de “Mesa, Camacho, nous voulons votre tête », ils ont mis le feu à un commissariat à El Alto et ont neutralisé plusieurs véhicules de police.

La situation s’est aggravée et le commandant de la Police nationale Calderon a démissionné. La presse hégémonique bolivienne a réduit les manifestations à des actes de vandalisme et de pillage de « profiteurs du chaos social pour voler”. L’opération de désinformation présente les mêmes caractéristiques que les soulèvements en Équateur et au Chili.

“Voila ce que la presse ne montre pas… C’est une enfant !”

Vu que les forces de polices étaient débordées, des unités de l’armée bolivienne sont entrées avec des chars dans certaines avenues d’El Alto. Le haut commandement militaire a commencé à mettre en œuvre un plan d’urgence pour assurer les services publics. Cependant, les habitants ont dénoncé depuis hier la coupure de l’eau. En même temps, une forte concentration d’habitants brandissant des wipalas se sont mobilisés en chantant “Maintenant oui, c’est la guerre civile”.

La situation ne cesse de s’aggraver, l’OEA a demandé à l’Assemblée législative de se réunir d’urgence pour assurer “une sortie constitutionnelle” et l’Union européenne a exprimé, par l’intermédiaire de la Haut-Commissaire, que des élections crédibles, exprimant la volonté du peuple, soient organisées dès que possible. Dans un communiqué publié sur les médias sociaux, Donald Trump a salué la destitution d’Evo Morales : “Les États-Unis applaudissent le peuple bolivien et les militaires boliviens. Le gouvernement mexicain a accordé l’asile politique au mandataire.

À ce jour, deux personnes ont été tuées à El Alto et une quinzaine d’autres ont été blessées, dont deux filles. Des affrontements se produisent à certains coins de rue. Alors que l’on craint l’arrivée de nouveaux contingents paramilitaires qui se joindraient à la répression des opposants au coup d’État.

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Bolivie : La France Insoumise soutient Evo Morales

Communiqué de presse du groupe parlementaire La France insoumise

Ce matin du dimanche 10 novembre, dans un souci d’apaisement, le président Morales a appelé à de nouvelles élections qui devront être organisées par un tribunal électoral renouvelé. Malgré cela, l’opposition continue à réclamer sa démission immédiate et son exclusion du futur scrutin. 

L’opposition multiplie les actes racistes et les violences dans une logique de coup d’État et demande le départ de tous les élus de la majorité. Les militaires ont ainsi envahi le palais présidentiel et le président Morales est contraint de quitter le pays. 

La France insoumise s’associe aux protestations contre la violence de l’extrême-droite putchiste bolivienne et partage le soutien à Evo Morales qu’ont exprimé les principaux dirigeants des pays d’Amérique du Sud et les partis progressistes de cette région du monde. Nous en appelons à la solidarité avec le peuple bolivien, au respect de la Constitution novatrice dont il s’est doté. Nous assurons Evo Morales de notre soutien dans le processus de pacification démocratique qu’il a engagé.