L'Aube Insoumise

En Allemagne, la gauche radicale ose l’autocritique !

A l’heure du dépouillement, une tribune d’Oskar Lafontaine, alliant à la fois analyse des perspectives ouvertes par les résultats, et une autocritique sévère du suivisme de Die Linke dans la course à l’électorat… On aurait souhaité le même courage à la FI au sortir des régionales et des départementales !

Les élections au Bundestag constituent une rupture historique. Après la débâcle de la CDU à 24,1 % (SPD : 25,7 %), l’ère des partis populaires en Allemagne tire à sa fin. 

Le nouveau gouvernement fédéral – qu’il soit dirigé par la CDU ou le SPD – poursuivra dans ses grandes lignes la politique menée jusque-là. Les inégalités continueront à croître, puisque tant la CDU que le FDP exigent une baisse de la fiscalité sur les plus hauts revenus. Il est vain de s’attendre à une résistance énergique de la part du SPD ou des Verts. Si le FDP entre au gouvernement, il n’y aura ni impôts sur la fortune, ni impôts sur les successions, en tout cas rien qui ne mérite cette appellation. Que ce soit Scholz (le candidat du SPD)ou Laschet (le candidat de la CDU), le nouveau gouvernement fédéral ne modifiera pas le régime de retraite, il n’éradiquera pas la pauvreté liée au grand âge, il n’introduira pas le salaire minimal susceptible de garantir une vie convenable. Le fait de s’accrocher aux lois Hartz IV, qui suppose l’obligation d’accepter tout travail, si mal payé soit-il, est un frein à l’amélioration des conditions salariales alors même que le manque d’employés qualifiés se fait de plus en plus sentir.

En politique extérieure, la CDU, la CSU, le SPD, le FDP et les Verts sont d’accord pour continuer à moderniser l’armement et pour que la Bundeswehr intervienne à l’étranger. Aucun des potentiels partis de gouvernement ne veut se mettre en travers de l’agressive politique américaine d’encerclement de la Russie et de la Chine, qui met en danger la sécurité des Allemands. La politique de détente et de désarmement que portait le prix Nobel de la paix Willy Brand sera remplacée à l’avenir par une politique extérieure mettant la paix en danger.

Le déclin de die Linke (de 11,9 % en 2009 à 4,9 % aujourd’hui) est perceptible depuis plusieurs années déjà. C’est la tentative de reprendre des thèmes politiques verts – ouverture des frontières pour tous, forte inflexion des débats autour des minorités, lutte contre le changement climatique via le renchérissement de l’essence, du gaz, et du pétrole – qui constitue la véritable raison de cette perte de confiance chez les travailleurs et les retraités ; c’est cela aussi qui, indirectement, consolide inéluctablement l’AfD.

Avec die Linke, il y a dans le nouveau Bundestag au moins un parti qui donne de la voix contre la remise en cause des acquis sociaux et la guerre.

Compte-tenu de la campagne électorale, il ressort de ces élections deux conséquences :

  • die Linke ne doit plus donner l’impression qu’elle brade ses principes politiques pacifiques — pas d’engagement militaire de la Bundeswehr, pas d’exportations d’armes, fin des exécutions politiques par drones à partir du sol allemand, pas de drones de combat pour les chefs des guerres menées en infraction au droit international. La revendication de remplacer l’Otan par un système de sécurité sous domination russe date du SPD de Willy Brandt. Olaf Scholz y a vu un obstacle à une éventuelle coalition de gouvernement avec die Linke, ce qui en dit long. Il exigeait, mais Baerbock aussi, que die Linke reconnaisse l’Otan, ce qui aurait mérité une réponse ferme : tant que le SPD et les Verts ne reconnaîtront pas le droit international, die Linke n’acceptera aucune collaboration au sein d’une coalition gouvernementale. De même qu’il aurait fallu dire clairement qu’on dénie la capacité à gouverner à tout parti qui, malgré une guerre dévastatrice en Afghanistan qui a provoqué des milliers de morts, dont 59 soldats allemands, s’accroche à une intervention militaire violant le droit international.
  • Le nouvel agenda 2030 proposé par des médias de référence tels que le Spiegel et le Handelsblatt ainsi que par l’économie allemande, ni un chancelier Scholz, ni un chancelier Laschet ne pourra le rejeter. Les travailleurs et les retraités seront de nouveau mis à contribution. Au lieu du « coup de barre à gauche » dénoncé par les médias néolibéraux, il y a dans la politique extérieure, sociale et fiscale un évident « coup de barre à droite », avec une « ligne verte de protection du climat » laissée à la charge des ménages aux revenus faibles à moyens.

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