Helin Bölek est morte…

Helin Bölek

Helin Bölek, un des membres du groupe de musique Yorum, est morte ce matin du vendredi 3 avril à Istanbul. Elle en était à son 288ème jour de grève contre les intimidations, les poursuites, les arrestations et les interdictions du gouvernement Erdogan.

Depuis mai 2019, Helin Bölek – aux côtés d’Ibrahim Gökçek – était en grève de la faim pour dénoncer la répression à l’encontre du groupe de musique révolutionnaire et les continuels empêchements organisés par le pouvoir turc. Comme d’autres membres de Grup Yorum, Helin était poursuivie pour « appartenance à une entreprise terroriste ».

Son camarade Ibrahim Gökçek explique la raison de leur mouvement en ces termes à Politis : “Prendre cette décision n’a pas été si difficile au vu de ce que nous vivons chaque jour. Nos instruments et notre musique sont systématiquement détruits. Nos concerts interdits. Nos noms inscrits sur des listes terroristes, et nous sommes emprisonné·es. 

Manif et grève de soutien à Nancy

Tant de choses se sont passées. De grandes injustices. Bien sûr, depuis le début, nous voulons vivre. Mais parfois, en Turquie, il faut être prêt à mourir pour se tenir débout. 

Lorsque Grup Yorum a été créé, la Turquie était réduite au silence. Nous avons chanté contre les injustices et nous nous battons encore aujourd’hui pour montrer l’évidence. Nous ne nous battons pas seulement pour nous, mais pour tous les peuples de Turquie. Et je sais que, s’il devait nous arriver quelque chose, à Helin ou à moi, la résistance ne prendrait pas fin. 

Lorsque Grup Yorum a été créé, la Turquie était réduite au silence. Nous avons chanté contre les injustices et nous nous battons encore aujourd’hui pour montrer l’évidence. Nous ne nous battons pas seulement pour nous, mais pour tous les peuples de Turquie. Et je sais que, s’il devait nous arriver quelque chose, à Helin ou à moi, la résistance ne prendrait pas fin.” 

Un combat nécessaire

Voici la présentation que fait Aurélien Berthier du dernier album du groupe sur le site belge Agir par la culture :
“On perd souvent de vue l’importance de la musique contestataire pour transmettre une culture de lutte, l’énergie de la dissidence ou tout simplement pour son rôle fédérateur. 

C’est parfois la répression qui nous rappelle son importance comme celle qui touche le Grup Yorum sorte de coopérative de musicien·nes basée à Istanbul jouant un folk-rock turcophone marqué par la musique traditionnelle. Leurs morceaux sont des protest-songs anticapitalistes, antiautoritaires et en faveur des droits de tous les peuples qui composent le pays.

Créé en 1985 pour protester contre le coup d’État militaire de 1980, habitué aux descentes de police, à la destruction de leurs instruments, à l’interdiction et à la censure avec laquelle il n’a cessé de ruser, le collectif a sorti 20 albums. Très populaire auprès de la jeunesse turque et du mouvement social, leur dernier opus, İlle Kavga(« Combat nécessaire ») est sorti l’année dernière dans un contexte tendu. Car après la police, l’armée, la justice, les universités et les médias, les partis d’opposition, la culture fait les frais de cette vaste purge qui réduit à peau de chagrin les contre-pouvoirs en Turquie.

Depuis 2015 et la reprise en main violente du pouvoir par Erdogan, assister à l’un de leurs concerts peut suffire à la justice turque à vous incriminer, concerts d’ailleurs limités ou sabotés, car le gouvernement les a désignés comme soutenant le terrorisme d’extrême-gauche. Lorsque cet album sort début 2017, une grande partie des membres du collectif sont en prison (et le sont toujours à ce jour) ou doivent vivre dans la clandestinité.

Le Grup Yorum aura-t-il la souplesse de continuer à porter une voix malgré tout dans un pays en voie accélérée de dictaturisation ? En espérant en tout cas qu’ils ne finissent pas comme l’une de leurs grandes sources d’inspiration, Victor Jara, les doigts coupés par les fascistes.

Morte pour la liberté !

Refrain célèbre des luttes populaires que le groupe a adapté en truc dans sa chanson Çav Bella

İşte bir sabah uyandığımda
Çav bella, çav bella, çav bella, çav, çav, çav
Elleri bağlanmış bulduğum yurdumun
Her yanı işgal altında
Elleri bağlanmış bulduğum yurdumun
Her yanı işgal altında

 

Sen ey partizan beni de götür
Çav bella, çav bella, çav bella, çav, çav, çav
Beni de götür dağlarınıza
Dayanamam tutsaklığa
Beni de götür dağlarınıza
Dayanamam tutsaklığa

 

 


Eğer ölürsem ben partizanc
Çav bella, çav bella, çav bella, çav, çav, çav
Sen gömmelisin ellerinle beni

Ellerinle toprağına

Sen gömmelisin ellerinle beni

Ellerinle toprağına

 

Güneş doğacak açacak çiçek
Çav bella, çav bella, çav bella, çav, çav, çav
Gelip geçenler diyecek merhaba
Merhaba ey güzel çiçek
Gelip geçenler diyecek merhaba
Merhaba ey güzel çiçek
Gelip geçenler diyecek merhaba
Merhaba ey güzel çiçek

Voilà, qu’un matin en me réveillant
Ciao Bella, Ciao Bella, Ciao Bella
Ciao, ciao, ciao…
J’ai trouvé ma patrie les mains attachées
De toutes parts sous occupation militaire
J’ai trouvé ma patrie les mains attachées
De toutes parts sous occupation militaire
 
Toi, ô partisan
Emmène-moi aussi
Ciao Bella, Ciao Bella, Ciao Bella
Ciao, ciao, ciao…
Emmène-moi aussi dans les montagnes
Je ne peux plus supporter la captivité
Emmène-moi aussi dans les montagnes
Je ne peux plus supporter la captivité
 
Et si je meure en partisan
Ciao Bella, Ciao Bella, Ciao Bella
Ciao, ciao, ciao…
C’est à toi de m’enterrer avec tes mains
Avec tes mains à ta terre
C’est à toi de m’enterrer avec tes mains
Avec tes mains à ta terre
 
Le soleil va naître
La fleur fleurira
Ciao Bella, Ciao Bella, Ciao Bella
Ciao, ciao, ciao…
Et les passants vont dire Bonjour
Bonjour ô belle fleur
Et les passants vont dire Bonjour
Bonjour ô belle fleur

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