De macronnerie en macronnerie…

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Dessin de Karak publié sur son blog

Ainsi donc, Président Macron a une nouvelle fois, depuis l’étranger, fait part de son mépris à l’égard des citoyens français en déclarant devant la communauté française à l’école française d’Athènes : « La France n’est pas un pays qui se réforme […] je serai d’une détermination absolue et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. »Jacques Généreux

La plupart des commentateurs médiatiques n’y ont vu, une nouvelle fois, qu’une « erreur de communication ». C’est habile, car en critiquant tièdement les propos de Président Macron, les chiens de garde conservent ainsi intacte leur capacité à dégainer leur artillerie anti-extrême, particulièrement contre La France Insoumise (FI).

Président Macron a donc encore une belle marge de manœuvre dans la provocation et le cynisme avant (liste non exhaustive) qu’un Apathie, un Bernard Ghetta, un Patrick Cohen, un Yves Calvi, une Léa Salamé, un Raphaël Enthoven ou un Raphaël Glücksmann n’émettent une critique offensée des présidentiels propos. En revanche, nul doute que la FI n’en a pas fini avec la remise systématique sur le tapis, par les mêmes éditocrates, du parler cru et dru de Jean-Luc Mélenchon ou bien encore du Venezuela à chaque fois qu’elle tentera d’évoquer le coup d’état social ou de manifester son opposition au gouvernement.

Revenons-en maintenant aux propos de Président Macron.

« La France n’est pas réformable. » déplore-t-il, admettons. Encore faudrait-il préciser ce qu’il entend par « réformer ».

Si réformer c’est imposer aux plus fragiles et aux plus démunis une cure d’austérité, alors la première chose qui me semble la plus provocante et abjecte dans cet épisode, c’est que M. Macron ait exprimé de tels propos depuis la Grèce. Il faut quand même une sacrée dose de désinvolture et de mépris pour oser donner une leçon de réformisme aux Français depuis le sol du peuple grec. Souvenons-nous en effet que la France, et particulièrement les fonctionnaires de Bercy à l’époque où M. Macron y officiait, comptent parmi les acteurs principaux de la crise sociale, économique et humanitaire qui sévit là-bas. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Stathis Kouvélakis qui s’exprimait le 5 septembre sur France Inter.

Ensuite, si réformer c’est affirmer, richement cornaqué par Président Gattaz, que ce qui bloque toute possibilité réformatrice en France c’est l’épaisseur du code du travail, j’ai envie de lui dire « Banco ! Vas-y Coco ! Fais-nous la même chose avec le CETA ! »

En effet, alors qu’il fustige d’un côté ce satané code du travail français qui plombe la compétitivité et toute possibilité d’entreprendre à cause de ses 600 pages, Président Macron ne tarit pas de louanges à propos d’un accord de partenariat économique entre l’UE et le Canada, le CETA, qui repose sur 2300 pages. Et encore, tout ça n’est rien au regard des plus de 20000 pages de textes des accords de l’OMC.

C’est donc clair ! Ce n’est pas une question de volume, mais bien la volonté poussée à l’extrême de laminer les droits des travailleurs pour lesquels il vaut mieux un minimum de lois et de réglementations. A l’inverse, s’il s’agit de « libérer » le commerce, la finance et les pouvoirs des entreprises transnationales, mieux vaut des textes « d’accords de libre-échange » volumineux pour ne rien oublier qui puisse offrir un maximum de garanties aux « investisseurs ». En résumé, on a d’un côté la flexibilité et les risques pour les travailleurs et de l’autre, la sécurité et la protection des « investisseurs ».

Tout ça est donc complètement déconnant comme dirait Jacques Généreux, mais ça permet d’y voir plus clair dans la vision politique de la société que souhaite ce jeune homme qui ne sait par ailleurs absolument pas de quoi il parle quand il évoque les fainéants.

Il ne sait pas de quoi il parle, car il n’a très probablement jamais connu la douleur des choix de vie que doivent faire plus des 10% de français vivant sous le seuil de pauvreté. Sans compter celles et ceux qui sont un peu au-dessus, mais qui ne sont pas mieux lotis.

Bien sûr il a fait de brillantes études qui ne sont sans doute pas dues uniquement à des dons exceptionnels et bien sûr qu’on peut lui reconnaître le bénéfice d’un travail sérieux au cours de cette période. Il n’en demeure pas moins qu’on peut s’interroger sur ce qu’aurait été son parcours s’il était né dans une famille ne disposant que de revenus « extrêmement modestes » (tiens j’ai dit extrême ? Comme c’est bizarre !).

Qu’en aurait-il été s’il avait dû « s’ubériser » ou se « deliveroo-iser » pour payer son loyer d’étudiant et ses frais de scolarité ?

Pour avoir des éléments de réponse, il suffit de consulter l’observatoire de la vie étudiante où on découvre que la moitié des étudiants, boursiers ou non, ont un emploi en parallèle de leurs études (20% effectuent plus d’un mi-temps hebdomadaire).

Alors, non, définitivement non, les déclarations de ce nanti de la vie, de ce chanceux, de ce pur produit d’un assistanat de classe ne sont pas de simples « erreurs de communication ». Ce sont des propos d’une extrême gravité, car ils engagent nos vies, notre santé, notre dignité et ils sont formulés par quelqu’un qui mesure parfaitement ce qu’il dit et qui l’assume avec le plus grand cynisme et une extrême légèreté tout en donnant l’impression de bien s’amuser.

Alors, plus que jamais soyons déterminés à relever la tête et à le faire savoir le 23 septembre prochain !

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