JLM : Non “aux débordements du pouvoir solitaire” !

La tribune dans le JDD

Dans cette tribune publiée dans le JDD, JLM pointe la dérive autoritaire du président Macron, qui s’entoure d’un conseil non élu et qui n’a aucun compte à rendre à la population. Une situation paroxystique permise par nos institutions actuelles. Une seule solution pour en sortir : la Constituante pour une 6ème République

“Nous vivons donc désormais dans un pays où on ne vend plus de livres autrement que par le truchement de la plateforme d’une multinationale. Le Président en personne avait bien dit : ‘faites-vous livrer’. C’était déjà une indication assez claire de la façon dont cet homme voit le futur de nos sociétés. Bien sûr personne n’ira dire que c’est un symbole inouï de voir couper l’accès aux livres en France. Le Covid vous dis-je! Et le reste de ce qui vient de se dérouler devant nous est tout aussi glaçant. Mais c’est le Covid, vous dis-je!

Ainsi jeudi 29 octobre, le Premier ministre demandait au parlement un vote de confiance. Il s’agissait d’approuver le nouveau plan de confinement du pays. Il n’était pas question de l’amender, ou de le discuter de quelque façon que ce soit. Le Parlement n’a jamais été un lieu de décision en macronie. Oui ou non. Point final. Mais voilà une nouveauté : même le Conseil des ministres a été écarté de la décision. C’est ce qu’a reconnu le porte-parole du gouvernement : la décision de confiner tout le pays a été prise en ‘Conseil de défense’. Personne ne prête plus attention au fonctionnement des institutions? Doit-on dire là : ‘c’est un détail’? J’ai souligné cette anomalie dans mon discours devant l’Assemblée nationale contre le Premier ministre. J’y reviens avec l’espoir que l’alarme soit entendue par ceux qui se disent ‘attachés aux institutions de la Ve République’ et n’en défendent pourtant même pas le fonctionnement. Plus que jamais je crois être dans le vrai en proposant qu’on en finisse avec un régime constitutionnel capable de telles dérives! Car il faut bien savoir à quoi s’en tenir sur ce ‘Conseil de défense’, pour pouvoir apprécier de quel ‘détail’ il est question.

Le Conseil de défense est une instance créée par une ordonnance de 1959 pour les décisions de stratégie militaire. Son fonctionnement est resté très limité pendant longtemps. Les présidents Mitterrand et Chirac ne réunissaient ce Conseil qu’une à deux fois par an. Sarkozy et Hollande un peu plus. Mais depuis le début de son mandat Macron réunit le Conseil de défense…. toutes les semaines. La semaine du 26 octobre, il l’a convoqué trois fois. Il l’a fait 40 fois depuis le début de l’année 2020. Il l’a utilisé lors des attentats terroristes. On peut le comprendre même si cela se discute aussi. Désormais c’est pour prendre toutes ses décisions relatives à l’épidémie! Mais du militaire au sanitaire il y a davantage qu’une rime.

Nous ne sommes pas en guerre contre le Covid 19. Le virus n’a pas de stratégie. C’est de politique sanitaire dont il s’agit. Et lorsqu’il s’agit de parler d’écologie comme en juillet dernier, pourquoi le Conseil de défense? Pourquoi choisir un cénacle aussi restreint? De fait il s’agit d’un Conseil des ministres bis. Le Conseil du mercredi assume les transmissions officielles comme celles des textes à présenter devant le Parlement. Mais le Conseil de défense devient une sorte de conseil opérationnel. Pourquoi cela? Certes on peut imaginer une réunion distincte du Conseil des ministres officiel. J’ai connu ça sous Lionel Jospin. Il réunissait les ministres une fois tous les quinze jours en dehors de la présence du Président. On y parlait politique. On n’y décidait rien qui ait à voir avec le déroulement normal des institutions. Toutes les semaines, les présidents se réunissent aussi avec les dirigeants de leur majorité parlementaire. Je suppose que c’est pour les mêmes raisons. Alors pourquoi ce Conseil de défense?

Il a des raisons de plaire à ce Président. D’abord, la composition du conseil est à sa discrétion. Traditionnellement, se trouvent autour de la table le chef d’état-major des armées, le Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, le ministre de la Défense, le Premier ministre, les responsables du renseignement, le ministre de l’Intérieur. Mais Macron peut ajouter ou retirer qui il veut. Tout est à sa guise. Le rêve pour la volonté de toute-puissance typique de la monarchie présidentielle macroniste.

Un observateur attentif notera une autre qualité séduisante du Conseil de défense pour Macron. C’est son caractère secret. Il n’y a pas de compte rendu de ses réunions. Et tout ce qui s’y dit est couvert par le secret défense. Donc les participants s’exposent à des poursuites pénales s’ils révèlent tout ou partie des discussions ou des propos tenus par Macron. C’est cela sans doute au fond, la réelle raison de ces Conseils de défense à répétition. Un moyen pour Macron de se couvrir. Et une manifestation de la décadence paranoïaque du monarque comme en attestent les confidences des couloirs de l’Assemblée nationale. Il ne fait plus confiance à sa propre équipe gouvernementale.

Bien sûr, pour notre démocratie, c’est assez grave. Cette semaine ce fut un paroxysme. Le plus frappant est que cela n’ait pas été relevé. Désormais les débordements du pouvoir solitaire ne choquent plus? C’est le stade suprême de la cinquième République. Le monarque décide tout seul, dans le secret, sans en informer même son Conseil des ministres. La veille le Premier ministre reconnaissait devant les responsables de l’opposition qu’il ignorait ce que le Président allait dire. La veille! Quand la décision du monarque présidentiel est enfin prise, il l’annonce dans une allocution diffusée sur toutes les télévisions du pays. Lesdites décisions portent pourtant sur le confinement de toutes nos libertés fondamentales. Le Conseil de défense l’a décidé : exécution immédiate. J’avais donc bien raison de me moquer du Premier ministre le jour de son investiture. Il ne ‘détermine’ ni ne ‘dirige la politique de la Nation’ comme le prévoit pourtant l’article 20 de la Constitution. Le Conseil de défense le fait à sa place.

Cette méthode met en danger une société avancée. En démocratie, la délibération n’est pas un signe de faiblesse, ou un embêtement. C’est une garantie pour prendre la meilleure décision possible. Et la condition nécessaire pour créer du consentement à l’ordre. Le régime macroniste ne le permet plus.”

Le discours de JLM à l’Assemblée

Le jeudi 29 octobre 2020, Jean-Luc Mélenchon répondait depuis l’Assemblée nationale à l’annonce d’un nouveau confinement par Emmanuel Macron. Le président du groupe « La France insoumise » a dénoncé l’absence de préparation du gouvernement alors que des alertes nombreuses avaient été faites sur cette 2e vague. Il a également réagi à l’attaque terroriste survenue à Nice le matin même à l’église Notre-Dame.

Voici la rentranscription de cette intervention.

« Président, ministres, collègues,

Je veux en tout premier lieu exprimer au nom de tous les insoumis de France nos condoléances affligées et horrifiées aux familles des victimes, mais aussi, et je veux le souligner, notre totale solidarité avec les catholiques de France, menacés dans la pratique de leur foi. Il est significatif qu’en France, après la liberté de savoir, ce soit la liberté du culte qui soit attaquée et je voudrais rappeler que la laïcité en France est l’héritière d’une bataille implacable pour la liberté du culte.

Dès lors, c’est dans ce contexte glaçant que nous sommes conduits à discuter d’un sujet qui nous oppose il est vrai : la méthode et les manières de faire face à la situation de détresse sanitaire que nous sommes en train d’affronter.

Personne, Monsieur le Premier ministre, ne vous reprochera la pandémie, ce serait absurde. Voici la deuxième vague de l’épidémie. Le Président, avez-vous noté, a annoncé la troisième vague et tout le monde peut constater que vous êtes pris de court, « surpris » a dit le président ! Pourtant il fanfaronnait en juillet :  « tout est prêt ». Le plan de déconfinement a été un échec. Personne ne s’en réjouit. 

Vous n’avez pas préparé ce qui devait l’être. Dès lors, l’épidémie est hors de contrôle et permettez-moi de vous le dire : il me semble que le Président aussi. 

D’où sort le plan qu’il a présenté hier soir ? Vous le reprenez aujourd’hui dans votre discours, Monsieur le Premier ministre, mais qui est l’auteur de ce plan ? Pas l’Assemblée nationale, pas sa commission, pas le gouvernement non plus. Il ne s’est pas réuni pour en délibérer. De qui alors Monsieur Castex êtes-vous le facteur ?

Le « Conseil de défense », a déclaré hier le porte-parole du gouvernement. Une sorte de gouvernement secret qui décide sans rendre de comptes à personne ni avoir été élu par personne. De « défense » dites-vous, parce que les chefs militaires s’y trouvent avec les chefs du renseignement. Mais nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes en crise sanitaire. Nous affrontons un virus. Le virus n’a pas de stratégie. Son traitement est un fait sanitaire, pas militaire. 

C’est au gouvernement de gouverner, pas à un conseil aux délibérations secrètes. C’est au gouvernement de prévoir, de planifier les actions après avoir consulté ses conseils scientifiques et médicaux. Au lieu de quoi, un homme décide de tout, tout seul, entouré de ce Conseil de défense hors sol.

Hélas, hélas, hélas. Aucune leçon ou presque n’a été tirée des mésaventures du premier confinement. On se bat encore une fois pour empêcher la saturation des lits de réanimation. Car le problème, c’est encore une fois le bilan de la destruction de l’hôpital public et cela continue. Vous nous présentez un plan. Un plan à prendre ou à laisser sans un mot, sans un amendement possible ni une ligne. Vous nous demandez un vote de confiance. Et bien nous n’avons pas confiance. Et nous avons de moins en moins confiance, autant vous le dire.

Nous respecterons les disciplines sanitaires que vous aurez fait adopter ici par le vote de votre majorité. Mais nous le ferons pour le salut commun et par respect pour les nouveaux sacrifices demandés aux soignants. Mais ne nous demandez pas de fermer les yeux sur ce qui nous semble être une incohérence majeure : les principaux foyers de contamination restent en service. Nous ne vous demanderions pas d’adopter nos onze propositions de loi, nos cinq plans pour faire face à l’urgence sanitaire, ni les conclusions de notre commission d’enquête. Nous ne vous demanderions pas de faire amende honorable pour nous avoir ri au nez quand nous vous mettions en garde contre une deuxième vague possible. Ni pour les réponses arrogantes que vous nous avez faites tout au long de la discussion de la loi de finances de sécurité sociale.  

Nous vous demandons encore une fois de faire ce que vous n’avez pas fait la dernière fois et qui est indispensable. Premièrement, garantir la production des moyens de soins : remettre en route les chaînes de production de Luxfer pour avoir les bouteilles d’oxygène adéquates, commander les bons respirateurs, réquisitionner Framar pour produire les molécules pharmaceutiques nécessaires, interdire chez Sanofi les fins d’activité de production des molécules pharmaceutiques, réquisitionner toutes les unités de production capables de produire les gants, les surblouses et les charlottes nécessaires aux soignants. Ouvrir l’embauche immédiate des personnels nécessaires en commençant, car je sais bien qu’on ne les trouve pas d’un claquement de doigts, en commençant par le proposer aux 180 000 personnes déjà qualifiées qui ont quitté ce métier où ils étaient maintenus dans la précarité et les salaires insuffisants. 

Deuxième point : garantir l’accueil de la jeune génération. Vous avez voulu reprendre les cours dix jours en juin dernier, c’était hasardeux. Mais vous n’avez rien appris comme on le voit depuis la rentrée.Vous n’avez pris aucune disposition de réquisition des bâtiments pour faire face à la promiscuité sanitaire des enfants et des maîtres. Vous n’avez prévu aucune embauche d’assistants des enseignants pour aider ceux-ci à organiser le rattrapage scolaire et la division des effectifs en sous-groupes. Troisièmement : garantir la solidarité humaine. Je vous en conjure, entendez le tocsin que sonne la pauvreté en France ! Pour les 10 millions de pauvres : la détresse alimentaire va s’incruster. Il faut dans chaque commune organiser les points de ravitaillement sociaux sur le modèle que réalisent les associations de solidarité. 

Écoutez bien, vous n’empêcherez aucun parent qui n’a ni revenu ni travail, de sortir à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit pour trouver de la nourriture pour leur famille. Il n’y a donc pas, comme on le voit à partir de cet exemple, de discipline sanitaire possible, il n’y a pas de consentement à l’autorité, sans solidarité humaine. Ne laissez pas sans revenu les précaires dont la masse des étudiants et des artistes qui contribuent à la beauté de la vie. Mettez à contribution les profiteurs de crise, ceux qui se sont fabuleusement enrichis pendant le premier confinement. 

Deux jours de leurs super profits en cette période suffiraient à dégager trois milliards permettant à chacun au moins de manger dignement chaque jour. Dans quel pays allons-nous vivre ? Et je suis sûr que vous êtes tous étreint comme moi, de la même angoisse et de la même inquiétude. Dans quel pays allons-nous vivre ? Quoi qu’on pense les uns et les autres. Sans joie, sans gaieté, sans contacts humains, sans rires familiaux ni amicaux, sans théâtre, sans cinéma, sans concerts. 

Auto, métro, boulot, dodo, au sens strict.« Vous ne sortirez que pour aller travailler » a dit le Président ! Nous allons vivre de quinze jours en quinze jours, en attendant les décisions du Conseil de défense et du président Macron qui nous diront à quelle heure nous pouvons sortir, combien de temps, à quelle heure nous devons rentrer et de combien nous serons mis à l’amende si nous lui désobéissons. 

Que reste-t-il de notre liberté individuelle fondatrice de l’identité humaine ? Où sont passées nos libertés collectives ? Comment nommer cette société entre surveillance généralisée et terrorisme sporadique ? En trois ans, la liberté semble s’être effacée de nos vies. Puisse-t-elle y revenir. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Non. Mais sachons, pour conclure, qu’il n’y a pas de jours heureux sans qu’il n’y ait eu auparavant de résistance humaine. »

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