Simulations de la réforme : l’âge pivot augmentera d’un mois par génération

Dans une étude d’impact produite par le gouvernement, les simulations montrent que l’âge pivot effectif débuterait à 65 ans, avant d’augmenter d’un mois par génération. Ainsi pour une personne née en 1999, l’âge de départ à taux plein grimperait à 67 ans.

Jules Fevre

mercredi 22 janvier

Crédits photo : LP/Jean-Baptiste Quentin

A quelques jours de la présentation du projet de loi en conseil des ministres, le gouvernement a produit une étude d’impact de sa réforme des retraites, en simulant vingt-huit cas types : les résultats confirment un recul de l’âge de départ à taux plein, et par la même occasion, la centralité du principe de l’âge d’équilibre, basé sur un système de bonus/malus : « si le gouvernement a accepté de retirer provisoirement ce mécanisme de sa réforme pour les départs en retraite avant 2027, le mécanisme serait bien une pierre angulaire du futur régime universel ». Comme le souligne Le Monde, l’exécutif continue d’exceller dans l’art du « en même temps », ainsi que le montre sa récente manœuvre avec la suppression, temporaire et toute relative, de l’âge-pivot, sans pour autant remettre en jeu le principe d’âge d’équilibre financier, bel et bien présent dans le projet de loi tout comme dans ces simulations.

Ainsi, ceux qui voudront partir à l’âge légal de départ à la retraite, aujourd’hui à 62 ans, seront doublement pénalisés, dans la mesure où, d’une part, le calcul de la pension de retraite ne s’effectuerait plus sur les 25 meilleures années pour le privé, ou les six derniers mois pour la fonction publique, et d’autre part, parce que l’âge d’équilibre financier, le frère jumeau de l’âge-pivot retiré provisoirement par le gouvernement pour répondre à la main tendue de Laurent Berger, se trouverait évalué à 65 ans, dans un premier temps. De plus, comme le pointent Les Echos, « l’âge d’équilibre augmenterait ensuite d’un mois par génération [il] pourrait ainsi, théoriquement, atteindre 67 ans autour de 2060. » 

Aussi, si ces projections se fixent sur les tendances de l’espérance de vie, tournant autour de 82 ans en France, elles ne prennent nullement en compte les chiffres portant sur l’espérance de vie en bonne santé, plus alarmants, ni même les différences en fonction des conditions de vie puisque selon l’INSEE, à 35 ans un homme né en 1990, peut espérer vivre encore 28 ans s’il est au chômage, 39 ans s’il est ouvrier, 40 ans s’il est employé, 46 ans s’il est cadre. Dans un article récent, Le Monde rappelait que la France continue d’être « mal classée pour l’espérance de vie en bonne santé » : 64,1 ans pour les femmes, 62,7 ans chez les hommes, ces estimations n’atteignent même pas la moyenne européenne. Par ailleurs, dans l’étude d’impact communiquée par le gouvernement, l’âge d’entrée dans la vie active, et donc de début de cotisation, est fixé à 22 ans dans les prérequis. Ainsi, les jeunes seront d’autant plus touchés par la réforme, dans la mesure où, comme le relevait une enquête de l’Insee publiée en mai dernier : « le taux d’emploi des jeunes diminue ». En effet, seulement 30,7% des 15-24 ans sont actifs.

En conclusion, ces simulations confirment d’une part un recul effectif de l’âge de départ à la retraite, et d’autre part, une précarité et une insécurité d’autant plus grande pour les générations nées après 1975 qui verront l’âge d’équilibre reculer d’environ un mois chaque année, pour atteindre 67 ans pour la génération 1999. Encore un mensonge de Macron qui fonde, dans le discours, la « légitimité » sur ses promesses de campagne. Or le président le moins bien élu de la Vème République et le plus bas dans les sondages de popularité, avait promis de ne pas toucher à l’âge de départ… Si le projet de la réforme des retraites promet de plonger dans une précarité d’autant plus aiguë la majorité de la population, et en premier lieu la jeunesse, celle-ci doit se saisir du rapport de forces ouvert par la grève inédite de la RATP et de la SNCF pour rejoindre la bataille pour nos retraites.

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