Pourquoi la pauvreté a augmenté sous Emmanuel Macron

Evolution du taux de pauvreté (source INSEE)

On n’aurait jamais imaginé que la revue Challenges (ici dans son numéro du 30 novembre 2019) nous donne une excellente raison de faire grève le 5 décembre 😀

Malgré un réel plan d’actions, le nombre de pauvres est en légère hausse. Car beaucoup de mesures n’ont pas d’effet sur les revenus et ne touchent pas les plus démunis.

Ni la reprise de l’emploi ni le reflux du chômage ne semblent modifier la trajectoire rectiligne du taux de pauvreté en France, désespérément stable au-dessus de 14 %, soit 8,9 millions de pauvres. Les indicateurs de pauvreté comptent parmi les plus plats, quasi insensibles aux bonnes comme aux mauvaises conjonctures. Pire, selon les estimations de l’Insee d’octobre, la pauvreté aurait augmenté de quelques dixièmes de points depuis 2017. Les simulations de l’Institut des politiques publiques sur les effets des projets de loi de finances révèlent aussi des baisses dans les premiers centiles de revenus. La politique d’Emmanuel Macron aurait-elle un impact négatif sur la pauvreté ?

De réelles actions de lutte contre la pauvreté ont été menées, mais elles ont peu touché les ménages les plus pauvres. La hausse des budgets de l’insertion par l’activité économique, la revalorisation de la prime d’activité et l’élargissement de ses plafonds d’éligibilité, jusqu’à 1,5 smic au lieu de 1,3 auparavant, profitent surtout aux actifs occupés. Les 21 actions de lutte contre la pauvreté, annoncées en 2018, sont principalement des mesures d’accompagnement et des aides en nature qui n’ont pas d’effet comptable sur les revenus. Il en va de même avec la création de la « complémentaire santé solidaire » qui n’a pas d’influence monétaire directe. En outre, l’impact de ces actions a été contrebalancé en partie par les baisses d’allocation logement. Et la création d’un revenu universel d’activité ne changera pas la donne sans revalorisation sensible des prestations.

Dégradation des plus pauvres

Les associations soulignent à juste titre une dégradation de la situation des plus pauvres. Les actions publiques guidées par le principe du making work pay et plus généralement celles qui veulent traiter la pauvreté à ses racines, par l’accès à l’emploi et à la formation, sont sans effet rapide sur la situation des ménages les plus pauvres. Ces stratégies de long terme peuvent même contribuer à augmenter à court terme le taux de pauvreté, qui est une mesure relative (la part des ménages dont le niveau de vie est inférieur de plus de 40 % à la médiane).

Comme l’amélioration de l’emploi et des salaires élèvent le niveau de vie médian, elles augmentent aussi le seuil de pauvreté et le nombre de pauvres. Il en va de même pour les mesures de revalorisation du pouvoir d’achat suite au mouvement des « gilets jaunes » qui ont augmenté la majeure partie des revenus. L’action d’Emmanuel Macron semble confrontée à une loi d’airain de la redistribution selon laquelle il est difficile, voire contradictoire, d’améliorer le pouvoir d’achat pour tous et de diminuer en même temps la pauvreté.

Yannick L’Horty, professeur à l’université Paris Est Marne-la-Vallée

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