L'Aube Insoumise

Gérard Mordiallat : “Boycottons la présidentielle !”

Nous reproduisons ici un texte de Gérard Mordillat, afin d’alimenter le débat sur la pertinence de la campagne présidentielle…Une des nombreuses réflexions que nourrit l’impasse de institutions de la cinquième !

L’oligarchie et les médias ont choisi le couple de fondés de pouvoir qu’ils veulent nous faire départager lors d’une cérémonie propitiatoire connue sous le nom de « présidentielle ». La puissance financière et son bras armé, la puissance médiatique, sont déjà à l’œuvre pour nous convaincre qu’il n’y a pas d’alternative : ce sera Emmanuel Macron ou l’hydre à deux têtes de l’extrême-droite, Marine Le Pen ou Éric Zemmour. L’une ou l’autre dirigeront le pays au mieux des intérêts de ceux qui les auront conduits au pouvoir : les tenants du CAC 40, le MEDEF, Bernard Arnault, Bolloré et consorts.

À la veille de l’élection présidentielle, deux constats s’imposent :

1) Du fait de l’abstention massive, la légitimité des pouvoirs institutionnels ne repose plus que sur une part infime de la population réelle.

2) L’éparpillement des forces d’opposition les condamne à l’impuissance. En d’autres temps, nous aurions dit que tout est réuni « pour désespérer Billancourt ».

Partant, c’est croire au Père Noël que considérer « la présidentielle » comme une manifestation démocratique. Les candidats autres que les présélectionnés ne servent qu’à alimenter la fiction d’une liberté des électeurs. Ils sont, au choix, des figurants ou des servants d’un système qui les utilise pour meubler le décor. Cela pose la question fondamentale : « à quoi sert-il de participer à une compétition électorale que l’on est sûr de perdre ? ».

Les réponses sont connues :

  • La présidentielle est l’occasion de faire entendre des voix que l’on n’entend pas d’ordinaire ;
  • Le système donne une chance – même infime – et nous devons tout tenter pour la saisir ;
  • Peut-être est-ce salutaire pour la gauche de disparaître si elle se reconstruit en mieux sur ses ruines.

Qu’elles soient volontaristes, théologiques ou cyniques, ces réponses n’ont comme horizon qu’une incontournable défaite.

Dès lors, pourquoi s’obstiner ?

Sommes-nous éternellement voués à perdre ?

Peut-être pas, si nous avons l’audace de rompre avec ce système électoral mortifère et admettre que cette « élection » – quasiment au sens religieux du terme – ne nous concerne pas.

Boycottons la présidentielle !

Les Régionales avec leur 66% d’abstentions montrent que, consciemment ou inconsciemment, les Français ne veulent plus voter pour un système qui n’a pour objectif que de se reproduire à l’identique. Transformons cette absence de vote par découragement, voire par désespoir, en une abstention militante.

Boycottons cette élection perdue d’avance et donnons tout pouvoir aux législatives !

Il est urgent que les forces qui défendent le bien public contre le profit individuel prennent conscience de la perversité criminelle de ce système et que, faute de pouvoir l’abattre frontalement, le retournent contre lui-même, le disqualifient, le ruinent par l’absurde. S’il y a 70 ou 80% d’abstentions, quelle sera la légitimité du vainqueur ?

Il est impératif de récuser les règles que ce système impose ; plus impératif encore de construire une alliance pour les législatives avec l’ensemble des partis politiques de gauche, les associations syndicales, environnementales, sociales, culturelles, sportives sur la base d’un projet politique d’émancipation, de justice sociale et d’ambition environnementale. Et, une fois les législatives gagnées, reprenons cette proposition du Front de gauche : réunir une constituante pour réécrire la constitution sur une base réellement démocratique.

Si nous devons nous battre, battons-nous pour gagner. Pour agir enfin avec une véritable perspective de victoire. Aussi imparfaites soient-elles, les législatives sont à notre portée et représentent sans doute notre dernière chance d’écarter la mise en place d’un régime ultra-libéral, néofasciste dans l’âme, post-fasciste dans les faits, xénophobe et raciste sans vergogne.

Nous entendons déjà les clameurs s’élever : c’est impossible ! Les partis n’accepteront jamais de boycotter la présidentielle ! En plus, les législatives amplifient toujours le score du vainqueur ! C’est de l’utopie ! Ça n’a pas de réalité politique ! Les Insoumis refuseront, les Communistes ont déjà leur candidat, les Verts aussi, les socialistes croient au mythe du Phoenix renaissant de ses cendres, le NPA, LO à la vertu de la parole révolutionnaire…

Entre tous ces partis, il est indéniable qu’il y a des différences d’appréciation. Sont-ils insurmontables ? Lénine, en son temps, a poussé son parti à s’allier avec d’autres dont les différences d’appréciation étaient autrement plus profondes que celles qui divisent actuellement les partis de gauche. Il l’a fait parce qu’il avait un but : prendre le pouvoir. Les partis de gauche veulent-ils prendre le pouvoir ou ne veulent-ils s’accorder unanimement que sur un point : la défaite ?

Nous devons oser changer radicalement cette perspective lugubre en perspective de victoire. Le défi est immense mais avec Brecht nous soutenons que « ceux qui se battent peuvent perdre, ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu ». Je le répète : refusons d’être les dindons d’une farce, boycottons la présidentielle ! « Nous n’avons que des chaînes à perdre et un monde à gagner »….

Gérard Mordillat, romancier, cinéaste.

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