Face à deux pandémies : le coronavirus et le capital mondial

18.03.2020 – New York, Etats-Unis – David Andersson

Ce dimanche (15/03), le Time Magazine a publié un article époustouflant intitulé « In the Battle Against Coronavirus, Humanity Lacks Leadership » [N.d.T. Dans la bataille contre le coronavirus, l’humanité manque de leadership] , écrit par Yuval Noah Harari. Il faut absolument lire cet article qui nous donne un aperçu des pandémies qui ont traversé l’histoire de l’humanité et démontre le progrès que nous avons fait grâce à la science. M. Harari conclut son article avec la phrase suivante :

« L’humanité est continuellement sortie vainqueure de la guerre contre les épidémies car dans cette course sans fin entre les pathogènes et les médecins, les pathogènes dépendent des mutations aveugles alors que les médecins s’appuient sur une analyse scientifique d’informations ».

S’il y avait une seule chose à retenir de cet article, ce serait la question suivante : « L’humanité manque-t-elle de bons dirigeants ? » Oh que oui ! Certes, il ne manque pas de grands dirigeants dans les domaines du business, de la science, des médias, de la technologie, du sport entre autres ; mais ce que nous, le peuple, manquons c’est un pouvoir politique réel. C’est un problème d’ordre structurel : les institutions politiques et sociales ont perdu leur force et ne peuvent plus se confronter aux grandes sociétés et à la machine à sous. Depuis plus de 20 ans, l’attaque contre nos systèmes politiques a été systématique et brutale, monétisant toutes les interactions humaines possibles (lobbying, privatisation, désyndicalisation, médiatisation, endettement, monopolisation de tout).

Ce processus est bien illustré dans les quelques paragraphes suivants concernant le Capital mondial, tirés de la « Sixième lettre à mes amis » écrite par Silo le 7 août 1993 :

« Voici la grande vérité universelle : l’argent est tout. L’argent est gouvernement, il est loi, il est pouvoir. Il est, fondamentalement, subsistance. Mais en plus, il est l’art, il est la philosophie et il est la religion. Rien ne se fait sans argent ; on ne peut rien sans argent. Il n’y a pas de relations personnelles sans argent. Il n’y a pas d’intimité sans argent et même le choix de la solitude dépend de l’argent.

Mais la relation à cette « vérité universelle » est contradictoire. La majorité des gens ne veulent pas de cet état de fait. Ainsi, nous sommes face à la tyrannie de l’argent. Une tyrannie qui n’est pas abstraite car elle a un nom, des représentants, des exécutants et des procédés indubitables.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’économies féodales, ni d’industries nationales, ni même d’intérêts de groupements multinationaux. Aujourd’hui il s’agit, pour ces survivants historiques, d’adapter leurs avoirs aux impératifs du capital financier international, ce capital spéculateur qui se concentre à l’échelle mondiale. Même l’État national a besoin de crédits et d’emprunts pour survivre. Tous mendient l’investissement et fournissent des garanties pour que la banque assume les décisions finales. Le temps approche où les entreprises elles-mêmes ainsi que les campagnes et les villes deviendront la propriété incontestable de la banque. De même, le temps du para-État arrivera, où l’ancien ordre sera anéanti.

Parallèlement, l’ancienne solidarité disparaît. En définitive, il s’agit de la désintégration du tissu social et de l’apparition de la déconnexion de millions d’êtres humains, indifférents entre eux, malgré la pénurie générale. Le grand capital étend son pouvoir non seulement sur l’objectivité, par le contrôle des moyens de production, mais aussi sur la subjectivité par le contrôle des moyens de communication et d’information.

Dans ces conditions, le grand capital peut disposer à son gré des ressources matérielles et sociales, dégradant irrémédiablement la nature et écartant progressivement l’être humain. Pour cela, il dispose de technologies suffisantes. Et, de même qu’il a vidé de sens les entreprises et les États, il vide aussi de sens la science en la transformant en technologie produisant la misère, la destruction et le chômage.

Les humanistes n’ont pas besoin de beaucoup d’arguments pour étayer le fait qu’aujourd’hui le monde dispose de conditions technologiques suffisantes pour résoudre, en peu de temps, les problèmes touchant de vastes régions, à savoir : le plein emploi, l’alimentation, la santé, le logement et l’instruction. Si rien n’est fait dans ce sens, c’est tout simplement que la spéculation monstrueuse du grand capital l’en empêche.

Le grand capital, ayant épuisé l’étape de l’économie de marché, commence à imposer sa discipline à la société pour affronter le chaos qu’il a lui-même a produit. Devant une telle irrationalité, ce ne sont pas les voix de la raison qui se lèvent dialectiquement mais plutôt les plus obscurs racismes, fondamentalismes et fanatismes. Et si ce néo-irrationalisme en arrive à diriger des régions et des collectivités, la marge d’action des forces progressistes s’amenuisera de jour en jour. » (Lettres à mes amis est disponible dans plusieurs langues ici).

La plupart des pays n’a pas de pouvoir politique capable de créer les conditions sociales nécessaires pour un développement durable. Aujourd’hui, les politiciens sont « élus » pour détruire toute institution sociale et/ou politique pour faire de la place aux nouvelles opportunités de business. Il y a seulement quelques jours, on pouvait lire dans les médias que ceci a beaucoup influencé notre capacité à gérer des crises sanitaires (« Trump disbanded NSC pandemic unit that experts had praised »14/03/2020, AP News). Le développement lié à l’espace fait aussi face au même processus de privatisation (« NASA opens ISS to private astronauts, more space companies » 07/06/2019, Axios).

Certains pays asiatiques n’ont pas encore atteint ce niveau de désorientation, et les forces politiques de ces pays traitent le coronavirus de manière très différente. (« How South Korea is handling the coronavirus outbreak better than other countries » 13/03/2020, The Hill).

L’humanité n’est pas seulement confrontée à la plus grande crise sanitaire du siècle, mais elle devra se battre pour sa propre existence sur de nombreux fronts différents. Ne voyons-nous pas les signes avant-coureurs ? Il y a quelques mois à peine, les feux de forêt en Australie se sont rapidement étendus à tous les États pour devenir les plus dévastateurs jamais enregistrés ; une zone de la taille de la Corée du Sud a brûlé, environ 100.210 km2. Et l’annonce de l’horloge du Jugement dernier pour 2020 est grave (« Closer than ever : It is 100 seconds to midnight »). L’humanité continue de faire face à ces deux dangers existentiels – la guerre nucléaire et le changement climatique – qui sont, à leur tour, aggravés par un multiplicateur de menace de guerre de l’information cybernétique qui réduit la capacité de réaction de la société. La situation internationale en matière de sécurité est désastreuse, non seulement parce que ces menaces existent, mais aussi parce que les dirigeants mondiaux ont laissé s’éroder l’infrastructure politique internationale permettant de les gérer.

Traduction de l’anglais, Maryam Domun Sooltangos

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