Chili : 50 jours d’espoir

Nous publions ici la vidéo de Claudia Aranda, qui montre l’atmosphère qui régnait hier sur la Plaza de la Dignidad (ex-Plaza Italia), dans le centre de Santiago, où une fois de plus il y avait foule, 50 jours après une explosion sociale sans précédent dans notre histoire. Un mouvement qui a unifié les revendications de millions de Chiliens et qui continue à se transformer en expression d’une manifestation populaire. Le reportage photo est également de Claudia Aranda :

Et une video de Ricardo Morinai

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Syrie : Le HCDH dénonce les crimes commis contre les civils par les mercenaires turcs

Dans un communiqué de presse, le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a dénoncé les attaques menées contre la population civile par les forces alliées de la Turquie, les qualifiant de possibles violations graves du droit international humanitaire et de crimes de guerre. Il a appelé en conséquence les États qui soutiennent les parties au conflit à respecter et faire respecter le droit international humanitaire.

Rupert Colville, porte-parole du HCDH s’est dit, dans un communiqué publié le 6 décembre, préoccupé par l’évolution inquiétante de la situation et son impact direct sur les civils malgré le fragile cessez-le-feu dans le nord-est du pays.

Mentionnant l’utilisation aveugle d’engins explosifs improvisés (EEI) dans les quartiers résidentiels et les marchés locaux, M. Colville a souligné que ces attaques avaient été menées principalement dans des zones sous contrôle des forces turques et des groupes armés affiliés.

Il a indiqué également que l’instance onusienne avait observé une nouvelle recrudescence des opérations militaires après une relative accalmie des hostilités en octobre, dans la zone dite de « désescalade », à Idlib et dans certaines parties d’Alep.

« Nous sommes gravement préoccupés par l’utilisation accrue des engins explosifs improvisés dans les zones peuplées. Une telle utilisation peut constituer une attaque aveugle, une violation grave du droit international humanitaire et un crime de guerre. Depuis l’accord de cessez-le-feu du 22 octobre, nous avons enregistré une augmentation du nombre d’attaques à l’aide d’engins explosifs improvisés, y compris des engins explosifs improvisés placés à bord de véhicules (EEIV)  dans les zones peuplées, y compris les quartiers résidentiels et dans au moins 12 marchés et zones commerciales animés à Hassakê, Raqqa et Alep ».

Selon le responsable onusien, entre le 22 octobre et le 3 décembre, il y a eu au moins 49 attaques avec divers types d’engins explosifs improvisés, dont 43 dans des zones sous le contrôle des forces turques et des groupes armés affiliés. « À la suite de ces attaques, nous avons enregistré au moins 78 morts civiles (dont 53 hommes, 7 femmes et 18 enfants) et 307 blessés. Soixante-douze des morts et 258 des cas de blessure sont survenus dans des zones sous le contrôle des forces turques et des groupes armés affiliés », a ajouté M. Colville.

Le communiqué de presse publié sur le site du HCDH indique encore ce qui suit : « Le 26 novembre, au moins 12 civils, dont huit hommes, deux femmes et deux garçons, ont été tués à la suite de ce qui aurait été un EEIV qui aurait explosé dans un quartier résidentiel de la ville de Tel Halaf, dans la zone rurale de Ras al-Aïn, à Hassakê. Le même jour, six civils, dont quatre hommes et deux garçons, ont été tués lorsqu’un EEIV a explosé près d’une station-service, dans le quartier al-Sina’a de la ville de Tall Abyad, dans le nord de Raqqa.

Malgré le cessez-le-feu, des combats intermittents continuent d’être signalés dans le nord-est de la Syrie. Rien que le 2 décembre, 10 civils, dont 8 garçons, ont été tués et 12 civils, dont 2 femmes et 7 garçons, blessés à la suite de ce qui aurait été des frappes terrestres menées par des groupes armés turcs affiliés qui ont frappé près d’une école dans un quartier résidentiel de la ville de Tall Rifaat, au nord d’Alep. Toutes les victimes étaient des civils déplacés du district d’Afrin, dans le nord-ouest d’Alep, et les enfants tués et blessés étaient âgés de 3 à 15 ans. »

M. Colville a souligné que toutes les parties au conflit devaient immédiatement cesser les attaques indiscriminées contre des civils et des biens de caractère civil, et enquêter sur tous ces incidents.

Le porte-parole a ajouté : « Les États qui soutiennent les parties au conflit, même lorsqu’ils ne participent pas directement aux hostilités, sont tenus de respecter et de faire respecter le droit international humanitaire, en toutes circonstances. Nous exhortons les États à prendre toutes les mesures possibles pour mettre fin à toute violation par leurs alliés. Nous rappelons à toutes les parties au conflit qu’elles ont la responsabilité de protéger les civils et de s’acquitter des obligations que leur impose le droit international. »

Déjà le 15 octobre dernier, le HCDH avait pointé la responsabilité de la Turquie dans de « possibles crimes de guerre » commis au nord de la Syrie par des milices djihadistes pro-turques, faisant en particulier référence à l’assassinat par des mercenaires d’Ahrar al-Sharqiya de la responsable politique kurde Hevrîn Khalaf.

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Ce que l’on sait (et qu’on ne sait pas) sur la fraude supposée qui a entraîné le coup d’état en Bolivie

Nous reproduisons ci-dessous une étude documentée sur le processus de dépouillement électoral en Bolivie, afin que les faits (qui sont têtus) laissent enfin place aux rumeurs…

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Les arguments de ceux qui considèrent que l’opération de renversement d’Evo Morales est une bonne chose partent toujours d’un fait avéré : en Bolivie, il y a eu fraude électorale. Sur cette affirmation, sur cette première brique, se sont montées une réaction sociale, une mutinerie policière et enfin la demande de l’armée de démission de Morales. Un coup d’État qui n’a pas suscité d’opposition internationale vigoureuse, notamment parce que, a-t-on dit, il faisait suite à une fraude électorale.

Toutefois, on n’a pas beaucoup parlé de ce qui s’est réellement passé avec le décompte des élections du 20 octobre. La mission de l’Organisation des États américains affirme qu’il y a eu des “irrégularités”, tandis que d’autres experts mettent en garde contre le fait que l’accusation de l’OEA ne s’accompagne pas de preuves que ces anomalies sont “généralisées ou systématiques »

La polémique : l’interruption du décompte préliminaire

Le 20 octobre dernier, la Bolivie vivait l’une des journées électorales les plus incertaines de son histoire récente. Evo Morales cherchait son quatrième mandat et se profilait comme gagnant, mais les sondages prédisaient que pour la première fois son avance serait tellement serrée que la porte s’ouvrirait à un second tour. Après les votes, les résultats du scrutin préliminaire donnent la victoire à Morales avec une marge suffisante pour éviter un second tour face à Carlos Mesa.
L’annonce déclenche des manifestations et des incidents violents dans différents endroits du pays entre des accusations de fraude électorale. Ils ne se fient pas au décompte.
Dans le pays andin coexistent deux comptages, l’un rapide et l’autre officiel. Le second est la méthode traditionnelle, acte par acte, et prend plus de temps. Le comptage rapide est ce qu’on appelle la transmission des résultats préliminaires électoraux (TREP). Comme son nom l’indique, il s’agit d’un système destiné à rendre publics les résultats préliminaires rapidement, à quelques heures de la clôture du scrutin. En gros, ce décompte est fondé sur des photographies des procès-verbaux envoyés par l’intermédiaire d’une application mobile. Ces informations sont stockées sur les serveurs du Tribunal électoral suprême, puis vérifiées et publiées sur Internet. La controverse a porté sur ce dernier mécanisme de comptage rapide, mais ses problèmes ont fini par assombrir tout le processus électoral.
Le jour des élections, à 19 h 50, l’organe électoral a diffusé les premières données du système rapide. À 83,85 % des actes vérifiés, le Mouvement vers le socialisme (MAS), parti d’Evo Morales, obtenait la première place avec 45,71 % des voix, contre 37,84 % de la formation de Carlos Mesa. La différence entre les deux était de 7,87 points et la possibilité d’un second tour gagnait en force.

Et voici la clé : après cela, les résultats n’ont pas été mis à jour pendant près de 24 heures. À 18h30, lundi 21, le système a été réactivé et les nouvelles données préliminaires ont établi un écart de 9,36 points entre les deux partis. Après une autre mise à jour qui comprenait les voix de l’étranger, Morales devançait Mesa avec une marge de 10,14 points, juste au-dessus des 10 points nécessaires pour éviter le second tour.

Cette coupure de courant déclenche l’alarme et déclenche les accusations.

Pendant ce temps, le décompte officiel a commencé et a progressé au cours de la semaine, se heurtant déjà à la polémique. Au fur et à mesure que le scrutin officiel avançait, les résultats ne donnaient pas toujours comme vainqueur direct Evo Morales au premier tour. Parce que ce qui a toujours été en discussion n’est pas la victoire de Morales, mais la marge dont il avait besoin pour éviter un second tour de scrutin, c’est-à-dire, qu’il obtienne 40 % et au moins 10 points de différence sur la deuxième candidature– sur laquelle les formations d’opposition pourraient s’allier et s’unir.

Alors que plusieurs villes boliviennes vivaient des protestations et des altercations, alors que la communauté internationale commençait à se prononcer, le décompte officiel ne garantissait pas le triomphe d’Evo Morales. Quelques jours plus tard, les données du décompte officiel confirmaient la marge très serrée (moins un point) avec laquelle Morales évitait le second tour.

Opposition et OEA critiquent l’interruption du décompte

“C’est une fraude scandaleuse. Nous espérons que la population n’acceptera pas ce vote truqué”, a déclaré Carlos Mesa, le candidat de l’opposition, après avoir pris connaissance des premiers résultats non officiels du scrutin qui l’excluaient du second tour. En dénonçant que l’organe électoral obéissait aux ordres de Morales, il a appelé les siens à se mobiliser devant le siège central de La Paz du TSE et devant ses délégations dans les huit autres régions boliviennes.

De manière arbitraire, et par ordres du gouvernement, le Tribunal Suprême Electoral de Bolivie n’a pas tenu la promesse qu’il avait faite le 10 octobre, lors d’une réunion avec les journalistes et les partis politiques, de commuiquer à 100 % le comptage du TREP (décompte rapide)

J’appelle à la mobilisation démocratique de la Communauté Bolivienne, des comités civiques, des partis politiques et de la CONADE pour manifester devant tous les tribunaux électoraux départementaux et devant le Tribunal Suprême Electoral

Pour sa part, la mission d’observation de l’Organisation des États américains (OEA), qui a visité 991 bureaux de vote dans 352 centres, a contesté dans un communiqué l’arrêt de la diffusion des données et a exprimé sa “préoccupation et sa surprise” parce qu’on avait finalement affaire à un scrutin avec un “changement inexplicable de tendance qui modifie radicalement le résultat de l’élection et engendre une perte de confiance dans le processus électoral”. Par la suite, il a rassuré le Tribunal électoral suprême en lui disant qu’il n’était pas “en mesure de fournir des explications précises” aux citoyens. À tout moment, il parlait de recomptage rapide, mais le soupçon était déjà semé.

Entre-temps, le gouvernement de Morales a assuré qu’il garantirait à l’opposition et à la communauté internationale un décompte transparent des résultats des élections et a demandé “de ne pas causer de troubles inutiles” avec des protestations, tout en se montrant confiant dans la victoire du président en exercice.

La mission d’observation électoral continue à suivre avec rigueur le processus électoral en Bolivie. Il est essentiel que le Tribunal Suprême Electoral explique pourquoi la transmission des résultats préliminaires s’est interrompue, et que le processus de publication des données du décompte se fasse de manière fluide.

L’interruption du comptage rapide a déclenché des tensions dans les rues et déclenché des manifestations qui sont devenues violentes dans une grande partie du pays. La police a dispersé des affrontements entre partisans et opposants de Morales devant l’hôtel où se déroulait le comptage dans la capitale. Plusieurs bureaux de vote ont été attaqués, dont certains incendiés.

Le vice-président du Tribunal suprême électoral, Antonio Costas, a démissionné de ses fonctions en qualifiant de “non intentionnelle” la “décision” de suspendre la publication du décompte rapide. De son côté, un rapport de la société Neotec, chargée du support technique du système TREP, affirme que les membres du tribunal électoral leur ont ordonné de geler la diffusion des résultats pour trois raisons : “l’utilisation d’un serveur non surveillé”, “l’augmentation inattendue du trafic pour la vérification des procès-verbaux” de ce serveur et “le changement soudain de tendance” entre les partis de Morales et de Mesa

Le décompte officiel, diffusé le 25 octobre, a fini par donner la victoire à Evo Morales avec une avance de 10,57 points sur Mesa au premier tour. Les manifestations et les affrontements violents se sont poursuivis et le Gouvernement bolivien a accepté que l’OEA vérifie les résultats. Le 30 octobre, il a signé l’accord avec l’organisation régionale et s’est engagé à faciliter le travail de cette mission et à accepter les conclusions “qui seraient contraignantes pour les parties”.

Le 10 novembre, l’OEA a publié les résultats préliminaires de son audit en recommandant de nouvelles élections. Morales a annoncé une répétition des élections. Malgré l’annonce, l’armée lui a demandé de démissionner et il a fini par le faire quelques heures plus tard.

Le même dimanche, le parquet a annoncé une procédure contre des membres du Tribunal électoral suprême pour irrégularités constatées par l’OEA : “infractions pénales et électorales liées au calcul des résultats officiels”. La présidente et plusieurs membres de l’entité ont été arrêtés.

Un think tank américain remet en question le rôle de l’OEA

Dans son rapport, l’OEA ne mentionne pas le mot fraude, mais parle d'”irrégularités”. L’une de ses conclusions est  la tendance qui se manifeste dans les derniers 5% du calcul rapide : “Morales augmente la moyenne de vote de 15% par rapport aux 95% précédents, tandis que Mesa chute dans une proportion presque égale”. ” Ce comportement est très inhabituel”, soutient l’équipe dans le rapport. En ce qui concerne le calcul officiel, selon leurs projections statistiques, ils affirment qu’il est “statistiquement improbable que Morales ait obtenu 10% de différence pour éviter un second tour”.

Cette conclusion a toutefois été réfutée par le Centre pour la recherche économique et politique (CEPR). Le groupe de réflexion basé à Washington remet sérieusement en cause, dans un rapport publié le 10 novembre, le rôle de la mission électorale de l’OEA en Bolivie, en s’assurant “qu’il n”a fourni de preuves à l’appui d’affirmations suggérant que le comptage rapide pourrait être ‘difficile à expliquer”. Le groupe d’experts soutient que “ni la mission de l’OEA ni aucun autre parti n’a démontré qu’il y avait eu des irrégularités généralisées ou systématiques lors des élections”. Ils rappellent également que le calcul officiel –le seul juridiquement contraignant– “n’a jamais été interrompu et régulièrement mis à jour en ligne sans aucune interruption significative”.

“L’OEA doit enquêter sur la façon dont de telles déclarations ont pu être faites sans aucune preuve, celles qui ont pu alimenter le conflit politique actuel en Bolivie”, explique Mark Weisbrot, codirecteur du CEPR. “[L’OEA] a menti au moins trois fois : dans le premier communiqué de presse, dans le rapport préliminaire et dans l’audit préliminaire. Il faut donc être extrêmement sceptique à l’égard des accusations formulées par cette dernière et ses publications ultérieures, à moins qu’elles ne puissent être vérifiées par des enquêteurs indépendants sur la base des données publiques disponibles”ivndique-t-il dans un article.

Les chercheurs du CEPR s’attachent à expliquer le “revirement” difficile à justifier dans le comptage rapide de la mission de l’Organisation des États américains. Et la raison est géographique. Pour le groupe d’experts, que l’écart entre Morales et le Bureau se creuse à mesure que le processus de recomptage avance “était prévisible et peu surprenant”, selon les résultats des 83,85 % de votes initiaux du TREP.

L’analyse fait valoir que l’écart de plus en plus grand entre les deux candidats s’explique par les tendances historiques du vote en faveur de Morales dans des zones où les votes “mettent plus de temps à se transmettre”. ” Ni le comptage rapide ni le comptage officiel ne montrent de brusques changements dans les tendances des résultats finaux, et la même tendance largement connue, expliquée par la géographie, est évidente dans les deux sens”, soulignent-ils.

Le rapport explique qu’au cours de la dernière décennie et demie, les voix des zones rurales et périphériques du pays “ont eu tendance à soutenir dans une proportion beaucoup plus grande Morales et le MAS”. ” En raison de contraintes logistiques, technologiques et peut-être aussi autres, ces votes finissent par être calculés à la fin du processus de décompte. Cela est vrai aussi bien pour le comptage rapide que pour le comptage officiel, tous deux affectés par la même géographie et infrastructure. Les lieux ruraux et les plus pauvres, qui ont eu tendance à favoriser fortement Morales, sont plus lents à transmettre les données ou à envoyer les feuilles de comptage aux tribunaux électoraux”, assurent-ils.

En outre, en prenant comme référence les votes à 83,85% – point où la diffusion des données a été interrompue – , ils produisent une projection statistique selon laquelle la marge de Morales est de 10,09 points de pourcentage. ” Les conclusions de cette projection statistique concordent avec les résultats officiels du décompte électoral en Bolivie”, concluent-ils.

Détournement vers un autre serveur et procès-verbaux modifiés, selon l’OEA

Lors de son audit, l’OEA a constaté qu’après l’interruption du comptage rapide, le flux d’informations a été redirigé vers un serveur informatique “qui n’était pas prévu” et qui n’appartenait pas à la Direction nationale des technologies de l’information. Il n’était pas non plus, disent-ils, contrôlé par la société d’audit ou les fonctionnaires mais “par quelqu’un d’extérieur”. ” Il ne figure pas dans les rapports que nous a remis le tribunal, et tous les acteurs ont omis son existence jusqu’à ce qu’il soit détecté par les auditeurs de l’OEA”, soulignent-ils.

Ensuite, sur le calcul officiel, ils soulignent que “le processus a été en contradiction avec les bonnes pratiques et que les normes de sécurité n’ont pas été respectées”. ” Vu l’accumulation d’irrégularités observées, il n’est pas possible de garantir l’intégrité des données et de certifier les résultats”, affirment-ils.

De même, les techniciens de l’OEA ont analysé 333 procès-verbaux contestés, un échantillon sélectionné des bureaux où le parti de Morales a obtenu 99 % des voix. Parmi celles-ci, 78 (23 %) présentaient des “irrégularités du point de vue des experts”.

Le Centre stratégique latino-américain de géopolitique (CELAG) signale que cette analyse de l’OEA repose sur “un échantillon non représentatif du total des actes” et que l’échantillon est “biaisé”, car non aléatoire, mais au contraire concentrée sur les bureaux où le MAS a gagné. Le même nombre d’irrégularités pourrait se produire sur des bureaux où l’opposition a gagné..

L’OEA indique que, dans certains cas, “il a été vérifié que tous les procès-verbaux d’un même centre avaient été remplis par la même personne” et que “dans plusieurs procès-verbaux” le parti MAS obtenait 100 % des voix. ” Dans certains de ces documents, le champ correspondant aux voix des partis d’opposition n’était même pas complété par un zéro”, expliquent-ils.

Par ailleurs, l’équipe d’audit de l’OEA insiste sur l’existence de “procès-verbaux avec altérations” et de “signatures falsifiées”. Sur les 176 actes analysés de l’échantillon qui ont été examinés en Argentine, 38,07 % “présentent des incohérences avec le nombre de citoyens qui ont voté”. ” C’est-à-dire que les procès-verbaux reflètent un plus grand nombre de voix que le total sur les listes”.

Cependant, une enquête indépendante du politologue Walter Mebane, de l’université du Michigan (USA), a tenté de démontrer que les “votes frauduleux” n’avaient pas été “décisifs” lors des élections. Selon son modèle statistique, il y a eu des irrégularités dans 274 des 34551 bureaux de vote et il compare cela avec d’autres processus électoraux au Honduras, en Russie, en Turquie, en Autriche ou dans le Wisconsin. “Même en éliminant les votes “frauduleux”, le MAS a un avantage de plus de 10%” sur le parti de Mesa”, déclare le rapport.

Par ailleurs, l’OEA fait valoir que les conditions dans lesquelles le matériel électoral a été gardé ne satisfaisaient pas toujours aux “contrôles nécessaires”. ” Le fait qu’il y ait eu des procès-verbaux d’élections brûlés témoigne de l’absence de protection, de prévisions adéquates et d’une mauvaise coordination” avec les forces de sécurité. “Étant donné qu’il n’y a pas de possibilité de recomptage des voix en Bolivie, la protection des procès-verbaux des élections est un aspect essentiel pour garantir le processus électoral. Le contrôle de la personne qui gère les procès-verbaux et le lieu où ils se trouvent à tout moment est essentiel”, ajoutent-ils.

“On peut s’attendre à ce qu’il y ait encore plus d’irrégularités si l’on disposait de plus de temps pour traiter davantage de documents”, explique l’OEA avant la finalisation du rapport. Pour la CELAG, il s’agit d’une expression “peu rigoureuse” qui “ne saurait en aucune manière constituer une preuve tangible de l’existence de telles irrégularités”.

Les résultats des élections continueront de faire parler. Depuis son exil au Mexique, Evo Morales a annoncé qu’il formerait une “commission vérité” composée de “personnalités internationales” pour vérifier s’il y avait eu fraude ou non lors des élections.

Bolivie : quelle photo choisir ?

La forêt est totalement carbonisée. Les dommages sont irréversibles.
Evo Morales, l e 27 août 2019, en soutien à l'action des pompiers.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que la Bolivie souffre de l’indifférence des media, contrairement aux entreprises agro-industrielles et aux fabricants de batteries, avides du lithium dont ce pays est une des principales ressources.

Lors de la gigantesque vague d’incendies qui a ravagé l’Amazonie, la Bolivie a été durement touché, plus durement même, proportionnellement, que son voisin brésilien. Si les feux ont été éteints par les pluies du mois d’octobre (enfin!), les braises ont été bien attisées à l’intérieur du pays pour compromettre les clés de la réélection d’Evo Morales.

Critique justifiée en partie, car le modèle de développement agricole de la Bolivie reste encore un modèle extractiviste et intensif pour “lutter contre l’extrême pauvreté“. Si c’est là une réelle interrogation pour les forces du changement qui veulent ouvrir une perspective écosocialiste préservant la planète ET assurant le bien-être des classes les plus défavorisées, cela a été une occasion parfaite de propagande anti-révolutionnaire, entre naïveté et subversion organisée…

Voici ce que l’on pouvait lire dans Reporterre le 30 septembre 2019  :
“Il n’y a pas qu’au Brésil que la forêt brûle… Les incendies en Bolivie ont ravagé plus de 4 millions d’hectares depuis le mois d’août, et laissent derrière eux des arbres noircis, des sols forestiers couverts de cendres, des animaux carbonisés sur les terres dévastées et d’autres qui cherchent désespérément de la nourriture et de l’eau.
La majorité des incendies se produisent dans des zones naturelles protégées.
Le bilan de la perte pour la faune est sans précédent : rien que dans le département de Santa Cruz, le plus détruit, on estime que plus de 2,3 millions d’animaux piégés par le feu (jaguars, pumas, ocelots, singes et lamas…) sont morts calcinés. « La forêt est totalement carbonisée et les dégâts sont irréversibles. Elle ne reviendra jamais à la normale », a déclaré Sandra Quiroga professeure à la Santa Cruz University. Les écologistes accusent Evo Morales, président de gauche, qui a promulgué des lois encourageant le brûlage de forêts et de pâturages pour développer la production agricole. Le gouvernement attribue les incendies à la sécheresse et aux vents qui attisent les flammes…

Naïveté ?

C’est en creusant un peu la question que l’on peut se poser…Si c’est là une réelle interrogation pour les forces du changement qui veulent ouvrir une perspective écosocialiste préservant la planète ET assurant le bien-être des classes les plus défavorisées, cela a été une occasion parfaite de propagande anti-révolutionnaire, entre naïveté et subversion organisée… Voici ce que l’on découvre sur Le Courrier des Balkans en date du 26 novembre 2019

L’OMBRE DES BALKANS PLANE
SUR LA CRISE BOLIVIENNE

Dans une enquête fouillée, Jean-Arnault Dérens et Simon Rico montrent que “La chute du Président Evo Morales semblait correspondre à un schéma bien établi, celui des « révolutions non violentes », théorisé par l’ONG serbe Canvas. Avant que le scénario ne déraille, laissant l’extrême droite prendre la main ?” 

CANVAS, c’est, dans un petit bureau de Novi Beograd, en Serbie, le siège du Center pour l’Application d’ Actions et de Stratégies Non Violentes (Center for Applied Non Violence Action and Strategies). Crée par des militants qui ont participé au mouvement qui a fait tomber Slobodan Milošević, leur modèle a été appliqué avec succès  en Géorgie en 2003, en Ukraine en 2004, au Kirghizistan en 2005.

Mais, selon ces journalistes, “leur dernier engagement suscite pourtant de nombreuses questions. En effet, dès le 29 août, le site d’investigation The Grayzone, d’inspiration « anti-impérialiste », publiait une enquête très approfondie sur leur implication dans les événements qui ont mené à la chute du Président de gauche Evo Morales.”

Car il semble bien qu’il y ait un lien entre cette organisation et Jhanisse Vaca Daza, dirigeante du mouvement Rios de pie, présentée comme un mouvement de défense des droits de l’homme et des peuples indigènes. Une opposante farouche à Evo Morales, comme le montre son tweet ci-dessous

 

Pourtant les journalistes citent la mise au point de la géographe Laetitia Perrier-Bruslé, chercheuse associée au laboratoire PRODIG « Les incendies ont été un moment de forte mobilisation et ils ont servi de prétexte à l’oligarchie autonomiste de Santa Cruz pour faire monter la pression, accusant Evo Morales d’être un traître à la nation. Ce qui est paradoxal alors même que leur agro-business est en partie responsable de la déforestation et donc des incendies. »

La lecture de l’article complet vous permettra de découvrir les liens de cette personne avec l’Human Rights Fundation, ONG très engagée contre les régimes hostiles aux EtatsUnis, et dont le fondateur est cousin de Leopoldo Lopez, leader de la droite d’opposition à Nicolas Maduro. D’autres soutiens ne laissent en aucun doute : le plus éminent en Bolivie ? Luis Fernando Camacho,  à l’instigation du coup d’état, et que Wikipedia présente comme “tenant d’une droite radicale et ultra-conservatrice, et entrepreneur représentant l’élite blanche de Santa Cruz de la Sierra”. 

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Amérique Latine en Résistance : Coup en Bolivie

Ci-dessous un éditorial d’Investig’Action, que vous pouvez lire sur le site original en cliquant sur le logo

Editorial: Voici que tombent sur la Bolivie ses nuits les plus noires

Dans les quartiers les plus chics de La Paz l’opposition a Evo Morales était presque unanime. Les cloches des églises appelaient aux rassemblements et aux manifestations chaque soir à 21 heures.

Et lorsque le haut commandement militaire « suggéra » la démission du président (qui venait d’être réélu), dans les quartiers sud de La Paz, des centaines de personnes firent retentir leurs klaxons en guise de grande allégresse.

Quelque temps auparavant, la police, en rébellion, avait mis fin à son devoir sacré de faire respecter l’ordre public et laissait ainsi le champ libre aux foules d’opposants qui attaquaient les bâtiments publics et mettaient le feu aux domiciles des leaders du MAS.

Et, la persécution contre Evo Morales a pris de plus en plus d’ampleur.

Finalement, le président démissionne et accepte de demander l’asile politique au Mexique. « Il n’a même pas son portefeuille » telle fut la réponse de Marcelo Ebrard, le ministre des affaires étrangères mexicain, à un journaliste qui l’interrogeait sur les biens que le leader bolivien avait sur lui à son arrivée dans le pays aztèque.

Après le départ d’Evo Morales, la sénatrice Jeanine Añez s’est autoproclamée présidente par intérim de la Bolivie, pour la durée d’une législature, sans quorum, et les manifestations, principalement des mouvements indigènes, ont commencé à emplir les rues du pays.

El Alto, principal bastion Aymara de la Bolivie, est devenu, ces derniers jours, le principal lieu d’expression de la volonté de s’opposer au coup d’Etat et aux atteintes portées contre les symboles indiens. Y compris la wiphala, ce drapeau reconnu comme le symbole de la patrie bolivienne sous le premier mandat d’Evo Morales.

Mais le peuple bolivien s’est aussi soulevé dans d’autres régions et la répression ne s’est pas fait attendre. Durant une de ces manifestations, dans la zone de Chaparde, dans le département de Cochabamba, région qui cultive principalement la coca, les militaires ont assassiné 9 manifestants et ont fait des centaines de blessés. Sur les images rapportées par les très rares médias qui ont rendu compte des faits, on voit les cadavres recouverts de frazadas, ces traditionnelles couvertures indiennes.

On y voit une femme indienne, vêtue de sa typique jupe, la pollera, s’écrouler en pleurs sur le cadavre se son fils : « Réveille-toi mon petit. Réveille-toi ; dis-moi que tu es en train de dormir » …

Et pourtant, à la suite de tels évènements, Añez a signé un décret qui exonère totalement de toute responsabilité pénale les militaires déployés face aux manifestants.

« Les personnels des Forces Armées qui seront engagés dans les opérations de maintien de l’ordre à l’intérieur et de la stabilité publique seront exempts de responsabilité pénale ». Tel est l’article 3 du décret N° 4078.

Son entourage assure que ce n’est pas « octroyer licence de tuer », mais la décision sème l’inquiétude dans tous les organismes internationaux. La Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme, (CIDH), un organisme dépendant de l’OEA, l’a condamnée fermement. «Ce grave décret bafoue les critères internationaux qui définissent les droits de l’Homme et encourage la répression violente » sont les termes de la condamnation faite au nom de la Commission.

Et les massacres ne se sont pas fait attendre.

A Venkata, dans le quartier de El Alto, la police a chargé la foule qui manifestait et bloquait les installations de la compagnie pétrolière YFPB. Des témoins affirment que la police mitraillait à partir de ses hélicoptères. Bilan : 9 morts et plus de 20 blessés.

Images de la répression contre la manifestation
en hommage aux 8 victimes assassinées par la police à El Alto

Mais pas même les morts n’échappent à la répression. Un cortège de manifestants parti de El Alto et qui se dirigeait vers La Paz, portant en tête les cercueils des victimes du massacre de Senkata et réclamant justice, a été réprimé par la police lorsqu’il s’est approché du centre de la capitale. Les cercueils sont restés abandonnés en pleine rue après la dispersion des manifestants sous les balles et les grenades lacrymogènes.

A ce jour, on compte déjà 30 morts depuis le coup d’Etat.

Le gouvernement de Jeanine Añez, supposé être provisoire, n’a pas perdu de temps pour prendre des décisions de grande portée politique. Par exemple : le pays a rompu ses relations diplomatiques avec le Venezuela et a confirmé sa sortie de l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique, (ALBA). Mais la question de procéder à des élections dans un délai de 90 jours apparaît moins clairement. Ce gouvernement autoproclamé a été reconnu par les États-Unis et reçoit le soutien des États-Unis et de ses alliés régionaux et ces derniers, tout autant que les pays qui condamnent le coup d’Etat, appuient la décision de procéder à des élections dans un bref délai. De son côté, Añez aborde la question en insistant sur ce fait : les élections auront lieu « sans Evo Morales ni García Linera ». En fait, Añez a prévenu que si Evo Morales rentre en Bolivie il sera jugé « pour fraude électorale ».

Les leaders du coup d’Etat comprennent bien qu’ils ont besoin d’une légitimité au moyen d’élections et ils cherchent comment y parvenir dans les conditions le plus confortables. Et c’est pourquoi sont mis en marche des scénarios de persécutions, au sens propre ou sur le plan juridique, envers des leaders sociaux et politiques du MAS, tout en recherchant le dialogue et la négociation avec les corporations et associations les plus modérées.

Par ailleurs, les manifestations continuent pour refuser le coup d’Etat et les attaques contre la dignité indienne et pour exiger le départ de la junte autoproclamée. Aux exigences des premiers jours s’ajoutent maintenant les réclamations de justice après les successifs massacres de manifestants commis par les forces de police.

Il faudra voir si ce bloc d’opposition parvient à rassembler assez de forces pour empêcher que le coup d’Etat obtienne sa légitimité et pour mettre fin à la répression.

Bolivie : un coup d’état sans fondement !

On a beaucoup entendu dire que le coup d’état en Bolivie était la suite de fraudes électorales, sur la base d’un rapport de l’OEA…

Maintenant que les choses s’éclaircissent un peu, on voit à quel point tout cela n’a été qu’une manipulation médiatique pour faire tomber un gouvernement qui déplaisait aux Etats Unis et à ses affidés.

Pour commencer, voici la réponse de l’OEA au Centre Stratégique Latinoaméricain de Géopolitique :

Si vous ne lisez pas l’espagnol, on vous résume : le fameux rapport est indisponible, parce qu’il n’est pas encore finalisé et validé !

Clic pour lire l’article
sur le site original

Mais il y a plus grave, comme on peut le lire dans un article de Corroe Del Sur du 29/11/2019

L’es-représentant de l’ONU signale une “rupture profonde” de l’ordre constitutionnel

Denis Racicot

L’ancien représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme en Bolivie, Denis Racicot, a mis en garde contre une “rupture profonde” de l’ordre constitutionnel et une “fracture sociale” dans le pays pour les actes de violence survenus dans le pays avant et après le départ d’Evo Morales du territoire national, dans le cadre des élections générales entachées d’accusations de fraude.

Pour Racicot, les nouvelles autorités boliviennes, après le départ de Morales, sont “autoproclamées” et cherchent à sortir de la crise actuelle sur la base d’une “violence putschiste sans limites”, qu’il ne compare qu’à à la période des régimes militaires et de facto.

“Il ne fait aucun doute que se développe dans le pays une rupture profonde de l’ordre constitutionnel et probablement une fracture sociale qui pourra difficilement être réparée”, lit-on dans la lettre envoyée par Racicot à Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme à Genève, Suisse.

Après le départ de Morales, Jeanine Añez a pris le pouvoir en s’engageant à pacifier le pays et à convoquer des élections générales le plus rapidement possible, en tant que gouvernement de transition.

Racicot fait le point sur les événements politiques et les violence qui se sont déroulés dans le pays : depuis les résultats des élections générales d’octobre, la réaction violente contre les sièges des tribunaux électoraux départementaux, les troubles civils et les demandes de démission de Morales, les résultats de l’audit de l’Organisation des États américains jusqu’au départ de l’ancien dirigeant du pays. Dans ce décompte, Racicot omet plusieurs actes de violence perpétrés par des proches de Morales.

En ce qui concerne le rapport préliminaire d’audit de l’OEA sur le processus électoral, Racicot note qu’il n’est pas concluant quant à l’existence d’une fraude et qu’il a été “observé et critiqué négativement par des instituts spécialisés”.

“À mon avis, et d’après mon expérience en la matière, il est très superficiel et donc déficient sur les plans technique et professionnel et dépourvu d’objectivité”, indique-t-il.

Pour l’ex-commissiare, des propositions concrètes sont nécessaires pour créer les conditions d’un retour au véritable cadre constitutionnel et institutionnel, du retour de l’ancien Président Evo Morales dans le pays et du lancement d’un dialogue national et de négociations en vue de la préparation de nouvelles élections générales dans les meilleurs délais.

Jeudi, l’Assemblée législative plurinationale (ALP) de Bolivie a adopté le règlement intérieur et la convocation pour l’élection des membres du Tribunal suprême électoral (TSE) en vue de nouvelles élections générales dans les plus brefs délais.

Italie : Les “sardines” antifascistes – une mobilisation spectaculaire…

Parti d’une flash-mob lancée par quelques-uns à Bologne, le mouvement des “sardines” fait tâche d’huile 😀 en Italie.

Première manifestation des sardines à Bologne

15000 à à Bologne, 45000 à Florence quelques jours plus tard… Initialement réaction à la victoire de l’extrême-droite de Mateo Salvini en Ombrie, région depuis 50 ans à gauche, et à sa volonté de conquérir l’emilie-romaine, autre région de gauche depuis longtemps, le mouvement s’étend. maintenant à toute l’Italie : ils étaient ainsi 10000 à Naples.

A Florence
A Naples

Pour mieux comprendre ce mouvement, au-delà de l’émotion qu’il y a à réentendre Bella ciao illuminer les places italiennes, voici le manifeste de ce mouvement nouveau :

C’est une synthèse en dix points des idées et des valeurs d’un mouvement qui oppose à la politique de la haine et des insultes la non-violence et la créativité.

  1. Les chiffres valent plus que la propagande et les fake news, c’est pourquoi nous devons être nombreux et faire savoir aux gens qui pensent comme nous que ce groupe existe ;
  2. Il est possible de changer l’inertie d’une rhétorique populiste. Comment ? en utilisant l’art, la beauté, la nonviolence, la créativité et l’écoute.
  3. La tête vient avant le ventre, ou bien plutôt, les émotions doivent s’aligner sur la pensée critique;
  4. Les gens viennent avant les comptes sociaux. Pourquoi? Parce que nous savons que nous sommes de vraies personnes, avec des facultés de pensée et d’action. La place publique fait partie du monde réel et c’est là que nous voulons retourner;
  5. L’acteur, c’est la place, pas les organisateurs. Nous croyons à la participation.
  6. Aucun drapeau, aucune insulte, aucune violence. Nous sommes inclusifs ;
  7. Nous ne sommes pas seuls, mais partie des relations humaines. Mettons-nous en réseau ;
  8. Nous sommes vulnérables et nous incluons le fait de nous émouvoir dans le spectre des émotions possibles et nécessaires. Nous sommes empathiques ;
  9. Les actions motivées par des intérêts sont respectables, celles fondées sur la gratuité et la générosité sont dignes d’admiration. Reconnaître ses propres valeurs dans les yeux des autres, sur une place publique, est un fait intime mais révolutionnaire ;
  10. Si je change, cela ne change pas le monde, mais quelque chose commence à changer. Il nous faut de l’espoir et du courage.
Bella ciao…

Les conspirateurs derrière le coup d’état en Bolivie, formés à l’École militaire des Amériques, ont servi d’attachés dans des programmes du FBI

Les commandants de l’armée et de la police boliviennes ont contribué à la préparation du coup d’état et en ont assuré le succès. Ils avaient été formés pour mener des insurrections dans des programmes de formation de la célèbre École militaire des Amériques et du FBI, tous deux appartenant au gouvernement américain.


Les États-Unis ont joué un rôle clé dans le coup d’état militaire en Bolivie, et ce d’une manière directe qui est à peine mentionnée dans les récits des événements qui ont forcé Evo Morales, le président élu du pays, à démissionner le 10 novembre.

Peu avant la démission de Morales, Williams Kaliman, le commandant des forces armées boliviennes a suggéré la démission du président. La veille, des secteurs de la police du pays s’étaient rebellés.

Kaliman semble avoir feint sa loyauté envers Morales pendant toutes ces années mais, dès que le moment opportun est arrivé, il a montré son vrai visage. Il a non seulement joué un rôle dans ce coup d’état, mais il a également des antécédents à Washington, où il avait brièvement occupé le poste d’attaché militaire de l’ambassade de Bolivie dans la capitale des États-Unis.

Kaliman se trouvait au sommet d’une structure de commandement militaire et policier largement développée par les États-Unis par le biais de WHINSEC, l’école de formation militaire de Fort Benning, en Géorgie, qui portait auparavant le nom d’École des Amériques. Kaliman lui-même a suivi un cours intitulé « Comando y Estado Mayor » dans cet institut en 2003.

Au moins six des principaux conspirateurs derrière le coup d’état sont des anciens élèves de la tristement célèbre École militaire des Amériques, tandis que Kaliman ainsi qu’une autre personnalité ont, par le passé, servi d’attachés des forces militaires et policières boliviennes à Washington.

Au sein de la police bolivienne, les hauts responsables qui ont contribué à mettre en marche le coup d’état sont passés par l’APALA, un programme d’échanges de police. Basé à Washington DC, l’APALA a pour mission de créer des relations entre les autorités américaines et les responsables de la police des états d’Amérique latine. Malgré son influence, ou peut-être à cause de celle-ci, le programme a peu de présence publique. Il a été impossible de joindre son personnel au téléphone.

Les gouvernements affectent souvent un petit nombre de personnes aux ambassades de leur pays en tant qu’attachés des forces militaires ou forces de police. Feu Philip Agee, ancien officier de la CIA qui est devenu le premier lanceur d’alerte de l’agence, a expliqué, dans son livre révélateur publié en 1975, que le renseignement américain s’appuyait généralement sur le recrutement d’officiers militaires et de policiers étrangers, y compris des attachés d’ambassades, pour posséder des atouts essentiels servant aux changements de régime et opérations anti-insurrectionnelles.

Comme je l’ai découvert dans plus de 11 000 documents, que j’ai obtenus grâce à la loi du Freedom of Information Act, lors de la rédaction de mon livre sur la campagne paramilitaire menée avant l’éviction du gouvernement élu d’Haïti en février 2004 et de la répression qui a suivi le coup d’état, les autorités américaines ont travaillé pendant des années pour établir des liens en Haïti et s’attirer les bonnes grâces de la police, l’armée et des anciens responsables de l’armée. Ces connexions, ainsi que leur travail de recrutement et de collecte d’informations ont fini par porter leurs fruits.

En Bolivie également, le rôle des responsables de l’armée et de la police formés par les États-Unis a été déterminant pour imposer un changement de régime. Depuis de nombreuses années, des agences publiques américaines telles que l’USAID financent ouvertement des groupes anti-Morales dans le pays. Mais la façon dont les services de renseignement américains ont utilisé les forces de sécurité du pays comme une cinquième colonne est moins bien comprise. Avec le départ forcé de Morales, il est toutefois devenu impossible de nier à quel point ce facteur a été critique.

Comme cette enquête va l’établir, le complot autour du coup d’état n’aurait pu aboutir sans l’approbation enthousiaste des commandants de l’armée et de la police du pays. Et leur consentement a été fortement influencé par les États-Unis qui ont préparé et formé tant de personnes pour une insurrection.

La suite de l’enquête en cliquant sur le site…
Merci à eux !

La performance féministe chilienne « Un violeur sur ton chemin » se propage dans le monde entier

Depuis le lundi 25 novembre, à l’occasion de la commémoration de la Journée internationale de la nonviolence contre les femmes, les féministes chiliennes ont commencé à manifester à travers un spectacle créé par le Collectif LasTesis et réalisé en différents points de Santiago : devant les tribunaux de justice, la cathédrale, ce vendredi 30 devant le Ministère des cultures, du patrimoine et des arts, en masse devant le Palacio de La Moneda, centres commerciaux et autres… tandis que d’autres femmes – dont beaucoup sont chiliennes – dans diverses villes du monde comme Barcelone, Madrid, Bogota, Paris, Berlin, etc… ont répété le spectacle pour soutenir les manifestations sociales qui se déroulent depuis 40 jours et continuent, chaque après-midi, à inonder les principales artères et places publiques, comme la Plaza de la Dignidad au centre de Santiago.

Selon les chiffres de l’Institut national des droits humains, depuis le début des manifestations, plus de 79 plaintes pour violence sexuelle ont été déposées, où les femmes ont été particulièrement affectées.

Le texte de la performance

« Un violeur sur ton chemin » 
Le patriarcat est un juge qui nous juge à la naissance
Et notre punition est la violence que vous ne voyez pas
Le patriarcat est un juge qui nous juge à la naissance
Et notre punition est la violence que, là, vous voyez
C’est Féminicide, Impunité pour mon assassin,
C’est la disparition, c’est le viol.
Et ce n’était pas ma faute, ni où j’étais, ni comment je m’habillais (4)
LE VIOLEUR C’ÉTAIT VOUS
LE VIOLEUR C’EST TOI
Ce sont les pacos (flics), les juges, l’État, le président
L’ÉTAT OPPRESSEUR EST UN MACHO VIOLEUR (2)
LE VIOLEUR C’ÉTAIT VOUS
LE VIOLEUR C’EST TOI
Dors paisiblement
Fille innocente
Sans te soucier du bandit
Que sur ton rêve
Doux et souriant
Veille ton amant-e carabinier-e
LE VIOLEUR C’ÉTAIT VOUS
LE VIOLEUR C’EST TOI
LE VIOLEUR C’ÉTAIT VOUS
LE VIOLEUR C’EST TOI

Clic sur le logo pour voir l’article sur le site original, ainsi que des vidéos de cette performance.

Chili : le fascisme s’en prend aux femmes

En ces jours de lutte contre les violences infligées aux femmes, quelques mots d’hommage à deux femmes chiliennes victimes de la répression de Piñera.

D’abord c’est l’artiste de rue Daniela Carrasco, connue sous le nom “Le Mime’ qui a été retrouvée pendue… Malgré les atermoiements officiels, on a bien un macabre avertissement des forces de police envers les femmes… Le collectif “Ni una menos” a dénoncé le fait qu’elle aurait “été violée et torturée jusqu’à la tuer”.

Daniela Carrasco

Ci-dessous une vidéo de l’hommage qui a été rendu à l’artiste…

C’est l’Etat criminel qu a tué Daniela Carrasco”

Autre victime, Albertina Martínez Burgos, 38 ans, photographe et reporter chilienne qui couvrait les manifestations au Chili a été retrouvée morte chez elle le jeudi 21 novembre. Ses disques durs et toutes ses photos ont disparu. Sa famille réclame une enquête indépendante sur  ce décès qu’elle qualifie d’assassinat politique.

Albertina Martinez Burgos