Coronavirus : la Bulgarie pourra-t-elle faire face à la crise ?

Fragilisé par la concurrence entre les pays européens, le système de santé bulgare, bien loin de sa splendeur passée, est devenu exsangue. Encore un élément pour montrer que l’Union européenne de la concurrence a beaucoup détruit de solidarité sur le temple de l’austérité monétaire… Voilà l’enseignement que l’on peut tirer à la lecture de cet article tiré du Courrier des Balkans (clic sur le logo pour lire sur le site original)

La Bulgarie a été placée vendredi en état d’urgence, jusqu’au 13 avril au moins. Les autorités se veulent rassurantes mais l’épidémie promet d’être un test à haut risque pour le système de santé du pays, décimé depuis des années par l’exode massif des personnels soignants.

Traduit et adapté par Simon Rico

« Dans dix jours, il y aura déjà beaucoup plus de cas, et dans un mois, encore beaucoup, beaucoup plus. Nous nous préparons, et le coronavirus sera un véritable test pour notre système de santé, nous montrant à quel point nous sommes prêts à relever des défis de ce genre. » C’est en ces termes que le professeur Athanase Mangarov, directeur du service pédiatrique à l’hôpital de Sofia a prévenu la population bulgare de l’évolution probable de l’épidémie de coronavirus dans le pays. C’était après l’annonce des quatre premiers cas. Alors que le nombre officiels de patients infectés était de 23, Sofia a déclaré vendredi l’état d’urgence, qui durera au moins jusqu’au 13 avril.

« Selon toute probabilité, nous avons en Bulgarie des personnes infectées mais non diagnostiquées », a ajouté le professeur Mangarov. « Quant à notre ’patient zéro’, je doute qu’il puisse être identifié : selon toute probabilité ce n’est pas une seule personne, mais plusieurs. » Des rumeurs et spéculations ont largement circulé en Bulgarie à ce sujet, le Premier ministre Boïko Borissov faisant lui-même état d’une « piste grecque » avant d’être contredit. D’autres ont pointé du doigt les travailleurs italiens actuellement engagés dans la construction du gazoduc Balkan Stream dans la région de Pleven, mais aucune preuve concrète ne confirme ces allégations.

LE GOUVERNEMENT VEUT MONTRER SA MOBILISATION

Immédiatement après avoir constaté les premiers cas, dimanche 8 mars, Boïko Borissov a convoqué d’urgence un Conseil des ministres extraordinaire, retransmis en direct à la télévision. Au cours de la réunion, le Premier ministre a tenté de rassurer la population et fait appel à l’autodiscipline des citoyens bulgares. « Nous ne fermerons l’accès aux villes [touchées par le coronavirus] qu’en dernière extrémité. Nous ne voulons pas paniquer, nous voulons utiliser la raison », a-t-il déclaré.

Pour faire face à la situation, un conseil d’urgence a été créé, dirigé par le général Ventsislav Mutafchiyski, directeur de l’Académie de médecine militaire. Parmi les mesures immédiatement prises figurent l’arrêt de tous les événements culturels dans des lieux fermés, l’organisation des événements sportifs à huis clos, l’interdiction des voyages scolaires, etc. Avec la proclamation de l’état d’urgence, tous les rassemblements de plus de 250 personnes sont désormais interdits.

Boïko Borissov a aussi annoncé l’achat de 50 000 masques et combinaisons de protection de la Turquie voisine, qui ont été livrés vendredi matin. Pour le Premier ministre, la Bulgarie dispose d’assez de tissu médical pour produire localement trois millions de masques. Des négociations avec les entreprises nationales capables de les produire ont déjà commencé, mais selon le ministre de la Santé Kiril Ananiev « il faudra quelques mois » pour que la production soit réalisée.

UN SYSTÈME DE SANTÉ FRAGILISÉ

Selon une étude publiée dans la version bulgare de Deutsche Welle, il y a actuellement environ 800 lits dans les services des maladies infectieuses de toute la Bulgarie. Or, dans certains hôpitaux majeurs, comme l’Académie de médecine militaire ou l’Hôpital des maladies infectieuses de Sofia, les capacités seraient déjà presque épuisées.

Il y a quelques jours, Angel Kunchev, inspecteur national en chef de la santé, a d’ailleurs admis au cours d’une interview télévisée que le problème le plus grave en cas d’épidémie en Bulgarie serait « le manque de médecins, plus encore que les installations hospitalières et les lits ». Pour faire face à la crise, le ministre de la Santé a évoqué d’un plan d’urgence pour renforcer les services des maladies infectieuses en réquisitionnant les soignants d’autres spécialités. En cas de situation extrême, les médecins et infirmières à la retraite seront appelés.

Les doutes quant à la validité du système en cas d’épidémie demeurent cependant alors que depuis des années, la Bulgarie est confrontée à un exode massif de ses personnels de santé. Médecins et infirmières partent à cause de la faiblesse des salaires et de conditions de travail qui ne cessent de se dégrader. Selon les données de l’Union des médecins bulgares, 1692 médecins ont quitté le pays en 2015-2018. Au cours des dix dernières années, près de 30 000 infirmières ont émigré, selon les syndicats.

Les premiers moments de tension se sont produits jeudi à l’hôpital Sainte-Anne de Sofia, spécialisé dans les maladies respiratoires. Médecins et infirmières ont menacé de démissionner collectivement pour protester contre le manque de masques et de vêtements de protection. Finalement, la contestation s’est apaisée après que la direction de l’hôpital a fourni les matériaux nécessaires. Mais la pénurie risque de refaire bientôt surface si aucune nouvelle mesure n’est rapidement prise.

LA VIE CONTINUE… POUR LE MOMENT

Malgré des nouvelles loin d’être rassurantes en provenance d’Italie, la Bulgarie espère toujours être épargnée des conséquences les plus lourdes de la pandémie de covid-19. Si les cinémas et les théâtres ont fermé, les centres commerciaux, les casinos, les restaurants et les cafés restent ouverts pour le moment.

Le Premier ministre Borissov a demandé la réouverture des écoles à partir de samedi, parce que « sinon les parents ne peuvent pas aller travailler ». Les grands médias ont tous publié des articles présentant le message « Ne paniquez pas », expliquant que « si vous avez moins de 50 ans et ne vivez pas en Chine, il est plus probable de gagner à la loterie du Nouvel An que de tomber malade du coronavirus ». Comme on l’a vu en Italie et maintenant en France, la situation et l’humeur risquent néanmoins de changer radicalement. La déclaration de la situation d’urgence vendredi après-midi en est sûrement le premier signe.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.