“Confinement”… des libertés en Serbie et au Kosovo

En prison pour une chanson !

C’est d’abord l’histoire de Jovana Popović, jeune chanteuse libérée le 13 avril après deux demandes infructueuses et 30 jours de détention. Son crime ? D’après les autorités, elle aurait violé le 14 mars, à son retour du Montenegro, des mesures de confinement qui ont été annoncées… le lendemain !

Alors la vraie raison ? Elle est dans les images ci-dessous, un clip qui critique sévèrement la dérive autoritaire du régime d’Aleksandar Vučić.

L’avocat Vladimir Gajić, qui défend le lanceur d’alerte Aleksandar Obradović, et des cas similaires à celui de Jovana Popović, appelle à contester ces mesures. « Il faut résister », assure-t-il. L’un de ses clients, un jeune homme de Sombor, également revenu au pays le 14 mars, n’avait pas non plus reçu de notification claire lui imposant un strict confinement. Il a donc contesté le verdict de violation des mesures d’isolement, prononcé par skype, comme toutes les décisions judiciaires ces dernières semaines.

Une journaliste intimidée par les caÏds locaux à la solde du gouvernement serbe !

Dans le territoire au statut contesté de la République du Kosovo, c’est Tatiana Lazarević, rédactrice en chef du seul portail indépendant du nord du Kosovo, qui a été attaquée pour son travail.

Voici ce que l’on peut lire dans le Courrier des Balkans

“Autorisée, selon les mesures prises par Pristina, à se déplacer en tant que journaliste exerçant son métier, Tatjana Lazarević, rédactrice en chef du site indépendant Kossev, se rendait à pied au Centre de santé de Zvečan pour y faire un reportage sur la gestion de l’épidémie de Covid-19. Depuis Mitrovica Nord où elle réside, elle empruntait un chemin traversant les collines, munie de masques, de gants et de gel désinfectant pour respecter les consignes de sécurité.

Après avoir passé trois patrouilles de police kosovare, « aimables » selon ses dires, Tatjana Lazarević a été arrêtée par les Unités d’intervention du Nord du Kosovo, avec bien moins d’égard. Ces hommes, sous le contrôle des caïds locaux, qui agissent pour le compte de Belgrade, l’ont emmenée au poste de police « pour avoir enfreint les mesures de confinement ». Après plusieurs heures « chaotiques », elle a finalement été relâchée.

« Un traquenard, de mèche avec les tabloïds du régime », peste la journaliste, connue pour son opposition au président serbe Aleksandar Vučić. Les médias favorables à l’homme fort de Belgrade ont très vite publié sa photo avec l’annonce de son arrestation, notamment le site Kosovo online basé à Mitrovica, soulignant son « manque de civisme ». « Il n’y avait personne autour de nous au moment de mon arrestation. Celui qui m’a photographiée ne pouvait qu’être caché, et surtout prévenu à l’avance », s’indigne Tatjana Lazarević

Là encore, ce qui est reproché à la journaliste, c’est sa liberté de ton, et le fait qu’elle ait interpellé plusieurs fois les autroirtiés du Nord du Kosovo (favorables au régime de Belgrade) sur leur gestion cahotique de la crise du Covid-19. Elle a par exemple révélé que le directeur de l’hôpital de Mitrovica, membre du parti du président serbe SNS, a continué à anesthésier des malades du Covid-19 alors qu’il se savait contaminé !

Pour les associations serbes de défense des journalistes, l’arrestation de la rédactrice en chef de Kossev est une nouvelle attaque des autorités contre la liberté d’informer dans le nord du Kosovo.

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