François Ruffin : pour une dissolution de l’Assemblée Nationale

Allons-y donc pour les motions de censure. On a signé, avec les autres, mais sans illusion : c’est du bidon. De l’agitation, qui demeure dans le ronron des institutions. Nous ferons, à coup sûr, de belles diatribes à la tribune, nous dénoncerons le « passage en force », le « LBD parlementaire », et d’autres formules mieux léchées encore, ironiques et véhémentes. Le Premier ministre donnera la réplique, et la majorité applaudira en cadence, puis se lèvera pour une standing ovation, avant de voter le rejet. Peut-être les médias évoqueront-ils « une ambiance électrique », mais qui y croit encore ? Qui croit encore à ce théâtre sans suspense ? Qui croit encore que la démocratie se passe ici ?

Un seul homme compte : le président.
La République, c’est lui.
La démocratie, c’est lui.
Le reste suit.

Cette réforme des retraites l’illustre, jusqu’à la caricature.
Le prince décide que les pensions des Français doivent passer à « la retraite par points ». Il le fait seul contre des manifestations, à répétition, et plutôt massives. Il le fait seul contre les deux tiers des citoyens, qui s’y disent hostiles dans les sondages. Il le fait seul, contre les syndicats, et même contre le Medef, qui estime que « le calendrier n’est pas tenable ». Il le fait seul contre le Conseil d’Etat, qui dans son avis juge « l’étude d’impact insuffisante », avec des « projection financières lacunaires », et qui conclut : « La situation est d’autant plus regrettable qu’il s’agit d’une réforme inédite depuis 1945 et destinée à transformer pour les décennies à venir une des composantes majeures du contrat social. » Il le fait seul, enfin, contre la gauche, seul contre la droite, imposant à l’Assemblée une « procédure accélérée », puis coupant court aux débats par un 49.3. Tant il est assuré du soutien de sa majorité pléthorique, robots en pilote automatique.

Comme si le moment Gilets jaunes n’avait pas suffi.
Comme s’il n’était pas assez haï.

Il y a deux semaines à peine, devant ses députés, le président de la République prévenait les marcheurs du divorce entre « pays légal » et « pays réel ». C’était un diagnostic assez juste : la majorité dans l’hémicycle n’est plus, et depuis longtemps, une majorité dans la nation. Ses élus sont décriés, leur légitimité s’est amenuisée, voire a disparu. Et malgré cette fragilité, malgré leur faiblesse, ils veulent imposer une réforme de cette ampleur ? C’est un fossé, désormais, qui s’est creusé avec les Français, un gouffre entre « représentants » et « représentés ».
Comment répondre à cette crise ? De symboliques motions ne suffisent pas. Il nous faut exiger, dans l’immédiat, une dissolution de l’Assemblée nationale. Pour que le « pays réel » se dote d’un« pays légal » davantage à son image, que les électeurs se reconnaissent dans leurs élus, même imparfaitement. Sans cette réponse, c’est la démocratie qu’on abîme, qu’on rend détestable, parce qu’on la confond avec son simulacre.

D’urgence, donc, à l’évidence, une dissolution.
Et que dans la foulée, on renouvelle son rôle, qu’on coupe le cordon, la laisse, entre l’Elysée et l’Assemblée.

Juste à côté de l’hémicycle, ses jardins abritent la statue de Montesquieu, l’homme de la séparation des pouvoirs, l’homme qui déclarait : « Lorsque, dans la même personne, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté… C’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser : il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites… ». Cent fois par jour, le philosophe doit se retourner dans sa statue ! Car tel est bien notre régime : une toute-puissance de l’exécutif, qui écrase le législatif. Avec des débats qui, comme le résume le constitutionnaliste Jean-Claude Colliard, se réduisent à un « habillage démocratique ». Emmanuel Macron ne se donne même plus la peine de cet habillage, il est vrai, de ces faux-semblants…

De la colère et du dégoût, les Français éprouvent cela. De la colère envers un Président des riches, qui se soucie de ses amis financiers, de Axa et Blackrock, des mécènes de sa campagne, plus que du taux de pauvreté chez les personnes âgées. Du dégoût envers cette « monarchie absolue renouvelable tous les cinq ans », envers ces institutions qui laissent un homme, un homme seul, décider pour tous et contre tous.
Cette colère, il nous faut la muer en détermination. Ce dégoût, il nous faut le transformer en enthousiasme. Pour qu’en plus de cosigner une motion, la gauche offre une issue politique, progressiste, à cette impasse. Pour battre Emmanuel Macron, pour le débarquer de l’Elysée.

Toutes nos forces, toute notre volonté, doivent désormais être unies, concentrées, dans ce seul but : vaincre Macron dans la rue et dans les urnes.

Retraites, élections municipales, niche parlementaire : conférence de presse de la France Insoumise

Aujourd’hui, lundi 02 février à 14h30, suivez en direct la conférence de presse de la France insoumise. Cette conférence de presse abordera le thème des retraites, des élections municipales, de la prochaine niche parlementaire de La France insoumise ainsi que de la journée internationale des droits des femmes du 8 mars 2020. Participez sur les réseaux sociaux avec #ConfPresseFi.

JLM : ” Ne vous laissez pas faire !”

Le samedi 29 février après l’annonce de l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution par le gouvernement pour faire passer en force le projet de réforme des retraites, Jean-Luc Mélenchon était en direct sur Facebook pour dénoncer cet acte antidémocratique. Il a expliqué que cela signifiait une volonté de faire taire l’opposition et a décrypté la malhonnêteté du gouvernement qui a utilisé un conseil des ministres prétendument dédié au coronavirus pour faire passer en réalité le 49.3.

Après l’usage du 49-3, censurons-les !

Communiqué du groupe parlementaire de la France insoumise et du mouvement.

L’article 49 alinéa 3 de la Constitution permet à un gouvernement incertain de sa majorité de faire passer un texte sans vote de l’Assemblée.

Le recours au 49-3 après une commission spéciale avortée faute de temps et seulement treize jours de débat dans l’hémicycle est un usage détourné et abusif. Il vise à faire taire l’opposition sur une réforme rejetée par une majorité de Français et totalement contraire de surcroît au programme du candidat devenu Président.

Derrière les éléments de langage, cette réforme ne prévoit rien d’autre que la baisse du niveau des pensions et l’assurance pour les Français de devoir travailler toujours plus longtemps s’ils ne recourent pas à la capitalisation. 

Le procès en obstruction parlementaire fait à l’opposition ne tient pas la route : avec seulement 41 000 amendements de l’ensemble des groupes, nous étions bien loin des 137 449 amendements déposés, par exemple, lors du débat sur la privatisation de GDF. Chacun des amendements du groupe de La France Insoumise, même lorsqu’il s’agissait d’amendements dits « de forme », était d’abord une occasion de prendre la parole sur le fond pour décrypter la réforme, questionner précisément le gouvernement et porter notre contre-projet. Le débat avançait tellement bien qu’en treize jours, parmi beaucoup d’autres choses, nous avions notamment fait admettre au rapporteur que la réforme n’était pas universelle, relevé le fait que les agriculteurs ne toucheraient pas les 1 000 euros de pension minimum annoncés, révélé que l’indice d’indexation de la valeur du point n’existait pas et qu’une carrière complète ne pourrait s’obtenir qu’à la condition d’une intensification de la durée du travail…

Le débat parlementaire mettait le gouvernement en grande difficulté. Il a donc décidé d’y mettre fin avec la brutalité qui le caractérise.

Ce n’est pourtant que le début de la bataille pour le retrait de ce texte. La réforme des retraites contient en effet deux lois et la navette parlementaire va avoir lieu. Le groupe parlementaire de la France insoumise a déposé une motion de censure et votera toutes celles qui seraient présentées. La France insoumise appelle la majorité des Français opposée à cette réforme à entrer en résistance en participant à toutes les mobilisations pacifiques visant à en obtenir le retrait. Il s’agit maintenant de censurer le gouvernement à l’Assemblée, dans les urnes et dans la rue.

Adrien Quatennens : “Nous avons un contre-projet !

Le mercredi 22 janvier, dans le cadre de la mobilisation des députés Insoumis contre la réforme des retraites, Adrien Quatennens était présent à la maison des associations à Troyes. Un public nombreux !

Ci-dessous la vidéo du meeting, introduit par Anne, militante de l’agglomération de la FI, et par les témoignages de deux militants de la CGT, Josiane et Jérôme, qui ont fait état de la lutte dans le département et témoigné des initiatives auxquelles ils ont participé.

🔴 EN DIRECT de Troyes - Nouvelle réunion publique - « Réforme des retraites : Retrait ! Un point c’est tout ! »

Publiée par Adrien Quatennens sur Mercredi 22 janvier 2020

A la sortie, une collecte en soutien aux grévistes a recueilli 277 € !

DÉMOCRATIE. « MONSIEUR LE PRÉSIDENT, SOUMETTEZ VOTRE RÉFORME AU RÉFÉRENDUM »

Après plus de deux mois de mobilisations sociales d’une ampleur historique, une majorité de Français demandent toujours le retrait de la réforme du système de retraites voulu par le gouvernement. Alors que les projets de loi commencent à être examinés à l’Assemblée nationale, tout est organisé pour contourner le débat devant la représentation nationale et inciter les  parlementaires à voter à l’aveugle, avec le recours programmé à pas moins de 29 ordonnances. Même le Conseil d’État a rendu un avis très sévère, relevant « la fausse promesse d’un régime universel », des projections financières « lacunaires »,  mais aussi des dispositions « contraires à la Constitution ».

Ce niveau de défiance à l’égard d’une réforme « inédite depuis 1945 et destinée à transformer pour les décennies à venir un système social qui constitue l’une des composantes majeures du contrat social », comme le souligne à juste titre le Conseil d’État, pose un problème démocratique majeur. A ce stade, seule une consultation populaire permettrait de le résoudre. Un référendum sur le retrait du projet gouvernemental doit être organisé, pour que le peuple ait le dernier mot.

Lire la pétition et voir les premiers signataires sur le site de :

POUR SIGNER LA PÉTITION

Retraites : les Insoumis mènent la lutte à l’Assemblée

Ah la retraite ! 

Va-t-on laisser Macron finir le sale boulot ? 

30 ans que la droite et ses alliés sociaux-démocrates s’acharnent contre la retraite. Les député·es insoumis·es se battent à l’Assemblée, article après article de loi, pour empêcher la fin du régime de solidarité par répartition. Ils ont déposé plus de 19 000 amendements. 

Cette vidéo revient sur 30 ans de mensonges, de manipulations… et montre qu’un autre chemin est possible : celui de la retraite des jours heureux. Pour cela, il faut se battre encore, dans la rue, dans les médias, au Parlement pour les empêcher de tout saccager.

Retraites : retrait ou référendum

Le 6 février 2020, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de Caroline Roux pour parler de la bataille parlementaire en cours contre la réforme des retraites. Le président du groupe parlementaire “La France insoumise” a expliqué que les insoumis avaient déposé de nombreux amendements pour pouvoir développer leurs arguments contre ce projet. Il a appelé Emmanuel Macron à retirer le projet de réforme ou à le soumettre à un référendum pour que le peuple puisse s’exprimer sur le sujet. Jean-Luc Mélenchon a affirmé que le président de la République devait comprendre qu’il aurait affaire à l’Assemblée à une opposition parlementaire qui se fait l’écho de celle des salariés en lutte dans la grève et les manifestations.

Simulations de la réforme : l’âge pivot augmentera d’un mois par génération

Dans une étude d’impact produite par le gouvernement, les simulations montrent que l’âge pivot effectif débuterait à 65 ans, avant d’augmenter d’un mois par génération. Ainsi pour une personne née en 1999, l’âge de départ à taux plein grimperait à 67 ans.

Jules Fevre

mercredi 22 janvier

Crédits photo : LP/Jean-Baptiste Quentin

A quelques jours de la présentation du projet de loi en conseil des ministres, le gouvernement a produit une étude d’impact de sa réforme des retraites, en simulant vingt-huit cas types : les résultats confirment un recul de l’âge de départ à taux plein, et par la même occasion, la centralité du principe de l’âge d’équilibre, basé sur un système de bonus/malus : « si le gouvernement a accepté de retirer provisoirement ce mécanisme de sa réforme pour les départs en retraite avant 2027, le mécanisme serait bien une pierre angulaire du futur régime universel ». Comme le souligne Le Monde, l’exécutif continue d’exceller dans l’art du « en même temps », ainsi que le montre sa récente manœuvre avec la suppression, temporaire et toute relative, de l’âge-pivot, sans pour autant remettre en jeu le principe d’âge d’équilibre financier, bel et bien présent dans le projet de loi tout comme dans ces simulations.

Ainsi, ceux qui voudront partir à l’âge légal de départ à la retraite, aujourd’hui à 62 ans, seront doublement pénalisés, dans la mesure où, d’une part, le calcul de la pension de retraite ne s’effectuerait plus sur les 25 meilleures années pour le privé, ou les six derniers mois pour la fonction publique, et d’autre part, parce que l’âge d’équilibre financier, le frère jumeau de l’âge-pivot retiré provisoirement par le gouvernement pour répondre à la main tendue de Laurent Berger, se trouverait évalué à 65 ans, dans un premier temps. De plus, comme le pointent Les Echos, « l’âge d’équilibre augmenterait ensuite d’un mois par génération [il] pourrait ainsi, théoriquement, atteindre 67 ans autour de 2060. » 

Aussi, si ces projections se fixent sur les tendances de l’espérance de vie, tournant autour de 82 ans en France, elles ne prennent nullement en compte les chiffres portant sur l’espérance de vie en bonne santé, plus alarmants, ni même les différences en fonction des conditions de vie puisque selon l’INSEE, à 35 ans un homme né en 1990, peut espérer vivre encore 28 ans s’il est au chômage, 39 ans s’il est ouvrier, 40 ans s’il est employé, 46 ans s’il est cadre. Dans un article récent, Le Monde rappelait que la France continue d’être « mal classée pour l’espérance de vie en bonne santé » : 64,1 ans pour les femmes, 62,7 ans chez les hommes, ces estimations n’atteignent même pas la moyenne européenne. Par ailleurs, dans l’étude d’impact communiquée par le gouvernement, l’âge d’entrée dans la vie active, et donc de début de cotisation, est fixé à 22 ans dans les prérequis. Ainsi, les jeunes seront d’autant plus touchés par la réforme, dans la mesure où, comme le relevait une enquête de l’Insee publiée en mai dernier : « le taux d’emploi des jeunes diminue ». En effet, seulement 30,7% des 15-24 ans sont actifs.

En conclusion, ces simulations confirment d’une part un recul effectif de l’âge de départ à la retraite, et d’autre part, une précarité et une insécurité d’autant plus grande pour les générations nées après 1975 qui verront l’âge d’équilibre reculer d’environ un mois chaque année, pour atteindre 67 ans pour la génération 1999. Encore un mensonge de Macron qui fonde, dans le discours, la « légitimité » sur ses promesses de campagne. Or le président le moins bien élu de la Vème République et le plus bas dans les sondages de popularité, avait promis de ne pas toucher à l’âge de départ… Si le projet de la réforme des retraites promet de plonger dans une précarité d’autant plus aiguë la majorité de la population, et en premier lieu la jeunesse, celle-ci doit se saisir du rapport de forces ouvert par la grève inédite de la RATP et de la SNCF pour rejoindre la bataille pour nos retraites.