Trump/Biden : il y a une alternative !

Dans son article A l’heure de l’élection américaine, l’ordre international qui vient, Olivier Zajec écrit : “Il faut espérer que des évolutions politiques démocratiques sur le continent européen viendront perturber cette “mort cérébrale” qu’illustre en ce moment la focalisait exceptionnelle sur les résultats électoraux du suzerain américain. Il est vrai qu’à écouter les media mainstream, le débat politique aux Etats-Unis se réduit à une opposition entre Républicains et Démocrates. Les choses sont beaucoup plus compliquées.

L’essentiel de cet article est inspiré d’un article de Ramiro Giganti, de l’agence de presse Anred. Cliquez sur le logo pour lire l’article original (en espagnol)

Au milieu de la crise économique et de la pandémie, les États-Unis font face à une nouvelle élection présidentielle marquée par la pauvreté des débats entre leurs deux principaux candidats. Mais ils ne sont pas les seuls à se présenter. Avec beaucoup moins de budget et de “lobbying” médiatique et entrepreneurial, 19 autres candidatures ont été enregistrées pour ces élections. Certains ont abandonné la campagne, mais d’autres se sont battus jusqu’au dernier jour. Le samedi 24 octobre dernier, quatre candidats à la présidence ont participé au dernier débat électoral, au cours duquel ont été abordés des sujets tels que les abus des droits de l’homme, la criminalisation de la protestation, les intérêts de la classe ouvrière, l’accès à la santé publique, les questions environnementales, le monopole des réseaux sociaux, la légalisation de la marijuana. L’axe principal a été l’absence de démocratie dans le pays.

Alors que Trump et Biden chicanent dans des débats dignes plutôt d’un spectacle humoristique que d’une candidature présidentielle pour la (encore) principale économie de la planète, d’autres espaces politiques tentent de construire quelque chose de différent, avec un agenda plus proche de celui de la majorité de la population, mais sans les ressources financières suffisantes pour pouvoir rivaliser sur un pied d’égalité.

Si la parole est libre,
pourquoi je ne peux pas me l’offrir ?

Pour donner une idée des coûts de campagne aux Etats-Unis, qui ne sont pas plafonnés, cette année, d’après Le Figaro, Joe Biden et Donald Trump seraient à égalité avec des dépenses d’environ 1,3 milliard de dollars.

Au moins 19 candidatures ont été présentées, bien que d’autres médias indiquent qu’au total 1200 personnes auraient été intéressées à concourir à cette fonction. Beaucoup d’entre elles n’ont même pas réussi à apparaître comme une option en dehors de leur état ou de leur ville. D’autres n’ont peut-être pas mené campagne, ainsi le rappeur Kayne West, qui s’est prononcé il y a quelques semaines pour soutenir le peuple nigérian dans les mobilisations contre la violence policière qui se déroulent dans ce pays.

Howie Hawkins

D’autres propositions mènent leur action militante jusqu’au bout, avec des constructions politiques à long terme, comme celle du Parti Vert, qui présente comme candidat le socialiste new-yorkais Howie Hawkins comme candidat à la présidence et l’activiste d’ascendance africaine Angela Walker, en tant que candidate à la vice-présidence.

Gloria La Riva

La proposition du Parti Socialisme et Libération (PSL) qui, comme il y a quatre ans, présente Gloria La Riva comme candidate à la présidence, est une option de gauche qui mène campagne dans différents États. De tendance marxiste-léniniste, le parti se définit comme un parti révolutionnaire qui cherche à se renforcer par la lutte contre “la guerre impérialiste, le racisme, le sexisme, la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, la violence contre les immigrants, la pauvreté et la brutalité policière”. Le parti a participé activement aux mobilisations de cette année, et il l’a fait aussi pour s’opposer au blocus contre Cuba et aux tentatives de coup d’État au Venezuela, soutenir le peuple chilien ou répudier le coup d’État en Bolivie. En 2008, Gloria La Riva s’est présentée pour la première fois comme candidate à la présidence et a obtenu la 9e place avec 7478 voix, mais en 2016 elle a rassemblé 254 607 voix.

Brock Pierce

L’une des candidatures les plus intéressantes et les plus frappantes est celle de l’acteur et entrepreneur Brock Pierce. Partisan de créer “America 2.0,” avec un gouvernement focalisé sur l’adoption de nouvelles technologies, Pierce considère que la technologie est le problème le plus important pour l’avenir des Etats-Unis. En plus de manifester en faveur de la légalisation de la marijuana, Pierce propose un programme de revenu de base universel. Défenseur de l’utilisation controversée des cryptomonnaies, sa proposition est la plus axée sur les nouvelles technologies. Sa directrice de campagne n’est rien de moins que Brittany Kaiser, qui a une longue expérience dans les campagnes de presse, tant pour la première candidature de Barack Obama que pour Amnesty International, mais qui est aussi connue dans le monde entier pour avoir été engagée par Cambridge Analytica et avoir ensuite été l’une des plaignantes sur l’action de cette entreprise avec les données numériques. Kaiser a été l’un des protagonistes du documentaire “The Great Hack” (Rien n’est privé) disponible depuis l’année dernière sur la plateforme Netflix.

La bande annonce de The Great Hack

Les débats non diffusés

Le dernier débat présidentiel dans le Wyoming a eu lieu le samedi 24 octobre dernier. C’était la fin d’une longue journée, appelée “Convention Indépendante”, à laquelle ont participé plusieurs militants. La devise du débat était “Elevez le niveau”, en relation avec la pauvreté des débats entre les deux candidats installés : Donald Trump et Joe Biden. Ce fut le dernier d’une série de débats animés par la “Free & Equal Elections Foundation”, une organisation non partisane qui cherche à à redonner du pouvoir à la société votante et à promouvoir une réforme électorale.

Contrairement à l’autre débat, celui-ci a été caractérisé par un traitement respectueux entre ses concurrents. Respect du temps et silence devant les autres interventions.

Une vidéo pour celles et ceux qui comprennent l’anglais

Gloria La Riva a fait la première intervention dans le débat. Elle s’est présentée comme socialiste, remerciant pour l’invitation. Voici ses premiers mots : “Nous croyons que dans cette crise sans précédent qui allie le COVID-19 avec une crise économique qui a déjà profondément touché la majorité du peuple américain et la catastrophe environnementale qui se présente partout dans le monde et que nous voyons aux États-Unis, avec les incendies en Californie et au Colorado, nous ne pouvons plus accepter ce système capitaliste qui détruit nos vies. Il est insoutenable, surtout là où existe la classe capitaliste la plus puissante du monde. Pour ne citer qu’un exemple de la façon dont ils profitent de la crise, dans les neuf premières semaines de la pandémie, 600 milliardaires ont ajouté 434 milliards de dollars aux fortunes qu’ils avaient déjà alors que les gens deviennent plus pauvres, que des millions subissent des expulsions, perdent leur emploi et perdent ainsi leur couverture médicale. Démocrates et Républicains refusent d’accorder une couverture médicale. Nous proposons une couverture médicale gratuite pour tous, nous proposons de mettre fin à la dette éducative, et d’annuler toutes les dettes. Il y a 260 restaurants qui ont fermé dans cette pandémie sans aucune chance de rouvrir. Dans cette crise, les petits entrepreneurs et la classe ouvrière ont souffert tandis que les secteurs les plus riches se sont développés, les entreprises les plus complexes et les monopoles se sont enrichis de plus en plus”.

Après s’être présenté et avoir remercié les organisations et l’Etat du Wyoming d’avoir organisé le débat, Brock Pierce, qui a comme axe de sa proposition le développement des technologies d’une manière durable pour la population, a déclaré : “Si nous n’avons pas de programme, la technologie va supprimer des dizaines de millions d’emplois”. L’une de ses propositions à cet égard est le revenu de base. Il s’est également prononcé contre le commerce carcéral : “Nous n’avons pas besoin de plus de prisons à but lucratif, nous avons plus de personnes en prison par rapport à la population que n’importe quel autre pays du monde ».

Howie Hawkins, du Parti Vert, s’est présenté en rappelant son rôle en tant que syndicaliste et travailleur, et son activisme dans les mouvements pour les droits civiques dans les années 60, dont le souvenir est ravivé par les récentes mobilisations. “J’ai été le premier candidat dans ce pays à proposer un accord vert avec un programme écosocialiste en 2010, avec un programme qui emploierait 38 millions de personnes pour travailler sur des énergies propres sans émissions de gaz.” Il a également proposé des programmes pour l’éducation publique, la réduction du budget militaire, le désarmement nucléaire, en dénonçant ceux négociés avec les corporations nucléaires des deux principaux partis politiques (Démocrates et Républicains)

Ils ont répondu par téléconférence aux questions posées par différentes personnes. Face à leurs maigres chances de gagner, les candidats ont défendu leurs positions et ont critiqué le manque d’opportunités et le jugement du résultat avant le début du processus électoral. “Nous avons besoin d’un budget de campagne garanti” a déclaré Hawkins. “Dans la campagne électorale, la voix de la classe ouvrière et ses intérêts ne sont pas visibles”, a affirmé Gloria La Riva, et en ce qui concerne le problème du bipartisme et le financement entrepreneurial des candidatures, il a clôturé son intervention par la phrase “Money talks” (l’argent parle).

D’autres plans ont été joués, comme celui des anciens combattants. “Pour arrêter le suicide des vétérans de la guerre, nous devons arrêter les guerres”, a déclaré Brock Pierce, qui a ensuite ajouté “la meilleure aide pour les vétérans de la guerre est d’avoir du travail et des traitements appropriés”.

“Nous voyons tout le temps dans les médias la culture “macho-militariste”, mais ces militaires ne nous protègent pas, ils ne protègent que les intérêts des hommes d’affaires”, a déclaré Howie Hawkins, candidat présidentiel au Parti vert.

Le fléau du binarisme politique dénigre les débats. Alors que la principale proposition de Joe Biden est de vaincre Donald Trump, dans d’autres parties du monde, il est appelé à être indifférent et à s’abstenir de critiquer ou de mentionner des épisodes ou des mesures énormes d’un gouvernement face à la possibilité d’une alternative encore pire. Le “ne pas faire le jeu à droite” comme un impératif conservateur et extorsif, devient présent aussi dans le pays du nord.

Fléau du binarisme dont même nous, à la France Insoumise, devrions nous sortir… Pourquoi tant d’enthousiasme pour Bernie Sanders, qui a fini par se rallier à Joe Biden, et si peu de soutien à ces candidat-e-s qui cherchent à construire une alternative écosocialiste ?

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