Et ce qui devait arriver arriva !

L’Union européenne face à la crise migratoire – Hani Abbas (Syrie/Palestine)

Depuis que la Turquie a ouvert ses frontières, et que l’Union européenne a choisi d’abandonner les réfugiés à leur sort et au gouvernement de droite grec, la situation dans les camps est devenue intenable, au point que Jean Ziegler,  vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies depuis 2009, a publié un livre sur le camp : « Lesbos, la honte de l’Europe ». Il y accuse l’Europe d’avoir recréé les camps de concentration.

Ainsi, dans le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, prévu pour accueillir 3000 personnes, ce sont 13000 réfugiés qui s’entassent, selon les chiffres officiels, et c’est en réalité un enfer de plus de 20000 personnes. Dans ce contexte tendu, la découverte d’un cas de Covid-19 le mercredi 2 septembre a transformé le lieu en véritable “bombe sanitaire”. Confinés depuis mars, les réfugiés ne sont plus dans un refuge, mais dans une véritable prison, dont ils ne peuvent sortir, et où ils manquent de presque tout…

Catastrophe prévisible, l’incendie qui a pris feu dans ces conditions le mardi 9 septembre a tout ravagé… Ci-dessous les images de Perseus999…

Le 10 septembre, le Quotidien des Rédacteurs titrait “Nouveaux incendies à Moria : beaucoup de monde sans nourriture et sans eau !”… Dans ces conditions, les réfugiés ont perdu le peu qui leur restait, et sont obligés de s’enfuir sur les routes… soutenus par les ONG mais risquant d’être victimes des actes xénophobes de certains membres de la population, en phase avec le gouvernement très réactionnaire en place à Athènes, comme en témoigne la répression de la manifestation des migrants le 7 mars à Lesbos.

Au cours de l’été 2019, le gouvernement conservateur a annoncé qu’il n’accorderait plus de cartes d’assurance-maladie aux ressortissants de pays tiers, les empêchant d’avoir accès au système de santé grec. Le Parlement a aussi adopté une nouvelle loi d’asile controversée censée accélérer la procédure, mais qui vise avant tout à expulser plus vite les demandeurs. En outre, le gouvernement a annoncé la fermeture de centres d’accueil et d’identification en mer Égée, la création de nouveaux centres de rétention fermés et la transformation de camps de réfugiés ouverts sur le continent en camps contrôlés.

Dans ce contexte, le peuple grec dans sa grande majorité fait preuve d’une solidarité exceptionnelle depuis le début de cette crise. Comme Antonis Zeimbekis qui travaille pour l’ONG grecque Iliaktida à Lesbos. Son association permet à 780 demandeurs d’asile vulnérables et 50 mineurs isolés d’être hébergés dans des appartements sur l’île et de ne pas rester dans des conditions insalubres dans le camp de Moria. Mais il constate que la situation sur l’île ne cesse de se dégrader depuis plusieurs mois et déclarait au Courrier des Balkans, le 17 mars 2020 : “Lundi encore, il y a eu un feu dans le camp de Moria et un mort, un jeune enfant. La situation est explosive surtout en raison de la surpopulation. Aujourd’hui, près de 20 000 demandeurs d’asile sont logés dans des conditions précaires dans un camp qui a été conçu pour moins de 3000 personnes ! La tension est encore montée d’un cran après l’annonce par Ankara de ne plus retenir les réfugiés sur son sol et la décision du gouvernement grec qui a suivi de ne pas accorder l’asile aux nouveaux arrivants… Les demandeurs d’asile sont désespérés. En tant normal, ils attendent huit mois pour avoir une réponse à leur demande d’asile, c’est beaucoup trop !

Une situation inadmissible d’autant plus que prévisible : ce n’est pas la première fois ! Ainsi le camp de Vial, sur l’île de Chios, a été la proie des flammes le 18 avril de cette année…

Dans ce contexte, la prétendue “Union européenne” a fait preuve , bien plus que d’impuissance, d’égoïsme… Elle qui a été au chevet de la dette grecque se soucie beaucoup moins des difficultés que réfugiés et citoyens grecs doivent affronter devant une situation qui est largement due à son impuissance et aux égoïsmes nationaux qu’elle prétend transcender… C’est le sens de la manifestation “Evacuate Moria now” qui s’est tenue à Bruxelles devant le siège du Parlement Européen.

Par Tatiana de Barelli
Clic sur le logo
pour lire sur
le site original

“Sur la belle place face au majestueux Parlement Européen, de gigantesques panneaux publicitaires vantent les mérites d’une  Europe souriante, avec de bien jolis slogans pour la promotion de l’Europe : « count on Europe » (comptez sur l’Europe !)  Et pourtant, aujourd’hui, c’est une autre Europe, irresponsable, peureuse face à l’étranger qui était dénoncée sur cette même place.

Manifestation devant le parlement européen

Brandissant des slogans « Evacuate Moria, Now ! (Évacuez Moria, maintenant !)  How much is enough  (combien (de morts) vous faut il encore ?) Leave no one behind ! (ne laissez personne derrière !), une soixantaine de personnes manifestait leur colère.  A l’invitation des « Green Européens », des responsables d’ONG étaient présentes, des citoyens et quelques députés européens.  Comme le réclament haut et fort le député suisse Jean Ziegler, tout comme l’avocate Marie Doutremont,  il est urgent que l’Union Européenne prenne ses responsabilités.  Comme citoyen européen, nous pouvons rappeler ces obligations.”

Face à cette situation, les annonces honteuses des gouvernements européens (qui s’engagent à accueillir quelques centaines de migrants !) témoignent de l’échec fracassant de l’Europe libérale à construire une véritable alternative solidaire… Ils ont été les rapaces sans vergogne de la dette grecque, ils auront la fausse pudeur des charognards pour les victimes des guerres qu’ils entretiennent…

Le maitre mot rest : SOLIDARITÉ AU-DELA DES FRONTIÈRES…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.