Où sont les masques, M. Macron ? – Histoire d’un mensonge d’État

Un article rédigé par Clemence Guette, secrétaire du groupe parlementaire LFI à l’Assemblée Nationale, sur son blog.

C’est l’histoire d’un dévoilement, d’un mensonge officiel, d’un mensonge qui s’est lentement déchiré.

On a vu fleurir les témoignages sur les réseaux sociaux. Comme celui de Sabrina Ali Benali, médecin urgentiste à domicile.

Des médecins, des AVS, des infirmières, cette demande revenait : « donnez-nous des masques ».

ACTE 1 : CIRCULEZ, Y A RIEN À VOIR

Pourtant, le 26 janvier, il y a deux mois donc, Agnès Buzyn, alors ministre de la santé, se voulait très rassurante : nous avons déjà tout ce qu’il faut ! 

Elle expliquait, sereine : « Aujourd’hui, il n’y a aucune indication à acheter des masques pour la population française, nous avons des dizaines de millions de masques en stock. En cas d’épidémie, ce sont des choses qui sont d’ores et déjà programmées ». Bref, tout était prévu.

Puis, pendant que l’épidémie progressait en France, et face aux premiers témoignages de soignants, les questions se faisaient plus insistantes.

Un mois plus tard, le 23 février, son successeur, Olivier Véran expliquait que la France était en train de s’équiper, de procéder à l’achat de « dizaines de millions de masques ». Et le ministre promettait : « Nous allons faire le nécessaire pour que [les personnels de santé] puissent disposer de masques adaptés à chaque situation dans un marché qui est tendu sur le plan international. Et nous allons notamment travailler avec les entreprises productrices de masques FFP2, qui […] sont situées sur le sol français, et nous passons une commande ». 

Les masques arrivaient, de façon imminente.

Quelques jours plus tard, le 27 février, Edouard Philippe confirmait les propos de son ministre de la santé à la sortie d’une réunion avec les chefs de partis et de groupes parlementaires sur le Covid-19 : « Nous avons commandé 200 millions de masques supplémentaires, qui viennent s’ajouter aux réserves déjà constituées et évidemment mobilisables ».

Et le Premier ministre en profitait pour distiller des conseils de civisme : « Aujourd’hui, la meilleure façon de se protéger ce n’est certainement pas de se précipiter en pharmacie pour acheter des masques. C’est même assez fortement déconseillé. Comme d’ailleurs pour les pénuries d’essence, c’est ce genre de comportements qui risque de créer une pénurie de masques, alors même que des populations pourront elles en avoir le besoins ».

Si chacun faisait preuve de calme, la pénurie était évitable.

ACTE 2 : L’AVEU

Le 28 février, l’OMS publiait un rapport stratégique sur la situation en Chine et montrait que le pays était en train de contenir l’épidémie. Ce rapport préconisait notamment que toute la population porte des masques et se lave les mains régulièrement. Grâce à ces mesures simples, associées à une politique massive de tests et d’isolement des cas positifs, le virus pouvait être contenu.

Mais notre gouvernement était occupé. Trop occupé pour lire les recommandations de l’OMS et évaluer nos stocks de masques. Car le 29 février, Edouard Philippe consacrait un conseil des ministres exceptionnel, initialement dédié à la gestion de la crise du Covid-19, à l’utilisation du 49.3 pour faire adopter sans délai la réforme des retraites contre laquelle les français se battaient depuis des mois.

Le 3 mars, interpellé lors des questions au gouvernement sur nos stocks de masques, Olivier Véran avouait : « Suite à l’épisode de la grippe H1N1, une grande concertation a été organisée de manière à déterminer les stocks dont la France avait besoin pour se prémunir de la survenue de nouveaux épisodes viraux […] En 2011 il a été déterminé que la France n’avait pas à faire de stock d’État des fameux masques FFP2 [un masque filtrant qui protège davantage que les masques chirurgicaux]. Il n’y a donc pas de stock d’État. » 

Il s’avérait donc finalement que tout n’était pas prévu.

Le traumatisme relatif à la gestion de l’épidémie H1N1 en 2009 avait fait le vide dans les stocks. Pour la grippe A, la France avait commandé 1 milliard de masques chirurgicaux et 700 millions de FFP2, pour une épidémie finalement bénigne.

Pour tirer les leçons de cet immense gaspillage, un rapport du Sénat de 2015, préconisait ainsi à chaque établissement de santé de constituer ses propres stocks en masques FFP2. Chaque hôpital étant lui-même soumis à une logique austéritaire… les stocks ont été insuffisamment pourvus.

ACTE 3 : LA REPRISE EN MAIN

La pénurie était là, finalement.

Le 3 mars, le Premier ministre ordonnait donc la réquisition par décret de l’ensemble des stocks et productions de masques sur le territoire national.

Le 3 mars, toujours, Véran dégainait des mesures tous azimuts : « J’ai déstocké deux fois 15 millions de masques, par camion dans toutes les officines de France […], nous sommes le seul pays à avoir fait une réquisition. […] Nous sommes en train d’acheminer massivement des masques partout où nous le pouvons et il y a une gestion de ces masques qui doit se faire dans la durée ».

Les camions roulaient. Les masques arrivaient. La situation était sous contrôle.

Le 7 mars, le président et son épouse allaient au théâtre.

Mais il y avait visiblement des bouchons sur les routes. Les soignants s’impatientaient, se plaignaient toujours. Pas de masques.

Le 13 mars, le ministre de la santé, Olivier Véran assurait sur Europe 1 : « J’ai informé hier [jeudi] soir tous les leaders syndicaux des médecins libéraux ainsi que le président du Conseil national de l’Ordre des médecins qu’ils auraient des masques FFP2 qui leur seront donnés. C’est immédiat, la logistique part d’abord en direction des sites où la circulation du virus est la plus active et (où) nous commençons à faire appel à la médecine de ville en premier rideau ».

Et les soignants ne voyaient toujours rien venir.

ACTE 4 : LE SENS DU DEVOIR

Le 15 mars, Sabrina et beaucoup d’autres, allaient soigner la peur au ventre. Peur pour soi bien sûr, pour ses proches, évidemment, mais peur de contaminer ses patients, surtout, en étant si souvent au contact du virus et si mal protégés. La distorsion terrible de la mission des soignants, faute du matériel leur permettant de l’assurer normalement.

Le lendemain, le 16 mars, le Président leur rendait un hommage émouvant, à ces soignants envoyés au front sans protection.

Emmanuel Macron déclarait alors : « Nous sommes en guerre. La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons des masques, du gel, tout le matériel nécessaire et nous y veillons et veillerons. Nous avons décidé avec les scientifiques de réserver les masques en priorité pour l’hôpital et pour la médecine de ville et de campagne, en particulier les généralistes, les infirmières désormais en première ligne aussi dans la gestion de la crise ».

Il promettait, lui aussi, des camions, des solutions : « Des masques seront livrés dans les pharmacies dès demain soir dans les 25 départements les plus touchés. Mercredi pour le reste du territoire national. J’ai aussi entendu le message des spécialistes, en particulier des chirurgiens-dentistes et beaucoup d’autres. Des solutions seront trouvées avec le Ministre de la Santé dans les prochaines heures ».

Le 16 mars toujours, Olivier Véran communiquait sur la stratégie de gestion et d’utilisation maîtrisée des masques « dans les zones où le virus circule activement » en les destinant prioritairement aux professionnels de santé.

On y était. La gestion de la pénurie.

Le choix de celles et ceux qui seraient protégés pour exercer leur métier, sans qu’il soit possible de les protéger tous.

Et les AVS, les caissières, les boulangères, les sages-femmes étaient envoyées au turbin sans masques.

Le 17 mars, à la sortie du Conseil des ministres, Sibeth Ndiaye justifiait cette politique de rationnement par l’évidence : « cette première ligne de soignants, si elle est elle-même trop infectée par le coronavirus, nous allons au-devant de graves difficultés ».

Mais le 18 mars, Philippe Juvin, chef du service des urgences de l’hôpital Georges Pompidou à Paris, rendait compte de la réalité entêtée : « Ce qu’il faut résoudre, absolument résoudre, c’est la question des masques. […] Mais je regarde toute la médecine de ville, tous nos collègues médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, toutes ces personnes qui vont à domicile aider les personnes âgées à faire leur toilette, à manger… Ils n’ont pas de masques ! » 

ENTRACTE : LA MASCARADE

Pour gérer la communication de crise relative à la pénurie, le président envoyait ses meilleures VRP à la télé.

S’ensuivaient de navrantes scènes d’acrobaties rhétoriques :

– Le 19 mars, Agnès Pannier-Runacher, sur BFMTV : « La distance d’un mètre, c’est la meilleure garantie de ne pas être contaminé. […] Les masques, on s’est aperçu que c’était un vecteur de contamination pour des gens qui ne savaient pas bien les utiliser. […] Ils tripotent le masque toute la journée et avec leurs mains, ils se mettent en situation d’être exposés au virus. »

– Le lendemain, le 20 mars, Sibeth Ndiaye, chez Bourdin : « Les masques ne sont pas nécessaires pour tout le monde. Et vous savez quoi ? Moi, je ne sais pas utiliser un masque. L’utilisation d’un masque, ce sont des gestes techniques précis, sinon on se gratte le nez sous le masque et en fait on a du virus sur les mains, on a une utilisation qui n’est pas bonne et ça peut être même contre-productif. »

– Toujours le 20 mars, sur BFMTV à nouveau, Agnès Pannier-Runacher se relançait finalement dans le road-movie des masques pas totalement dispensables : « 15 millions de masques sont sur les routes, beaucoup de pharmacie ont été livrées, pas toutes ».

ACTE 5 : LA TRANSPARENCE

Un mois après les supposées commandes annoncées par le ministre de la santé, le 21 mars, le gouvernement décidait enfin de rassembler les industriels pour augmenter la production française de masques.

Les masques presque livrés, n’étaient finalement pas encore produits.

Ces mêmes entreprises, du fait de l’absence de décisions des autorités françaises étaient occupées depuis un mois à fabriquer des masques pour d’autres pays. C’est le cas de l’entreprise Valmy qui avait reçu une commande du NHS (National Health Service) britannique avant celle de la France.

Le 24 mars, pendant les QAG, Olivier Véran reconnaissait le problème mais pas la responsabilité.

C’est la faute de la mondialisation : « Il ne faut pas se mentir : quand toute la production mondiale, ou presque, est localisée dans une région de Chine et qu’il se trouve que c’est cette région qui subit de plein fouet une épidémie, avant même que celle-ci n’arrive en Europe, il ne faut pas s’étonner que les usines de production tombent en rade. J’ai émis des bons de commandes pour des centaines de millions de masques en provenance de Chine avant même que les usines chinoises n’aient rouvert ».

C’est la faute du gouvernement précédent : « Nous n’avons pas choisi les difficultés matérielles que nous rencontrons : nous les subissons, qu’il s’agisse des masques ou, comme c’est parfois le cas, des réactifs […] tout ce matériel du quotidien dont nous ne disposions pas en quantité suffisante quand l’épidémie a commencé. Avant même qu’elle commence, nous avons anticipé en passant des commandes partout où c’était possible ».

Et se lançait, la main sur le cœur, dans une grande opération de transparence : « je me suis exprimé en toute transparence, depuis le premier jour, à propos des masques et du matériel de protection. J’ai donné les chiffres des stocks de l’État disponibles : aucun stock de masques FFP2 et quelque 86 millions de masques chirurgicaux. J’ai annoncé que nous avions distribué 70 millions de masques depuis la fin du mois de février et que j’avais décidé du déstockage de 20 millions de masques, partis cette semaine à destination des hôpitaux et des EHPAD, en privilégiant toujours les territoires dans lesquels la circulation virale est la plus active. J’ai également annoncé un déstockage dans les prochains jours à destination de la médecine de ville. Je n’ai pas caché les difficultés que nous affrontions en matière de stocks d’État puisque, hélas, nous devons faire avec depuis plusieurs semaines ».

Beaucoup d’annonces, peu de résultats.

Le 25 mars, le président Macron, à Mulhouse, félicitait son brave ministre « Vous avez un Gouvernement qui est à la tâche, œuvrant pour trouver les solutions et se battant. Le ministre de la Santé reviendra dans les prochains jours, comme il l’a déjà fait et comme il le fait constamment sur les sujets les plus sensibles, en toute transparence. Le sujet des masques, des respirateurs, des tests et des traitements pour apporter toutes les explications, toutes les demandes d’informations légitimes, mais sans que nous ne cédions à aucune forme de division sans que jamais nous ne céderons au flot de fausses informations. Nous n’avons qu’une priorité : battre le virus. »

Beaucoup d’explications, peu de résultats.

ACTE 6 : LES SOLUTIONS

Mais enfin, le 28 mars, le ministre de la santé expliquait, triomphal : « Plus d’un milliard de masques ont été commandés depuis la France et l’étranger pour les semaines et mois à venir. […] Un pont aérien étroit et intensif entre la France et la Chine a été mis en place de manière à faciliter les entrées des masques sur notre territoire ».

Cette dernière annonce vient parachever la sinistre comédie des masques qui dure, et qui tue, depuis 2 mois.

Mais pourquoi avoir tant tardé ? 

Ils connaissaient les stocks dont nous avions besoin.

Santé publique France, institution gouvernementale chargée de la gestion des crises, préconisait, dans un rapport, en mai 2019 : « En cas de pandémie, le besoin en masques est d’une boîte de 50 masques par foyer, à raison de 20 millions de boîtes en cas d’atteinte de 30% de la population », soit 1 milliard de masques.

Aujourd’hui, la confiance est brisée.

Le 29 mars, 92 professionnels de santé représentant le collectif C19 ont adressé, via un cabinet d’avocats, une sommation interpellative au ministère des Solidarités et de la Santé pour recevoir « les contrats » et « commandes » de masques, quel que soit leur type, qui ont été conclus par l’État depuis le 20 décembre 2019.

Le 30 mars, Sabrina rentrait d’une nouvelle nuit de garde.

Les Etats-Unis face au désastre qui vient…

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Le capitalisme à son  apogée d’horreur : à Las Vegas, on parque les SDF dans un parking ! Chacun a droit à une place…

Une introduction glaçante à cet article de Le Vent se Lève sur la catastrophe annoncée aux Etats-Unis.

Deux millions de morts et un taux de chômage à 30 %, ce sont les dernières prévisions en cas d’inaction face à l’épidémie de coronavirus. Avec un président longtemps dans le déni, un exécutif désorganisé, un système de santé à deux vitesses, une protection sociale quasi inexistante et des inégalités records, les États-Unis semblent particulièrement vulnérables.  C’est sans compter sur leur souveraineté politique et monétaire qui leur confère des marges de manœuvre considérables. Reste à savoir comment se manifestera la réponse politique. Capitalisme du désastre tel que l’a théorisé Naomi Klein dans La stratégie du choc, ou sursaut « socialiste » comme le préconise Bernie Sanders et les forces « progressistes » ? Reportage depuis Houston.


 « Le vieil oncle Sam se réveil enfin ». Dans les boucles de messagerie électronique Wechat de la communauté chinoise de Houston, on s’amuse de la réponse tardive et précipitée des Américains face à la pandémie. Depuis deux mois, les membres de ces groupes de discussions stockent masques, solutions hydroalcooliques, papier toilette et autres vivres. Désormais certains se ruent sur les armes à feu et les munitions. Depuis la première allocution de Donald Trump le 12 mars, les supermarchés sont en rupture de stock et les armureries prises d’assaut. 

Le vendredi 13 mars, la plupart des grandes entreprises demandent à leurs employés d’adopter le télétravail. Les écoles ferment, les événements sportifs sont annulés, et le fameux rodéo qui accueille plus de deux millions et demi de visiteurs sur six semaines se termine prématurément. Houston n’a diagnostiqué que 30 cas de Covid-19 lorsque le maire décrète la fermeture des bars et restaurants.

À travers le pays, de nombreux États, entreprises, villes et associations ont pris les devants du gouvernement fédéral pour mettre en place des mesures drastiques. Malgré des conséquences financières significatives, la NBA (National Basketball Association) a suspendu sa saison au premier test positif d’un joueur, le pivot français des Utah Jazz, Rudy Gobert. À Austin, le festival culturel « South By Southwest », qui accueille près d’un demi-million de visiteurs chaque année, a été annulé le 6 mars. Dans d’autres États, le confinement est désormais imposés aux populations. Ces initiatives locales contrastent avec les tâtonnements de Donald Trump et le manque de préparation spectaculaire des services de santé. 

LES ÉTATS-UNIS, UNE NATION PARTICULIÈREMENT EXPOSÉE

Deux millions de morts d’ici la fin de l’année et deux millions de chômeurs supplémentaires en une semaine. Ces deux chiffres, le premier issu d’une étude épidémiologique de l’Imperial College de Londres, le second des projections économiques de Goldman Sachs, indiquent l’ampleur de la catastrophe sanitaire et sociale qui s’annonce. 

Pour commencer, l’absence de congés maladie et de congés payés dans la législation (bien que certaines entreprises en offrent à leurs employés volontairement) force de nombreux Américains à se rendre au travail en étant malades. D’autant plus que les minimas sociaux et l’assurance chômage anémique rendent la perspective de perte d’emploi terrifiante, et ce particulièrement en situation de pandémie, puisque la plupart des actifs reçoivent leur assurance maladie via leurs employeurs. Sachant que près de la moitié des Américains n’ont pas les ressources financières pour faire face à un imprévu de plus de quatre cent dollars, le chômage partielle n’est pas une option.[1] 

Parmi les travailleurs les plus exposés, on compte les employés de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme ainsi que les chauffeurs de taxi, et plus généralement toutes les  professions dont le salaire dépend majoritairement des pourboires. 

Fermer les écoles présente un autre dilemme, car jusqu’à vingt-deux millions d’enfants dépendent des cantines scolaires pour se nourrir, en particulier à New York. 

À cette situation sociale fragile s’ajoute un système de santé à deux vitesses. 87 millions d’Américains ne sont pas ou mal assurés, ce qui empêche un quart de la population de se rendre chez le médecin pour se faire dépister. Quant aux Américains disposant d’une couverture maladie décente, le système de franchise médicale les dissuade de consulter un médecin en cas de symptômes légers (les premiers mille à deux mille dollars de frais médicaux annuels étant à la charge du patient). [2]

Les pires conditions sont ainsi réunies pour une propagation éclair de la maladie. Or, le système de soin est particulièrement mal préparé. Les hôpitaux manquent de tout : masques et tenues protectrices, gel hydroalcoolique, machines respiratoires, lits et personnels. Certains établissements demandent déjà un plan de sauvetage financier, à l’instar des banques en 2008, pour continuer de fonctionner. De plus, le système étant majoritairement privé et fondé sur une logique de concurrence, tout effort de coordination est difficile à mettre en place. Par exemple, il est très difficile de transférer des masques et du personnel soignant d’un hôpital à un autre. 

Cette logique du profit pousse certains établissements à refuser de décaler la date des chirurgies « non-urgente » pour libérer des capacités d’accueil en vue de traiter les victimes du coronavirus. D’autres interdiraient à leurs infirmières de porter le masque dans les couloirs, pour éviter la mauvaise publicité. The Intercept rapportait ainsi qu’un hôpital avait décidé de ne pas isoler un patient atteint du virus, et de ne pas mettre de signe clair indiquant au personnel soignant qu’il était contagieux, « pour éviter d’affoler les clients ». Résultats : plusieurs aides-soignants sont venus s’occuper de ce patient sans porter la moindre protection. 

Si le changement de rhétorique effectué par Donald Trump semble indiquer qu’il prend désormais la crise au sérieux, les décisions fortes sur le front sanitaire se font toujours attendre. 

TRUMP : DU DÉNI AU « CHEF DE GUERRE »

Le 28 février, Donald Trump qualifie le coronavirus  de complot démocrate destiné à réduire ses chances de réélections. Cette sortie s’ajoute à une longue série de déclarations publiques destinées à minimiser la situation, ignorant au passage les rapports des agences du renseignement qui alertaient dès la fin janvier sur le risque de pandémie. Or, le déni initial du président a été amplifié et repris en boucle par les médias conservateurs du pays.

Fox News, première chaîne d’information continue, se déchire entre ses deux réflexes habituels : affoler ses téléspectateurs et défendre le président. Pendant un long mois, ses principaux présentateurs choisissent la seconde option. La journaliste Trish Regan qualifie la pandémie de « dernière trouvaille des démocrates pour nuire à Donald Trump, après l’échec du RussiaGate et de la procédure de destitution ». La vedette de la chaîne, Sean Hannity, parle de « simple grippe » et de « complot de l’État profond contre Trump ». Certains intervenants encouragent les téléspectateurs à prendre l’avion pour profiter des prix bas, et à se rendre dans les restaurants où le service sera « plus rapide que d’habitude ». Un propos repris par David Nunes, un des leaders du parti républicain au Congrès. [3]

Le conservateur Rush Limbaugh, présentateur radio le plus influant du pays, explique pendant des semaines à ses 16 millions d’auditeurs que le virus est « une simple grippe » fabriquée par les Chinois pour affaiblir l’économie américaine. Ces lignes éditoriales sont d’autant plus cyniques que l’âge moyen de leur audience est supérieur à soixante ans. En effet, selon divers sondages, les électeurs républicains sont deux fois moins susceptibles de prendre le coronavirus au sérieux que les électeurs démocrates.

Donald Trump a une part de responsabilité dans ce désastre. En conférence de presse le 13 mars, il continue de traiter la crise comme un problème de perception plutôt qu’une crise sanitaire, se permettant de serrer de nombreuses mains devant les caméras avant de reconnaître qu’il avait été en contact avec une personne testée positivement au coronavirus quelques jours plus tôt. Il a longtemps refusé de décréter la « situation d’urgence » par crainte d’affoler les marchés, et ira jusqu’à reconnaître publiquement qu’il s’oppose à la multiplication des tests afin de minimiser artificiellement le nombre des cas enregistrés et d’éviter la panique. Cette stratégie calamiteuse fait suite à une série de décisions problématiques. [4]

En arrivant à la Maison-Blanche, Trump a distribué les postes clés de son administration à une majorité de lobbyistes ou personnes inexpérimentées afin de « déconstruire l’État », comme l’a publiquement revendiqué Steve Bannon, son conseiller stratégique de l’époque. [5] Suivant cette logique, Trump a réduit les budgets de la CDC (Center for Disease Control) et limogé la majorité de ses cadres dirigeant, avant de supprimer la cellule mise en place par Barack Obama pour gérer le risque pandémique. En 2019,  la Maison-Blanche enterre un rapport officiel pointant le manque de préparation du pays.  Pour prendre la mesure de cette désorganisation, il suffit de comparer la réponse de l’administration Obama face à l’Ebola, où les Américains avaient dépêché dix mille professionnels en Afrique pour lutter contre le virus et anticiper les risques de contagion, avec la réponse de Trump face au Coronavirus. Aucun personnel américain n’a été envoyé en Chine depuis le début de la crise. [6]

Les conditions étaient réunies pour une réponse calamiteuse. Parmi les graves manquements, on citera l’incapacité du pays à se procurer des tests de dépistage et à mobiliser des laboratoires pour les effectuer. Alors que la Corée du Sud teste dix mille personnes par jour depuis début février, les États-Unis n’avaient effectué que sept mille tests en tout (pour 1250 cas confirmés) au 11 mars. À cela s’ajoutent le manque persistant de masques (les hôpitaux étant contraints de procéder à des appels aux dons) et un déficit vertigineux de coordination à l’échelle fédérale qui pousse chaque État à se faire concurrence pour gérer ses approvisionnements. Tout cela sur fond de décisions présidentielles prises à l’emporte-pièce. [7]

Les Media des Fake News, et leur associé le Parti Démocrate, fait tout dans le cadre de leur semi-considérable pouvoir (il a été plus grand !) pour enflammer la situation du Coronavirus, bien au delà de ce qu’attestent les faits. Chirurgie générale : “Les risques sont bas pour l’américain moyen”.

Le fiasco de l’allocution du 12 mars, prononcée par Donald Trump depuis le bureau ovale, illustre parfaitement cette désorganisation. Malgré la présence du télé-prompteur, Trump commet trois erreurs qui plongent les marchés boursiers dans une nouvelle journée noire : il décrète la suspension des vols depuis les pays européens sous 48 heures en oubliant de préciser que cette mesure ne concerne pas les ressortissants américains, ajoute (à tort) que cette restriction inclut les marchandises et affirme que les assurances maladie privées couvriront les frais d’hospitalisation des victimes du coronavirus. La Maison-Blanche a dû démentir ces trois points, sans parvenir à éviter un retour précipité de milliers de touristes américains qui se sont retrouvés entassés pendant des heures dans les terminaux des aéroports en attendant de passer les douanes (multipliant ainsi le risque de contagion). 

Scène à aéroport O’Hare (aéroport international de Chicago). Le voyageur qui a pris cette photo dit qu’il faut six heures d’attente pour les bagages, puis deux de plus pour passer à la douane dans une foule au coude-à-coude. Les policiers distribuent de l’eau et des serviettes désinfectantes.

Depuis cette allocution désastreuse, Trump s’exprime majoritairement par voie de conférence de presse, laissant aux experts le soin de répondre à la majorité des questions. Cet exercice quotidien est pour lui une façon de pallier l’annulation de ses gigantesques meetings de campagne, et de politiser la crise. Entre temps, le pays adopte peu à peu des mesures de confinement de plus en plus drastiques, en fonction des villes et des États. Sur le plan économique, Trump semble enfin réaliser que son second mandat dépend de sa réponse à la crise. Au point de reprendre à son compte certaines propositions de Bernie Sanders.

POUR RÉDUIRE LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES, TRUMP PLUS AMBITIEUX QUE LES CADRES DÉMOCRATES ?

Contrairement à l’Union européenne, la réponse américaine en matière de politique économique a été rapide et conséquente. La FED a injecté 1500 milliards de dollars dans la sphère financière, et abaissé son taux directeur à zéro. Quant au plan de relance budgétaire, il s’annonce sans précédant. 

Pour éviter un taux de chômage à 20 % dans quelques mois, scénario évoqué publiquement par la Maison-Blanche en cas d’inaction, Donald Trump a demandé un plan d’un trillion de dollars. Au cœur de sa proposition figure l’idée de verser un chèque de deux mille dollars à tous les Américains, sans condition de ressource. Le président a également décrété la suspension des évictions et le report des intérêts sur les prêts étudiants, deux demandes formulées par Bernie Sanders et écartées (provisoirement) par la majorité démocrate au Congrès.

Car si Trump semble déterminé à prendre toutes les mesures nécessaires à sa réélection, le Congrès suit sa propre logique. À ce titre, ses premières réactions ont été révélatrices. 

Les républicains ont d’abord accusé les démocrates de vouloir « profiter de la crise pour faire adopter leurs obsessions socialistes ». Cette critique, reprise par Donald Trump le 15 mars sur Fox News, a été reçue cinq sur cinq par la direction démocrate, qui a volontairement réduit de moitié l’ambition de son propre projet de loi. Ce premier « pack » visait à rendre gratuits les tests de dépistage du coronavirus, tout en offrant deux semaines de congé maladie à tous les Américains. [8]

Mais comme l’a souligné le New York Times dans un éditorial au vitriol, Nancy Pelosi (la présidente de la chambre des représentants du Congrès, sous contrôle démocrate) a pris soin d’exclure du texte les entreprises de plus de 500 salariés. Résultat, le projet voté par sa majorité et adopté quelques jours plus tard au Sénat ne couvre que 20 % de la population active. Politiquement, c’est désastreux : au lieu de faire endosser aux républicains ce manque d’ambition manifeste, les démocrates renvoient l’image d’un parti dans la main des multinationales.

Pelosi a répondu au New York Times qu’elle ne souhaitait pas que « les contribuables américains financent ce que les grandes entreprises devraient fournir d’elles-mêmes à leurs employés ». Un argument qui reflète l’obsession des cadres du parti pour les solutions « sous conditions de ressources » et bureaucratiques, là où des programmes universels comme ceux défendus par Bernie Sanders seraient bien plus rapides à mettre en œuvre et efficaces pour lutter contre ce qui s’annonce comme le plus grave choc économique de l’histoire du pays. 

Pendant que Donald Trump parle de revenu universel, de suspension des paiements de la dette étudiante et de réquisition des usines pour produire des équipements médicaux, le parti démocrate suggère un crédit d’impôt de 500 dollars par famille. À travers cette crise, on assiste à un  prolongement du réalignement électoral en cours. Le parti démocrate apparaît de plus en plus comme une force politique au service des lobbies et attentive à la classe moyenne supérieur vivant dans les banlieues aisées, ces fameuses zones périurbaines qui leur ont permis de gagner le contrôle de la chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de 2018, avant de propulser Joe Biden en tête des primaires démocrates. 

CAPITALISME DU DÉSASTRE CONTRE SOCIALISME

Si Donald Trump semble s’inspirer des propositions économiques de Bernie Sanders et donne l’impression de déborder le parti démocrate par la gauche, sa réponse à la crise ne saurait être analysée comme un revirement populiste. Son premier instinct a été de proposer des baisses d’impôts et la suppression des cotisations sociales, une priorité du parti républicain pour réduire et privatiser la (maigre) sécurité sociale américaine. Devant la levée de boucliers démocrates et le fait qu’une telle mesure ne permettrait pas de mettre directement de l’argent dans les poches du contribuable, Trump a finalement opté pour un paiement de type « revenu universel ». 

Surtout, il y a une différence importante entre ce qu’annonce le président, ce que son administration met en place, et ce que le parti républicain vote au Congrès. Ainsi, Trump a été forcé de reconnaître que s’il avait invoqué le « Defense power act » dans le but de réquisitionner des moyens de production, cette annonce n’avait été suivie d’aucune action concrète. Une des causes serait l’opposition idéologique de l’administration Trump à toute intervention de l’État et la confiance aveugle du président dans le secteur privé. [9]

De même, la proposition du plan de relance présentée par le Sénat (républicain) est une caricature de « capitalisme du désastre ». Le fameux chèque de soutien à la consommation était initialement réduit de moitié au profit de baisses d’impôts importantes pour les contribuables et entreprises les plus riches, et incluait un chèque en blanc de 500 milliards de dollars pour renflouer les entreprises menacées de faillite, sans contrepartie. Parmi les industries concernées par ce  bail out, la Maison-Blanche a cité les compagnies aériennes, Boeing, les armateurs de croisières, les hôtels et casinos, et les compagnies pétrolières spécialisées dans l’extraction du pétrole et gaz de schiste. Autrement dit, les entreprises parmi les plus polluantes, dont une majorité a dilapidé des montants colossaux en rachat de leurs propres actions. Le plus problématique étant le potentiel plan de sauvetage des grands groupes hôteliers, projet qui bénéficierait directement aux finances personnelles de Donald Trump.

Face à cette « stratégie du choc », le parti démocrate reprend peu à peu ses esprits. Chuck Schumer (président de la minorité démocrate au Sénat) insiste sur l’importance d’inclure des conditions strictes de sauvegarde de l’emploi comme préalables aux plans de sauvetage.

À la chambre des représentants, le groupe parlementaire de la gauche du parti démocrate (le « progressive caucus ») propose lui aussi des mesures ambitieuses de défense des travailleurs pour garantir la continuité des emplois et salaires. Alors que Wall Street conseille aux entreprises pharmaceutiques d’augmenter leurs prix pour profiter de la crise, ses propositions veillent aussi à lutter contre ce genre d’opportunisme. . 

Mais le navire démocrate se retrouve sans capitaine capable de coordonner les efforts des deux chambres du Congrès. Joe Biden a disparu des médias depuis le débat du 15 mars, son équipe de campagne cherchant par tous les moyens à l’empêcher d’apparaître en public. Quant à Bernie Sanders, s’il multiplie les lives, interventions, conférences de presse et levée de fonds, aucune chaîne de télévision ne se donne la peine de couvrir ses efforts. [10]

Mitch McConnel, le chef de la majorité républicaine au Sénat que Vox qualifie de « politicien le plus influent du XXIe siècle », profite de ce chaos pour tenter d’imposer son plan de relance par la force. En combinant les aides destinées aux américains avec le plan de sauvetage des entreprises dans un seul texte, il met la pression sur les démocrates pour agir dans l’urgence absolue. Comme « stratégie du choc », on ne fait guère mieux.

Malgré la pression, les démocrates ont voté par deux fois contre ce texte avant de négocier de nombreux aménagements. En particulier, une extension importante de l’assurance chômage (étendue à quatre mois et gonflé de 600 dollars par semaine, aux frais de l’État fédéral) ; l’injection de 150 millions de dollars pour les hôpitaux et les services de santé ; la création d’un poste d’observateur pour superviser les prêts accordés aux entreprises (ainsi qu’un droit de regard accordé au Congrès), l’interdiction de financer les entreprises détenues par Trump et sa famille;150 milliards d’aide aux États, gouvernement locaux et nations amérindiennes et 360 milliards pour les PME. La proposition de revenu universel a été augmenté dans le montant (1200 dollars par adulte et 500 par enfant) mais limitée aux foyers gagnant moins de 75 000 dollars par an et par adulte. La facture s’élève désormais à 2000 milliards, l’équivalent du PIB de la France et le triple du plan de relance d’Obama en 2009.

Si ces victoires semblent significatives, comme l’a indiqué Chuck Schumer en évoquant une « nouvelle assurance chômage sous stéroïdes », deux problèmes persistes. Les américains ne percevront leurs chèques qu’au mois de mai du fait de la lourdeur bureaucratique liée aux conditions de ressources, et aucune obligation ni condition n’est incluse pour les prêts accordés aux entreprises. Elles se feront donc au cas pas cas et à la discrétion de la Maison-Blanche et du Congrès. En clair, les salariés sont priés de pointer à l’assurance chômage tandis que les entreprises en manque de liquidité seront abreuvés d’argent public sans conditions de sauvegarde de l’emploi, jetant ainsi des centaines de milliers de travailleurs syndiqués au chômage et sans assurance maladie.

Ce plan de relance ne sera probablement pas le dernier, comme l’a fait savoir Nancy Pelosi. Compte tenu de l’augmentation du nombre de malades à un rythme inégalé et du manque de réactivité de la Maison-Blanche, la situation aux États-Unis risque de faire passer la catastrophe italienne pour une promenade de santé.

Or, la droite américaine a déjà signalé sa disposition à sacrifier une part de la population pour éviter un effondrement économique, sans même recourir à l’argument douteux de l’immunité de groupe. Donald Trump a martelé en conférence de presse qu’il ne souhaite pas que le remède soit plus dommageable que la maladie. Un point de vue défendu par le Wall Street Journal et Fox News, et qui a été parfaitement résumé par le vice-gouverneur du Texas : « de nombreux Américains âgés préfèrent se sacrifier pour l’économie que priver leurs petits enfants de l’opportunité de goûter au rêve américain ». Donald Trump a lui-même indiqué qu’il pourrait rapidement mettre un terme aux mesures de confinement décrétées à l’échelle locale et demander aux entreprises de mettre fin au télétravail pour préserver l’économie. [11] Une stratégie suicidaire, selon la CDC.

 

Notes :

  1. Étude de la FED en 2019 : https://www.cnbc.com/2018/05/22/fed-survey-40-percent-of-adults-cant-cover-400-emergency-expense.html
  2. Pour une vue d’ensemble du système de santé américain, nous vous recommandons notre article sur la question : https://lvsl.fr/etats-unis-lassurance-maladie-au-coeur-de-la-presidentielle-2020/
  3. Sur la couverture du coronavirus par les médias conservateur, lire cette enquête du New York Times : https://www.nytimes.com/2020/03/11/us/politics/coronavirus-conservative-media.html
  4. https://www.politico.com/news/2020/03/21/short-term-thinking-trump-coronavirus-response-140883 et https://www.businessinsider.com/trump-reportedly-wanted-coronavirus-numbers-kept-as-low-as-possible-2020-3
  5. Pour un aperçu de ces efforts de « déconstruction », lire https://www.rollingstone.com/politics/politics-features/trump-the-destroyer-127808/
  6. Sur le manque de préparation et de réactivité face à la crise du coronavirus, lire : https://nymag.com/intelligencer/2020/03/coronavirus-shows-us-america-is-broken.html
  7. https://www.vox.com/science-and-health/2020/3/12/21175034/coronavirus-covid-19-testing-usa
  8. https://www.vox.com/2020/3/12/21174968/democrats-coronavirus-stimulus-package-whats-in-it
  9. New York Times : https://t.co/yIyclxQoPL?amp=1
  10. https://www.jacobinmag.com/2020/03/joe-biden-coronavirus-pandemic-presidential-campaign
  11. https://www.washingtonpost.com/politics/trump-says-he-may-soon-lift-restrictions-to-reopen-businesses-defying-the-advice-of-coronavirus-experts/2020/03/23/f2c7f424-6d14-11ea-a3ec-70d7479d83f0_story.html

Έφυγε ο αγωνιστής Μανώλης Γλέζος – Manolis Glezos s’en est allé.

Manolis Glezos est mort à 98 ans d’une insuffisance cardiaque.

Dans un journal de l’époque

“Premier résistant” selon de Gaulle, pour avoir, avec son camarade Apostolos Santanas, enlevé le 30 mai 1941 le drapeau nazi qui flottait sur l’Acropole d’Athènes.

Persécuté pour ses opinions de gauche par tous les gouvernements réactionnaires et fascistes qui se sont succédé en Grèce au cours du XXème siècle, il a été condamné trois fois à mort, et n’a évité le châtiment suprême que grâce à la mobilisation grecque et internationale.

En tout il aura passé seize ans de sa vie en prison.

Lors de son dernier discours en public, voici ce qu’il disait : “« La veille des exécutions, à la veille de chaque bataille, nous nous réunissions et nous parlions. Voilà nos mots : Si tu vis, ne m’oublie pas. Si la balle ne te trouve pas, quand tu croiseras les gens dans la rue, tu leur diras bonjour aussi de ma part. Et quand tu boiras du vin, tu boiras du vin aussi de ma part. Et quand tu écouteras le flot de vagues, tu l’écouteras aussi pour moi. Et quand tu entendras le vent passer à travers les feuilles, sut tu entendras le bruit du vent, tu l’entendras aussi pour moi. Et quand tu danseras, tu danseras pour moi aussi ! »

Voici, en images, sa conclusion, lors de la présentation de son livre, Acronymes :

“Parce que je pense que cette assemblée n’est pas qu’un auditoire, mais que vous participez comme citoyens actifs au devenir politique, chacun d’entre vous doit, dans sa partie, transformer en actions les rêves de ces hommes (ses camarades de combat.Et si je meurs mon être vous pourchassera… Oui, Tosca, mon être vous pourchassera pour que vous fassiez ce que vous devez faire ! Ne pensez pas vous débarrasser de moi jamais ! Merci.”

Et encore une fois il avait raison. On ne pourra pas l’oublier, ni lui ni l’histoire…

Parce que, comme tous les combattants de la liberté, il vit ! ζη ! Z !

Z = Il est vivant (image du film Z de Costa-Gavras)

Etat-Unis. Bernie Sanders demande à Trump d’annuler sa décision «scandaleuse» d’assurer à Gilead des droits exclusifs sur un éventuel traitement contre le CoviD-19

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Jusqu’où le capitalisme poussera-t-il l’ignoble ? Jusqu’à faire du fric sur le danger que court l’humanité toute entière !

Le sénateur Bernie Sanders a demandé, mardi 24 mars, à l’administration Trump d’annuler immédiatement sa décision d’accorder au géant pharmaceutique Gilead Sciences [1] des droits exclusifs sur le médicament antiviral remdesivir, l’un des nombreux médicaments actuellement testés comme traitement possible du Covid-19 qui se propage rapidement et pourrait enlever la vie de millions de personnes à travers le monde.

Le sénateur Bernie Sanders a demandé, mardi 24 mars, à l’administration Trump d’annuler immédiatement sa décision d’accorder au géant pharmaceutique Gilead Sciences [1] des droits exclusifs sur le médicament antiviral remdesivir, l’un des nombreux médicaments actuellement testés comme traitement possible du Covid-19 qui se propage rapidement et pourrait enlever la vie de millions de personnes à travers le monde.

Dans un communiqué, Sanders a déclaré qu’il était «proprement scandaleux qu’après que les contribuables ont investi des dizaines de millions de dollars dans le développement du remdesivir, la Food and Drug Administration (FDA), sous la direction de Trump, applique une loi prévue contre les maladies rares pour privatiser un médicament destiné au traitement d’un virus pandémique». «Nous devons placer la vie humaine au-dessus du profit des entreprises. Nous ne pouvons pas donner aux compagnies pharmaceutiques le monopole de traitements qui pourraient sauver des millions de personnes pendant cette crise.»

«L’administration Trump doit annuler ce cadeau à la firme Gilead et mettre gratuitement à disposition de tout le monde tous les traitements et vaccins», a ajouté le sénateur du Vermont. «Ce n’est pas le moment pour l’industrie pharmaceutique d’accroître ses profits. L’heure est à la réunion de nos scientifiques pour développer et produire rapidement le meilleur traitement possible contre le coronavirus.»

En effet, The Intercept a rapporté, mardi 24, que la FDA a accordé à Gilead, en début de semaine, le statut de médicament «orphelin» [médicaments destinés à diagnostiquer, prévenir ou traiter des maladies rares] pour le remdesivir qui a été développé avec l’aide d’au moins 79 millions de dollars de fonds publics.

Cette qualification du remdesivir, selon The Intercept, «permet à la société pharmaceutique de profiter exclusivement du produit pendant sept ans» et «pourrait bloquer la production de l’antiviral par les fabricants de médicaments génériques».

Après avoir qualifié la décision de la FDA de «folle et inacceptable», Sanders a déclaré: «Lorsque Jonas Salk (1914-1995) a développé le vaccin contre la poliomyélite – il y a 65 ans (en 1953-1955) – il a compris la valeur énorme qu’il aurait pour toute l’humanité, et il a refusé de le breveter.» (Article publié sur le site Common Dreams, en date du 25 mars 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

Le 22 mars, le WSJ et Barron’s indiquaient déjà que: «Gilead Sciences n’accepte plus les demandes d’accès d’urgence à son médicament antiviral remdesivir, le médicament expérimental actuellement testé comme traitement pour les patients souffrant du Covid-19. Dans sa déclaration, la firme Gilead a déclaré qu’elle avait été confrontée à une “augmentation exponentielle” des demandes d’accès d’urgence à ce médicament pour des raisons humanitaires au cours des dernières semaines, et à une “demande écrasante” au cours des derniers jours.» Autrement dit, Gilead n’est pas prêt à renoncer à ce possible blockbuster (médicament phare qui assure des profits brevetés) qu’elle à dans ses tuyaux. Gilead Sciences a fait un chiffre d’affaires de 22,449 milliards de dollars en 2019. En 2018, selon le sérieux Center for Responsive Politics, Gilead a dépensé officiellement la somme de 2’990’000 de dollars pour ses opérations de lobbying aux Etats-Unis. (Réd. A l’Encontre)

[1] Dans le Wall Street Journal du 25 mars 2020, l’article consacré aux possibles moyens de combattre le Covid-19 souligne que: «deux essais cliniques en Chine et un aux Etats-Unis évaluent le remdesivir, un médicament antiviral de Gilead Sciences Inc. qui a également été testé pour le virus Ebola».

L’Équateur va-t-il une nouvelle fois montrer un exemple de courage face aux créanciers

Lire le communiqué sur le site du CADTM

L’Équateur va-t-il une nouvelle fois montrer un exemple de courage face aux créanciers. Le 23 mars 2020, l’Assemblée nationale a adopté à la majorité des voix une résolution demandant que face à la pandémie du coronavirus, toutes les ressources de l’État soient mobilisées pour la combattre. En conséquence, l’Assemblée nationale demande au gouvernement du pays de solliciter auprès du FMI et d’autres organismes créanciers la suspension du paiement de la dette extérieure.

Il faut savoir que ce 24 mars l’Équateur est censé rembourser 325 millions de dollars pour des titres vendus à Wall Street et appelés « Bonos Global 2020 ». S’ajoutent à cela plus de 600 millions de dollars à payer d’ici la fin du mois de mars à d’autres créanciers.

C’est pourquoi, face au besoin urgent de financement, de plus en plus d’Équatoriens et d’Équatoriennes considèrent qu’il faut suspendre le paiement de la dette afin d’utiliser cet argent pour lutter contre la pandémie du coronavirus qui vient d’atteindre le pays et ses voisins.

L’Assemblée nationale demande également au gouvernement de chercher à constituer avec les autres gouvernements du continent une union afin de suspendre ensemble le paiement de la dette extérieure publique.

Le CADTM considère que l’Équateur est parfaitement en droit de décréter une suspension du paiement de la dette afin de pouvoir combattre efficacement la crise sanitaire qui va affecter durement le pays. Pour ce faire l’Équateur peut notamment s’appuyer sur le droit international qui reconnaît le droit d’un pays à suspendre le paiement de la dette si la situation l’y oblige. C’est ce qu’on appelle : l’état de nécessité. C’est aussi un cas de force majeure.

D’autres arguments juridiques peuvent être invoqués comme le changement fondamental de circonstances entre le moment où le pays s’est engagé à rembourser sa dette et la situation présente. Au moins, deux changements fondamentaux de circonstances sont intervenus récemment : 1. La pandémie de coronavirus. 2. Le réduction de moitié du prix du pétrole. Or la principale ressource en dollars de l’Équateur provient de l’exportation de son pétrole. Et l’Équateur a besoin de ces dollars pour rembourser sa dette extérieure.

Les arguments généraux que le CADTM vient d’avancer sont bien sûr valables pour les autres pays confrontés à la crise du Coronavirus qu’ils soient exportateurs de pétrole ou non.

Pour rappel : L’Équateur en 2008 a suspendu le paiement de la dette, suite aux travaux d’une commission citoyenne d’audit à laquelle le CADTM a participé. Grâce à cette suspension de paiement, l’Équateur a forcé les banques étrangères créancières de réduire de 70 % la dette sous forme de Bonos global 2012- 2030. En conséquence, l’Équateur a pu augmenter entre 2009 et 2011 les dépenses sociales au profit de la majorité de la population.

Rappelons aussi que le peuple équatorien en se mobilisant massivement en septembre 2019 a forcé le président Lenin Moreno à annuler l’augmentation du prix des combustibles qu’il avait décidé d’appliquer en concertation avec le FMI. C’est une des rares victoires sociales de l’année 2019 au niveau mondial.

Si l’Équateur suspendait le paiement en 2020, son exemple pourrait être suivi par d’autres pays.

Souhaitons beaucoup de courage au peuple équatorien.

La Cour constitutionnelle de l’Équateur a jugé recevable une action en manquement intentée contre Lenín Moreno

Article actualisé par cette nouvelle de Pressenas Equateur, en date du 28 mars 2020

Le jeudi 26 mars, la Cour constitutionnelle a reconnu recevable l’action en manquement introduite par un collectif d’avocats et d’avocats contre le Président de la République, Lennin Moreno, car le paiement de la dette extérieure aurait affecté les ressources destinées à faire face à l’urgence sanitaire du COVID-19. Dans l’ordonnance, la Cour constitutionnelle indique que la plénière a décidé de donner la priorité, dans l’ordre chronologique, au traitement de cette affaire. Toutefois, elle a rejeté la demande de mesure provisoire présentée par les plaignants qui souhaitaient arrêter ce paiement. Il appartient maintenant à l’Exécutif de répondre à la requête afin que la Cour constitutionnelle détermine s’il y a effectivement eu violation des dispositions de cette juridiction dans son arrêt n° 1-20-EE.

L’action en manquement est engagée à la suite du versement de 324 millions de dollars d’obligations souveraines par le gouvernement équatorien, au mépris des demandes de l’Assemblée nationale, du Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social, collectifs et mouvements sociaux et divers groupes d’économistes.

La Cour constitutionnelle devra déterminer si ce paiement a porté atteinte à la capacité de l’État d’assurer la santé et la vie, dans le contexte de l’urgence sanitaire. Si elle est acceptée, l’État devrait réintégrer les valeurs des soins de santé. Cela pourrait également conduire à d’autres processus visant à déterminer la responsabilité politique et administrative des décideurs. Le juge constitutionnel a ordonné cette notification le 26 mars 2020.

Hôpital : 3 ans d’alertes !

… dans l’hémicycle !

Ci-dessous une vidéo édifiante des multiples interventions, de Caroline Fiat, aide-soignante, élue députée en 2017 et membre du groupe LFI à l’Assemblée Nationale.

Puisque M. Macron veut à tout prix, et en même temps, parler de guerre et de solidarité, il faut préciser qu’il ment.
Non ! Nous ne sommes pas en guerre, car le coronavirus ne nous a fait aucune déclaration de guerre que je sache, ni n’a précisé le moindre élément au motif duquel il nous déclarerait la guerre.
La ficelle est un peu grosse quand même. Le jeune homme croit ainsi qu’il va pouvoir quitter sa panoplie de Pétain pour endosser, comme ça, en un clin d’œil celle de De Gaulle ?
Bon j’en vois d’ici qui trouvent que je pousse le bouchon un peu loin ? 
Pétain était défaitiste à tel point qu’il a plutôt opté pour la collaboration que pour la résistance. Aujourd’hui et depuis plusieurs décennies, le défaitisme s’appelle TINA. Pas Tina Turner (dommage), mais le fameux « There Is No Alternative » de la dame de fer. Et tous les dirigeants politiques libéraux qui se sont succédés dans le Monde et en France depuis les années 80 n’ont eu de cesse que de se plier à cette injonction défaitiste en collaborant sans réserve ni résistance aucune avec la finance et les grands groupes privés pour marchandiser nos vies.
Si vous trouvez encore que j’exagère, je vous livre quelques petites citations que j’avais pris l’habitude de rappeler lorsque j’animais des réunions sur le TAFTA et le CETA :

  • « Quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire. » (David Rockefeller – 1er février 1999)
  • « Le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes, le gouvernement est le problème ! » (R. Reagan –  20 janvier 1981)
  • «  […] qui est la société ? Cela n’existe pas ! Il n’y a que des individus, hommes et femmes et des familles. » (M. Thatcher – septembre 1987)
  • «  Il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens. » (Jean-Claude Juncker – 28 janvier 2015)
  • « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui la mène et nous sommes en train de la gagner. » (Warren Buffet – 26 novembre 2006)

Cette dernière citation a été le point de départ du livre de François Ruffin, paru en octobre 2008, « La Guerre des classes : pour en finir avec la gauche molle ». Depuis, François Ruffin est devenu député, membre lui-aussi du groupe LFI à l’assemblée, mais la situation a continué de se dégrader, car cette guerre est longue. Et celles et ceux qui auraient pu jouer à plusieurs occasions le rôle des alliés pour combattre ces ennemis du bien commun et de l’intérêt général, ont préféré opter pour le repli de classe, tout en apaisant leur conscience par un vote de « gôche raisonnable ».
Alors oui, nous sommes en guerre, mais pas contre le coronavirus. Une crise comme celle que nous traversons aujourd’hui montre à quel point la guerre déclarée aux services publics, aux plus démunis et aux plus fragiles d’entre nous existe bel et bien et l’ennemi est connu et clairement identifié : Sarkozy, Fillon, Lagarde, Pécresse, Le Maire, Hollande, Valls, El Khomri, Macron (déjà), Macron (encore), Philippe, Castaner, Dussopt, Buzyn, Blanquer, Pénicaud, Juncker, Moscovici, Merckel, Blair…

Certes, cette guerre de classe a commencé bien avant Macron et sa clique, mais celui qui nous parle aujourd’hui de solidarité et de guerre ferait bien de faire profil bas, car comme le rappelle la vidéo des interventions de Caroline Fiat, c’est par le plus grand mépris que ces gens-là ont accueilli jusqu’à présent les signaux d’alerte lancés par des acteurs de terrain qui ont été parfois jusqu’à payer de leurs vies.
Mais attention, le mépris n’est pas un argument en politique, c’est un aveu de faiblesse pour les colosses aux pieds d’argile et c’est donc dès maintenant que nous devons préparer l’après. Dans cette perspective les parlementaires de la France insoumise à l’Assemblée nationale et au Parlement européen ont mis en place une commission d’enquête de suivi du Covid-19.

Dans cette situation, il n’y a plus aucune possibilité de se tromper de camp et à celles et ceux qui regardent avec méfiance et défiance la France Insoumise, je demande juste de bien réfléchir et de ne pas se tromper d’ennemi.

En 2017, Jean-Luc Mélenchon prévoyait « un véritable krach sanitaire » à cause d’une vision de la santé « absolument absurde, mercantile, entrepreneuriale ».
Alors il est temps de se demander de quel côté se trouve réellement l’amateurisme politique qui nous mène droit dans le mur.

Bon confinement les amis, nous ne pouvons pas physiquement circuler librement, mais ça ne concerne pas les idées et on n’en manque pas 😎

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Grèce : L’enfer du camp de Moria face à la menace du Coronavirus

Des réfugiés montent un hôpital de fortune
© Mortaza Behboudi / CdB
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Comment confiner le plus grand camp de réfugiés d’Europe ? Depuis une semaine, les volontaires des ONG qui travaillent dans le complexe de Moria sont en quarantaine et, depuis lundi, le confinement a été décrété par le gouvernement grec. Alors que plus de 20 000 réfugiés s’entassent dans l’île de Lesbos, la situation sanitaire déplorable fait craindre une progression rapide de l’épidémie de Covid-19. La Grèce dénombre officiellement 695 personnes touchées par la maladie, et 17 décès sont déjà à déplorer, mais ces chiffres pourraient rapidement augmenter.

Dans le camp de Moria, des milliers de tentes sont installées les unes à côté des autres, et les migrants dorment serrés comme des sardines. L’entrée dans la zone est interdite aux organisations humanitaires et aux visiteurs depuis quelques jours, mais il est toujours possible d’y pénétrer en se faisant passer pour un réfugié. Les habitants du camp tentent de survivre, sans médicament, parfois sans eau et sans électricité. Ici, on manque de médecins, mais aussi de savon pour se laver les mains.

e camp de la Moria ne dort jamais et la violence couve au sein de la population. La police grecque préfère ne plus intervenir. Certains sont ici depuis des mois voire des années, les procédures de demande d’asile trainent et s’éternisent. « Nous ne pouvons pas dormir quand l’obscurité tombe. Des hommes viennent avec des couteaux pour nous voler ce qu’il nous reste. Mon mari est électricien, il travaille bénévolement pour une ONG, ici, dans le camp de Moria. Mais cela lui cause des problèmes, des gens nous menacent pour qu’il les raccorde au réseau électrique », raconte une mère de famille afghane.

“Si on ne fait rien, beaucoup de gens vont mourir avec le coronavirus. Ils nous ont abandonné mais on ne baisse pas les bras.”

Désormais, toutes les entrées du camp sont surveillées par la police grecque. Personne ne peut sortir, sauf les personnes ayant des rendez-vous médicaux dans le centre de Mytilène. Aucun médecin ne travaille dans le camp le week-end et la permanence de Médecins sans frontières (MSF) est restée fermée durant deux jours. Dans ce chaos, quelques réfugiés ont commencé à construire une clinique de fortune pour accueillir ceux qui ne manqueront pas d’être atteints par le Covid-19. Quatre personnes ont déjà contracté la maladie sur l’île de Lesbos et tout le monde redoute que la pandémie se propage dans le camp, où l’hygiène est désastreuse.

Deux cas suspects ont bien été identifiés parmi les réfugiés du camp de Moria, le 12 mars dernier, mais ces derniers se sont finalement avérés négatifs. Ce qui n’empêche pas la peur de roder, surtout parmi les personnes âgées. « Le coronavirus est déjà là mais personne n’en sait rien car nous n’avons pas les moyens de le détecter », raconte une migrante congolaise, arrivée depuis quatre mois. « Il faut faire la queue trois ou quatre heures pour voir un médecin. Il faut faire la queue pour tout, pour manger, pour prendre une douche ».

Certaines femmes ont commencé depuis la semaine dernière à coudre des masques de protection, mais ces derniers ne sont pas efficaces, expliquent les volontaires de MSF. En attendant, les enfants jouent dans les poubelles ou restent prostrés dans leurs tentes, puisque les écoles ont fermé depuis deux semaines. « Si on ne fait rien, beaucoup de gens vont mourir avec le coronavirus. Ils nous ont abandonné, mais on ne baisse pas les bras. Je suis jeune et fort mais il nous faudrait au moins de l’eau et du savon », continue un demandeur d’asile somalien, qui aide à monter l’hôpital de fortune.

“Il faut évacuer les réfugiés vers le continent pour lutter efficacement contre la propagation de l’épidémie.”

Il est interdit de filmer et de photographier à l’intérieur du camp. Les réfugiés peuvent se voir refuser leur demande d’asile si une image est diffusée sur les réseaux sociaux. La police n’hésite pas à casser les portables de ceux qui veulent filmer leur vie quotidienne. « Je veux parler de ce qui se passe ici, de la situation désastreuse du camp. Nous ne vivons pas bien, il ne faut pas cacher cela », veut croire Olivier, un journaliste congolais arrivé à Lesbos il y a quatre mois.

Lundi matin, un bateau est encore arrivé à 7h du matin avec plus de 50 migrants à son bord. Mais les autorités grecques n’acceptent plus aucune demande d’asile depuis début mars. Ces derniers vont donc être directement transférés au nord d’Athènes, dans le camp de Malakasa. Depuis lundi matin, les migrants du camp de Moria n’ont également plus l’autorisation de se rendre en ville. Il n’y a plus aucun transport, sauf des taxis, qui sont autorisés à prendre une seule personne, et seulement pour aller à l’hôpital.

Depuis début mars, les migrants qui arrivent sur les îles grecques sont séparés des migrants déjà présents sur place, afin d’éviter une propagation de l’épidémie de Covid-19. MSF le répète inlassablement aux dirigeants européens : évacuer les réfugiés vers le continent et vers d’autres pays de l’Union européenne est indispensable pour lutter efficacement contre la propagation de l’épidémie.

Chloroquine : en pleine crise du Covid-19, l’État laisse mourir son industrie pharmaceutique

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La chloroquine va-t-elle nous sortir de la pandémie ? Pour l’heure, rien de sûr. Mais la seule usine en France capable d’en produire est en redressement judiciaire. Quand bien même le gouvernement volerait à son secours, n’est-il pas déjà trop tard ?

Frédéric Gibert est élu du CSE, délégué CGT et magasinier de FAMAR Lyon.

 

Regards. Comment votre usine en est-elle arrivée au redressement judiciaire ?

Frédéric Gibert. On a eu une perte de deux clients courant 2019, qui a fait que le groupe voulait se séparer de Saint-Genis-Laval. En juin 2019, le groupe FAMAR a décidé, dans le cadre d’une cessation de paiement, de placer l’usine de Saint-Genis-Laval en redressement judiciaire. Le groupe l’a fait car elle avait le souhait de vendre l’entité FAMAR auprès de groupes industriels ou de fonds d’investissement, ce qui a été fait : la partie Nord a été vendue à Delpharm – qui est aussi un acteur de la sous-traitance pharmaceutique en France – et la partie Sud à un fonds d’investissement américain York/ECM. Aujourd’hui, cette usine emploie 250 salariés, une trentaine d’intérimaires et une quinzaine de salariés d’entreprises extérieures. Et nous n’avons pas de repreneur, nous n’avons reçu aucune offre permettant un avenir au site industriel. L’audience au tribunal, qui devait avoir lieu le 17 mars, demandait un renouvellement de l’activité jusqu’à juillet. Le tribunal étant fermé pour raison de confinement, on dépend de cette situation. Quoi qu’il arrive, il y a de fortes chances que l’usine soit fermée après juillet.

 

On ne sait pas encore si la chloroquine peut aider à vaincre le Covid-19. Mais l’urgence est là, tant pour la santé des Français que pour l’avenir de votre usine. Que dites-vous de cette situation ?

Le risque, c’est qu’on découvre que la chloroquine soigne après la fermeture de l’usine. Et encore, pour pouvoir fabriquer la Nivaquine – dont le principe actif est la chloroquine sulfate –, on passe par un tiers, Sanofi, qui est détenteur de ce produit. Donc avant de commencer la production de la Nivaquine, il faut permettre au fabricant du principe actif de pouvoir nous le livrer. Or, le délai d’approvisionnement est important, d’autant plus que le fabricant est en Inde…

C’est tout le principe d’une crise : si elle n’est pas anticipée, c’est fichu…

Exactement. Tant qu’une situation n’est pas critique, on reste sur la même politique. Le jour où, dans leurs rouages, il y a un blocus, des questions se posent et on remet à plat les problématiques d’indépendance et de besoins sanitaires. Je ne suis pas certain que la crise sauve notre usine, car nous ne savons pas si la chloroquine est le produit certifié pour éradiquer le Covid-19. On a des chances de pouvoir donner un souffle au site de Saint-Genis-Laval, le temps de la crise puis le temps de retrouver un repreneur, mais de là à dire que ça sauvera le site… Le chemin est long.

« Il n’y a aucune projection, aucune résonance, en termes de santé publique, sur le besoin sanitaire en France. La crise du Covid-19 ne change rien pour l’instant. Mais le débat va se poser. »

Votre usine produit 12 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, dont la Nivaquine, un antipaludéen à base de chloroquine. En pleine crise du Covid-19, vos adresses au gouvernement se font plus pressantes. Avez-vous eu des retours ?

Avant même notre redressement judiciaire, on a adressé des lettres aux ministères de la Santé et de l’Économie. Nous n’avons eu aucun retour de leur part. Jusqu’à ce jour. On commence juste à avoir des retours de quelques sénateurs et députés, du fait de la pandémie.

Mettons le Covid-19 de côté. Votre usine fabrique des médicaments, notamment contre le paludisme. Or, la pandémie de coronavirus montre les dangers d’une dépendance envers d’autres pays pour assurer le soin des Français. Cette situation est paradoxale, non ?

C’est clair. Il n’y a aucune projection, aucune résonance, en termes de santé publique, sur le besoin sanitaire en France. La crise du Covid-19 ne change rien pour l’instant. Mais le débat va se poser. Je ne sais pas si les décisions qui seront prises par la suite permettront de redistribuer les cartes du besoin sanitaire en France, du besoin d’indépendance, mais le débat aura lieu. Après, à qui profitera-t-il ? Ce qui est certain, c’est que l’industrie est mise à mal, dont l’industrie pharmaceutique. On se retrouve dans une situation où le manque industriel devient criant.

IL FAUT NATIONALISER FAMAR

Manifestation des salariés de FAMAR le 4 juillet

Talis : Les profs français, les plus méprisés du monde ?

Depuis les “riens”, on n’en est plus à une insulte près ! Mais la twitteuse ci-dessous a raison par rapport aux propose de la porte-parole d’un gouvernement qui, à défaut de maîtriser quoi que ce soit, a le souci du contrôle de sa communication. Et c’est pour ça que le rapport Talis, qui démontre que les professeurs français sont les plus méprisés du monde, tombe à pic !

Si les professeurs français sont parmi ceux qui se sentent les moins estimés parmi les pays de l’OCDE cela a peut-être  à voir aussi avec la façon dont leur propre institution les traite. C’est la leçon qu’on peut retenir de la publication par l’OCDE d’un nouveau volume de Talis, une enquête touchant 260 000 professeurs de 48 pays. En 2013 l’OCDE estimait qu’il y avait urgence à valoriser les enseignants français. En 2018, Talis démontre que les enseignants français ne sont pas seulement isolés, sous payés mais aussi méprisés par leur institution.

Voilà l’introduction de l’article que François Jarraud consacre à cette question sur le site du Café pédagogique. Si les enseignants François sont parmi les premiers à aimer leur travail, la France se qualifie en queue de peloton quant au sentiment de reconnaissance éprouvé par la profession.

Et François Jarraud de préciser : “La grande particularité du système français c’est d’avoir totalement marginalisé dans leur institution les enseignants. Ce que montre Talis c’est que les professeurs français sont les moins écoutés du monde. Eux le savent. Talis le démontre.”

Il ne s’agit pas de se lamenter, il s’agit de se demander ce que sera l’école le jour d’après… Mais la politique menée par le ministre Blanquer ne peut pas continuer, car, comme le conclut l’article cité :

Le métier est encore perçu chez beaucoup comme un métier à vie et une fonction sociale et non comme un job. Ce sont ces conceptions qui pourraient sauter avec le « nouveau métier enseignant » et « le management de proximité ».

Lire l’article complet sur le site du Café pédagogique en cliquant sur le logo

Le Venezuela, la France et le Coronavirus

Les hyènes médiatiques avaient prévu un désastre sanitaire. “Le système de santé n’est absolument pas capable de faire face” a annoncé Le FigaroLe Monde mentionne “un système de santé dévasté face au coronavirus” pendant que l’AFP ricane : “du thé à l’ail et au citron contre le coronavirus”. Bien entendu, les petits trouffions médiatiques et académiques du néolibéralisme se sont bien gardés d’expliquer aux rares lecteurs qui les croient encore que le Venezuela est victime d’un blocus criminel de la part des États-Unis et de ses vassaux. Une véritable guerre économique qui interdit le commerce de pétrole avec ce pays, et prive le gouvernement d’une manne non négligeable de devises au moment d’importer médicaments, matériels chirurgicales et sanitaires, aliments, pièce de rechange pour l’industrie.
Pour enfoncer le clou, le 12 mars 2020, dès l’annonce de la pandémie du Covid 19 par l’Organisation Mondial de la Santé, les États-Unis renforcent le blocus contre le Venezuela. L’entreprise russe (filiale de Rosneft) TNK Trading International, qui commercialisait le pétrole vénézuélien est sanctionnée. Ses avoirs et ses comptes aux USA sont gelés. Cette sanction, qui s’ajoute à une très longue liste depuis 2014, a pour conséquence de réduire les possibilités pour le gouvernement vénézuélien de faire face á la menace du Coronavirus en entravant l’importation de médicaments, de réactifs, et de masques. Le 18 mars 2020, dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus, le Venezuela sollicite 5 milliards de dollars au Fond Monétaire International provenant de l’Instrument de Financement Rapide de l’organisme financier. Malgré le fait que le FMI a débloqué des fonds pour venir en aide aux pays “vulnérables”, la demande du Venezuela est rejetée. Son porte-parole indiqueque “le Fonds n’est pas en mesure de prendre en considération cette demande” car l’action du FMI est “fondée sur une reconnaissance officielle du gouvernement par la communauté internationale (…) Il n’y a pas de reconnaissance claire à ce stade”. L’idéologie et la guerre contre le Venezuela prime sur la défense du genre humain.
Les vénézuéliens savent pourtant faire preuve de résilience. Nicolas Maduro a conscience que gérer une crise sanitaire mondiale dans ces conditions n’a rien d’une sinécure. Dès l’annonce de la pandémie, et sans attendre son expansion, le président vénézuélien décrète l’urgence nationale, le confinement et la fermeture des lieux publics. Pas question de jouer avec la santé du peuple. D’autant plus que le Venezuela est sous la menace permanente d’une intervention militaire, et le coronavirus pourrait donner des idées à certains. Le journal El Nuevo Herald publiera un appel non dissimulé à profiter de la pandémie pour lancer un coup d’État contre le président Maduro.
Bien loin de se plier aux suppliques des ultras de l’opposition, l’armée vénézuélienne a prêté main forte pendant les premiers jours de confinement.  Pas pour réprimer ceux qui sortaient de leur confinement volontaire, mais pour désinfecter toutes les grandes villes du pays et les moyens de transports publics.

Les hyènes médiatiques avaient prévu un désastre sanitaire. “Le système de santé n’est absolument pas capable de faire face” a annoncé Le FigaroLe Monde mentionne “un système de santé dévasté face au coronavirus” pendant que l’AFP ricane : “du thé à l’ail et au citron contre le coronavirus”. Bien entendu, les petits trouffions médiatiques et académiques du néolibéralisme se sont bien gardés d’expliquer aux rares lecteurs qui les croient encore que le Venezuela est victime d’un blocus criminel de la part des États-Unis et de ses vassaux. Une véritable guerre économique qui interdit le commerce de pétrole avec ce pays, et prive le gouvernement d’une manne non négligeable de devises au moment d’importer médicaments, matériels chirurgicales et sanitaires, aliments, pièce de rechange pour l’industrie.
Pour enfoncer le clou, le 12 mars 2020, dès l’annonce de la pandémie du Covid 19 par l’Organisation Mondial de la Santé, les États-Unis renforcent le blocus contre le Venezuela. L’entreprise russe (filiale de Rosneft) TNK Trading International, qui commercialisait le pétrole vénézuélien est sanctionnée. Ses avoirs et ses comptes aux USA sont gelés. Cette sanction, qui s’ajoute à une très longue liste depuis 2014, a pour conséquence de réduire les possibilités pour le gouvernement vénézuélien de faire face á la menace du Coronavirus en entravant l’importation de médicaments, de réactifs, et de masques. Le 18 mars 2020, dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus, le Venezuela sollicite 5 milliards de dollars au Fond Monétaire International provenant de l’Instrument de Financement Rapide de l’organisme financier. Malgré le fait que le FMI a débloqué des fonds pour venir en aide aux pays “vulnérables”, la demande du Venezuela est rejetée. Son porte-parole indiqueque “le Fonds n’est pas en mesure de prendre en considération cette demande” car l’action du FMI est “fondée sur une reconnaissance officielle du gouvernement par la communauté internationale (…) Il n’y a pas de reconnaissance claire à ce stade”. L’idéologie et la guerre contre le Venezuela prime sur la défense du genre humain.
Les vénézuéliens savent pourtant faire preuve de résilience. Nicolas Maduro a conscience que gérer une crise sanitaire mondiale dans ces conditions n’a rien d’une sinécure. Dès l’annonce de la pandémie, et sans attendre son expansion, le président vénézuélien décrète l’urgence nationale, le confinement et la fermeture des lieux publics. Pas question de jouer avec la santé du peuple. D’autant plus que le Venezuela est sous la menace permanente d’une intervention militaire, et le coronavirus pourrait donner des idées à certains. Le journal El Nuevo Herald publiera un appel non dissimulé à profiter de la pandémie pour lancer un coup d’État contre le président Maduro.
Bien loin de se plier aux suppliques des ultras de l’opposition, l’armée vénézuélienne a prêté main forte pendant les premiers jours de confinement.  Pas pour réprimer ceux qui sortaient de leur confinement volontaire, mais pour désinfecter toutes les grandes villes du pays et les moyens de transports publics.

Le 22 mars, une semaine après le confinement, le président Nicolas Maduro, annonce de nouvelles mesures. Il décrète :
✅La suspension des loyers pour les PARTICULIERS et les commerçants durant 6 mois
✅L’interdiction des licenciements jusqu’au 31 décembre 2020
✅La suspension des factures d’eau et d’électricité pendant 6 mois
✅La suspension des remboursements d’emprunt à la consommation ou hypothécaire
✅La massification du programme public de distribution d’aide alimentaire à domicile (CLAP)
✅La généralisation des bons d’ajustement salariaux (revenu universel)
✅L’État prend en charge les salaires des PME pendant 6 mois
✅Des crédits d’État pour les entreprises des secteurs santé, alimentation, pharmaceutiques, hygiène.
Le Venezuela conscient que le blocus criminel des États-Unis pouvait affecter sa capacité de réponse sanitaire a renforcé la quarantaine, mais il a surtout donné les moyens d’être confiné à sa population. Chacun jugera de la pertinence de ces mesures en comparaisons avec celles prises dans son pays.
A l’inverse de ses voisins, le Venezuela a, depuis longtemps, mis l’Humain au centre des préoccupations de son gouvernement. Pour faire face à la baisse drastique du prix du pétrole, il est passé, en 2016 d’un système de subventions généralisées à un système d’allocations qui prend en compte les revenus, la composition du foyer, l’âge, etc. Un système comparable à la Caisse d’Allocations Familiales française, en plus élaboré : c’est le Système de la Patrie. Chaque vénézuélien peut s’inscrire librement et reçoit la Carte de la Patrie, qui lui permet de faire des demandes d’allocations et d’aides gouvernementales. Ce système, banal dans un État-providence, va devenir sous le fiel des propagandistes médiatiques un dispositif de contrôle totalitaire.
C’est pourtant grâce à ce système que le gouvernement de Nicolas Maduro va pouvoir faire face à la menace du Covid 19. Dès les premiers jours, une grande enquête est lancée à travers l’application internet du Système de la Patrie. Le 23 mars, 10.965.969 vénézuéliens avaient répondu au recensement sanitaire de l’État.  21.801 vénézuéliens ont déclaré ressentir des symptômes grippaux. En retour, 13.808 médecins sont mobilisés (vénézuéliens pour la plupart, mais aussi cubains comme en Italie) pour aller réaliser un diagnostic des plaignants à leur domicile. Au jour du 22 mars, 17.550 personnes ont ainsi été auscultées. 77 personnes ont été diagnostiquées positives au Covid 19, et ont été transférées dans des centres de soins prévus à cet effet. Alors que les assurances privées refusaient de couvrir les frais médicaux lié au Covid 19, l’État vénézuélien prendra en charge gratuitement chacun des patients. Leurs familles ou proches avec qui les personnes infectées partageaient le confinement ont été mise en isolement pendant 14 jours afin de déterminer si elles ont été contaminées. Il n’y a pour l’instant aucun décès lié au Covid 19 au Venezuela.

✅L’interdiction des licenciements jusqu’au 31 décembre 2020✅La suspension des factures d’eau et d’électricité pendant 6 mois✅La suspension des remboursements d’emprunt à la consommation ou hypothécaire✅La massification du programme public de distribution d’aide alimentaire à domicile (CLAP)✅La généralisation des bons d’ajustement salariaux (revenu universel)
✅L’État prend en charge les salaires des PME pendant 6 mois✅Des crédits d’État pour les entreprises des secteurs santé, alimentation, pharmaceutiques, hygiène.
Le Venezuela conscient que le blocus criminel des États-Unis pouvait affecter sa capacité de réponse sanitaire a renforcé la quarantaine, mais il a surtout donné les moyens d’être confiné à sa population. Chacun jugera de la pertinence de ces mesures en comparaisons avec celles prises dans son pays.
A l’inverse de ses voisins, le Venezuela a, depuis longtemps, mis l’Humain au centre des préoccupations de son gouvernement. Pour faire face à la baisse drastique du prix du pétrole, il est passé, en 2016 d’un système de subventions généralisées à un système d’allocations qui prend en compte les revenus, la composition du foyer, l’âge, etc. Un système comparable à la Caisse d’Allocations Familiales française, en plus élaboré : c’est le Système de la Patrie. Chaque vénézuélien peut s’inscrire librement et reçoit la Carte de la Patrie, qui lui permet de faire des demandes d’allocations et d’aides gouvernementales. Ce système, banal dans un État-providence, va devenir sous le fiel des propagandistes médiatiques un dispositif de contrôle totalitaire.
C’est pourtant grâce à ce système que le gouvernement de Nicolas Maduro va pouvoir faire face à la menace du Covid 19. Dès les premiers jours, une grande enquête est lancée à travers l’application internet du Système de la Patrie. Le 23 mars, 10.965.969 vénézuéliens avaient répondu au recensement sanitaire de l’État.  21.801 vénézuéliens ont déclaré ressentir des symptômes grippaux. En retour, 13.808 médecins sont mobilisés (vénézuéliens pour la plupart, mais aussi cubains comme en Italie) pour aller réaliser un diagnostic des plaignants à leur domicile. Au jour du 22 mars, 17.550 personnes ont ainsi été auscultées. 77 personnes ont été diagnostiquées positives au Covid 19, et ont été transférées dans des centres de soins prévus à cet effet. Alors que les assurances privées refusaient de couvrir les frais médicaux lié au Covid 19, l’État vénézuélien prendra en charge gratuitement chacun des patients. Leurs familles ou proches avec qui les personnes infectées partageaient le confinement ont été mise en isolement pendant 14 jours afin de déterminer si elles ont été contaminées. Il n’y a pour l’instant aucun décès lié au Covid 19 au Venezuela.

Un médecin, accompagné des représentants du Comité de santé recensent maison par maison dans la Commune Socialiste de Altos de Lidice, à Caracas

Le 23 mars 2020, le gouvernement annonce disposer, grâce à l’aide chinoise, de deux millions de test de dépistage du Covid 19, et qu’il utilisera le traitement à la chloroquine pour soigner les personnes malades. Cet antipaludique avait eu des résultats probants en Chine avant que le professeur français Didier Raoult ne perfectionne le protocole de soins. Les français apprécieront sûrement de savoir que les vénézuéliens pourront utiliser ce traitement alors que, dans le même temps, les autorités sanitaires françaises trainent des pieds, et la plupart des médias ont déversé durant longtemps un torrent de boue sur le docteur marseillais.

Au-delà de la politique sanitaire vénézuélienne que chacun jugera en comparaison avec les protocoles de son propre pays, les vénézuéliens comptent sur un formidable réseau d’organisationspopulaires. Dès les premiers jours, et alors que les pharmacies privées augmentaient de 1000% le prix des masques et du gel hydro-alcoolique, les organisations de quartier se sont mises à fabriquer des masques pour les répartir gratuitement dans leur communauté de voisinage. Dans de nombreuses communes et conseils communaux, les comités de santé recensent les personnes, organisent la solidarité, les distributions de nourriture, transmettent les informations nécessaires sur la maladie. Que ce soit dans les quartiers populaires, dans les communes socialistes, ou dans les 2,5 millions de logements publics construits par la Révolution Bolivarienne entre 2011 et aujourd’hui, les relations sociales sont le ciment de la lutte contre la pandémie.
A la différence de la France, la notion “d’habiter” dans de très nombreux territoires du Venezuela fait corps avec l’organisation commune de l’espace, et de la prise de décision de manière collective. La notion de confinement est donc vécue différemment, et nous interpelle en Occident sur l’inexistence de construction des communs dans nos rapports de voisinage.

Le Venezuela a déjà connu une crise institutionnelle qui a été dépassée. Aujourd’hui, l’appel du président Maduro au confinement est respecté par tous les secteurs, pendant que Juan Guaido continue de faire le clown depuis sa chambre d’hôtel. La France, elle, est plongée dans une crise de légitimité. L’autorité politique de l’État ayant été publiquement défiée par l’autorité morale de l’infectiologue Didier Raoult. D’ores et déjà, des élus locaux se refusent à compter les morts en attendant le feu vert de l’État français. Ainsi, le maire de Nice, Christian Estrosi, décide d’abandonner le protocole ordonné par l’Etat pour suivre celui du professeur marseillais dans le CHU de sa ville. Alors que le Venezuela fait bloc derrière l’État révolutionnaire, la France, elle, semble revenir au système féodal.

Les ruptures de stock dans les magasins français, les spéculations et hausse de prix de certains produits, les vols de masques protecteurs (et peut être demain le marché noir si le confinement s’éternise) sont quelques uns des symptômes de la guerre économique que vit le Venezuela depuis plusieurs années. A la différence de l’Hexagone, les citoyens vénézuéliens sont déjà préparés à ce genre de conjoncture, et ont élaborés des solutions collectives pour pallier aux manques.

Enfin, les vénézuéliens sont rodés à la guerre médiatique et psychologique depuis plusieurs années. Ils savent que lorsque l’information vient des médias commerciaux, il ne faut pas s’y attarder une minute. En France, si les études du professeur Raoult se confirment, le système médiatique devrarendre des comptes pour avoir traité le médecin marseillais comme un charlatan. La palme revient, comme souvent, au Monde et à ses “décodeurs” pour avoir soutenu que le traitement à la chloroquine était une Fake News. Alors que plusieurs pays ont déjà adopté ce traitement en toute urgence (Chine, Venezuela, États-Unis, Argentine…), les médias français se sont déjà rendus coresponsables de milliers d’infection, et de centaines de morts. Les vénézuéliens savent déjà comment réagir face à ce système de propagande, et aux opérations psychologiques. Nous, nousapprenons à peine, et nous n’oublierons pas.
Encore une fois, les sicaires médiatiques et académiques attendent de voir comment la Révolution Bolivarienne succombera à la pandémie du Covid 19. Ils risquent encore de ronger leur frein, et de passer leur quarantaine noyés dans leur amertume.
Comme a dit Emmanuel Macron, “le jour d’après ne sera pas un retour au jour d’avant. Beaucoup de certitudes et de convictions seront remises en cause”. Espérons que ceux qui ont été contaminés par le virus de la désinformation sur le Venezuela, ne fassent pas l’impasse sur les recommandations du président français.

Article original à lire sur le site de Romain Mingus en cliquant sur l’image