Laïcité : lettre ouverte aux élus

Nous publions ci-dessous un extrait d’un texte que le philosophe Henri Pena-Ruiz a fait paraître sur son blog le 1er décembre 2014. Ceci à la demande d’un Insoumis en désaccord avec la position prise par JLM et certains autres membres de la France Insoumise de soutenir la “marche contre l’islamophobie” du 10 novembre.

Vu la difficulté du sujet, les commentaires sont bien sûr ouverts pour que vous puissiez y exprimer votre position…

Henri Pena-Ruiz

” (…)Dans une déclaration à l’Observatoire de la laïcité, Madame Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale, vient de permettre aux accompagnantes scolaires, au passage limités aux seules « mamans », de porter un signe religieux dans l’exercice de leur fonction. La laïcité implique l’égalité des droits des divers croyants et des athées. En toute logique, un(e) accompagnant(e) athée aura donc également le droit de porter un tee-shirt stipulant « Dieu n’existe pas ». Si on ne lui accorde pas ce droit, en soutenant que ce serait du prosélytisme, on fait deux poids deux mesures. Etrange interprétation de la laïcité, réduite à un égal traitement des seules religions et non de toutes les convictions. Pourquoi les athées n’auraient-ils pas le droit de mettre en avant leur choix spirituel, comme des croyants le font? Au nom de quoi une telle discrimination ? 

Approfondissons cet exemple. Une conduite à prétention civique ou éthique doit pouvoir s’universaliser pour être recevable. Concrètement, une mère de famille musulmane ou catholique accepterait-elle que son enfant soit accompagné en voyage scolaire par un athée portant un tee-shirt mentionnant son choix spirituel athée ? Non sans doute. Un enfant de famille athée ne peut davantage être accompagné par une mère voilée ou un père coiffé d’une kipa. Car enfin un voyage scolaire n’est pas une sortie touristique. Le régime des libertés qui prévaut dans la société civile ne saurait donc être étendu à l’école, ni aux activités scolaires, qui concernent des élèves mineurs soumis à l’instruction obligatoire. Un voyage scolaire, c’est encore l’école, et d’ailleurs en cas d’accident c’est l’Education Nationale qui assure. L’obligation de réserve des enseignants, des conseillers d’éducation, doit donc valoir également pour les personnes qui sont volontaires pour accompagner des voyages scolaires. Parler de « mamans » (pourquoi pas de « papas » ?) c’est mettre en avant le rapport familial parent-enfant. Mais celui-ci ne vaut comme tel que pour l’enfant de l’accompagnant. Pour tous les autres, enfants-élèves, il ne saurait valoir, et la “maman” ou le “papa” n’est perçu(e) que comme accompagnant scolaire. C’est donc le rapport accompagnants scolaires-élèves qui est en jeu, et non le rapport enfant-maman. (…)”

Lire l’intégralité de LaÏcité : lettre ouverte aux élus

Henri Pena-Ruiz a aussi tenu une conférence aux Amfis de Toulouse, sur Les trois boussoles de la laïcité.

1 Commentaire

  1. Alors que nous avons 1000 questions à penser autant de luttes à mener se polariser sur le voile…. Bref, je crains que nous soyons loin des enjeux. Je soutiens notre position nationale et me félicite du succès et de la grande tenue de la manifestation.

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