Chloroquine : en pleine crise du Covid-19, l’État laisse mourir son industrie pharmaceutique

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La chloroquine va-t-elle nous sortir de la pandémie ? Pour l’heure, rien de sûr. Mais la seule usine en France capable d’en produire est en redressement judiciaire. Quand bien même le gouvernement volerait à son secours, n’est-il pas déjà trop tard ?

Frédéric Gibert est élu du CSE, délégué CGT et magasinier de FAMAR Lyon.

 

Regards. Comment votre usine en est-elle arrivée au redressement judiciaire ?

Frédéric Gibert. On a eu une perte de deux clients courant 2019, qui a fait que le groupe voulait se séparer de Saint-Genis-Laval. En juin 2019, le groupe FAMAR a décidé, dans le cadre d’une cessation de paiement, de placer l’usine de Saint-Genis-Laval en redressement judiciaire. Le groupe l’a fait car elle avait le souhait de vendre l’entité FAMAR auprès de groupes industriels ou de fonds d’investissement, ce qui a été fait : la partie Nord a été vendue à Delpharm – qui est aussi un acteur de la sous-traitance pharmaceutique en France – et la partie Sud à un fonds d’investissement américain York/ECM. Aujourd’hui, cette usine emploie 250 salariés, une trentaine d’intérimaires et une quinzaine de salariés d’entreprises extérieures. Et nous n’avons pas de repreneur, nous n’avons reçu aucune offre permettant un avenir au site industriel. L’audience au tribunal, qui devait avoir lieu le 17 mars, demandait un renouvellement de l’activité jusqu’à juillet. Le tribunal étant fermé pour raison de confinement, on dépend de cette situation. Quoi qu’il arrive, il y a de fortes chances que l’usine soit fermée après juillet.

 

On ne sait pas encore si la chloroquine peut aider à vaincre le Covid-19. Mais l’urgence est là, tant pour la santé des Français que pour l’avenir de votre usine. Que dites-vous de cette situation ?

Le risque, c’est qu’on découvre que la chloroquine soigne après la fermeture de l’usine. Et encore, pour pouvoir fabriquer la Nivaquine – dont le principe actif est la chloroquine sulfate –, on passe par un tiers, Sanofi, qui est détenteur de ce produit. Donc avant de commencer la production de la Nivaquine, il faut permettre au fabricant du principe actif de pouvoir nous le livrer. Or, le délai d’approvisionnement est important, d’autant plus que le fabricant est en Inde…

C’est tout le principe d’une crise : si elle n’est pas anticipée, c’est fichu…

Exactement. Tant qu’une situation n’est pas critique, on reste sur la même politique. Le jour où, dans leurs rouages, il y a un blocus, des questions se posent et on remet à plat les problématiques d’indépendance et de besoins sanitaires. Je ne suis pas certain que la crise sauve notre usine, car nous ne savons pas si la chloroquine est le produit certifié pour éradiquer le Covid-19. On a des chances de pouvoir donner un souffle au site de Saint-Genis-Laval, le temps de la crise puis le temps de retrouver un repreneur, mais de là à dire que ça sauvera le site… Le chemin est long.

« Il n’y a aucune projection, aucune résonance, en termes de santé publique, sur le besoin sanitaire en France. La crise du Covid-19 ne change rien pour l’instant. Mais le débat va se poser. »

Votre usine produit 12 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, dont la Nivaquine, un antipaludéen à base de chloroquine. En pleine crise du Covid-19, vos adresses au gouvernement se font plus pressantes. Avez-vous eu des retours ?

Avant même notre redressement judiciaire, on a adressé des lettres aux ministères de la Santé et de l’Économie. Nous n’avons eu aucun retour de leur part. Jusqu’à ce jour. On commence juste à avoir des retours de quelques sénateurs et députés, du fait de la pandémie.

Mettons le Covid-19 de côté. Votre usine fabrique des médicaments, notamment contre le paludisme. Or, la pandémie de coronavirus montre les dangers d’une dépendance envers d’autres pays pour assurer le soin des Français. Cette situation est paradoxale, non ?

C’est clair. Il n’y a aucune projection, aucune résonance, en termes de santé publique, sur le besoin sanitaire en France. La crise du Covid-19 ne change rien pour l’instant. Mais le débat va se poser. Je ne sais pas si les décisions qui seront prises par la suite permettront de redistribuer les cartes du besoin sanitaire en France, du besoin d’indépendance, mais le débat aura lieu. Après, à qui profitera-t-il ? Ce qui est certain, c’est que l’industrie est mise à mal, dont l’industrie pharmaceutique. On se retrouve dans une situation où le manque industriel devient criant.

IL FAUT NATIONALISER FAMAR

Manifestation des salariés de FAMAR le 4 juillet

Nationalisons Luxfer !

Pour aider nos soignants face au coronavirus COVID19: les remercier c’est bien, leur fournir du matériel c’est mieux! La dernière usine d’Europe à produire des bouteilles d’oxygène ferme. Ne laissons pas faire! Nationalisons Luxfer!


Faites comme vous voulez, lisez l’article d’abord et signez ensuite, ou le contraire, mais pour la santé de tous, signez.
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C’est à l’heure actuelle un symbole de plus de l’incurie de notre gouvernement. L’usine Luxfer, à Gerzat dans le Puy de Dôme, est la dernière de l’Union Européenne à fabriquer des bonbonnes d’oxygène pour les pompiers de les hôpitaux. Précieuse depuis toujours, indispensable maintenant, qu’à cela ne tienne ! Elle va fermer et tous ses ouvriers ont été licenciés.

Sans doute ne les avait-on pas prévenus, au gouvernement, qu’une épidémie allait arriver. Et donc le 20 février 2020 les dix derniers ouvriers (délégués syndicaux) se voyaient confirmer leur licenciement par le ministère du travail ! 136 emplois sur le carreau…

Mieux que nous, voici pour en parler Florent NARANJO, élu de la France Insoumise à la ville et métropole de Clermont-Ferrand.


Pour en savoir plus sur ce conflit social qui dure depuis quatorze mois, cliquez sur la photo de François Ruffin, qui est allé les soutenir. Vous pourrez lire un article de La Montagne : “Au coeur de dix mois de lutte avec les salariés de Luxfer à Gerzat

Accès gratuit aux tests et aux soins pour tou-te-s

129 589 cas, 4 749 décès – et l’épidémie de coronavirus ne fait que commencer.

Le 27 avril on saura si le remdesivir de la société californienne est efficace contre le COVID-19. Une bataille autour des brevets sévit dans le contexte de crise sanitaire.

Mais pendant que le monde se fige dans la peur, les grandes entreprises pharmaceutiques, elles, espèrent s’enrichir. Le géant pharmaceutique Gilead a déjà vu ses actions monter en flèche de 12 milliards de dollars. Ce serait formidable si ce laboratoire pouvait trouver un vaccin, mais cette entreprise est plutôt connue pour ses prix abusifs : elle fait payer jusqu’à 2 000 dollars pour un mois de traitement contre le VIH !

Les traitements et les tests ne peuvent pas être réservés aux seuls riches : il s’agit d’une crise mondiale, pas d’une opportunité de business. Lorsque nous serons assez nombreux à exiger que tous les tests et traitements contre le coronavirus soient gratuits, nous rendrons le PDG de Gilead célèbre, en affichant son visage sur des panneaux d’affichage qui le poursuivront partout où il ira jusqu’à ce qu’il accepte notre demande : 

Exigez la gratuité des tests de dépistage et des futurs traitements contre le coronavirus, dans le monde entier.

Un vaccin est tout à fait probable d’ici un an ou plus, mais un programme de traitement pour les personnes déjà infectées pourrait être mis en place dès le mois de juin !

Ce n’est pas seulement le traitement qui devrait être gratuit. Partout, les gens devraient aussi pouvoir se faire dépister gratuitement. Actuellement, la crainte d’avoir à payer des frais médicaux élevés pourrait empêcher les personnes potentiellement infectées de se faire dépister, et nous en connaissons déjà la conséquence : le virus se propage d’autant plus.

Nous pouvons changer cela. En temps de crise, la pression de l’opinion publique est particulièrement forte, car les gouvernements et les dirigeants sont sur les nerfs. Soyons clairs : les tests de dépistage, les traitements et l’accès aux soins ne sont pas réservés aux seuls riches. Ajoutez votre nom et partagez cet appel à travers le monde pour participer à rendre le PDG de Gilead célèbre et à augmenter la pression :

Demandez des tests de dépistage et des futurs traitements gratuits pour le coronavirus, dans le monde entier

La communauté SumOfUs a été créée pour des moments comme celui-ci : les pandémies mettent à l’épreuve notre sens de l’humanité et notre solidarité comme aucune autre crise, et nous avons le choix de répondre à ce péril par une réponse humaine qui prenne soin de nous tous. Agissons ensemble maintenant pour sauver des vies !

847 000 européens exigent la fin de l’impunité des multinationales et de l’arbitrage entre investisseurs entre investisseurs et Etats

Depuis janvier 2019, un collectif composé de plus de 200 organisations de la société civile issues de 16 pays de l’Union européenne – dont plus de 40 en France – ont animé une grande campagne de mobilisation citoyenne intitulée “des droits pour les peuples, des règles pour les multinationales”. Une pétition, réunissant 847 000 signataires à sa clôture fin janvier 2020, interpelle les dirigeants des institutions européennes et des États membres sur la nécessité d’instaurer des règles contraignantes sur le respect des droits humains et de l’environnement par les entreprises multinationales, et de mettre fin aux privilèges dont elles bénéficient via les accords d’investissement (tribunaux d’arbitrage, ISDS etc).

En France, ce sont 56 député.e.s européen.ne.s qui ont pris des engagements en la matière, lors des dernières élections. Le vote sur les accords commerce et investissement entre l’UE et le Vietnam ce mardi 11 février 2020 leur offre une première opportunité concrète de passer de la parole aux actes : il serait inconcevable que les eurodéputé.e.s ratifient des accords qui vont encore accroître le pouvoir des entreprises multinationales au détriment des droits humains et de l’environnement.

Les 46 organisations françaises membres de cette campagne ont écrit au Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian, le 13 janvier dernier, pour le rencontrer afin de l’entretenir de ces exigences collectives et lui remettre la pétition. Nous attendons sa réponse.

Notes :

Clic pour lire sur le site du collectif Stop-TAFTA

Le gouvernement accélère la privatisation de l’Office national des forêts

Reporterre révèle que le gouvernement entérine la privatisation de l’office public chargé des forêts : ses agents pourront de plus en plus être de droit privé. Cette mesure capitale affaiblira leur pouvoir de protection des forêts. C’est un nouveau recul, alors même que le changement climatique exige une attention accrue pour les massifs français.

C’est un nouveau coup porté au service public forestier. Mercredi 22 janvier, une rencontre a eu lieu entre la direction générale de l’Office national des forêts (ONF) et les organisations syndicales représentant les personnels de droit public. Au cours de la réunion, il a été expliqué aux syndicalistes que le gouvernement présenterait en Conseil des ministres, en février prochain, un projet de loi d’habilitation sur « la modernisation de la Fonction publique ».

Une fois cette loi votée, le gouvernement pourra prendre des mesures par ordonnance dans un délai d’un an. Selon le compte-rendu de Synergie FO, présent lors de la réunion, des modifications législatives seront prévues spécifiquement pour l’ONF. « Leurs conséquences pourraient être dramatiques, disent à Reporterre les syndicalistes. Elles entérineraient le processus de privatisation en cours. »

Lire l’article entier sur le site de Reporterre

CONCILIER PATRIMOINE, RELOCALISATION ÉCONOMIQUE ET TRANSITION ÉCOLOGIQUE, C’EST POSSIBLE

L’article
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ParDorian Bianco -12 décembre 2019

La révision de la loi Elan en 2018 a retiré le rôle opposable de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) pour les projets d’urbanisme situés aux abords d’un monument historique. Ce retour en arrière face aux politiques de préservation initiées par Malraux (1963) permettrait théoriquement de détruire certains secteurs des centres-villes historiques sous couvert d’insalubrité, comme le quartier du Panier à Marseille et Saint-Leu à Amiens où habitent encore des classes populaires n’ayant souvent pas les moyens de maîtriser eux-mêmes la rénovation de l’habitat ancien. Or, la mise en valeur du patrimoine français et de ses méthodes constructives, entendus comme une relation dynamique entre l’environnement bâti et les paysages culturels dans lesquels ils s’insèrent, pourrait à l’inverse accompagner la transition énergétique du logement par une politique économique nationale de soutien aux industries locales et traditionnelles.

La cathédrale Notre-Dame d’Amiens (Somme) vue depuis le parc Saint-Pierre en automne
© Dorian Bianco

L’urgence climatique actuelle crée les conditions inédites d’une conversion écologique à grande échelle, et pousse les acteurs politiques, administratifs et scientifiques à mettre au point un modèle ambitieux de transition pour réduire la consommation d’énergie, mieux isoler les logements ou encore empêcher l’étalement urbain mitant les espaces ruraux et agricoles. Or l’intégrité paysagère et architecturale du patrimoine bâti est parfois considérée arbitrairement comme un obstacle à cette conversion.

A Paris, les projets de végétalisation du parvis de l’hôtel de ville ou l’arrière de l’Opéra Garnier risqueraient de nuire au dégagement des monuments historiques. Peu ambitieux écologiquement, ces programmes n’envisagent même pas d’accord avec l’histoire du paysage parisien (aménager des coulées vertes, planter d’arbres en cœur d’îlot ainsi que sur les boulevards, couvrir les pignons aveugles de vigne vierge ou de lierre plutôt que de gâcher une perspective historique, etc). De manière récurrente, la soi-disant transition écologique des villes nous garantit souvent la défiguration de leur physionomie historique, et les programmes d’habitat écologique présentés dans la presse spécialisée semblent parfois indifférents à leur environnement bâti historique.

LA LOI ELAN, SPÉCULATION IMMOBILIÈRE CONTRE PRÉSERVATION DES PAYSAGES ?

Les évolutions politiques et juridiques récentes mettent en lumière l’ambiguïté et l’incohérence de cette opposition arbitraire entre la conservation du patrimoine et les discours qui justifient de manière contestable la transition écologique ainsi que l’urgence du logement. La loi Elan(2018), sous couvert de transition sociale et environnementale, autorise la réhabilitation ou la destruction de l’habitat insalubre aux abords d’un monument historique dans les zones protégées en retirant le rôle opposable des architectes des Bâtiments de France (ABF). Ils seront désormais simplement consultés pour donner un avis. Leur rôle opposable leur est également retiré pour l’installation d’antennes-relais qui pourrait potentiellement dégrader un paysage. Ces deux dispositions créent l’article L-632-2-1 du Code du patrimoine dans le chapitre qui est consacré aux opérations d’urbanisme situées à l’intérieur du périmètre des « sites patrimoniaux remarquables ». L’ensemble de la loi Elan, validée par le Conseil constitutionnel le 15 novembre 2018, contribue à une conception régressive du patrimoine français. A l’inverse d’une vision large et globale qui inclut tout autant les bâtiments monumentaux que l’habitat ancien articulé à une échelle paysagère, la nouvelle loi risque d’impliquer la déconsidération du bâti modeste et populaire au profit d’une vision classique et hiérarchique qui ne se concentrerait que sur un patrimoine monumental.

La loi Elan, fustigeant la lenteur administrative de la législation précédente, vise avant tout la construction rapide et à faible coût des logements (« Construire plus, mieux et moins cher »), reléguant au second plan l’intégrité architecturale, paysagère et culturelle des zones soumises à ces opérations d’urbanisme. Ses autres dispositions sont également inquiétantes, comme la suppression du concours d’architecte pour les logements sociaux au profit de la conception-réalisation. Elle témoigne à la fois d’une dérégulation de l’urbanisme français et d’un transfert de la décision des professionnels (architectes, historiens et autres spécialistes) aux seuls administrateurs (gouvernance territoriale, opérateur économique) qui ne disposent pas forcément des connaissances historiques pour appréhender la subtilité d’un environnement bâti (matériaux et formes employés dans le vernaculaire urbain, paysage industriel, patrimoine de la Reconstruction, etc).

Derrière l’esprit modernisateur affiché par la loi Elan, son objectif n’a en fait rien à voir avec la planification fordo-keynésienne de l’urbanisme d’après-guerre qui avait le but de garantir un logement à tous, mais bien de servir les intérêts des acteurs privés de l’immobilier. La construction de logements neufs est plus lucrative pour les promoteurs immobiliers que la rénovation du bâti ancien. Surtout, elle ne facilite en rien une transition écologique réelle et risque à l’inverse d’accélérer la construction en masse d’un habitat de mauvaise qualité, fortement producteur en émissions de CO2. Les matériaux comme le béton, importés de l’étranger à cause de l’internationalisation des chaînes de production, sont peu durables puisqu’une rénovation, voire une destruction, s’envisage parfois au bout de vingt ou trente ans. Aucun cadre contraignant n’empêche par ailleurs l’usage de méthodes constructives polluantes comme les modules de béton, dont le résultat esthétique, en l’absence du rôle opposable de l’ABF, risquera de mal s’intégrer au bâti ancien ou aux paysages périphériques et semi-ruraux.

Spectacle de désolation urbaine dans le quartier Saint-Leu d’Amiens (Somme) où des bâtiments à l’abandon, voire en ruine, cèdent progressivement la place à des reconstructions. © Dorian BIANCO

Cette loi accompagne ainsi une fragilisation déjà entamée du patrimoine français. Elle permettra, par exemple, de passer outre la valeur historique, architecturale et socio-culturelle d’un quartier d’origine médiévale comme Saint-Leu à Amiens. Dans cette zone en voie de bruxellisation, plusieurs maisons anciennes à l’instar des fameuses amiénoises issues de la révolution industrielle y sont actuellement détruites sous couvert de lutte contre l’habitat insalubre. Même si les programmes reconstructeurs reproduisent les formes du bâti ancien, celui-ci disparaît au lieu d’être rénové car la population traditionnelle de ce quartier dispose de faibles revenus qui ne lui permet pas de lutter contre la gentrification opérée au profit de l’installation de jeunes diplômés. Cette menace sur le patrimoine national semble émouvoir peu de monde tant qu’elle concerne des villes et des paysages méconnus du grand public (personne n’oserait imaginer la destruction d’une partie du quartier latin ou du Marais en 2019 si ceux-ci étaient encore insalubres). Comment concilier alors la protection du patrimoine et des paysages, l’habitat social et l’urgence de la transition écologique ?

CONSERVER LE PATRIMOINE DANS LE CADRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE

A l’inverse d’une opinion courante sur la question, la préservation du patrimoine ne rentre pas nécessairement en contradiction avec la transition écologique dans le domaine de la construction, aujourd’hui responsable d’une part très importante des émissions de CO2 dans l’atmosphère. A l’inverse, la transition écologique pourrait constituer l’occasion de renouer avec des méthodes constructives vernaculaires ou traditionnelles dont les matériaux sont durables. De nombreux travaux universitaires vont d’ailleurs dans ce sens. La connaissance de ces techniques, puisqu’elle dépend de la préservation et de l’étude du bâti agricole, domestique et industriel d’un espace local souvent associé, en France, aux régions naturelles, nécessite l’intervention de professions spécialisées (architecte des Bâtiments de France, historien de l’architecture, archéologue du bâti ou encore géographe et ingénieur en plus de l’architecte DPLG).

Prenons l’exemple des régions naturelles de la Normandie. Dans le Pays de Caux (Seine-Maritime), le bâti vernaculaire utilise des ressources locales comme la brique issue des sols argileux à proximité et le silex extrait de la craie. Sur la rive gauche de la Seine, dans le Marais Vernier (Eure), les chaumières sont très fréquemment construites en pan de bois, dont le hourdage (le remplissage des murs) utilise le torchis, un matériau qui constitue un béton naturel mêlant l’eau, l’argile, la paille et le foin. Résistant mal à l’humidité, la brique peut s’y substituer grâce à son extrême durabilité et à ses qualités d’isolation, comme dans l’habitat industriel en rangs de maison présent dans les villes proches de Rouen, Amiens ou encore Fécamp. L’ensemble de ces méthodes constructives constituent des procédés davantage respectueux de l’environnement puisqu’ils comportent une empreinte écologique faible : les matériaux sont généralement extraits à proximité (moins de transport en véhicule) et leur transformation manufacturière rejette moins de CO2 que le béton et le ciment, surtout avec des matériaux très peu transformés comme le bois.

De concert avec cet emprunt aux méthodes constructives traditionnelles, un plan ‹‹ Marshall ›› de rénovation thermique permettrait de gaspiller moins d’énergie, comme la stratégie d’isolation ‹‹ invisible ›› ne modifiant pas l’aspect esthétique des façades (laine de verre sur les plafonds, isolants intérieurs). Associé à l’adoption d’un urbanisme valorisant l’habitat collectif ou semi-collectif contre le pavillon individuel provoquant l’étalement urbain, ces trois éléments forment un nouveau modèle dont les architectures vernaculaires pourraient constituer une source d’inspiration pour concilier la transition écologique avec la préservation du patrimoine bâti et des paysages culturels. Afin de ne pas épuiser les ressources limitées des sols, ces projets ne concerneraient que des programmes nécessaires comme le logement social ou des halles de marché (dans un contexte de relocalisation agricole) et non la construction d’infrastructures sans utilité sociale directe (centre commercial ou culturel). Mais cela suppose un double effort : d’une part se contenter de produire et de consommer que ce dont nous avons réellement besoin, et d’autre part considérer le bien-être collectif au-delà de son confort individuel (la sobriété énergétique contre l’individualisme flambeur). La Reconstruction d’après-guerre constitue à cet égard un modèle intéressant puisqu’elle fut motivée par l’idée d’un effort national matérialisé par une architecture du compromis et de la nécessité où la simplicité se voulait l’image de la décence face à l’ampleur du sinistre.

Un autre effort consiste à ne plus discriminer, tant sur le plan économique que culturel, les territoires et à opposer à la stigmatisation spatiale le rempart d’une politique égalitaire d’aménagement supervisée par l’État. Une habitude regrettable, encore répandue en France, consiste à ne s’intéresser qu’aux centre-ville anciens et aux zones naturelles protégées en délaissant les espaces intermédiaires et périphériques où vivent de nombreuses classes populaires. Considérer l’intégrité paysagère de la France dans son ensemble et dans ses réalités bâties contemporaines permet d’éviter l’écueil selon lequel il y aurait un modèle de la belle ville (Paris ou Carcassonne) contre les villes « repoussantes » (Le Havre ou Dunkerque) et des beaux paysages (Luberon ou Cornouaille) contre des pays laids (Beauce ou Westhoek). Pour reprendre le concept bourdieusien de racisme de l’intelligence, on peut questionner l’existence d’un racisme socio-spatial, souvent associé à ce jugement esthétique, envers les habitants des banlieues populaires, du périurbain et des villes en crise industrielle. Or l’urbanisme ne peut pas être fondé sur de tels jugements péremptoires et subjectifs qui impliquent de valoriser les territoires à préserver en priorité tout en dénonçant les « retardataires » ou les « inaptes ».

Paysage urbain et portuaire de Fécamp (Seine-Maritime), dont la dynamique historique associe l’architecture monumentale (ici, l’église Saint-Etienne) aux logements et aux industries. © Dorian Bianco

Ces opérations architecturales durables et modestes, à destination de tous les territoires, pourraient concerner des programmes de logements sociaux dans les villes petites et moyennes ainsi que dans les communes rurales, tandis qu’elles relanceraient l’activité économique dans les secteurs locaux de type manufacturier ou artisanal. Enfin, ces projets renforceraient l’homogénéité et la spécificité de chaque paysage urbain ou rural, à l’inverse de la défiguration provoquée par les pavillons épars en béton qui s’intercalent souvent entre un bocage et un bourg ancien comme dans le pays de Bray ou le Lieuvin. Par exemple, pour poursuivre nos exemples normands, on pourrait remplacer les futurs pavillons dans les espaces rurbains par des programmes de logements sociaux en habitat semi-collectif (plan de maisons denses et mitoyennes, artificialisant une étendue plus restreinte des sols sans rompre avec la faible hauteur du bâti ancien).

Ils utiliseraient des briques fabriquées localement, avec un bardage en bois peint dans des couleurs normandes et des toitures de chaume ou d’ardoise des Ardennes ou d’Angers. Bien entendu, des projets récents approchent ce modèle. La reconstruction de la « maison médiévale » devenue la mairie de Saint-Sulpice-de-Grimbouville (Eure) a associé les métiers du patrimoine et de la conservation aux architectes pour réaliser un bâtiment dans la tradition des techniques en pan de bois et en couverture de chaume, avec un résultat remarqué pour sa qualité architecturale. Malheureusement, ces réussites sont trop peu nombreuses face aux opérations immobilières courantes. La restauration des paysages traditionnels, dont aujourd’hui seuls les corps de métier comme l’ABF ont une connaissance approfondie, serait la manifestation d’une transition écologique de l’urbanisme appliquée au logement des classes populaires. Surtout, elle inciterait des milieux très différents de l’architecture (historiens, conservateurs, architectes DPLG) à se rapprocher ou à interagir sur des projets contemporains.

PASSER D’UN URBANISME NÉOLIBÉRAL DE PRESTIGE À DES OPÉRATIONS MODESTES ET DURABLES

Pour comprendre l’intérêt de ce modèle et le mettre en place, il est nécessaire de décorréler l’objectif de progrès matériel (que doit viser une transition énergétique post-néolibérale) de l’impératif préalable de la croissance avec les débouchés consuméristes qu’elle génère (seul argument pertinent à conserver de la critique anti-moderne des années 1960 et 1970). Une telle initiative est impossible à mettre en place sans une politique économique de l’État qui soutiendrait les industries locales contre le faible coût des matériaux étrangers et un arsenal juridique de protection patrimoniale et paysagère. En premier lieu, il convient de subordonner ces objectifs socio-économiques à un système de planification étatique dans des proportions au moins équivalentes à la reconstruction d’après-guerre supportée par le Plan Marshall. Par voie de conséquence, les exigences ordo-libérales de réduction du déficit et de remboursement de la dette devraient être abandonnées, car une telle politique nécessite d’augmenter les dépenses publiques et territoriales. En second lieu, il serait nécessaire de revenir dans l’urgence sur la loi Elan. Se situant dans la lignée des lois votées sous la présidence Giscard d’aide à la pierre, elle facilite à nouveau l’accès à la propriété individuelle qui a déjà provoqué le mitage des zones rurales et la marginalisation des architectures vernaculaires dans le paysage, dont on retrouve des échos dans l’expression polémique et arbitraire de « France moche« .

Néanmoins, cette attaque contre les paysages français ne doit pas cacher les effets négatifs des politiques de conservation telles qu’elles sont pratiquées depuis près d’une cinquantaine d’années. Elles posent en effet de nombreux problèmes sociaux : muséification des centre-ville, augmentation des prix du foncier à cause des opérations de réhabilitation et gentrification des quartiers populaires comportant un bâti ancien de qualité. Dans les Métropoles barbares, Guillaume Faburel montre à juste titre que la patrimonialisation est un facteur de métropolisation, et par conséquent, de disparités croissantes dans le tissu socio-urbain. Ce paradoxe révèle la contradiction entre un discours de valorisation patrimoniale, utilisée comme un élément de communication tributaire de la logique du « marketing territorial » qui « événementialise » la ville, et le mauvais état de certains monuments historiques lié aux coupes budgétaires sur le patrimoine.

VERS UNE CONCEPTION SOCIALE DU PATRIMOINE ?

Plutôt que de figer le patrimoine dans le souvenir nostalgique des villes pré-industrielles, il faut au contraire le considérer dans sa relation les paysages dynamiques et évolutifs de l’industrie. A rebours des conceptions du Front national, une conception sociale et moderne du patrimoine permettrait d’articuler les exigences d’un habitat collectif pour tous avec la transition écologique. En d’autres termes, le patrimoine, c’est l’intérêt général, et sa préservation est l’expression d’une œuvre collective, qui s’oppose aux projets servant les intérêts d’une métropole désirant capter l’investissement dans les nouvelles technologies au dépend des territoires qui l’entourent (Eurallile, Mucem à Marseille, Grand Paris…). Cet intérêt général passe par la restauration de certains corps de l’État. Les architectes des Bâtiments de France sont des fonctionnaires au service de l’État français depuis 1946 et garantissent à ce titre la préservation du patrimoine national en tant que prérogative d’intérêt général (ils ont été fusionnés au corps des Architectes et Urbanistes d’État en 1993).

A cet égard, la dénonciation postmoderne de l’État, taxé de technocratisme et de planification autoritaire, confond la confiscation des décisions politiques par la gouvernance territoriale avec la nécessité d’avoir des institutions étatiques d’intérêt général, notamment en matière d’urbanisme et de patrimoine. La critique très confuse du pouvoir antidémocratique des experts contre les gens ne permet pas d’établir une distinction essentielle entre l’architecte dont il faut restaurer le pouvoir et le gestionnaire qui applique aujourd’hui le New Public Management dans les politiques urbaines (la Reconstruction d’après-guerre fournit l’exemple d’une opération d’urbanisme où la planification urbaine met en valeur l’intérêt général et le rôle de l’architecte). En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’une loi favorise le pouvoir des ingénieurs ou celui des promoteurs immobiliers que toute loi ou toute institution de l’État sera forcément instrumentalisée par des intérêts particuliers, alors que les architectes des Bâtiments français défendent justement la préservation du patrimoine au nom de l’intérêt général selon une conception analogue à la fonction publique hospitalière ou territoriale.

On pourrait même étendre la notion, développée par Pierre Bourdieu, de « main gauche de l’État » à la protection du patrimoine contre la spéculation immobilière, même s’il faut admettre qu’il s’agit d’un enjeu affectant souvent les catégories sociales disposant d’un capital culturel élevé et qu’il n’apparaît pas essentiel pour de nombreuses personnes. De la même façon, l’intérêt pour le paysage, notion d’origine artistique, demeure souvent réservé aux classes moyennes supérieures. Pour éviter cet écueil, la préservation du patrimoine et du paysage pourraient à l’inverse s’articuler autour d’objectifs anti-spéculatifs et écologiques.

Pour parvenir à mettre en place ce changement de paradigme, il risque d’être vain de recourir au « droit à la ville » pour appuyer de possibles luttes locales contre les futurs plans d’aménagement qui ne respecteraient ni le bâti ancien, ni la composante sociologique d’un quartier, car c’est à l’échelle nationale que réside la possibilité de réconcilier le patrimoine avec un double objectif social et écologique : par la suppression du nouvel arsenal juridique de la loi Elan et par l’instauration au niveau de l’État d’une politique économique de relance et de soutien aux industries locales, visant à réemployer des matériaux durables selon des procédés respectueux d’un environnement tout autant physique, géologique, climatique qu’artistique et culturel. Les combats associatifs à l’échelle locale n’ont eu historiquement aucun impact puisque les dynamiques urbaines négatives (gentrification, spéculation immobilière, artificialisation des sols) n’ont cessé de s’aggraver depuis plus de quarante ans. C’est donc à l’État d’en prendre le relais.

La France, célèbre dans le monde entier pour son patrimoine diversifié, risque de voir ses villes et ses paysages défigurés à cause de préjugés sur une transition écologique superficielle ou de malheureuses opérations d’urbanisme ignorantes du paysage. Et ce qui concerne le bâti s’applique aussi à l’environnement : le réchauffement climatique le modifie déjà en asséchant les sols dans certains régions d’openfield et en remplaçant le hêtre par le chêne vert aux zones de contact avec les environnements méditerranéens. La baisse récente du budget de l’Office national des Forêts (ONF), chargé d’étudier et de conserver une part importante du patrimoine botanique français, ne peut qu’aggraver cette situation au moment où une politique écologique est plus que jamais nécessaire pour adapter les forêts au réchauffement climatique. Contre cette perspective, des initiatives sont élaborées pour adapter les paysages français à la transition vers une économie décarbonée, comme les scénarios proposés par le collectif Paysages de l’après-pétrole (PAP) pour la Thiérache, l’Île-de-France et la Beauce, consultables dans l’ouvrage Ruralités post-carbone. En opposition aux conceptions réactionnaires qui souhaiteraient figer l’esthétique des paysages dans une forme historique pré-industrielle, la sortie du productivisme agricole et forestier conduirait nécessairement à les faire évoluer de concert avec la relocalisation industrielle selon un aspect qui empruntera tout autant au passé qu’aux innovations présentes et futures (reboisements d’arbres feuillus, aménagement de nouveaux marais maraîchers ou réimplantation du bocage selon les régions, construction de halles de marché en centre-ville, réouverture d’industries locales et réhabilitation des centres commerciaux périphériques pour de nouveaux usages…).

Cependant, ne mener ces actions qu’à une échelle locale comme si l’on croyait aux vertus d’un diffusionnisme spontané risque d’engager des déséquilibres territoriaux que seul l’État peut contenir par une politique d’aménagement planifié. Contre le management par projet et le repli en communautés autogérées, il s’agirait d’engager un plan capable de transformer à nouveau la société dans son ensemble. Et le temps presse : sur l’échelle de quelques décennies, les paysages verdoyants qu’affectionnent beaucoup de Français et de touristes étrangers risquent de se modifier, voire de s’altérer gravement sur une partie importante du territoire. Avec les conséquences futures de la loi Elan, la France risque de ne plus ressembler à ce que nous connaissons si aucune politique écologique et patrimoniale volontariste n’est rapidement mise en place.

Revue: Faire face à l’apocalypse

Le tableau « Fin du travail » de Jules Breton. Aujourd’hui, les agriculteurs ne représentent plus que 3 % de la population active en France, tout en restant l’un des métiers les plus indispensables de notre société. © Brooklyn Museum

Avec l’activisme insurgé autour du climat face à la crise, un livre marxiste sur le climat arrive à point nommé. John Walker examine le livre d’Alan Thornett, Facing the Apocalypse: Arguments for Ecosocialism .

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations Unies a averti qu’il ne restait que douze ans pour que le réchauffement climatique soit maintenu à un maximum de 1,5⁰ Celsius, sinon la Terre sera confrontée à des sécheresses, des inondations et une chaleur extrême, avec les membres les plus pauvres de l’humanité. étant le plus touché.

En réponse, entre autres, en Grande-Bretagne, nous avons vu les actions d’Extinction Rebellion et, à l’échelle internationale, une série de grèves scolaires, qui ont abouti à la grève mondiale pour le climat le 20 septembre 2019.

Dans ces conditions, la parution d’un livre sur le changement climatique par un marxiste arrive à point nommé. Le livre d’Alan Thornett, Facing the Apocalypse , n’est pas le premier livre sur l’environnement d’un marxiste, mais c’est un excellent résumé de ce que la crise entraîne et des approches possibles. Ses approches peuvent être critiquées (et plus tard dans cette revue, elles le sont), mais il est clair qu’il entend son livre comme le début d’un débat nécessaire et non comme sa conclusion finale. En tant que tel, il est extrêmement utile.

Le livre est le résultat de trois années de recherches très solides et est simple, direct et clair. Il s’agit essentiellement d’une série de courtes introductions à une analyse marxiste des aspects importants de la crise. Il est divisé en quatre sections: l’ampleur et la gravité de la crise, l’évolution de l’écosocialisme (démontrant ses racines dans le marxisme classique), des introductions à divers débats à gauche, avec la dernière section réimprimant les débats auxquels Thornett a participé.

Les chapitres sont courts et au point, d’excellents résumés de ce que vous devez savoir. Par exemple, la première section, sur l’étendue et la gravité de la crise, contient des chapitres définissant ce qui est possible, et ce qui n’est pas possible, sur la planète Terre («limites planétaires»), l’eau propre, la pollution et la sixième (actuelle) extinction massive de espèce. Aucun de ces chapitres n’est long et ils sont une introduction accessible à la science pour ceux qui la connaissent moins.

Dans la deuxième section, Thornett retrace l’histoire de l’écosocialisme, y compris ses racines dans les écrits de Marx et Engels. En plus de discuter de ses racines théoriques, il écrit également sur les luttes des peuples autochtones dans les pays du Sud – des informations utiles à utiliser contre ceux qui prétendent que la lutte pour l’environnement est une mode des classes moyennes du Nord.

La troisième section – de loin la plus longue – est une discussion sur la stratégie et la tactique. Face à l’urgence écologique (qui ne se limite nullement au climat) que faire? Thornett parle notamment de la question de savoir si les pollueurs doivent être taxés, les problèmes de croissance économique et si une quantité suffisante de nourriture peut être cultivée de manière durable pour nourrir la population mondiale. Il discute de l’automobile et des systèmes de transport, y compris des solutions telles que les véhicules électriques, les transports publics gratuits et le péage urbain. Il écrit également sur la croissance démographique, dont plus tard.

Les chapitres de cette section contiennent des informations extrêmement utiles, réduites à l’essentiel, à la fois pour les militants du climat et pour ceux qui ne connaissent pas le sujet. Cependant, vous en savez beaucoup sur la crise environnementale.

La dernière, quatrième section, réimprime un certain nombre de débats auxquels Thornett a participé à la suite de ses recherches. Le lecteur peut donc voir certaines des critiques qu’il a reçues pour ses opinions et ses réponses.

L’un des sujets abordés dans cette dernière section est la croissance de la taille de la population humaine, également abordée dans la troisième section. Il adopte l’opinion dominante de la gauche marxiste selon laquelle l’augmentation de la population n’est pas un problème. Il insiste sur le fait que, à moins que quelque chose ne soit fait à ce sujet, la taille de la population humaine deviendra écologiquement insoutenable. Ce n’est pas, dit-il, une question de nourriture. Il est d’accord avec ceux comme Martin Empson qui soutient que le problème alimentaire est lié à la distribution, que suffisamment de nourriture est produite pour nourrir la planète mais qu’elle n’atteint pas les affamés. Au lieu de cela, Thornett pense qu’il s’agit d’êtres humains vivant aux côtés d’autres espèces. Nous les extrayons en utilisant des ressources qui ne leur sont donc pas disponibles.

Il passe une bonne partie du chapitre sur la population dans la troisième section à se défendre contre les accusations de malthusianisme. Il est vrai que les écrits de Malthus ont dominé la pensée dominante sur la croissance démographique. Malthus, écrivant à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, a soutenu que, puisque la population humaine augmente à un rythme géométrique (1, 2, 4, 8, 16, etc.) tandis que l’approvisionnement alimentaire augmente à un rythme arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, etc.), toute tentative d’élever le niveau de vie de la masse de la population ne peut que conduire à la famine. La population humaine dépassera toujours ses disponibilités alimentaires. Le seul moyen, conclut-il, que les membres de la population active puissent élever leur niveau de vie est l’abstinence sexuelle. L’argument de Malthus était la théorie derrière l’introduction de l’atelier dans la Grande-Bretagne du XIXe siècle. Thornett nie que c’est son argument – longuement, car il semble très sensible à l’accusation – et, en effet, ce n’est pas le cas. Sa solution à la question de la croissance démographique est très différente.

Là où Thornett a raison dans son traitement de la croissance démographique, il est lié au féminisme. Il titre son chapitre «Population: un enjeu écoféministe». Il a raison de faire le lien, mais il a également raté le bateau. Pendant une grande partie du milieu du siècle dernier, dans de nombreux pays européens, les gouvernements ont estimé que la population déclinait et ont encouragé les femmes à avoir plus de bébés. Mais c’était à l’époque et c’est maintenant. Le succès, si limité soit-il, de la lutte pour les droits des femmes, en particulier pour le contrôle de leur propre fertilité, a fait en sorte que les femmes ne sont plus des machines pour bébés, et le taux de natalité mondial baisse par conséquent. Dans les pays développés comme le Royaume-Uni, le taux de natalité n’est plus assez élevé pour remplacer la population existante.

Ainsi, alors que Thornett a raison de défendre le droit d’une femme de choisir et de contrôler sa propre fertilité, pour leur propre bien, ceux-ci ont déjà pour effet de réduire le taux de natalité. Il n’est pas nécessaire d’avoir un gros argument à ce sujet, car c’est ce qui se passe, quoi que nous concluions. Pourtant, comme le souligne Thornett, la population mondiale augmente.

La raison de l’augmentation de la population n’est pas le nombre de naissances, mais le fait de personnes comme moi et Thornett – de plus de soixante-dix ans et refusant de donner un coup de pied. Le nombre réduit de bébés à naître est inférieur au nombre de vieux qui meurent. Les nombres des jeunes ne remplacent pas les nombres des vieux mais s’y ajoutent. Thornett le note mais n’en saisit pas la signification. Ce problème finira par se résoudre car il y a une limite à la durée de vie des gens et le nombre excessif de personnes âgées mourra. À la fin du XXIe siècle, la population mondiale commencera à diminuer. La question qu’il se pose vraiment est de savoir comment faire face à l’augmentation de la population (qui sera énorme) dans l’intervalle.

L’augmentation du nombre des anciens n’est pas seulement potentiellement liée aux chiffres bruts. À mesure que la population vieillit, la proportion de la population en âge de travailler diminue. Cela signifie que chaque travailleur a, dans la société dans son ensemble, un plus grand nombre de personnes âgées à charge. C’est cette proportion changeante qui est à l’origine de la proposition d’un groupe de conservateurs britanniques de relever l’âge de la retraite à 75 ans, supérieur à l’espérance de vie dans de grandes parties de la Grande-Bretagne. La véritable solution au problème du vieillissement de la population n’est pas claire. Il suffit de dire que la proposition des conservateurs doit être combattue. Quoi qu’il arrive, ce ne devraient jamais être les plus pauvres ou les plus vulnérables qui portent le fardeau de résoudre la crise environnementale.

Thornett est clair que les solutions à la crise environnementale doivent être sociales et non individuelles. Bien qu’il soutienne également que, autant que possible, un socialiste devrait réduire sa propre empreinte carbone individuelle.

Thornett lui-même est un militant industriel de longue date et un activiste marxiste, principalement dans les organisations trotskystes. Il était un ancien délégué syndical de l’usine automobile de Cowley et, en tant que tel, à un moment donné dans les années 1970, est devenu un nom familier lorsqu’il a été attaqué par l’ensemble des médias grand public.

En conséquence, il aborde la crise comme quelqu’un qui se considère comme se tenant dans la tradition de Marx, Lénine et Trotsky, et son chapitre sur la lutte environnementale en Grande-Bretagne se concentre sur les syndicats et le Labour Party (dont il est membre ). Dans sa conclusion, il dit que l’implication des syndicats est cruciale. Cela ne veut pas dire qu’il rejette les mouvements sociaux et les campagnes environnementales. Loin de là. Il les considère comme centrales.

Mais il rejette à juste titre l’attitude maximaliste de «l’attente de la révolution», soulignant que la révolution n’est pas imminente, donc, avec seulement douze ans pour agir, nous n’avons pas le temps d’attendre. Il souligne également que la gauche révolutionnaire n’adopte pas cette attitude avec d’autres questions et adopte plutôt des exigences transitoires.

Mais en rejetant le maximalisme, il rejette également le slogan «Changement de système, pas changement climatique». En rejetant cela, je pense que Thornett fait une erreur politique fondamentale de deux manières. Premièrement, il traite la révolution comme un événement plutôt que comme un processus. Certes, il y a, dans toute révolution, un point où les anciennes institutions doivent être renversées. Mais il y a, avant et après cela, une longue période de lutte où les choses changent (ou pas!) À la suite de cette lutte. Par exemple, empêcher les entreprises de se fracturer par l’action directe modifie les relations de pouvoir entre les entreprises de fracturation et les communautés de la classe ouvrière que la fracturation endommagera. La lutte ne laisse jamais «le système» inchangé, même si le changement est faible.

La deuxième erreur est qu’il existe – comme Thornett le montre lui-même tout au long de son livre – un lien intime entre le changement climatique et «le système». C’est le marché capitaliste, avec son besoin constant d’augmenter la production de biens à vendre, qui est à l’origine du changement climatique. Les élèves de l’école en sont conscients lorsqu’ils écrivent le slogan sur leurs pancartes en carton faites maison. Les personnes au pouvoir ont créé la crise environnementale en conséquence – des dommages collatéraux pour ainsi dire – de leurs activités, et les laisser poursuivre leurs activités signifie que le changement climatique se poursuivra sans relâche.

La lutte contre notre classe dirigeante et la lutte contre le changement climatique sont donc les mêmes. L’un n’attend pas l’autre. Ceux qui participent à une action directe contre le changement climatique, dans le cadre, par exemple, des événements de rébellion d’extinction, participent donc à une révolution, indépendamment de ce qu’ils pourraient penser. Le but est d’aider les participants et les partisans de ces actions à prendre conscience de ce fait afin que les choses n’inversent pas pendant que personne ne regarde.

C’est le besoin de vigilance car la tendance par défaut dans une société capitaliste est à la catastrophe environnementale, que l’implication de masse dans la lutte écologique est nécessaire. C’est pourquoi l’implication des syndicats est cruciale – un mouvement de masse avec des institutions permanentes, potentiellement capable de mobiliser des militants pour défendre les acquis et en pousser de nouveaux. Mais c’est aussi pourquoi nous avons besoin des mouvements sociaux et des campagnes moins formels, dont l’activité de masse peut être moins contrainte par l’inertie institutionnelle et, hélas, par la loi du pays.

Thornett sous-entend ce point mais ne le fait pas assez fortement. Mais malgré cela, son livre est extrêmement utile à la fois pour fournir des informations clés et pour définir un point de départ pour les débats. Cela vaut la peine d’être lu

John Walker

Les Insoumis à la marche pour le climat !

Vendredi 29 novembre, les Insoumis se sont joints aux citoyens qui luttaient pour le climat, contre la folie consumériste symbolisée par l’opération publicitaire Black Friday. On sait que plus du quart des objets achetés ce jour-là retourneront aux invendus ou finiront à la poubelle… et la moyenne générale de baisse, quand on fait attention aux prix de départ, aux promotions partielles, aux intérêts de prêts à la consommation, n’est que de 0,2 %.

Ou encore un bon moyen de faire tourner une machine folle, pour le bénéfice de quelques-uns, sans réelle utilité pour l’ensemble de la population.

Le point de vue des Insoumis lors de la manifestation

Clic sur le logo pour voir le JT sur le site de Canal 32

Cette action s’inscrivait dans l’appel national de la France Insoumise contre le Black Friday.

À l’initiative de différentes associations, une journée de « Block Friday » a été organisée.  Elle a donné lieu à une multitude d’actions de désobéissance non-violentes contre l’événement annuel « Black Friday » de méga-promotions mondiales, symbole d’un modèle économique climaticide.

À la pointe avancée de cette dérive, Amazon. En 2018, l’entreprise a émis autant de gaz à effet de serre que le Portugal, dissimule plus de la moitié de son chiffre d’affaires français, a détruit trois millions de produits neufs et continue de faire disparaître les emplois des commerces traditionnels. Dans la continuité des marches pour le climat, ces actions concrètes de résistance et de révolte contre un système de surconsommation à bout de souffle sont salutaires. La France insoumise soutient donc ces actions. 

Les scientifiques tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme en matière d’urgence écologique. Pour garder un espoir de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,6 % par an. Soit fournir chaque année, pendant 10 ans, un effort deux fois plus important que si nous avions concrètement agi il y a 10 ans. Alors même qu’au lieu de décroître, ces émissions continuent d’augmenter annuellement.

À l’origine de ces émissions de gaz à effet de serre, un cercle vicieux qui se répète : produire plus, pour consommer plus, pour produire plus… Or, nous vivons sur une planète aux ressources finies. Nous ne pouvons pas prendre plus à la planète que ce qu’elle peut reconstituer en un an, ni produire plus, y compris de déchets, que ce qu’elle peut supporter. L’urgence est donc à respecter les limites planétaires, au lieu de consommer l’équivalent de 3 planètes par an. 

Si l’on ne change pas radicalement nos manières de produire et de consommer, il est prévu un triplement de la masse de déchets dans le monde d’ici 2100. D’abord, nous croulons sous les objets, pris dans un grand déménagement du monde permanent. Puis nous croulons littéralement sous les déchets. Sans parler des 350 millions de tonnes de plastique, souvent à usage unique, qui se dispersent en millions de particules. Il y aura bientôt plus de plastique que de poissons en Méditerranée.

D’autant que ces tonnes de déchets sont massivement exportés. Réserves d’eau contaminées, récoltes perdues, maladies respiratoires, installation de mafias du plastique, des ramasseur·ses de déchets précaires exposés… des pays et des populations assument les coûts économiques, sociaux et environnementaux de notre pollution exportée. Enterrez ces déchets que nous ne saurions voir.

Il convient de rappeler que les premier·es responsables de la pollution sont les industriels, non pas les individus. La culpabilisation des consommatrices et des consommateurs est inutile. Comme le dit Paul Connet, fondateur du mouvement Zero Waste : « si un objet ne peut être ni réparé, ni composté, ni recyclé, alors il n’aurait pas dû être produit ». L’urgence est à sortir de l’ère du tout-jetable. La France insoumise défend la nécessité d’un état régulateur qui mette au pas les industriels, interdise l’obsolescence programmée et la publicité. Les messages publicitaires délivrés – à toute heure et tout au long de l’année – accaparent les regards et les pensées. 

Nous défendons un monde où chacune et chacun aurait le droit de ne pas être sollicité·e en permanence par des injonctions publicitaires à l’achat, à la consommation, à l’être par l’avoir. Stoppons Amazon et son monde !

Pour en savoir plus :

« Barrages » : un documentaire mène l’enquête sur les dangers de cette nouvelle privatisation

Ce lundi 18 novembre avait lieu à Paris en présence du réalisateur, de nombreuses et nombreux syndicalistes ainsi que des représentant·es politiques tel·les que notre député Loïc Prud’homme, l’avant-première du documentaire Barrages. 

Ce film informe sur cette lutte primordiale pour notre pays. Il montre et démontre que la défense des barrages hydroélectriques ne consiste pas seulement à vouloir protéger des ouvrages d’art et un monopole public. En effet, vouloir empêcher la privatisation des barrages, c’est tout d’abord garantir l’électricité pour toutes et tous à un prix abordable et sans black-out. C’est aussi assurer la sécurité des personnes et des biens. Enfin, et de manière plus surprenante, c’est aussi défendre l’eau comme bien commun et lutter contre le réchauffement climatique.

Ajoutez à cela que la mise en concurrence de leurs concessions conduira, comme pour les autoroutes, à une explosion du montant de la facture…

Tout ces éléments sont bien mieux détaillés et expliqués dans le film pour lequel le réalisateur est allé voir plusieurs acteur·rices qui militent depuis longtemps pour la défense de nos barrages et donc pour la défense de l’intérêt général depuis plusieurs années. 

Ce film est donc une véritable arme d’information massive pour que cette lutte se propage et que se fasse une véritable prise de conscience de l’importance de conserver et renforcer ce service public de l’énergie. Il est disponible pour ceux qui souhaiteraient organiser une projection et sortira officiellement le 22 janvier prochain.

Pour organiser une projection, contactez : barrages@regiesud1901.org

NON AU PROJET DE NOUVELLES INSTALLATIONS NUCLÉAIRES !

Nous reproduisons ci-dessous la pétition du Réseau Sortir du Nucléaire, pour s’opposer à la fuite en avant que représenterait la construction de six nouveaux réacteurs, malgré le fiasco technologique et économique qu’est l’aventure de Flamanville.

Clic sur l'image pour accéder à l'image originale et signer

Les positions de la France Insoumise

Voici les propositions que contient l’Avenir en Commun, programme de la France Insoumise.

Sortir du nucléaire

  • Fermer immédiatement Fessenheim en garantissant l’emploi des salariés et leur formation pour en faire un site pilote du démantèlement

  • Abandonner l’opération du grand carénage visant à prolonger la vie des centrales nucléaires au-delà de quarante ans

  • Abandonner les projets d’EPR (Flamanville et Hinkley Point) et d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure

  • Rendre publique les données sur l’enfouissement des déchets nucléaires depuis soixante ans et informer sur les dangers sanitaires avérés et/ou éventuels 

  • L'action de nos parlementaires


    Question écrite
    Filière et stockage des déchets nucléaires

    Clic sur l'image pour lire le document

    Proposition de loi pour la sortie du nucléaire et le développement des énergies renouvelables 

    Clic sur l'image pour lire le document

    Jeudi 29 novembre 2018, la députée Mathilde Panot présentait la proposition de loi pour la sortie du nucléaire et le développement des énergies renouvelables issue de l’Atelier des lois de la France Insoumise, avec l’appui de Pamela Hocini et Sylvain Noël, membres de la coordination des ateliers des lois et Martine Billard, ancienne députée écologiste et animatrice du livret Planification écologique.

    Alors qu’Emmanuel Macron persiste dans la folie nucléaire, comme annoncé dans les premiers éléments de la programmation pluriannuelle de l’énergie, cette proposition issue d’une initiative citoyenne vise à un contrôle citoyen et parlementaire beaucoup plus fort de l’énergie nucléaire, et met en avant trois fondamentaux : la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et la production par les énergies renouvelables.