Manon Aubry auprès des gilets jaunes

Nous empruntons à Manon ce post de sa page Facebook. Mieux que nous, elle raconte ce qu’elle a ressenti à la rencontre des gilets jaunes. Nous qui sommes insoumis et gilets jaunes, on lui dit merci… d’éteindre la seule, avec enthousiasme et simplicité… Merci et bravo !

Manon et Laure sur le rond-point du Bricorama

Ils s’appellent Roger, Jean, Alexandre et Patricia*. En ce 13ème acte des Gilets Jaunes, petit récit d’une rencontre marquante cette semaine sur un rond-point.
Ils sont présents tous les jours depuis 13 semaines en gilet jaune sur un rond-point de Saint-André-les-Vergers, à côté de Troyes. Lorsque je les rencontre, la première chose qu’ils me disent est : “aucun responsable politique n’est venu nous voir, ils nous abandonnent”. Leur colère est forte à l’encontre de l’ensemble de la classe politique tellement la rupture semble consommée. Mais il y en a un qui cristallise plus que tout leur colère : Emmanuel Macron.

Très vite, la conversation s’engage sur la politique du monarque : “Tout pour les riches, rien pour nous”. “Il ne connaît rien à ce qu’on vit au quotidien”. “Du mépris, c’est tout ce qu’il a pour nous”. “On peine à survivre et c’est à nous qu’il demande un effort”. Notre conservation est ponctuée de nombreux klaxons des camions et voitures qui manifestent leur soutien en passant.

Ces mots raisonnent comme une analyse cinglante de la politique du gouvernement. Et tellement juste. Tout autour du rond-point, des pancartes ont été confectionnées pour rappeler les principales revendications des gilets jaunes : rétablissement de l’ISF, hausse du SMIC et des minimas sociaux, référendum d’initiative citoyenne. Bref, partage des richesses et partage du pouvoir.

La plupart d’entre eux sur le rond-point ne sait pas s’ils vont voter aux prochaines élections européennes. Ni pour qui ils vont voter s’ils y vont. Mais ils s’accordent sur une chose : infliger une défaite sévère à Emmanuel Macron et sa politique. L’un d’eux pense à voter pour le Rassemblement National, car “c’est la deuxième liste derrière Macron”. Et lorsque je lui fais remarquer que la Rassemblement National ne défend pas les intérêts des gilets jaunes : ni la hausse du SMIC, ni le partage des richesses, ni un changement de constitution pour sortir de la Vème République, il répond qu’il “est prêt à tout pour dégager Macron”. Mais un débat vif s’engage sur qui peut au mieux représenter les intérêts du peuple et certains sont prêts à soutenir la France Insoumise “car ils nous comprennent eux au moins”. Je serai de retour à Troyes pour une réunion publique le 28 février avec Adrien Quatennens et tous s’accordent pour venir. En gilet jaune bien sûr. Car la brêche ouverte par ce mouvement social ne peut s’arrêter, tous veulent un vrai débat et il faut maintenant un changement politique.

Cela fait maintenant 13 semaines qu’ils occupent ce rond-point de Saint-André les Vergers. 13 semaines qu’ils font régulièrement face au démantèlement de leur petit camp par les forces de l’ordre et qu’ils reviennent. 13 semaines que la solidarité s’exprime aussi et que les habitants viennent leur amener des vivres et du bois pour se chauffer. Un feu de bois qui les maintient à flot. Pour l’une d’elle: “sans ce feu, je ne tiendrai pas, il fait trop froid”. Face à un gouvernement impassible, voilà ce qu’a apporté ce mouvement : de la chaleur humaine.

Roger, Jean, Alexandre, Patricia et tous les autres gilets jaunes : vous êtes d’un extraordinaire courage. Vous avez montré qu’il est possible de reprendre notre destin en main. Cette flamme allumée sur ce rond-point de Saint-André les Vergers ne s’éteindra pas !

*leurs prénoms ont été modifiés pour assurer leur anonymat

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