L'Aube Insoumise

Comment les communistes autrichiens ont gagné la seconde ville du pays

Même s’il faut faire attention aux particularités locales, voilà une leçon à méditer sans doute avant les échéances présidentielles… Ce n’est pas dans l’affolement préélectoral que l’on construit le rapport de force, mais dans un long et patient travail de terrain… De quoi nous interroger aussi à la France Insoumise, peut-être trop mouvement des événements Facebook et des coups médiatiques… Nous recopions l’article du journal des camarades belges du PTB, Solidaire.org

Comment un parti communiste peut-il passer de 1,8 % en 1983 à près de… 30 % en 2021 ? Pour comprendre ce qui secoue la ville de Graz, seconde plus grande cité autrichienne, nous avons demandé au KPÖ local sa recette pour arriver en tête de l’élection municipale (communale) et devenir le premier parti en battant la droite et l’extrême droite.

Depuis ce dimanche 26 septembre au soir, les commentateurs – tant autrichiens qu’étrangers – se demandent ce qu’il vient de se passer à Graz, ville de 290 000 habitants de la région de l’État de Styrie, dans le sud-est autrichien. Le parti communiste local, le KPÖ (Kommunistische Partei Österreichs), se retrouve en tête de l’élection municipale (communale), devant l’ÖVP conservateur, le FPÖ d’extrême droite, le SPÖ social-démocrate et les Grünen écologistes. Avec plus de 29 %, les communistes battent un record. Et mettent fin à 18 ans de gouvernance conservatrice. Une surprise ? Quand on regarde les sondages, oui. Mais quand on voit le travail de terrain, non. « Certains font des promesses quelques semaines avant les élections. Nous, nous sommes là tous les jours et depuis des années pour les gens, surtout pour les plus démunis », déclarait la probable future bourgmestre, Elke Kahr, à l’annonce des résultats.

Une progression continue grâce à un travail de terrain

« Certains font des promesses quelques semaines avant les élections. Nous, nous sommes là tous les jours et depuis des années pour les gens, surtout pour les plus démunis », déclarait la probable future bourgmestre,
Elke Kahr, à l’annonce des résultats.
(Photo KPÖ Graz)

La progression du parti communiste, si elle n’est pas linéaire, est néanmoins présente à chaque échéance électorale. En 1983, le maigre score de 1,3 % lui assure pourtant une présence dans la conseil municipal. Mais le KPÖ sait qu’il doit parler à la large classe travailleuse. Il décide donc d’impulser un travail de terrain conséquent, jamais ralenti depuis. En partant du problème, inquiétant, des logements insalubres à Graz et en l’élargissant à toute la problématique du logement en général, le parti veut agir avec les gens. Il lance ainsi un centre d’appel d’urgence pour les locataires. Il agit aussi dans les combats juridiques contre les marchands de sommeil et les gros propriétaires commerciaux. Il lance des actions pour dénoncer la mainmise des géants du béton et du logement. En 1993, Elke Kahr devient la seconde élue communiste de Graz. Alors à 4,2 %, le parti double presque son score en 1998 (7,9%). En 2003, les bons résultats se confirment. Mieux, le KPÖ, avec 20,8 %, bat un nouveau record.

Ce dimanche, les électeurs de Graz étaient appelés aux urnes pour renouveler les conseils de la capitale de la Styrie. Ils devaient élire le Conseil municipal (Gemeinderat – 48 sièges), le gouvernement municipal (Stadtregierung – 7 sièges) et les Conseils des districts (17 Conseils). Le parti communiste a donc gagné 15 sièges au conseil municipal (+ 5) et 3 sièges au gouvernement municipal (+ 1).

Des élus avec un salaire d’ouvrier

Robert Krotzer, échevin de la Santé de Graz :
« Pour les mandataires du KPÖ, il existe un plafond salarial correspondant au salaire d’un ouvrier qualifié. Elke Kahr et moi-même reversons deux tiers de nos revenus par exemple… » (Photo KPÖ Graz)

Comment expliquer ce résultat ? Celle qui devrait devenir la première bourgmestre communiste de Graz a donc mis en avant le travail réalisé depuis longtemps par le parti. Une analyse que Robert Krotzer, échevin KPÖ de la Santé depuis 2017 au conseil municipal de Graz (et, à l’âge de 29 ans, plus jeune échevin de l’histoire de Graz), nous confirme : « Oui, ce résultat ne peut s’expliquer que par les décennies de travail du KPÖ pour les travailleurs de notre ville et tous ceux qui n’ont pas un compte en banque très fourni. Outre la ligne d’assistance téléphonique pour toutes les questions relatives au logement, des milliers de personnes viennent également chaque année à nos consultations sociales dans le bureau du KPÖ à l’hôtel de ville ou dans notre maison du peuple (secrétariat du parti, NdlR). Nous essayons d’aider les gens à faire valoir leurs droits vis-à-vis des autorités, dans la vie professionnelle ou encore vis-à-vis des sociétés immobilières. »

Un autre facteur a joué en faveur des communistes, comme le relève l’analyste politique expert en mouvements sociaux Manès Weisskircher sur Twitter : « Un aspect important de la crédibilité du KPÖ local est l’engagement personnel des élus. Des heures de travail intensives tout en renonçant à une partie de leur salaire. » Confirmation de Robert Krotzer : « Pour les mandataires du KPÖ, il existe un plafond salarial correspondant au salaire d’un ouvrier qualifié. Elke Kahr et moi-même reversons deux tiers de nos revenus par exemple… »

« Le seul parti qui est là pour le peuple »

Plus généralement, en faisant une campagne axée sur les priorités des gens (logement, transports en commun, etc.), le KPÖ a fait mouche. Pour cela, le parti n’a pas hésité à aller sur le terrain, continue le jeune élu communiste : « Sur les très nombreux stands d’information du KPÖ, on a pu constater le mécontentement des gens face à la déconnexion des politiciens conservateurs en particulier, tant au niveau fédéral que municipal, qui ne font de la politique que pour quelques grands groupes de pression. Beaucoup de gens nous ont dit : “Vous êtes le seul parti qui est là pour le peuple.” »

Notre force : la solidarité – Photo KPÖ Graz

Ce succès doit être analysé (et apprécié) dans son contexte. La droite et l’extrême droite sont très fortes en Autriche. Le chancelier (Premier ministre) conservateur Kurz (ÖVP) a déclaré juste après la publication des résultats : « Cela devrait donner à réfléchir que les communistes puissent gagner une élection en Autriche… » Le chef local du FPÖ (extrême droite) à Graz s’est dit « déçu » par les habitants de Graz et perdu ses illusions : « On dit que l’électeur a toujours raison, mais maintenant je n’en suis plus sûr. » Une variante de la formule de l’écrivain allemand Bertolt Brecht : « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple »…

Des traces du… PTB dans cette victoire

Partir de ce qui vit à la base est-elle une stratégie consciente de lutte contre ces forces de droite ? « Absolument ! L’un de nos slogans est “Nous sommes tous Graz”. Nous entendons par là les travailleurs dans toute leur diversité, quelle que soit leur origine. Chaque jour, nous nous efforçons de créer une large alliance sociale dans laquelle la solidarité, l’aide mutuelle et aussi la résistance se mélangent. Lorsque de nombreuses personnes se lèvent ensemble, cela réduit la portée de la propagande de droite et chauvine. Dans ce contexte, la déclaration du candidat de la FPÖ, qui doute que les électeurs aient toujours raison, est très significative. Pour nous, le résultat des élections et la confiance que des dizaines de milliers d’habitants de notre ville nous ont accordée constituent un très grand défi que nous devons relever avec la population dans les jours, les semaines et les mois à venir avec beaucoup de respect et de responsabilité, mais aussi avec un désir de changement. »

Avant de terminer par un clin d’oeil : « Grâce à nos échanges de nos expériences respectives (une délégation du KPÖ-Styrie avait rendu visite au PTB et à Médecine pour le Peuple début 2018, NdlR), on peut également trouver des traces du PTB dans le résultat des élections de Graz. »

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