Héroïsme, individualisme, dépolitisation

Concorde nationale

L’heure est à la concorde nationale, mais à bien y réfléchir ça doit faire un moment déjà.

Dans son discours de remise à l’heure annonçant celle du confinement, le « en même temps Président »  ne nous invitait-il pas déjà à être une nation solidaire ?

Solidaire avec nos héros, les soignants qui font face avec bravitude à la 2ème vague d’assaut de l’occupant déjà dans nos rues, nos places, nos esprits, partout.

C’est bien les héros, c’est courageux, ça ne se plaint pas…

Les héros ne sont pas bassement intéressés par des choses matérielles comme des masques, des blouses, des moyens, du renfort, du salaire. Osons le dire, les héros c’est pratique parce que ça dépolitise.

Héroïsation pour les uns et individualisation pour les autres

On renvoie chacun à la médiocrité, et toi tu fais quoi ?

Tu ne souffres pas comme les héros ? De quoi te plains tu ? Rentre chez toi, circule !

Et fais bien attention de ne pas être du côté du problème car on le sait, chacun peut à son insu faire le jeu de l’ennemi ne serait-ce que par un soupir. Alors chacun dans sa cellule, renvoyé en son existence, métro-boulot-dodo poussé à l’extrême jusqu’à atteindre le point godwin travail-famille-patrie.

Et puis après l’angoisse sourde l’horreur est arrivée

Et nous voilà pris, dans une boucle temporelle hallucinée.

Un air de déjà vu : l’heure est à la concorde nationale…

Nous sommes tous solidaires sans faillir, nous revoici la nation républicaine.

La République c’est nous, un instant de recueillement sincère marque la pause place de la Mairie à Troyes. Et dans le silence la Marseillaise, il lui a fallu du temps pour partir cette Marseillaise, comme hésitante, pas comme le chant de guerre non, plutôt prolongeant le recueillement.

Cette Marseillaise a cherché le ton et une intelligence collective populaire lui a transmis de la douceur, de la lassitude même. Ainsi parle le peuple, d’une seule voix parfois étranglée.

Mais l’heure tourne et les profiteurs de désespoir sont à l’affût

Pas de récupération est le mot d’ordre, comprendre encore : pas de politique.

Et voici que la victime à son tour sera héroïsée, au Panthéon même a-t-on entendu.

Un héros national ? Lui qui ne demandait certainement qu’à vivre comme toi.

Mais pourquoi faudrait-il en faire un héros ?

Poser la question est-ce lui retirer le moindre mérite ?

Dévouer sa vie aux autres, implique-t-il nécessairement d’être prêt à la perdre ?

La réponse est assurément non, alors comme pour nos soignants, qui veut-on faire taire ?

Pour la mémoire de Samuel Paty, comme pour la reconnaissance de nos personnels soignants, la tâche d’une organisation politique est de continuer à faire de la politique.

Il n’y pas de fatalité à la déploration, il y a des causes qui aggravent les problèmes, ou les atténuent.

Et ces causes sont par définition objets politiques, nous devons nous en saisir.

Pour les ultralibéraux c’est entendu il n’y a pas de société, il n’y a que des individus.

Alors une victime serait sacrificielle, et son destin en deviendrait héroïque ? C’est la barbarie instituée.

Mais pour autant nous autres ne disons pas que la société est responsable de tout.

La première responsabilité restera celle de l’assassin, mais on peut légitimement questionner les raisons qui poussent un individu à commettre un acte d’une telle barbarie ?

L’islam politique lui a servi de prétexte et le passage à l’acte relève des fractures de notre époque.

Toutes les opinions ne se valent pas, toutes les idées n’ont pas la même implication.

Notre société a la tendance parfois lâche de refuser le conflit, une société de gestion qui ne propose plus d’idéaux et corrompt celui de la République pour faire du mot le synonyme de la gestion de l’ordre.

La République ne meurt pas ! Z signifie «Il vit» en grec. Clic sur l’image pour plus de détails à ce sujet.

Faire œuvre républicaine

L’islam politique pose problème, comme toute religion, quand elle se mêle de dire sa loi.

La République qui doit garantir la liberté, l’égalité et la fraternité n’est pas un régime neutre. L’adhésion à nos institutions n’est possible que par l’acceptation du débat. La loi doit être l’expression de ce débat public, refuser la discussion argumentée au sein de nos assemblées, c’est affaiblir la République.

Alors n’ayons pas peur, nous sortirons renforcés de mettre en débat nos différences d’opinions, en définitive en refaisant de la politique. 

  • Interroger les moyens alloués à l’hôpital en matériel et en personnel, c’est faire de la politique.
  • Interroger les moyens alloués au renseignement intérieur et ses méthodes, c’est faire de la politique.
  • Interroger les moyens alloués à l’éducation nationale et son organisation, c’est faire de la politique.

Alors puisque l’époque est à la floraison des métaphores guerrières, derrière ces trois interrogations il y a des hommes et des femmes qui tiennent leurs postes et d’autres qui sont planqués et n’assurent pas les arrières. Pointer les responsabilités de tous et pas seulement des premières lignes et des victimes (souvent ce sont les mêmes) ce n’est pas remettre en cause l’unité nationale, c’est faire œuvre républicaine.

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