Second tour des élections municipales : la France insoumise dans 200 communes ?

Dans le titre, le point d’interrogation est de notre fait… Les décisions prises par le Comité électoral posent des questions importantes sur la clarté des objectifs et de la stratégie du mouvement… A contribution à ce débat, la tribune du camarade Pierre Bitoun sur la situation à Tours…

Bien sur tous vos commentaires sont les bienvenus !

Communiqué
du comité électoral

Alors que la crise sanitaire provoquée par le Covid-19 n’est pas encore terminée, une importante crise sociale traverse notre pays, rendant incertain l’avenir de milliers de nos concitoyen·nes.

Malgré ce contexte incompatible avec la tenue d’une campagne électorale apaisée, la date du second tour des élections municipales a été fixée au 28 juin prochain. Nous en prenons acte.

Les électrices et électeurs seront donc appelé·es à décider de l’avenir de leur commune pour les 6 années à venir et les enjeux de la période que nous vivons nous obligent et nous imposent de porter, partout où cela est possible, des projets écologiques, sociaux et démocratiques.

C’est pourquoi La France insoumise sera engagée en soutien à près de 200 listes au second tour des élections municipales.

Après un premier tour ayant conduit à l’élection de 30 maires et de 350 conseiller·es municipaux.ales insoumis·es, la France insoumise ambitionne de l’emporter dans une dizaine de communes aux côtés de citoyen·nes et/ou en alliance avec d’autres forces politiques. C’est notamment le cas à Amiens, Aubagne, Bagnolet, Bourges, Les Clayes-sous-Bois, Grenoble, Lyon, Noisy-le-Sec, Riom, Toulouse ou Tours.

Dans plusieurs communes, les appels à l’unité se sont fracassés sur le refus du PS ou d’EELV de fusionner leurs listes avec celles que nous soutenons comme à Clermont-Ferrand, Le Havre, Morlaix, Poitiers ou Saint-Herblain.

Dans certaines communes, comme à Hyères ou Bergerac, EELV ou le PS ont proposé aux insoumis·es de fusionner avec des candidat·es issu·es de listes LREM ou avec des dissident·es LREM. Ces propositions ont été systématiquement refusées par insoumis·es locaux, appuyé·es par le Comité électoral.

Certaines décisions locales amènent le Comité électoral de la France insoumise à préciser la position du mouvement dès lors que les lignes rouges présentées dans le texte d’orientation « Municipales 2020 : le peuple aux commandes ! » ne sont plus respectées.

À Montpellier, la France insoumise a appris avec consternation le choix fait par certain·es membres de la liste Nous Sommes de rallier le candidat milliardaire Mohed Altrad. Elle ne peut cautionner une fusion avec un candidat soutien de la politique du gouvernement, ayant cherché à obtenir l’investiture LREM. En conséquence la France insoumise n’est pas engagée dans le second tour des élections municipales à Montpellier. Elle ne donne aucune consigne de vote.

À Arcueil, Colomiers et Nîmes des têtes de liste ont pris la décision de rallier une liste LREM ou conduite par des dissidents LREM contre l’avis des insoumis·es locaux. Ces décisions individuelles, contraires à notre texte d’orientation, n’engagent donc pas la France insoumise.

En Guadeloupe, la France insoumise ne soutient aucune liste au deuxième tour à l’exception de celles de Victor Urbain Arthein à Port-Louis et de George Hermin à Morne-À-l’Eau.

Enfin, à Bobigny et à Nîmes, la France insoumise appelle à voter pour Abdel Sadi et Vincent Bouget candidats investis par le Parti communiste au premier tour.

Le 28 juin prochain, nos concitoyen·nes ont l’occasion de décider par eux-mêmes ce qui est bon pour leur commune. Nous appelons à ne pas abandonner cette élection aux partisan·es d’un système dont la crise actuelle est révélatrice de l’échec.

Tribune
de Pierre Bitoun

Dans son communiqué de presse du 3 juin consacré au second tour des municipales prévu le 28, le Comité électoral de la FI fait état de nombreuses situations locales qui révèlent, sans qu’elles soient assumées, les erreurs commises dans les décisions d’agrément du 1er tour rendues par ce même comité.

Ce communiqué appelle plusieurs remarques :

  1. La multiplication de ces situations aberrantes, préjudiciables à la crédibilité de notre mouvement, n’a rien pour étonner. Elle constitue au contraire le résultat logique de décisions à géométrie variable : une fois on se veut dans la radicalité, une autre allié au PS, une troisième à EELV, une autre encore dans l’option « resucée gauche plurielle », bref on nage en pleine cacophonie, illisibilité, parce que pour quelques postes ici ou là l’on a jeté par dessus bord les principes et engagements du texte « Municipales 2020 : le peuple aux commandes » et que l’on continue ainsi à détruire à petit feu l’espérance qui s’était levée avec les présidentielles de 2017.
  2. De tout cela, nous avions prévenu le Comité dans notre recours et notre pétition relatifs à la situation à Tours. Plus préoccupé de petits calculs que de fidélité à l’espérance insoumise, il n’avait rien voulu entendre et s’était fendu, par l’intermédiaire de son référent pour l’Indre-et-Loire, de réponses aussi hypocrites que bureaucratiques. Il en était résulté un courriel au ton et au contenu, eux, francs et directs, avec en guise de cadeau un brin de poésie.
  3. Il n’est toutefois jamais trop tard pour bien faire ! Il serait ainsi judicieux que le Comité, dans un élan inattendu d’insoumission, retire au plus vite l’agrément à la liste tourangelle conduite par E. Denis, un cas typique de resucée gauche plurielle dont la mollesse et la compatibilité avec le capitalisme ne font aucun doute. Pour dernière preuve en date, rappelons que cette tête de liste a signé « L’Initiative commune : au cœur de la crise construisons l’avenir » qui, sous couvert de déclarations floues et creuses, nous rejoue l’énième « retour du même », social-démo désormais légèrement écologisé, qu’aucun député insoumis n’a voulu rejoindre !
  4. À ce stade, maintenir l’agrément, ce n’est plus seulement de la cacophonie, ce n’est plus simplement de la tambouille à petits postes, que laissaient d’ailleurs déjà entrevoir les ridicules binômes de « chefs-cheffes » (sic !) mis en place en amont de la campagne. C’est bien plus grave. C’est, à force de compromissions et absorptions dans le système, se faire complice du pire, hélas déjà largement présent : que le FN apparaisse à beaucoup comme la seule « alternative »… qu’il n’est bien sûr pas.

    5. Il est hautement probable que de tout cela vous ne vouliez, une nouvelle fois, rien entendre et que, pratiquant le commode déni des critiques, déceptions et défections d’un nombre croissant d’insoumis, vous n’en tiriez pas, dans les deux ans qui nous séparent de 2022, les leçons théoriques et pratiques. Le leurre est en effet un puissant moteur de l’Histoire. Ou comme l’écrivaient déjà en leur temps Karl Marx et Friedrich Engels : « Pour chaque époque, elle [l’Histoire] croit sur parole ce que l’époque en question dit d’elle-même et les illusions qu’elle se fait sur soi. »

Pierre Bitoun,
membre de la France insoumise de Tours et du Parti de Gauche de l’Indre-et-Loire

1 Commentaire

  1. J’approuve l’analyse et le coup de gueule de P. Bitoun. Il reste vraiment peu de temps pour éviter la démobilisation avant les prochaines échéances.

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